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                               De Bab-El-Oued @ Miliana

Le retour des papillons monarques

Par Ahmed ARBOUCHE

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Les retrouvailles du 1er Mai 2017 regroupant les vétérans des lycées de Miliana : Mohamed Abdou (filles ) et Mustapha Ferroukhi (garçons) ont été un véritable plongeon dans le passé, une pérégrination dans le temps dans toute sa dimension qui nous a permis de revisiter tous les créneaux qui ont marqué notre passage dans ces citadelles du Savoir et qui nous ont hissés au haut de l'escalier.

La nostalgie devient, au fil des années, grandissante pour cette ville de Miliana devenue un lieu de pèlerinage pour beaucoup de "papillons monarques".
Chantal Vincent est venue de France spécialement pour assister à une journée qui ne se conjugue qu'au passé pour faire défiler de longues années de joie et de souvenirs indélébilement et à jamais ancrés dans nos esprits ; beaucoup d'autres étaient venus de lointains ailleurs... Je ne sais d'où. Nous avons fouiné et fouillé coins et recoins dans nos tiroirs de souvenirs pour renflouer cette douceur du temps passé de là où elle est profondément enfouie.

Mon ami Rachid Belblidia, fils de Miliana avec qui j'ai fait le trajet de très bonne heure m'a demandé de raconter à Chantal cette autre histoire qui dénote toute ma prédilection pour les fils de Miliana et pour leur merveilleuse Cité perchée sur les flancs du célèbre mont Zaccar, surplombant impérialement les immenses plaines qui s'étendent aussi loin que la vue porte, considérées comme un terroir inépuisable d'oseille où prospèrent fruits, légumes et céréales des plus consistants et des plus délectables. J'affiche la même sympathie et la même intimité à tous ceux qui nous ont accompagnés tout au long de notre séjour d'internat au lycée Ferroukhi en l'occurrence les fils de Ain Defla,Djendel, Theniet el Had etc...des enfants pétris aussi de bonne glaise et nourris de bonne sève.

Sitôt ma narration terminée, mes deux amis m'ont demandé de l'écrire et de la publier pour permettre à l'ensemble de la " famille" de la savourer.
Je vous conduis à travers cette histoire singulière au mois de Juin 1977.

Etant incorporé pour effectuer mon service national militaire à Blida, je rencontre dans la caserne des jeunes comme moi où la différence d' âge n'est pas trop remarquable, venus de tout azimut...de tous les coins d'Algérie. Pour ne pas moisir dans la routine et l'isolement en ces moments d'instruction, il y va de soi que chacun essaie de se frayer un moyen de communiquer avec les autres, se pliant au besoin instinctif de la sociabilité pour tisser une amitié et des contacts combien positifs surtout en des moments de transition ou de changement de régime d'autant que nous étions retenus pour une période de près de 50 jours sans sortie aucune. Ceci fait, une homogénéité s'était établie laissant voir des groupes où confluaient les quatre coins du pays.
Un week end, un ami de caserne appartenant à une autre compagnie venait m'apprendre qu'un élément de leur section, un ami à lui aussi, de Miliana , avait déserté devant l'irrésistible sentiment d'aller s'enquérir de l'état de santé de sa femme hospitalisée et voir son bébé qui venait de naitre. Comble d'un malencontreux hasard l'officier de permanence va procéder à l'appel dans quelques instants.
M'assurant que l'officier ne connaissait pas de visage les éléments de la section et après avoir demandé les nom et prénoms du déserteur j'ai signifié à mon ami que je me présenterai à la place du déserteur pour ne pas qu'il encoure des punitions. Statufié, il n'arrivait pas à croire ce qu'il venait d'entendre ; me qualifiant de fou pour me présenter à la place de quelqu'un que je ne connaissais ni d'Adam ni d'Eve ; seulement parce qu'il est de Miliana...Étonnement total.
Après un moment, le fatidique coup de sifflet a retenti pour rassembler les sections de la compagnie à laquelle je n'appartenais pas. Je me rangeais avec eux, avec sang froid mais sincèrement j'avais réalisé, sur le moment, la gravité du geste passible de ma mise aux arrêts et me privant par conséquent du grade d'officier.
Les noms de la liste défilaient et voilà qu'arrivait celui de H.Madjid (je préfère garder l'anonymat du nom du fait que, probablement, mon ami Madjid peut disconvenir à la parution de son nom sur cette publication). De toutes les façons, les enfants de Miliana connaissent bien cette histoire, racontée par Madjid lui même et moi et beaucoup savent ou devinent de qui je parle.
Sitôt l'appel terminé, sans absences enregistrées, nous avons rompu les rangs et voilà que tout le monde vient me remercier d'avoir sauvé leur ami de sanctions certaines, me lançant des :" merci ou salut H".

Le lendemain matin, voilà qu'une autre personne vient me lancer ce nom qui m'est devenu familier, j'ai répondu comme aux autres avec un sourire, affichant ce sentiment d'avoir agi là où beaucoup d'autres auraient hésité, synonyme de refus, mais cette fois-ci il s'agissait du vrai " H ", il laissait voir toute sa joie et tout ce qui pouvait exprimer la profonde gratitude et les plus vifs remerciements.
A partir de ce jour Madjid et moi sommes devenus de vrais amis et en guise de preuve de cette vieille amitié les " passe lui le bonjour " circulent entre Cherchell et Miliana depuis longtemps et je n'oublierai pas le service qu'il m'avait rendu durant ma mission à Miliana ,dans la caserne où il était affecté.

Commentaires (6)

Invitée
  • 1. Invitée | 25/09/2017
Quelques ferroukhiens présents à cette rencontre et aux précédentes ne le seront pas cette fois, ayons pour eux une pieuse pensée : Allah yarhamhoum.
Combien il est important de profiter de la présence de ceux qu'on apprécie avant qu'il ne soit définitivement impossible.
djilali deghrar
  • 2. djilali deghrar | 22/06/2017
Cher Ahmed , bonsoir,

Moi aussi, à l'époque, j'avais des complices comme toi, certains d'entres eux sont morts (Belgacem Modeber ) Rachid Rezkallah El OUSTOUL) et c'est d'ailleurs une occasion pour pour leur souhaiter le paradis entre autres et surtout d'avoir une place privilégié auprès des pieux (salihines) .Quant aux vivants (ils sont nombreux Sadi Mustapha , Benaissa? BENGHENZET nasr Eddine et la liste est longue )Je leur souhaite également une longue vie plein de santé et de réussite. Notre ami Bradai Mohamed n' a que sa pauvre GM GM pour se consoler d'ailleurs elle le suit même dans sa vieillesse.

Ya Khouya Amed Bessaha ftorek et bessaha siamek ainsi que les autres
Arbouche Ahmed
  • 3. Arbouche Ahmed | 19/06/2017
Merci Chantal,merci Mohamed et merci Djillali pour vos sympathiques commentaires qui m'épatent et me stimulent à l'effet de puiser encore plus dans mon tiroir " d'histoires à raconter ".
Tu te rappelles Mohamed ,quand nous étions Maitres d'internat au lycée,j'étais, en quelque sorte, le rebelle qui dénonce et fustige l'abus de pouvoir et les différents dépassements, à tout moment...Raison pour laquelle j'étais toujours dans le collimateur.
Djillali,s'il t'arrive de déserter la caserne pour quelque raison que se soit ,fais moi appel pour me présenter à ta place ( rire ).Merci chers amis,Allah ikhallikoum,saha ftourkoum tous.
djilali deghrar
  • 4. djilali deghrar | 19/06/2017
On n'en finit pas d'apprendre de tes histoires intimes avec les copains..Bessaha ftorek et bessaha siamek. toujours égal à toi même merci et encore merci
BENABDELLAH Mohammed
  • 5. BENABDELLAH Mohammed (site web) | 18/06/2017
ESSALEM à toutes et à tous.Une belle leçon de sacrifice et d'humilité au profit de l'amitié .Ah! Ahmed tu réponds toujours présent au moment qu'il faut.Tu me rappelles tes prises de position courageuses au lycée Ferroukhi alors que nous étions maitres d'internat.Quant à Rachid on aimerait bien le lire au moins une fois.. saha ftourkom et bonne soirée.
Chantal
Bonjour Ahmed,

Une belle histoire d'amitié qui méritait d'être largement partagée. Mais, au-delà de cette évidence, cette histoire témoigne également de la "vraie" valeur que représente pour toi l'amitié, un terme trop souvent galvaudé de nos jours.

Bonne journée à tous.

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