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L’écho du Zaccar retentit à El-Meddad

Par Slemnia Bendaoud

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  Ils étaient là, tous ou presque, à escalader à la peine, mais la joie largement dessinée sur le bout des lèvres, l’autre imposant mont du flanc opposé : El-Meddad. Autrefois, élèves du lycée Mustapha FERROUKHI, celui agrippé au célèbre Zaccar et sa mine de fer, ils ont choisi, cette fois-ci, d’être les hôtes d’un jour de son jumeau, celui qui marque de sa carapace de grande masse rocailleuse les limites de la grasse plaine du Chélif, en s’ouvrant de l’autre côté, sur le début tonitruant et infinie étendue de plaine de ce grand Sersou, véritable grenier de l’Algérie des temps anciens et modernes.

 La soixantaine largement accomplie pour la majorité, ils se sont, donc, promis de faire ce saut osé ou mesuré sur l’autre versant, histoire de reprendre leur souffle et taquiner à distance cette nostalgie guidant encore leurs pas et éclairant abondamment de son poids leur chemin. Sur invitation express, instantanée et improvisée de l’un des leurs, au cours d’une banale discussion à l’hôtel Aurassi, à Alger, il y a juste deux courtes semaines, ils s’étaient donc donné rendez-vous au sommet de ces crêtes où le cèdre est vraiment roi et où la promenade en groupe est un sport de choix. Comme du temps de leur vaillante et insouciante jeunesse, ils ont convenu de se revoir en compagnie de leurs amis d’antan, originaires ou ayant pour certains étudié dans la région, afin de mesurer l’impact du temps et renouer avec cette fantastique histoire qui les unissait, du temps où ils étaient encore de petits chérubins ou de tout jeunes lycéens. A l’initiative de ce tout petit et très restreint groupe, ce fut donc toute cette grande famille réunie qui sera rassemblée en ce samedi, 17 mai 2014, à l’occasion de ces retrouvailles, afin de parler ensemble de cette autre vie commune, tout comme, d’ailleurs, d’en faire l’occasion de satisfaire à ce besoin pressant d’évoquer celle étant intervenue à la croisée de leur chemin, au moment du choix déterminant de leur métier d’avenir. De Miliana, El Khemis, Aïn-Defla, Blida, Alger, Tissemsilt et des régions environnantes, ils arrivèrent à Theniet El-Had, les uns après les autres, individuellement ou en file de voitures presque ininterrompue, pour prendre part à cette rencontre conviviale et très amicale, pour s’affairer à remonter les aiguilles du temps, dans le seul but de refaire l’histoire à leur manière. Plus d’une bonne centaine d’anciens élèves, les cheveux gris-argent, pour l’écrasante majorité, bien mise en relief à présent, appartenant aussi à plus d’une génération, se sont donc retrouvés au pied d’El-Meddad, ce samedi de repos, avant de mettre le cap sur sa magnifique forêt de cèdres et la contourner par l’autre flanc, dont le sommet surplombe, telle une éternelle sentinelle, la ville engloutie plus bas dans son vaste giron et sa région. Aussi, de bien rusés regards se sont, comme autrefois, télescopés et vraiment confondus, les uns dans les autres, dans les dédales de leurs innocentes habitudes et têtues attitudes, sordides taquines, insouciantes farces, subtils trucs, osées aventures, intelligentes esquives et autres malines manies d’échapper au châtiment d’usage qu’imposait, alors, la règlementation de leur établissement d’antan.

On y remarqua encore ces complicités actives qui pouvaient mettre dans le vent les perspicaces observateurs ou justes soupçons de ces pourtant très avertis surveillants ou professeurs bien sévères de l’époque considérée. Cette histoire commune, longtemps ruminée en sourdine et en solitaire pour ces sexagénaires du moment, en référence à cette frileuse mais humble jeunesse qui les unissait autrefois sur le sol milianais, allait donc trouver enfin preneur chez le voisin, à côté attablé, ou chez celui vous accompagnant dans votre promenade improvisée, à l’itinéraire plus ou moins étalé sur cet autre sommet de la région du grand Chélif. Ils trouvaient tous ce grand plaisir de s’y retrouver, éprouvant cette envie folle de se rencontrer, de justement se raconter ces autres erreurs de jeunesse ou même ces fantastiques réussites scolaires, le tout enrobé dans ces doctes anecdotes de refaire passer encore cette utile pilule d’accrocher à son verbe ses anciens camarades, presque tous touchés dans leur chair par ces contes qui défient encore le temps et les nombreux évènements étant depuis intervenus dans leur vie privée. Et, cerise sur le gâteau, dans le lot, figurait justement cette figure de proue du sport scolaire et de performance de la région, leur ancien professeur de lycée, en l’occurrence Landjerit Mohamed, celui dont l’apport à leur condition physique actuelle était des plus conséquents. En grand maître de sa légendaire et toute respectée discipline, ce fut lui qui guida encore le groupe, en se faufilant en pleine forêt, à l’intérieur de ces chemins de chèvre et autres sentiers escarpés, comme s’il était effectivement pris par ce besoin imminent de leur reproduire de nouveau et à la perfection ses cours. L’homme, aujourd’hui septuagénaire, menait encore la guerre à ses élèves de cette autre génération, tenant encore bien la route, solide comme un vrai roc malgré le poids des ans, l’allure d’une silhouette plutôt peu féline qui ne marque, cependant, pas définitivement le pas. Droit comme un soldat saluant au garde-à-vous son chef, encore rectiligne, telle une perche avant que celle-ci ne ploie sous le poids de son puissant athlète cherchant à sauter plus haut que l’obstacle qu’il est tenu de vaincre, ce septuagénaire garde encore intact le symbole et les atouts majeurs de sa détente légendaire. Lui aussi, il lui arrivait de revenir sur ces choses anciennes qui avaient marqué sa vie professionnelle, dès lors qu’il se mettait à énumérer les titres scolaires conquis, le prix mis en jeu et déjà acquis dans la douleur de l’effort physique, ces défaites sciemment provoquées ou ces grandes performances non encore honorées, tous évoqués grâce à une mémoire qui reste encore très fonctionnelle en dépit de l’usure des ans.

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  Il symbolisait cette image de rigueur qui existait entre l’élève et son professeur, où le rire inutile ou sciemment provoqué n’avait de place que lorsque le ridicule prenait vraiment le pas et le dessus sur les choses sérieuses, objets de thèmes développés ou de cours assidûment dispensés. Regroupés en un long cortège de limousines peu luxuriantes mais toutes récentes et flambant neuves pour certaines d’entre elles, ces élèves d’autrefois prenaient, donc, dès leur arrivée dans la ville considérée, la route menant au saint de la contrée de Sidi Boutchent, où ils feront la découverte d’un site de gravures rupestres, dont l’origine remonte aux temps bien anciens, manquant malheureusement toujours de protection et de vulgarisation. Sur l’impact de la roche, apparaît visiblement en surface le relief fort éloquent de l’une des merveilles de la calligraphie de ces images antiques et féeriques qui nous renvoient ou nous projettent, du coup, dans le berceau de l’histoire millénaire. Du semblant de cafouillis scriptural, il s’en dégage en filigrane une figurine aux traits plutôt peu apparents mais très saillants, la croupe et la queue filante et incurvée d’un félin difficilement reconnaissable, la longue trompette pendante d’un éléphant dont le corps reste entièrement dissimulé par la touffue végétation d’un figuier intrus et envahissant dont les racines sont solidement accrochées à la roche. L’image très attractive, saisissante à plus d’un titre et séduisante à souhait, démontre – on ne peut mieux- tout ce laisser-aller dévolu à notre culture matérielle et immatérielle, seule à même de réveiller nos consciences, mais dont ses obligés souffrent aussi cruellement de ses nombreux malheurs, au même titre d’ailleurs que ces gravures rupestres totalement

abandonnées à leur sort et à l’effet néfaste des saisons rigoureuses de l’année. Mieux encore, même ce sentier caillouteux qui y mène, sur une distance de plus de deux kilomètres, n’incite plus à faire cette utile et nécessaire randonnée, tant la nature refuse à son monde, lequel se résume désormais à son seul tube digestif, de lui montrer ses nombreux secrets, très enfouis et ses bien cachés atours et autres magnifiques attraits. Autant, donc, la toute merveilleuse découverte valait vraiment ce déplacement osé mais très éclairé sur site, autant encore les conditions de la réaliser dans cet état des plus délabrants et déliquescents décourageraient les plus avertis ou très acariâtres archéologues, tous réunis.

Contre mauvaise fortune, tout le monde devait donc faire bon dos. Très fiers de disposer de ce fabuleux trésor, on ne pouvait qu’espérer mieux le protéger afin de bien l’exploiter après. Sitôt terminée cette imprévue virée et la prise de photos qui allait de soi et de coutume lui succéder, c’est, donc, vers le chef-lieu de commune que tout ce beau monde se dirigea ensuite, dans son désormais habituel défilé de voitures sur cette sinueuse route qui serpentait sur la haute montagne. Là, dans l’enceinte de la bibliothèque municipale, un couscous fumant de sa bonne chaleur et autre arome et enivrantes odeurs du terroir, garni de cette viande alléchante du célèbre bélier de la région, jusqu’à en faire saliver les plus gourmands des fins gourmets, était donc au menu de ces grandes retrouvailles lycéennes. Après le thé d’usage à la menthe remontée et le café de convenance, l’assistance fut conviée à assister à une prise de parole par différents intervenants, les uns souhaitant aux autres la bienvenue pendant que d’autres traçaient encore ces futures ou utiles projections, tandis que les organisateurs de la rencontre exprimaient, eux, dans le délire leur joie de réussir à regrouper tout ce beau monde d’autrefois, aujourd’hui, bien aguerri, grâce à la force de l’âge et à l’expérience de la vie. L’après-midi devait être consacré à cette randonnée pédestre dans ce féerique site d’El- Meddad d’où se dégageait cette fraîcheur printanière remontant des herbes, provoquée juste un moment auparavant par cette fine pluie qui se mettait de la partie, comme pour nous démontrer que nos stations climatiques et autres grands reliefs de la contrée n’avaient rien à envier à ces autres images sophistiquées ou surréalistes nous parvenant du monde en altitude du plus vieux continent. Disposant de tout ce potentiel économique et touristique qui fait encore chavirer les cœurs éprouvés de la belle nature du monde des gens soucieux de le mettre en valeur, nos formidables reliefs tiennent encore tête à ces mesquines façons et bien hypocrites manières de gérer ce très grand patrimoine du pays. Sous la pluie battante, comme sous les balles haletantes de la toute frêle grêle, laquelle parfois s’en mêle, tout comme sous ces gros flocons de neige, grande faiseuse de pièges, ou ce vent inquiet, frisquet et parfois très virulent et sous ce soleil haut mais de plomb, de feu ou juste de saison, El-Meddad tient toujours bon, tenant bien la garde, dans sa position debout, défiant la nature et son interminable série de saisons, les unes bien douces et très supportables, les autres, par contre, plutôt difficilement endurées. Mais Theniet El-Had ne se résume pas seulement au grand symbole de son haut relief et très boisé mont El-Meddad. Des plumes, devenues désormais bien célèbres, avaient irrigué de leurs nombreux jets d’encre utile et très fluide ces mêmes lieux ainsi que d’autres lointaines contrées du pays, mais aussi du monde entier. Tout comme d’ailleurs devait le faire cet autre enfant du pays (bled) qui était, lui aussi, très habile de ce pied de la véritable épée tranchante, droit et très adroit, qui envoyait ces grands gardiens du monde aller derrière eux chercher le ballon qui échouait souvent au fond de leurs filets. Et même si cette idole ne joue plus au foot et que cette autre plume – partie, elle, à jamais- n’écrit plus, tandis que cette autre fait plutôt dans les menus décors, après avoir tout juste usé de sa grande sève dans ce qui relève du strict protocole, il reste que cette région est des plus fécondes de ce monde qui inonde toujours nos esprits de très belles choses et ramène également de la joie dans nos cœurs. Les quelques brassages, entre-temps opérés au sein de la population locale avec l’injection de quelques effectifs de la race noble de ces cheptels ovins et bovins, qui se côtoient désormais au pied du rocher, ainsi que ces vieilles demeures faites de pierre et de terre argileuse, lesquelles narguent de leur âge très avancé et bien lointain et autre résistance à l’usure du temps celles réalisées grâce à ces nouveaux matériaux d’aujourd’hui, toutes laissant à penser que le développement économique du pays peine encore à investir très sérieusement ces autres contrées et localités qui en exprimeraient ce besoin imminent. Sous l’effet de ces jets très timides d’une plutôt bien fraîche pluie printanière, tout ce beau et très séduit monde, hôte de la contrée, se retire donc de ces lieux paradisiaques sur la pointe des pieds, soucieux de ne point déranger cette belle nature dans son grand sommeil et magnifique pré, drapée dans son joli habit de saison, mue par cet espoir de la retrouver au mieux de sa forme et grands attraits aux prochaines retrouvailles lycéennes. Tel ce bref et impromptu retour dans ce rêve bien superbe, miraculeusement ressuscité, la visite prend, donc, fin pour ajouter encore plus de nostalgie à ces autres mémorables feuilles du livre de la vie, lui qui n’en demandait pas tant, afin de s’en assurer, à présent, de la contenance dans ses entrailles de toute la collection considérée ou exigée par l’histoire de la contrée.

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