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École Lazerges de garçons/ Par Hamid DJENNADI

Hamid DJENNADI«Je me souviens comme si cela daté d'hier de mon entrée à l'école». Phrase emblématique faisant partie de la mémoire collective, de Mouloud Feraoun, qui désigne la rentrée scolaire, que tout enfant après un avancement dans l’âge prendra conscience de son message.

Devant l’entrée de l'école se forme des attroupements de parents tenants leurs enfants. Dans un brouhaha imperceptible, les gens entament des discussions afin d'avoir plus de nouvelles sur l'événement. Je dois souligner que c'était parmi les premières rentrées scolaires post-indépendance. Les gens ne se connaissaient pas. C'était l'exode, on était les nouveaux locataires des appartements vides laissaient par le départ des français. Et c’est donc à Bab-El-Oued qu'on a atterri, c'est le destin. Je suis natif du clos Salembier un endroit des hauteurs d'Alger, mon père décida de s’y installait tout près de son travail à l'hôpital Maillot, et c’est dans ce quartier ou j’ai passé pratiquement une cinquante d’années.

Donc devant cet établissement scolaire, les enfants, vêtus d’un tablier avec une étiquette collée sur la pochette portant le nom de l’enfant ; avec des regards éberlués on essayait de distinguer curieusement des visages dans la foule, d’autres gesticulés en pleurs à tue tête nous donnant la frousse d’un soupçon que quelque chose n’allait pas, je dirais une ambiance froide en quelque sorte. Tant bien que mal, la cour, la liste des enfants, les rangs, les escaliers et enfin la classe. A l'intérieur des classes, une douce odeur de renfermé ; dégagée par les manuels scolaires entreposés dans le placard et par le bois des tables, nous enveloppa et s'imprégna dans nos narines. Il y avait le bureau du maitre, le fameux tableau, l’estrade, les tables, un poêle, sur les murs pleins d’images d’un beau dessin d’enfants pour encourager l’esprit créatif de l’élève. Le maitre commença à parler dans un langage incompréhensible, je crois que c’était une allocution de bienvenue. C'est dans cette ambiance bon-enfant que fut notre premier contact avec l'école. Combien de générations d'élèves français sont passés par là et sont partis, ils ont acquis un certain savoir, beaucoup de souvenirs ; des émotions bonnes et mauvaises, des regrets. Pour nous une nouvelle génération commence son histoire. Qui de notre génération n'a pas eu à se frotter à ces livres qui est l'Ami Fidel de Feraoun. "Fouroulou" qui nous donne l’idée de faire l'école buissonnière, puis à se retrouver à faire des punitions en écrivant cent fois des phrases de ne plus refaire des bêtises, et des fois à recevoir une tannée qui ne s’oubliera pas de sitôt. Chaque classe à ses anecdotes et ses cancres, en parlant de ces perturbateurs, il y a ceux qui sont aller a ramener en classe ce qu’on appelle une boule bouillante, sorte de petits haricots qu’on écrase et qui dégage une forte odeur nauséabonde ce qui nous oblige à sortir de la classe tellement c’était intenable et qui fait la joie de ces paresseux. Et il y a les doués, un problème posé sur le tableau et la réponse et toute faite, par la suite j’ai compris qu’il avait eu des cours de soutien de leurs proches, une chance inouïe pour eux.

La période des jeux, la toupie, les billes, la pelote fumée, la marelle, saute moutons, la corde pour les filles etc... Je crois que les cours ou le système scolaire de l’époque était très fiable, je peux dire aussi qu’il était chargé mais la façon de le communiquer et comment l’enfant doit l’assimiler, requière des méthodes que les profs de l’époque, pédagogues, et professionnels dans leurs genres savent les appliquer, et que l’élève n’avait pas de difficulté à les loger dans sa tête. Les élèves étaient démunis de commodité mais une grande motivation noble à étudier les anime et que les bons résultats de fins de saison en est la preuve. En fin d'année qui ne se souvient pas de ce refrain D..D.. d'écoliers c'est demain les vacances qu’on chante en chœur et avec joie en se réjouissant d’avoir accompli une bonne et belle saison scolaire en pensant que les vacances bien méritées arrivent, l’été sera là, la mer, la plage les promenades... Le but de ces souvenirs c’est en quelque sorte un flambeau que nous asseyons de transmettre à des générations futures pour leurs faire sentir l’amour de l’école,  d’ébranler une certaine jalousie enfouie quelque part en eux et donner de l’importance à étudier davantage et en mieux, afin d'hisser, le niveau du savoir, et de ses capacités intellectuelles au même titre que les civilisations qui nous ont devancées, au lieu de sombrer dans la médiocrité et être la risée des pays qui n’ont aucun droit d’existence décente comme on le constante de nos jours.

Je voudrais aussi évoquer des choses communes à toutes les écoles d’antan concernant notre passage à l'école primaire ; - Pour les affaires scolaires - l'ardoise enlacée en bois, le plumier en bois à deux étages, l'encrier, le porte-plume, la plume sergent major, le buvard, le stylo à bille de marque "Bic" et les bons points. - les livres scolaires - Leçons de choses pour la science, le calcul quotidien, le calcul vivant, la lecture et langue française, livre unique, l’Ami Fidel à des niveaux, le monde merveilleux. Les fables de la fontaine - le laboureur et ses enfants, le corbeau et le renard, le loup et l'agneau, la mort et le bucheron, - Robinson Crusoé, la chèvre de monsieur Séguin, Fouroulou le fils du pauvre Djeha, Bahloul et la porte, le petit chaperon rouge, les misérables gavroche Cosette, jean val jean de Victor Hugo et beaucoup d'autres histoires.

Ils y a des choses qui s'estompent et d'autres non, j'ai fait appel à une interprétation des éléments les plus connus sans dévier de l'essentiel. Quoiqu'il en soit les premières années, ce sont c'est des bribes d'images, c'est au CP2, CM1 et CM2 que les choses commencent à s'éclaircir mieux. Le passage du primaire restera graver dans nos mémoires, c’est en quelque sorte le tronc qui va supporter la suite de l'arbre. Nous avons appris beaucoup de choses, les sciences de la vie, la construction des phrases, faire une rédaction, une dictée, faire des calculs, apprendre à lire et à écrire, l'amélioration de l'esprit, l'aptitude de loger un savoir dans un coin de la mémoire, ce qui nous a permis de nous propulser et à accéder à d'autres niveaux supérieurs pour forger notre personnalité. Je crois volontiers qu'en nous lisant il y aurait des gens qui vont se retrouver dans cette période d'enfance émotionnelle, et que l'essentiel dans tout ça c'est de faire remémorer des souvenirs que tout un chacun a vécu ces moments inoubliables de jeune écolier que nous étions, dans un petit univers, propre à nous, façonner à notre manière avec des idées novices et innocentes où s'estampe notre passé à jamais.

Je voudrais rendre un grand hommage aux pionniers de l'Algérie nouvelle, à ces inculqueurs du savoir et graveurs de mémoires, à ces instituteurs. Qui ne se souvient pas de notre Directeur d'école Mr Boukettouche, un élégant Monsieur, costumé à la borsalino avec des chaussures velours noir "bout carré», à ces maitres d'école Mr Aouchiche, Mr Iles Mr Messaoudi, Mr Amari, Mrs Jourdet, lespere, Mme Isola, Messalati, Recazin et d'autres. Pour eux, le sérieux, la rigueur et la discipline dans le travail ainsi que les valeurs et les principes sont l'étendard de la réussite. Pour immortaliser le sérieux de leur travail je crois fermement qu'ils le faisaient avec amour et conviction sans retour, mais simplement dans un but de propulser ces nouvelles générations à des lendemains meilleurs avec un savoir et j'estime pour ma part qu'ils ont réussi dans leur pari. Alors comment ne méritent-ils pas notre respect, notre considération et notre immense reconnaissance en louant leur abnégation afin de ne pas trahir leurs mémoires.

Lazerges Garçons

1963/64

Lazerges Garçons

1963/65

Lazerges Garçons

1965/66 (Cours élémentaire)

Manuels Scolaires Anciens

Manuels scolaires

Manuels scolaires

Manuels scolaires

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Manuels scolaires

Manuels scolaires

Manuels scolaires

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Manuels scolaires

Manuels scolaires

Manuels scolaires

Manuels scolaires

Manuels scolaires

Manuels scolaires

Manuels scolaires

Commentaires (5)

ferhaoui
  • 1. ferhaoui | 14/06/2018
bonjour tout le monde ou que vous soyez. demain un jour particulier "' c'est l'aid el fitr " 20018 et à l'occasion qu'est-ce que on peut bien vous souhaiter chères amies et amis sinon caha ciyamkoum wa id el fitr moubarek!...
Chantal
Bonjour à tous,

Oui l'ami Ferhaoui ! J'appelle un "chat", "un chat" car je ne sais pas faire autrement ! Malgré les années passées, je persiste et signe en ce qui concerne mes profondes et intimes convictions, à savoir, que la colonisation est une abomination et ce, quels que soient les pays concernés, a fortiori, l'Algérie puisque j'y suis née et que cette abomination, j'ai malheureusement dû la côtoyer pendant les huit années de guerre !

Oh ! Comme vous avez raison Hamid Djennadi ! Notre chère amie Noria est une vraie "perle" ! Elle consacre depuis des années un temps précieux à la gestion de ce site. Elle est d'un dévouement et d'une humilité sans pareil. C'est grâce à son site, découvert par hasard il y a quelques années sur internet, que j'ai eu la chance de retourner en Algérie en 2013, soit plus de cinquante ans après avoir quitté mon cher pays ! Sans "Alger/Miliana" et l'aide de plusieurs internautes algériens, notamment Zoulikha Ferroukhi, je pense que je n'aurais plus jamais revu Miliana, Palestro, Rouiba, etc. Noria m'a permis de réaliser mon vœu le plus cher depuis mon départ de l'Algérie en 1962.

Bonne fin de journée à tous !
ferhaoui
  • 3. ferhaoui | 12/06/2018
j'ai lu votre texte ma très chère amie chantal, et j'avoue qui a le merite de méditer sur notre triste sort de ce que fut ces années là en question! au reste, comme toujours de très bonnes réponses et surtout d'avoir appeler un chat un chat! (colonialisme) bonne soirée l'ami, ferhaoui.
abdelmalek
  • 4. abdelmalek | 11/06/2018
Hamid djennadi
Bonjour Madame Chantal
Bon tout d’abord, Laisser moi vous remercié de votre bonté de m’avoir donné un moment de votre temps de me lire et d’avoir éprouvé un sentiment d’émotion comme vous le dites extrême, moi je n’ai pas crée un personnage et d’ailleurs comme vous, pour vos retrouvailles après tant de séparation , ces sentiments s’exaltent d’eux même , votre émotion a été, alors, à ce moment identique . j’ai extériorisé ce que j’avais au fond, c’est une façon de s’apaiser, d’un soulagement d’une responsabilité de conscience, où, on éprouve un plaisir à mettre sur un papier ,que des gens de notre génération, bien sur, peuvent lire et apprécier son contenu à se retrouver dans ce passage à l’école primaire, et pour d’autres de s’imprégner d’un sérieux travail entamé par leurs prédécesseurs , combien important de nos jours, vu l’incohérence que subit l’enseignement actuel .
En ce qui concerne l’illettrisme imposé à l’époque par le joug de gens assoiffés d’invasion, été une politique dévastatrice intellectuelle à réduire un peuple inculte, ignorant, miséreux, et démunis de tout droit élémentaire ; une tragédie historique, je crois, qui a fait son temps pour ne pas m’étaler trop sur ses raisons et voir plutôt l’avenir.
Aussi je voudrais remercier de tout cœur une personne qu’on ne voit pas mais que son ombre est omniprésente
qui aide les gens à s’exprimer sans le dire, qui organise, gère, et je veux lui dire que son site est merveilleux, très intéressant, sorte de club ou tout le monde se retrouve, déballe ses sentiments, échanges et retrouvailles entre autres. Merci Madame NORIA
P.S : On m’a fait une critique de; comment j’ai pu oublier de ne pas mentionner le fameux personnage de l’écrivain Alphonse Daudet, Tartarin de Tarascon, ils avaient raison.
Chantal
Bonjour Hamid Djennadi,

Personnellement, je trouve la description de votre entrée à l'école ainsi que les années suivantes extrêmement émouvante. Je comprends d'autant plus ce que vous avez pu ressentir que j'ai quitté l'Algérie en 1962, l'année de mes 15 ans. Au cours de mon enfance, j'avais pu constater que le droit au savoir et à la culture n'était pas accessible à tous les algériens comme cela avait été le cas pendant les 130 années de la colonisation française. Des statistiques le prouvent : en 1954, seul un musulman sur dix accédait à l'école primaire et le taux d'illettrisme en français était encore de 96 % ! Les colons français redoutaient une école qui permettrait l'émancipation des individus, notamment des algériens, par la diffusion des savoirs et de la liberté des peuples à disposer d'eux-mêmes !

J'ai noté néanmoins l'aspect très positif de cet accès au savoir et à la culture auquel vous avez eu droit, ce dont je me réjouis ! La manière dont vous parlez de votre enfance me rappelle une citation de Jean de La Bruyère : "Les enfants n'ont ni passé, ni avenir et, ce qui ne nous arrive guère, ils jouissent du présent".

Bonne journée à tous.

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