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Les escaliers d’Alger /Party 2

Par Rachid BOUDJEDRA

285101  Les escaliers d’Alger sont un miracle ignoré par les Algérois blasés et que beaucoup d’étrangers seraient heureux de découvrir, parce que c’est un cas unique dans le monde. En effet, ils ont une sorte de greffe surajoutée à la structure globale de la ville qui s’accommode avec la rétine du promeneur qui s’engouffre dans ces escaliers interminables et très élevés et qui s’articule autour et dans l’objet métallique. Ces escaliers nous apparaissent dans leur élévation surprenante comme un surgissement vertical s’engouffrant violemment dans la matière qui constitue la ville et dans la nature dans laquelle elle s’emboîte.

 Horizontalement, ils nous apparaissent sous une forme troublante et perturbatrice de l’espace qui en devient chahuté, par rapport à notre vision habituelle et routinière des objets urbains. Les escaliers deviennent alors des sortes d’animaux gigantesques qui sont vautrés là où on ne les attend pas et qui tournent en rond à l’intérieur d’eux-mêmes et sur eux-mêmes ! Sans répit ni rupture. Ils sont, donc, parmi les plus beaux escaliers du monde parce qu’ils imposent à ceux qui les empruntent, ou qui les regardent, l’idée même de la gradation, sans qu’ils s’en rendent compte. Ils sont aussi, une chaîne répétitive et ininterrompue que l’œil absorbe d’une façon imaginaire, avant le pied.
Ce sont, par ailleurs, des sortes de frontières géographiques et stratégiques (c’est là, pendant la guerre de libération, que se sont déroulés les attentats contre les agents de la puissance coloniale et les larbins autochtones qui ont trahi leur pays) où la vision perd sa propre conscience chaque fois qu’elle s’éloigne un peu trop de son épicentre vital.

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