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Alger des années 70

Par Mohamed Sadek LOUCIF

 Alger des années 70 respirait le football, chantait le chaâbi et le haouzi. Elle appréciait Omar Guetlatou, Chronique des années de braises et Hassan Terro. Alger aimait la plage, vivait de jour comme de nuit. En un mot, Alger rayonnait de joie «le respect mutuel, c’était le maître mot des rapports. A l’époque, les gens étaient d’un humanisme et d’une jeunesse exemplaires», la femme algérienne, c’est la maturité, la finesse, l’élégance, la sensibilité et le savoir-vivre. A l’époque, on appréciait ces qualités à leurs juste valeur. Les femmes pouvaient se promener dans la rue, de jour comme de nuit, sans que personne n’ose les déranger. Des fêtes de mariage «Bekri (autrefois), le marié était vêtu en costume et portait le burnous de son père ou de son grand-père pour avoir la bénédiction, la baraka. La terrasse était préparée et ornée pour les zornadjia (formation d’instruments de percussion et hautbois), les m’samîiya (les femmes chanteuses) et les chouyoukh (les maîtres du chant traditionnel). La soirée artistique commençait avec les airs joués par le grand maître de la zorna Boualem Titiche. Arrivent ensuite les chouyoukh qui prolongeaient la magie jusqu’à l’aube. «On n’oublie pas les soirées animées par El-Hadj (El-Anka), Guerrouabi, El-Ankis, Ezzahi et autres.»
La mariée était vêtue d’habits traditionnels, elle portait une robe en lin brodée, le karakou le khwiyyet (pantalon brodé), seroual testifa et sa bedliya (gilet). Sans oublier le burnous de sa grand-mère qu’elle portait pour la baraka. Durant les fêtes de l’Aïd, nous préparions le makrout, nous nous rendions au cimetière puis, nous nous retrouvions au domicile familial. Le lendemain était réservé aux visites réciproques entre proches, voisins et amis.
Avec nos voisins, nous formions une famille, le plus petit respectait le plus âgé. La femme était portée aux nues. Cependant, nous avons perdu tout cela. Les moyens de communication moderne, se sont substitués aux rapports humains chaleureux d’autrefois. Alger des années 70 était celle des virtuoses du ballon rond. Voir Hassen Lalmas, maître à jouer du CRB et de l’équipe nationale de l’époque, avec ses prouesses techniques légendaires, était un pur régal. Assister au derby mettant aux prises Betrouni, Bachta, Bachi, Bousri, Benchikh du MCA d’un côté et de l’autre Bouyahi, Nazef, Youcef Oualiken, Bousseloub, Bahmane du NAHD, signifiait la réalisation d’un rêve fou. Lehmam (Le Pigeon) d’El Hadj El Anka partait des terrasses de la Casbah, il survolait tout Alger et répandait sur ses quartiers, les odes enivrantes du chaâbi, El Mequnin Ezzin (le Chardonneret) d’El Badji appelait l’être chéri emporté par Bahr Etoufan (la mer).
Alger des années 70 était jalouse de sa culture et de son savoir-vivre, à l’époque, et à l’occasion de l’Aïd, nous organisions des ouziya (offrandes collectives) et chacun, surtout les plus démunis, prenait sa part... Les filles du quartier était protégées par les habitants. Personne n’osait leur manquer de respect. L’ambiance était impeccable, le coeur épris de notre pays, l’esprit et le corps soumis à une discipline de fer, nous nous mettions au service de cette terre.»
Nostalgie quand tu nous tiens...

Commentaires (1)

Chantal

Bonjour Mohamed Sadek Loucif,

J'ai trouvé ce reportage absolument passionnant et très didactique. J'ai fait un beau voyage !

Merci à vous !

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