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Le fils du pauvre de Mouloud Feraoun

 

 Premier roman de l'écrivain algérien, Mouloud Feraoun, "Le fils du pauvre" retrace la vie de Fouroulou Menrad, personnage principal du récit.

  De dimension autobiographique, ce livre peint l'enfance et l'adolescence de l'auteur dans un village de cette Kabylie montagneuse où il fut tour à tour berger, élève studieux, puis instituteur. Ce n'est pas une histoire quelconque quoi qu'elle retrace une vie très simple de par les gens qui en sont les acteurs.

 De parents pauvres, Fouroulou Menrad était tout destiné à être berger mais mu par une forte ambition et des rêves omniprésents, cet homme-enfant luttait sans cesse pour échapper à son destin.

 Il était seul à croire en un avenir différent de celui des siens, pourtant très attaché à eux. Il vivait le dur labeur de son père qui subvenait difficilement aux besoins de la famille, la patience à toute épreuve et la générosité de sa mère. Rien ne lui échappait; ni la tendresse d'une de ses tantes, ni la jalousie de l'autre, encore moins l'attachement de ses cousines et le dévouement de ses sœurs. Cette vie belle et dure à la fois telle que nous la raconte Mouloud Feraoun est imprégnée d'émotions, dans une société où l'on respecte les grands, écoute leurs conseils, où l'on protège inéluctablement les petits et les faibles. L'on est pauvre et l'on vit heureux en se battant pour arracher la joie d'une naissance, d'un retour ou même d'un sourire. Les vieux sont là pour y veiller. On apprend avec Fouroulou et les siens à vivre unis et solidaires, à tout partager.

 Il ne tenait même pas rigueur à ses parents de ne pas s'emballer face à ses progrès scolaires. Cette bourse qui tardait à venir, n'était-ce pas une force de son destin lié à ceux de tous les villageois? Mais son but à lui était de réussir et de prouver aux autres qu'il pouvait ne pas rester berger.

Mouloud Feraoun écrit comme il parle, décrivant sa Kabylie natale comme un autre l'aurait fait pour sa propre maison. Tout y est : les mœurs et coutumes, les personnages, les costumes et surtout les paysages magnifiques qu'il réussit à rendre anodins avec cette note particulière qui congédie les touristes avec des excuses voulant dire ceci: "Là c'est chez moi, rentrez chez vous..."

Ce livre fut publié en 1950 dans une Algérie colonisée.

Commentaires (3)

Meskellil
  • 1. Meskellil | 08/10/2015
Bonjour à tous,

Un petit extrait d’un des quatre premiers chapitres de son roman « L’anniversaire », une confession sur laquelle Mouloud Feraoun travaillait encore la veille même de son assassinat :

« On pourra m’objecter, cela étant, que je prends vraiment trop de précautions à me cacher puisque, à vrai dire, en dehors des lettres anonymes et des coups de téléphone, aucune menace précise ne m’a jusqu’ici spécialement concerné. Je répondrai que ma vie vaut ce qu’elle vaut, que j’y tiens tout comme un autre et que je ne désire nullement servir de cible sans défense à tous les salauds qui tirent au hasard dans les rues d’Alger, et dont les exploits consistent à s’attaquer aux prisons, non pas pour libérer leurs héros, mais pour massacrer des Arabes enchaînés.

Me voilà donc au pied du mur, bonnes gens, ce cahier encore vierge à la main, calme et lucide en dépit des menaces, trop attaché au plaisir de vivre pour croire vraiment au danger, un peu comme ce bourriquot** de chez nous dont l’image est restée fidèlement inscrite en ma mémoire et non pas du tout comme J.J. Rousseau brandissant candidement son interminable confession pour épater Dieu et les hommes. Permettez… »

** L’âne avait glissé sur un sentier de montagne distrait par des ânesses, et n’était retenu de tomber dans le précipice que par son barda et la charge qui s’étaient accrochés au rocher, et qui pour prouver qu’il s’adaptait à sa nouvelle situation périlleuse en attendait les secours s’était mis à brouter tranquillement l’herbe où son museau était enfoui.
Chantal
Bonjour à tous,

Il n'y a rien à ajouter à cette synthèse qui reflète particulièrement bien l'atmosphère de ce "roman" autobiographique. Lorsque j'avais lu ce livre, il y a plus de quinze ans, je ne connaissais pas "Mouloud Feraoun". C'est en lisant la dernière de couverture que j'avais découvert qu'il était né, comme moi, en Kabylie. Cela m'avait interpellée ainsi que le thème de ce roman bien entendu. Je me souviens qu'en quittant la librairie, je commençais déjà à le feuilleter. Arrivée chez moi, je l'ai lu d'une seule traite tant il m'avait passionnée. Cet écrivain a malheureusement été lâchement assassiné le 15 mars 1962 par un commando de l'OAS quatre jours seulement avant le cessez-le-feu !

Cette rubrique est un très bel hommage à cet homme absolument remarquable, entre autres, par son parcours de vie.
Sara
est ce que vous pouvez nous parler un peu sur l'image de la petite fille dans la littérature maghrébine d'expression française d'après ce roman "Le fils du pauvre de Mouloud Feraoun" ?

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