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Destination Algérie /Rétrospective 2013 - Retour sur les moments forts de Chantal VINCENT

Par Med MIDJOU

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Destination Algérie

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Miliana-30.04/ 04 Mai 2013/ Mohamed Midjou

D’une idée farfelue, la réalité fut…

  Longtemps attendue, la rencontre avec Mohamed KORRI désirée par Chantal VINCENT eut lieu le Mardi 30 Avril aux environs de 17 heures à la pointe des blagueurs avec une émotion que, ni les auteurs, ni les badauds, ni la photo ne peuvent en décrire la nature de ces retrouvailles. 51 ans après avoir quitté Miliana, Chantal, âgée à peine de 15 ans en 1962 regagna le vieux continent en compagnie de ses parents, détachée totalement de ses origines et de sa terre natale (Palestro) abandonnant le Café Moderne sis à la rue Saint Paul et le nid familial au-dessus où le SCM en fit son refuge sportif.   

  Encore enfant, elle prêtait mains fortes à ses sœurs à la gestion du bar et au sieur Korri qu’elle chérissait comme tuteur dont la confiance fit de lui un gérant indispensable auprès du patron et de ses proches. Les préparatifs de cette rencontre remontent à peu près à une année par le biais d’intermédiaires et discrètement sous la coordination du site Alger-Miliana. Un échange de correspondances et de photos par réseau communicatif Hotmail entre Anthony (Paris) et Miliana via Alger (Noria) a fait que ces âmes fraternelles séparées par des conjonctures politiques de l’époque n’ont pas perdu espoir de se congratuler énergiquement un jour avec tous les honneurs à la veille du grand rendez-vous des Abdounates prévu le 1er Mai 2013. Accueillie en petite reine, l’angélique parisienne, dans la peau d’une algérienne, la ferveur des sentiments aidant, reconnaissante à tous les volontaires qui ont montré leur fière disponibilité en écorchant leur programme habituel pour se consacrer totalement aux désirs de l’invitée, jubilante en ces moments de délire, par l’accompagnement de l’itinéraire touristique aux atouts culturels historiques éloquents et enrichissants du guide Med Landjerit, la prise en charge de l’hébergement et de la restauration assurée par Mme Zoulikha dont les saveurs locales firent plier les caprices et les recommandations nutritives de l’hôte par excès de gourmandise et la mise à dispo d’un véhicule pour toutes les courses aux alentours et les divers sites à visiter. La dégustation d’un thé en signe d’amitié et de bienvenue dans quelques foyers ne fut pas du reste où l’enthousiasme s’afficha partout où les visiteuses ont franchi le seuil hospitalier.   

  Un voyage donc magistral à ses yeux, monumental par la forte sympathie, ensorcelant par la magnanimité des habitants malgré les douloureux souvenirs du passé, en se faisant beaucoup d’amis (es), interpellée à chaque instant jusqu’à laisser filer une confidence que désormais elle en fera sa destination préférée pour un séjour un peu plus long à partir de l’année prochaine.  Face à un cri de détresse d’un naufragé ou un appel à la mémoire, prêter concours ou apporter secours relève du compréhensible et trouverait sans faute, un écho favorable et intéresserait une pléthore d’esprits solidaires. Nous nous réjouissons de cette primeur d’aider à renouer le contact après un demi-siècle de séparation et que cela fut réalisé par la simple et bonne intention de tous les sujets. Il convient dès- lors d’en consigner brièvement pour la mémoire les faits et gestes de cette sensationnelle histoire que le destin a voulu qu’elle en soit ainsi, débordante de plaisir et de bonheur.

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Bonsoir Noria

  Chantal Vincent disait qu’il lui plairait énormément de se retrouver dans le berceau de ses souvenirs Milianais. Parmi toutes ces vagues de touristes nostalgiques en mouvement entre les deux rives, elle pourrait dès maintenant préparer son périple parce qu’il y a une personne qui aimerait bien la revoir, toute émue lorsque nous lui avions fait part de cette surprenante nouvelle.

  Employé jadis chez les Vincent, Mr Korri Mohamed y allait aussi avec nostalgie en se rappelant une tranche de vie, la confiance placée en lui par cette généreuse famille en le chargeant parfois de la gérance du café, à l’entretien des appareils tels les babyfoots etc. Il nous affirma qu’en leur compagnie, il ne manqua matériellement de rien même durant les fêtes religieuses. En nous quittant, il nous chargea de passer le message à Chantal, qu’elle sera la bienvenue, ci jointe sa photo.

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Med KORRI

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Le 29 Juin2012

Bonjour,

Merci de m’avoir transmis le message de Monsieur Korri Mohammed. J’ai pensé qu’il était plus simple d’y répondre en lui faisant parvenir un courrier (fichier joint) par votre intermédiaire.

Je ne sais pas qu’elle est le niveau de compréhension du français « lu» de Monsieur Korri mais j’espère, le cas échéant, que l’internaute qui nous sert d’intermédiaire, ou vous-même, pourrez l’aider à la compréhension de ma lettre d'autant plus que je lui parle d'une autre personne que j'aimerais retrouver qui avait également travaillé avec mes parents et pour qui j'ai une profonde reconnaissance. Il m'avait en effet tout simplement sauvé la vie (j'avais alors 12-13 ans) lors d'un attentat pendant la guerre d'Algérie.

Merci pour votre aide.  Chantal Vincent

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  Le  02  Juillet  2012

Chantal VINCENT de France à :

"Cher Monsieur Korri Mohammed. Comme je vous l'avais dit dans mon message du 29 juin, je vous fais parvenir deux photos. La photo n° 1 : je suis entourée de 2 de mes petits enfants : Matéo - 12 ans (à gauche de la photo) et Marius - 9 ans (à droite de la photo). Comme vous pouvez le voir, j'ai imprimé la photo que vous m'avez fait parvenir. Matéo et Marius la tiennent entre leurs mains. C'est un peu comme si vous aviez été avec nous pour la photo.

Sur la photo n° 2 : en commençant par la gauche : Philippe (mon fils - il est âgé de 44 ans). Moi, j'aurai 65 ans le 20 août prochain. Kim (ma petite-fille - elle est âgée de 18 ans). Carole (ma fille - elle est âgée de 47 ans) et, à nouveau, Matéo."

Amicalement."

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Cet autre message est adressé à Mr KORRI dont voici le contenu

Antony, le 9 juillet 2012

Cher Monsieur Korri Mohammed,

  J’ai reçu vendredi dernier un message du site « alger-miliana » dans lequel je comprends que vous aimeriez avoir des nouvelles de ma famille. Je vous avoue que je ne sais pas très bien comment « aborder » le sujet, surtout par courrier (j’aurais préféré vous en parler de vive voix - lorsque je viendrai à Miliana). Je vais néanmoins vous donner quelques nouvelles.

  Sans doute vous en étiez-vous rendu compte, mes parents ne s’entendaient pas du tout. Mes trois sœurs et moi avons grandi dans les disputes permanentes de nos parents. Lorsque ma mère nous a abandonnées (mes sœurs et moi) la première fois, j’avais 2 ans (nous habitions Palestro à cette époque-là). Puis, mes parents ont déménagé pour venir vivre à Miliana (je devais avoir environ 3 ans). La deuxième fois que ma mère nous a abandonnées toutes les quatre, je devais avoir aux alentours de 7-8 ans. Mais ma mère revenait toujours lorsque son histoire d’amour était terminée. Et la vie reprenait avec mon père.

  Ma sœur Renée s’est mariée avec un militaire qui était venu faire son service en Algérie. Elle a quitté l’Algérie (environ un an avant l’indépendance Algérienne) pour aller vivre en France d’où son mari était originaire. Quelques mois après, ma sœur Marcelle s’est mariée également avec un militaire qui était venu faire son service en Algérie.

  Quand ma mère a décidé (une troisième fois) de quitter mon père pour partir avec un nouvel amoureux (que vous avez sans doute connu … c’était un militaire de carrière. Il s’appelait « Wladyslas Sobanski »), cette fois-ci … elle nous a emmenées (ma sœur Lucette et moi) avec elle. C’était en 1962, au moment où les pieds-noirs quittaient l’Algérie. Malheureusement, outre le fait que de quitter l’Algérie était extrêmement douloureux, nous avons connu les mêmes problèmes avec le nouveau « couple » de ma mère une fois arrivés en France. Les disputes ont recommencé et cette fois-ci ce n’était pas avec mon père mais mon beau-père.

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  Je me suis mariée très jeune (j’avais 17 ans !). J’ai eu deux enfants. J’ai divorcé 23 ans après (l’année de mes 40 ans) en étant vivement critiquée par mes sœurs et ma mère car, dans notre famille, même si on ne s’entend plus avec son mari, on ne doit pas divorcer ! Je n’ai pas respecté la tradition !! Cela paraît stupide aujourd’hui quand on sait le nombre de fois où ma mère a quitté le domicile conjugal !! Au fil des années, mes relations avec ma mère et mes sœurs n’ont fait que se dégrader. Aujourd’hui, elles sont pratiquement inexistantes. De temps en temps, j’ai des nouvelles. Nous ne sommes pas fâchées mais nous n’avons rien à nous dire. Le deuxième mari de ma mère (Wladyslas Sobanski) l’a quittée il y a une vingtaine d’années pour une autre femme. Aujourd’hui, ma mère est âgée de 92 ans. C’est une vieille femme aigrie qui n’a toujours pas accepté de« vieillir ». Elle est fâchée avec tout le monde et elle en veut à la terre entière !

Concernant mes trois sœurs :

Marcelle (71 ans). Elle vit maritalement depuis plusieurs années avec un homme qu’elle a connu après le décès de son mari il y a 28 ans. Elle a deux filles (Nathalie et Elisabeth). Elle n’a qu’un petit-fils. Elle vit avec un homme avec lequel elle ne s’entend pas du tout mais elle suit la« tradition familiale » en continuant à vivre avec lui !

Renée (69 ans). Elle est toujours mariée avec le même homme depuis plus de 50 ans même s’ils se détestent l’un, l’autre chaque jour davantage ! Elle a eu deux filles (Valérie et Muriel). Elle a cinq petits-enfants.

Lucette (68 ans - elle se fait appeler« Geneviève » depuis plusieurs années car elle n’aime pas son prénom).

  Elle a été mariée pendant 20 ans avec un homme qui était beaucoup plus âgé qu’elle. Il y a 3 ans maintenant qu’il est décédé. Depuis, Lucette s’est remariée avec un collègue de travail. Elle n’a pas d’enfants.

  Mon père est décédé il y a 20 ans d’une crise d’asthme. Il avait quitté l’Algérie quelques mois après l’indépendance avec une nouvelle compagne. Je n’ai jamais su pourquoi il n’avait pas pu rester en Algérie puisque tel était son souhait. Dans ma famille, on ne se parlait pas. Une fois revenus en France, nous avons très peu vu notre père. Ma mère ne nous parlait que de sa haine pour lui. D’ailleurs, malgré les années, elle a toujours autant de haine en elle.

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  Etant donné ma franchise, peut-être que certains de mes propos vont vous choquer. Mais je ne sais pas mentir … sans doute parce que ma vie a été remplie de mensonges, de « non-dits » et d’hypocrisie au cours de toute mon enfance et que j’ai pris un chemin totalement opposé à l’éducation que j’ai reçue.

  J’ai élevé mes enfants dans la franchise, le respect et l’acceptation des autres et de leurs différences sans jugement. Ainsi, j’ai le bonheur d’avoir trois petits-enfants qui ont suivi le même chemin par l’éducation que ma fille et mon gendre leur ont donnée. C’est pour moi une joie immense bien plus importante que la réussite sociale et matérielle.

  Aujourd’hui, à 65 ans bientôt, si je regrette l’absence de communication avec mes trois sœurs et ma mère, je sais, malheureusement, qu’il ne peut en être autrement. Leur mentalité n’a guère évolué au fil du temps. Je dirais même qu’avec les années les rancœurs et les frustrations n’ont fait que s’amplifier. Mes sœurs ont élevé leurs enfants de la même manière que nous avons été élevées. Ainsi se perpétuent les haines, les mensonges et l’hypocrisie. Cela me navre profondément mais je ne peux malheureusement rien y changer.

  Ma mère et mes sœurs ne partagent pas mes idées ni ma manière de vivre et de penser d’autant plus que je dis ce que je pense et cela ne plaît pas toujours ! Par ailleurs, n’ayant pas réussi, malgré mon opiniâtreté, à exercer en entreprise ma profession de thérapeute en tant que spécialiste de la « gestion du stress » (les dirigeants français ne sont pas très« ouverts » à ces méthodes), j’exerce depuis 8 ans à 90 % de mon temps comme bénévole dans une association qui aident les chômeurs en difficulté. Beaucoup de personnes que j’aide sont d’origine Algérienne, Marocaine, Tunisienne et c’est un vrai bonheur pour moi de faire bénéficier de mon expérience les gens très « ouverts » et « réceptifs »que je reçois. Il faut que je précise que si le taux de chômage est très élevé en France, les personnes d’origine étrangère sont encore plus touchées par le chômage que les français et françaises. Lorsque ces personnes me remercient du temps que je leur consacre, je les rassure en leur disant que - sur le plan« humain » - je « reçois » autant que je donne. Pour ma famille, travailler en tant que « bénévole », c’est à dire, sans être payé est une stupidité. On oublie simplement que j’aime passionnément mon métier. Je poursuis cependant ma route comme je l’entends. De toute façon, je ne sais pas faire autrement !

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  Dans la banlieue parisienne dans laquelle je vis depuis 25 ans (à Antony) j’ai la chance d’habiter dans un immeuble à loyer modéré (HLM) dans lequel je côtoie chaque jour des personnes de toutes nationalités et surtout des personnes originaires du maghreb. C’est un vrai bonheur pour moi. J’ai toujours un peu l’impression d’être en Algérie !

  Pour revenir à l’Algérie, une autre personne travaillait chez mes parents. Cette personne travaillait au bar. Si mes souvenirs sont bons, il s’appelait « yaya ». Je ne sais pas s’il vit toujours. Bien que travaillant à Miliana, il me semble que sa famille vivait à Palestro où il se rendait régulièrement. Mais je peux me tromper.   

Cet homme m’a sauvé la vie. Je m’explique.    

  Lorsque le bar de mes parents (dans lequel je me trouvais- j’avais alors 12 ou 13 ans) avait été fusillé par des fellaghas, c’est lui qui m’a jetée à terre me protégeant ainsi des balles qui ont fait 15 blessés et 3 morts. Ce dont je suis certaine c’est que je lui dois d’être vivante aujourd’hui. C’était un homme profondément intègre et dévoué que j’aimerais tant revoir s’il est toujours de ce monde.   

  Voilà des années que je n’osais penser que je pourrais retourner en Algérie et, notamment, à Miliana. Depuis que j’ai eu la chance de découvrir ce site « Alger-Miliana », mes enfants et petits-enfants ne font que m’encourager davantage à y retourner. Le week-end dernier ma petite fille m’a beaucoup émue lorsqu’elle m’a prise dans ses bras et qu’elle m’a dit : « mamie, je suis très contente que tu puisses réaliser ton rêve et retourner dans le pays où tu es née ».   

Bien amicalement.

Chantal Vincent

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Miliana, 20 Aout 2012

Famille Vincent, Chantal, Bonjour

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Mr Korri et le patron Roger Vincent

devant le Café Moderne, Cercle du SCMiliana

  Au lendemain d’un carême caniculaire où nous cherchions une énergie à gamberger sans y arriver, nous reprenons notre mission pour vous faire part de quelques éléments de votre correspondant Mr Korri Mohamed.

  Votre dernier et long message a bien été remis à son destinataire qui vous remercie vivement pour vous êtes donné tant de peine en lui rapportant toutes ces nouvelles. Vous savez fort bien que le septuagénaire ne sait ni lire ni écrire mais il se débrouille dans son quotidien à formuler quelques propos pour se faire comprendre comme il lui arrive à bien assimiler ce qu’il entend de personnes tierces pour avoir fréquenter assez longtemps des gens parlant la langue de Molière.

  En ma qualité d’intermédiaire, je lui ai bien expliqué que tout n’était pas rose au sein de la famille, des hauts et des bas comme dans tous les ménages, les scènes, les rancunes, les fugues, les choses de la vie. Il suivait attentivement tout ce que vous lui aviez fait parvenir, les mouvements de chacun des membres de la famille, les chemins entrepris différemment pour chacune de vous.

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  Il avait, à travers ce film, l’impression de revivre sa jeunesse. En regardant bien votre photo de petite famille, tous arborant un sublime sourire, il s’exclama en disant qu’après tant de douloureux moments, c’est en apparence, radieux d’en arriver là quand d’autres personnes ont tout perdu.  Il regrette que cet ensemble courtois soit éparpillé et recommande que quelqu’un parmi vous puisse jouer le rôle de rassembleur.

  A propos de l’évènement à l’issue duquel vous aviez eu la vie sauve, il se rappelle bien de votre sauveur Mr Yahia de Palestro mais il ne le connaît que de prénom. En ignorant le nom patronymique, il en doute fort à le dénicher, malade, handicapé, il n’est pas au point d’aller chercher après lui dans les majestueuses gorges aujourd’hui Lakhdaria.  Il vous suggère de bien prendre des dispositions aux fins de retrouver votre sauveur au bout de quelques jours de recherche.  Il se rappelle bien de cette descente des officiels quand il fut arrêté et emmené à la caserne en portant encore la trace d’un coup de crosse, il fut miraculeusement libéré par votre père de retour d’Alger qui, aussitôt de la nouvelle, clama son innocence et le récupéra. Ci-jointe une photo souvenir en compagnie du patron et de son véhicule.

  En plus du bar, votre papa avait la gérance également d’un mini karting au jardin public dont Mr Korri s’en occupait assidument pour son fonctionnement comme l’illustre une ancienne photo datant de Mai 1961 dont l’enfant conducteur aujourd’hui sexagénaire, relate avec amour le bon temps. Il signale que le responsable du circuit était Mr Korri, une séance de karting valait 01 franc pour environ un quart d’heure, le temps étant compté par un instrument à sable semblable à celui utilisé dans l’émission sportive de fort Boyard. Le circuit était situé sur la placette faisant office de cinéma (Plein Air) ou piste de danse lors des bals organisés durant les fêtes de cerises. Le pourtour du parcours étant sécurisé par des bottes de foin et des pneumatiques usagés.

  Contentons-nous de cette brève réponse empreinte de sympathie à l’égard de celles et ceux qui œuvrent à dépoussiérer un pan de l’histoire.

A bientôt.

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Karting du Jardin Magenta

Conducteur l’enfant Mohamed LANDJERIT

Bonjour,
Ce message est pour toi de Chantal VINCENT :

                                                                                                                                                                                            Antony, le 31 août 2012

Bonjour Monsieur,

  Merci infiniment pour votre mail. Vous n’imaginez sans doute pas l’importance que revêt pour moi votre témoignage. Je pense, notamment, à ce que vous me dites à propos de mon père, à savoir, qu’il avait clamé l’innocence de Monsieur Korri Mohamed à son retour d’Alger. Ce qui prouve, si besoin était, que mon père n’était pas le « monstre » que nous a décrit notre mère depuis notre plus tendre enfance (et qu’elle maintient aujourd’hui encore malgré ses 92 ans !!). Ce témoignage m’est d’autant plus « précieux » qu’il provient d’une personne extérieure à ma propre famille.

  Sans doute savez-vous l’importance d’une mère … difficile de mettre en doute ses propos ! Dans l’esprit d’un enfant : une mère ne peut mentir … et il faut, croyez-moi, des années, d’une part, avant d’admettre la vérité et, d’autre part, pour s’en sortir « psychologiquement ». Et, puisque vous semblez bien maîtriser la langue de « Molière », j’ajouterais que c’est le dur combat mené par le héros du célèbre roman de Jules Renard : « Poil de carotte » !

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  J’ai été néanmoins profondément attristée de lire dans votre mail que je « savais fort bien » que Monsieur Korri Mohamed ne savait ni lire ni écrire. Non, je ne le savais pas. Lorsque j’ai quitté l’Algérie, je n’avais pas 15 ans. La « communication » n’était pas le point « fort » de notre famille. Je n’ai donc jamais pu me rendre compte que Monsieur Korri Mohamed était analphabète. Par contre, je garde ancré dans ma mémoire les injustices dont le peuple Algérien a été victime pendant des années et dont l’évocation seule me bouleverse toujours autant des décennies après ! Par exemple, lorsque je voyais un enfant algérien de six ou sept ans mendier dans la rue, les pieds nus, alors que, au même âge, j’allais à l’école (avec des chaussures..) j’étais « meurtrie » mais je n’en parlais pas et bien d’autres choses encore qui ont marqué ma mémoire à jamais. Ce que je sais de l’histoire de l’Algérie, je l’ai appris en me plongeant pendant des années dans la littérature. Car, si nous ne parlions pas des sujets épineux dans ma famille, cinquante après … c’est, malheureusement, toujours pareil.

  J’ai eu l’occasion, grâce à ce site, d’être contactée par un ancien militaire du CRIRAC (régiment basé à Miliana dans les années 60) qui avait échappé, en janvier 1961, à l’attentat du café de mon père. Nous avons longuement échangé par mail et, lorsque j’ai évoqué les horreurs que j’avais pu voir (dont je n’avais jamais parlé) en lui disant que celles-ci m’avaient en quelque sorte « anesthésiée » à la douleur, il a approuvé ce terme en me disant que pour lui cela avait été pareil. Pour ne plus ressentir la douleur, on « se fait croire » qu’elle n’existe pas. C’est un des moyens pour « survivre ».

  Le jour de l’attentat, je me suis trouvée devant ce paradoxe : un Algérien (à qui je dois la vie) qui m’a jetée à terre pour me sauver d’une mort certaine … de l’autre, le mitraillage du café de mon père par des fellaghas qui a provoqué quinze blessés et deux ou trois morts, tous militaires de l’armée française. Même si « on ne parlait pas de ces choses-là » dans ma famille (et dans bien d’autres familles d’ailleurs …), ce que nous avions appris à l’école c’était que l’Algérie était française … point final … sans nous préciser que les colons français avaient « spolié » les Algériens en s’appropriant leurs terres et leurs biens sans aucune autre raison que … le profit ! Tout cela, et bien d’autres choses encore, je ne le savais pas lorsque j’ai quitté l’Algérie. A l’époque, internet et les réseaux sociaux n’existaient pas !

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C’est la raison pour laquelle j’ai voulu transmettre à mes enfants et petits-enfants l’histoire de l’Algérie et de l’abomination qu’est la colonisation. Aujourd’hui, il me semble, que le mérite de ce site (entre autres choses) c’est justement d’être le lien entre les anciennes et nouvelles générations des deux pays.   

  Concernant le « mini-karting », c’est vous qui m’avait remis en mémoire cette activité de mon père et je vous en remercie. Je l’avais oubliée. Par contre, quand vous parlez de « l’enfant conducteur aujourd’hui sexagénaire » … s’agit-il de vous ?  

  Merci pour la « précieuse » photo que vous m’avez fait parvenir. J’ai spontanément « retrouvé » deux visages très familiers de mon enfance. Je vous en suis très reconnaissante.  

  Mai 2013. Il me semble me souvenir que son prénom était « Fatma » et que son nom de famille était « Labidi ». Je « crois » qu’elle habitait dans le quartier « Korkah ». Je ne sais pas quel âge elle peut avoir aujourd’hui (70 ? 75 ans ?) ni si elle est toujours en vie. Quand j’avais 13 ou 14 ans, elle avait une fille d’environ 4 ou 5 ans.erJ’ai longtemps cherché le nom de la femme qui travaillait chez mes parents pour savoir si je pourrais la retrouver et surtout la revoir lorsque j’irai à Miliana pour les retrouvailles du 1  

  Pensez-vous qu’il soit possible de la retrouver, elle, ou un membre de sa famille ?

  Merci de transmettre à Monsieur Korri Mohamed mon amical souvenir et merci à vous pour votre aide précieuse dans la recherche de mes propres souvenirs.

Amicalement.

Chantal Vincent

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Miliana, le 22 Septembre 2012

Mme Chantal Vincent, mes amitiés lointaines

  Si nous reprenons avec le cycle infernal des atrocités commises par mépris sur les algériens, nous ne pourrons qu’enfoncer encore le couteau dans la plaie et cela ne nous avancera pas à grand-chose en rajoutant encore de la haine par la réputation de leur férocité  impitoyable qui leur sied à l’égard des femmes enceintes éventrées au moyen de baïonnettes, de torture, des êtres sans défense, innocents abattus à bout portant, des personnes de tout âge fuyant l’apocalypse des villages, des hameaux, cachés dans des grottes avec leur bétail que l’occupant s’est fait un plaisir de les étouffer à l’intérieur en y mettant un grand feu et emmurant définitivement l’issue avec l’idée sinistre d’éradiquer à jamais l’existence d’un peuple, d’une culture, d’une civilisation, les ravages des essais nucléaires s’étalant dans le temps handicapant encore de nos jours des vies humaines, une immense zone irradiée à jamais et j’en passe. Une guerre est une guerre, sale et jamais propre, nous espèrerons seulement que la France reconnaisse son tort au lieu de glorifier sa présence sur notre sol.

  En dehors de ce contexte diabolique, sanguinaire et raciste, il y régnait quand même une certaine douceur ailleurs, une complicité amicale civile entre les colons et les nationaux, de bons rapports de voisinage par exemple, comme cette entente qui caractérisa des années durant les vignerons, les grands fermiers, les exploitants agricoles où le jour du grand retour vers l’hexagone, réunirent tout ce monde sous leur autorité respective en leur annonçant avec amertume, leur rapatriement forcé et tous ensemble se fendirent en larmes. Voyez vous, il n’y avait pas que l’odeur du baroud quelque part, en rappel ces soldats si je puis dire sympa qui nous gavaient tous enfants, de bonbons de chocolat et autres confiseries, oui, nous nous souviendrons encore de ces belles images, cette autre gentillesse de notre voisine Madeleine qui m’offrit spécialement tous les jouets trouvés dans des paquets de lessive Bonus et les friandises de Noel et jour de l’An. Parmi vos clients, il n’y avait pas que jean Pierre et Cie mais également des Gentleman locaux  Boualem et consorts accoudés au comptoir en forme de U ou attablés pour des rasades, des cuites jusqu’au matin, leur voix délirante mêlée à la fumée et la mélodie du jukebox. Hélas, il fallait que les choses soient faites, que la terre revienne à ses propriétaires légitimes quelque soit le prix, chèrement payé finalement par le sang des martyrs.  Nous avons su, en bons citoyens, libérer notre conscience pour avancer dans le temps en tournant la page sans la déchirer, en laissant les bourreaux avec la leur,  pleine de remords jusqu’à ce que l’histoire les rattrape et les condamne pour crime contre l’humanité. 

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  En ce qui concerne notre apport d’intermédiaire dans la recherche de votre mémoire, c’est de bonne foi envers l’humanité parce que notre religion nous le recommande vivement, pensez-y à l’au-delà en semant du bien, se sentir utile dans ce monde, c’est toute une fierté, si non le monde n’en serait plus un.  De plus, nous avons par intuition flairé le bon caractère qui vous anime le fait d’avoir éprouvé de la peine à tous ces malheureux que vous aviez croisés un jour sur votre chemin sans pouvoir faire quelque chose bien qu’il y avait une sincère volonté, Dieu récompensera les bienfaiteurs et les bonnes intentions.  Sachez Madame que cette énergie de réunir les égarés de la vie, s’est amplifiée depuis notre réussite des grandes retrouvailles organisées pour les anciens élèves du prestigieux collège des garçons devenu Lycée et qui ne se sont pas vus depuis très longtemps, évènement pour lequel notre Webmaster Noria nous a fait grand honneur par sa présence et qui s’est inspirée elle-même de cette mémorable expérience pour en faire une rencontre du genre courant 2013 à laquelle vous êtes déjà invitée.

  En nous signalant votre arrivée probable l’année prochaine, nous pensons disposer de beaucoup de temps pour réunir les éléments du puzzle, enfin le maximum d’informations par le recoupement et nous y serons inchallah le jour j devant quelque chose de palpable, de grande émotion, une jonction avec le réel enfantin qui vous a fui pendant un demi-siècle. Vous vous rappelez bien de tout le personnel qui a exercé chez les Vincent, j’ai le regret de vous annoncer que Tante Fatma Labidi n’est plus de ce monde, une dame parmi celles qui ont difficilement gagné leur croute, qu’elle repose en paix en attendant que le seigneur nous réunisse tous. Je crois savoir par contre qu’elle a un fils toujours en vie et qui vous sera peut être utile dans vos recherches, aux dernières nouvelles, apparenté même au senior Yahia.

  Le Café Moderne aussitôt récupéré fut affecté au Sporting Club Milianais, votre appartement au premier transformé en bureau administratif, à l’abandon depuis des années manquant une sérieuse restauration, le Bar à usage de café toujours ouvert, agonisant au gré des humeurs comme un être humain.

  Pour rappel, le conducteur du mini karting est quelqu’un qui a fréquenté longtemps le milieu des européens résidents à Miliana et qui est tout disposé à apporter son témoignage sur les uns et les autres à l’occasion de notre prochaine rencontre que nous espèrerons vous comblera de bonheur.

Bonne réception

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  Aussitôt arrivée à la cité millénaire, célèbre par ses remparts témoins de civilisations antérieures et les personnalités qui y séjournèrent dont elle connait vaguement les coins et les recoins, elle pointa le nez dans une structure toute fraiche de replâtrage donnant une autre vie au château du savoir. Toisant le lycée et sa blanche splendeur, l’image d’une adorable enfance lui effleura l’esprit, quand, haute comme une pomme vêtue de son tablier d’écolière naïve, elle martela insouciante le pavé pendant la récréation avec ses copines de classe. Revenant sur terre, elle eut un avant-gout des festivités féminines programmées le lendemain et déjà les présentations fusèrent illico en échangeant quelques propos avec les dames internautes connues du site et autres invitées. Flânant dans les ruelles surmontées de feuillage dense des platanes, à la recherche d’un indice, d’un ancien repère, elle reluqua avidement les bâtisses et commerces en essayant de se rappeler du moindre détail, hélas, le temps avait déjà fait son effet, elle se contenta de nombre de précisions et autres indications lancées par les accompagnateurs, entrecoupées curieusement d’un tas de questions. Marathonienne, elle n’eut le moindre essoufflement en avalant des kilomètres par jour, le chant audible du merle envahissant les lieux boisés, la verdure, stimulant le rythme des promeneurs au-delà du crépuscule.     

  Nous descendîmes la rue Saint Paul en voiture, Mr Korri embarqué à bord scrutant la moindre silhouette étrangère. Réveillé à demi-sieste, il s’empressa de répondre au besoin d’une lointaine connaissance dont l’éternelle absence leur changea tous les deux, la physionomie.  Une brève visite au café de son papa grouillant de monde en fin de journée et replongea dans sa marche en lorgnant les platanes centenaires. A l’annonce de ce qu’elle chercha, elle resta figée sur le trottoir, les mains cachant le visage laissant de grands yeux fixés sur une tête à travers la vitre du côté passager, miracle de l’instant et dans un geste de folie mélangée à une joie invraisemblable, elle se dirigea toute émue à la rencontre d’un vieux pépère diminué physiquement. Elle monta et fut rejointe par son ange gardien, caméra aux poings.   Aux propos d’une langueur manifeste à l’adresse du septuagénaire et l’envie irrésistible de le serrer bien fort, des hochements et des chuchotements pour toute réponse, heureux qu’il était de savoir que des âmes d’ailleurs pensent encore à lui. Maudit soit l’évènement séparateur des êtres chers au détriment de leur bonne volonté à vivre en paix.   La pointe des blagueurs devenue celle de grands rêveurs à ce moment précis était l’endroit idéal en disposant d’un laps de temps à évoquer le passé, l’amabilité des relations patron-employés, les joies et les peines partagées, le gringo y répondait avec la même attention vouée comme autrefois à sa fétiche protégée.

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Qui l’aurait cru ?

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  A trois pieds dont deux bio perdant depuis de leur tonus, une grande dame souriante lui tendit la main pour se hisser sur le trottoir et semble dire à son vis-à-vis, et alors, toute cette éclipse, pourquoi ? J’y suis pour rien Chantal, c’est la fatalité, une décision d’en haut, conséquences d’un conflit armé, la haine instaurée par la guerre et tant d’autres méfaits auxquels on n’y peut rien, tout ce malheur a pris fin et je suis content que tu sois là. Un visage qui lui est toujours familier malgré le poids des ans, un remarquable changement dans la corpulence, l’essentiel pour lui demeure la surprise de l’enfant gagnant en maturité qui se décide contre vents et marrées à faire ressurgir le passé avec le même amour d’autrefois. Une heure riche en discussions en sirotant du thé en ce dernier jour frisquet du mois d’avril, portant sur la vie et l’activité des Vincent vouée exclusivement au commerce, Palestro, El-Eulma et Miliana. Le fait le plus marquant fut l’attentat de Janvier 1961 dont elle devint la petite miraculée, clouée au sol par le réflexe de son sauveur Yahia, l’acte par lequel cette adorable famille décida contre son gré à rejoindre le clan des rapatriés.

  Nous étions tout un groupe à fêter calmement ces retrouvailles, attentifs aux différents commentaires, cheikh Landjerit, Bradai, l’inévitable Bouzar, Mme Ferroukhi, Mister Korri et la vedette du jour flanquée en professionnelle, de baskets prête à en découdre sur les circuits urbains. Jamais femme n’eut autant de succès en ville, ne suscita autant d’admiration, un écho formidable du site qui fit d’elle une curiosité à dévorer toute crue, simple, aimable, humble, disposée à l’écoute et c’est, non sans états d’âme qu’elle s’attira lors de son intervention au lycée, une attention particulière de l’assistance qui la couva de you-you en hommage à sa vie parsemée d’embuches, son courage, sa pitié pour les démunis et son amour pour la patrie qui l’a vu naitre.

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  Un patrimoine historique, culturel à découvrir et la radieuse ne se refusa à aucune sollicitation pour rattraper ce qui lui a échappé avant l’indépendance. Matériel et immatériel, un tour d’horizon par toutes les structures aux explications bien affirmées par les connaisseurs des différentes branches, Manufacture de l’Emir, lieu où elle reçut toute étonnée du bon voisinage, la galette du bonheur sortie tout droit du tadjine, signe affectif de bienvenue des habitants du quartier des Annassers envers une étrangère incarnant la gentillesse et la bonté, ensuite, la vieille mosquée, la piscine, le Musée de l’Emir qui en fut son Bunker durant l’occupation, le jardin public, les établissements scolaires et une foule d’informations sur les différentes activités artisanales, artistiques etc. Chaque jour, il lui est proposé une vue panoramique de tous les endroits dominant la cité, un régal visuel par les lumières étincelantes où le relief accidenté accentua le charme urbanistique et l’envie de séjourner ou de poser pied pour le restant de sa vie...

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Manufacture d’armes de l’Emir

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Une délicieuse boisson au café Vincent

   Lors d’une promenade nocturne tardive, nos pas nous menèrent par hasard au-devant du café moderne, déserté par ses habitués mis à part une table, au fond, occupée par des amateurs de jeux. Elle n’hésita pas à en prendre la température du moment dont elle a perdu coutume. Présentée au cafetier responsable, tout le monde était intrigué par cette visite qui de surcroit concernait une dame civilisée. Prenant connaissance, les joueurs se mirent à palabrer lui faisant voir leur volonté, leur envie de partager un temps en sa compagnie. Elle se fraya une place au milieu du groupe au-devant d’une boisson offerte gracieusement à sa santé, refusée pour raison de santé et la sympathie s’y installa avec un dialogue estropié à la hache en y rajoutant la gestuelle pour faire passer les messages, le rire aux éclats. Nul ne pouvait deviner le sentiment enfoui dans le cœur de la bonne dame, un instant mémorable où il nous fut difficile de la déloger n’était l’annonce de la fermeture aux environs de 22 h.

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Elle constata d’entrée, une salle bien dégagée, le comptoir en forme de U adéquat naguère à une compagnie d’amateurs de liqueurs, avait disparu, remplacé par de plus banal dans les cafés actuels. Elle prit énormément de plaisir à scruter minutieusement les lieux, les images d’une cellule familiale défilèrent avec amertume, disloquée et qui peine à se reconstituer selon les souhaits, qu’il en soit ainsi par la volonté divine et sagement, celle de tous les membres, dictée par l’esprit sacré des liens fraternels.

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  L’heure de vérité, intense en émotion fut sans doute celle où la balade d’un soir après un détour par Ben Allel (Ex ;Levacher) se termina devant l’appartement des Vincent. Le rendez-vous fut conclu entre le Cheikh et un certain Rachid responsable des bureaux du Club local. A partir du seuil, l’examen comparatif des lieux n’attesta aucune nuance sauf la vétusté du bâti, les traces du temps et l’indécision à l’entretenir auraient encouragé son effondrement en ruines. Les mêmes marches de marbre et la rampe sont toujours là foulées et caressées de nouveau par une ancienne propriétaire, les yeux en apparence, secs et limpides, le cœur, vous l’auriez deviné, soumis à rude épreuve. Sur le palier, elle pointa le doigt en direction d’une porte, celle de l’homme recherché, le courageux et sauveur Yahia. Elle continua à gauche, caméra dans son sillage, elle donna toutes les indications avec certitude en longeant un couloir classique, sa chambre qu’elle partageait avec sa sœur, une autre pour Renée et Marcelle, le salon, la chambre des parents en face, la salle à manger surmontée au plafond d’une ouverture par où s’invite la lumière du jour et donnant en temps utile, accès à un refuge disait-elle, à la moindre alerte sonnée. J’affirmerai que depuis une licence junior de foot contractée et les réunions des matchs tenues au salon, je n’ai plus remis les pieds jusqu’à faire partie ce jour du groupe accompagnant cette personne laissant son enfance emprisonnée entre les murs et qu’elle vienne à l’instant de la retrouver, malmenée mais bien présente.

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Rapport beauté-nature

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  Le séjour prit fin autour d’un déjeuner copieux chez le cheikh Landjerit, une somptueuse demeure agrémentée de roses où chaque coin recèle une histoire, une anecdote, une blague. Lieu incontournable de tous les étrangers, orientés en majorité vers ce monsieur qui préserve par bonheur la coutume de bien recevoir, le parler régulier au point qu’il se voit investi par la société d’un rôle qui lui sied à merveilles, accompagnateur de bon aloi suscitant de la considération et de la reconnaissance. Chantal ne peut affirmer le contraire et même les organisatrices des retrouvailles ont trouvé en lui, l’homme de toutes les situations par son habileté professionnelle à réguler les évènements festifs. Pour faire face aux impondérables, la coordinatrice principale de cette rencontre historique a eu le bon flair en appelant le Cheikh, une providence de dernière minute où un climat de sérénité s’est installé, une assurance instaurée et une animation des plus dignes plateaux de télé à l’honneur des présents d’ici et d’ailleurs.

  En ce samedi nuageux et clairsemé par moments, la mission de Chantal devrait continuer en direction des gorges de Palestro. Native de ce relief aux falaises abruptes, elle salua sa ville adoptive en promettant de revenir un jour et s’en alla en compagnie de sa fée, une bien-aimée, sitôt rencontrée, sitôt choyée pour s’engager toutes les deux à dénicher Yahia laissant Mr Korri se demander un dimanche matin, elle est vite arrivée, à peine repartie qu’elle me manque déjà, c’est vrai que la star exposée aux feux des projecteurs pendant une semaine ne  disposait que très  peu de temps pour satisfaire tous les désirs.

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Lycée de filles : Lieu des retrouvailles 2013

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  A bord de la carlingue déchirant le ciel d’Afrique et survolant la méditerranée à destination de Roissy, son chez soi et son entourage avide de beaux souvenirs ramenés du pays du soleil, hardie, Miss Chantal aura réussi à gouter à son fantasme en jaillissant des abimes et écrire sa propre histoire dans une ville qu’elle redécouvre métamorphosée et nullement rancunière en accueillant à bras ouverts, ses enfants que le destin les a éloignés cruellement de leur milieu naturel. Une nouvelle page vient de s’ouvrir pour cette visiteuse furtive en adhérant désormais à notre cause (avancer sans oublier) et répandre auprès de ses compatriotes, la disponibilité des sudistes à évoluer sereinement au développement des relations futures avec les nordistes, il y va de l’intérêt des deux communautés pour faire front commun à l’instauration d’une paix sociale et un avenir meilleur. Salutations amicales et fraternelles aux Vincent d’Anthony. 

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Le Jardin Public Ex Magenta

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Piscine Municipale Ex Saint Antoine

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Vue sur la ville / Point Nord-Est

  Je ne saurais remercier tout ce beau monde pour l’accueil chaleureux qu’il m’a réservé, l’attention qu’il n’a cessée de me manifester durant tout le séjour en l’assurant de ma profonde reconnaissance et ma sincère gratitude.

  Tout le plaisir était pour nous Madame et sachez que vous ne faites pas exception à nos coutumes maghrébines, nord-africaines de bien recevoir nos invités en leur souhaitant que la joie les accompagnera partout et sur tout le circuit touristique qu’ils emprunteront avec une totale confiance.

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Vue par la haute montagne

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Saint Paul, fascinante rue ombragée, halte exquise au bar moderne des Vincent

  Idéal refuge, une rasade sèche aux esprits tourmentés, s’avère bonne tournure

 Présentoir achalandé de liqueurs et de cristal en rangées scintillant éblouissant

 Les serveurs, bon pied, bon œil, aux clients, commandes honorées sans rupture

Accoudés au comptoir, civils et artilleurs servis de verres pleins rafraichissants

Filles du patron en renfort, attentives à tout mouvement sans négliger la mesure

Aux compatriotes séducteurs, l’oreille tendue, la discussion de thème intéressant

 Défoulement sur fond de musique, ambiance feutrée, tard jusqu’à la fermeture.

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___L’Horloge____

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Commentaires (1)

Chantal
Merci Med Midjou pour avoir pris le temps de cette "rétrospective" de mon histoire basée sur nos nombreux échanges par mails et ce, à partir de notre "rencontre" sur le site de Noria en 2012 ainsi que vos interventions en tant que "messager" entre Mohamed Korri et moi ! A l'aube de mes 70 ans, cette rétrospective ne fait que me conforter dans l'idée que le "bien vieillir" nécessite impérativement d'avoir réglé nos comptes avec le passé aussi douloureux soit-il (parfois même, une blessure peut devenir une force !). A cela s'est ajoutée la chance exceptionnelle que j'ai eue, celle de l'accueil inoubliable que j'ai reçu en 2013, cinquante et un ans après mon départ de Miliana, de TOUTES les algériennes et TOUS les algériens sans exception qui sont en grande partie à l'origine de ma résilience. Qu'ils en soient tous remerciés. Le 1er mai prochain je reviendrai à Miliana uniquement pour la joie de vous retrouver toutes et tous dans une ville chère à mon cœur. Les souffrances du passé ont été cicatrisées et, comme vous me l'aviez si bien dit Med : tourner une page ne signifie pas pour autant la déchirer. Une métaphore que j'utilise très souvent depuis car je la trouve parfaitement juste.

Bonne journée à tous.

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