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Cafés maures d’antan dans la casbah

Zoudj Ayoun / Café d'Ismailia (Café des Sport) au 18 rue Bruce

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 Autrefois, les cafés maures faisaient office de foyers culturels notamment dans la vieille médina qu’est l’antique Casbah d’Alger. Dans une atmosphère conviviale, et autour d’un café fleurant bon, les musiciens et autres mélomanes citadins se réunissaient, l’espace d’une qaâda pour encenser les lieux de volutes musicales andalouses.

Ces espaces, vers lesquels affluaient des gens de la périphérie de la ville d’Ibn Mezghenna et d’autres villes comme Koléa, Blida, Cherchell, Méliana connues pour leur penchant musical andalou, constituaient un support incontournable pour les musiciens qui enchantaient l’auditoire de leur répertoire musical «zyriabien».

Qahouat Laârich, située au niveau de la rue Kleber dont le nom est relatif à un pied sarmenteux de vigne sous lequel les amateurs de la djezoua y laissaient couler leur dolce vita. Un café qui servait de lieu de rencontre pour les musiciens qui venaient y décompresser en jouant des morceaux du répertoire andalou. Dans cette même vieille médina, il y avait Qahouet Bouchaâchou’e où de vieux mélomanes citadins se rencontraient de manière assidue. Le grand maître Mohamed Sfindja, connu pour son activité artistique fréquentait quotidiennement ces espaces. D’autres cafés maures ne désemplissaient pas de mélomanes comme Qahouet Malakoff, située à la rue du Vieux palais ou Qahouet el Boza qui drainaient de jeunes récipiendaires mélomanes.

Un autre café dit Qahouet Lafnardjia, situé au niveau de la souikia où les lampistes observaient une halte quotidiennement au milieu des alladjia et autres épigones de la zorna.
Plus bas, à la pêcherie ou Bab El Bhar, il y avait le café de Hadj Brahim fréquenté, lui aussi, par nombre de musiciens. Le maître du chaabi, Hadj M’hamed El Anka avait son propre café, le café des Sport situé à la rue Hadj Omar (ex-rue Bruce). Le lieu, dont la façade revêtue de mosaïque, où boxeurs, cyclistes et footballeurs y élisaient leurs quartiers. Des bribes de réminiscences de ce patrimoine immatériel dont se remémorent, non sans une pointe de nostalgie, les sexagénaires des cafés Gourari, Tlemçani et El Kamel. Quant aux cafés littéraires, on n’en trouve pas trace au sein du milieu citadin algérois. Hormis Nadi ettaraqi, foyer ou club à affinité religieuse, l’espace culturel algérois s’y prêtait à une autre atmosphère, contrairement aux traditions de certains pays du Moyen Orient, où le café fait office de foyer littéraire par excellence, à l’image du café Fishawi du Vieux Caire qui a vu défiler les Tawfiq El Hakim, Taha Hussein et autre Naguib Mahfoud et bien d’autres cafés à Beyrouth ou Damas où, des récits de conte sont lus jusqu’à nos jours devant un auditoire passionné.

Par : F. Baba-Hadji

Commentaires (3)

ferhaoui
  • 1. ferhaoui | 27/05/2015

bonjour tout le monde lorsque je suis arrivé à milana en 1968 ils existaient à la place du charbon un ou deux cafés typiquement mauresques à l'époque avec les élèves entre autres benyoucef , touat, et kouadri nous avons immortalisé quelques peintures et croquis et nul doute je me rappelle comme aujourd'hui c'est vous dire l'année1970 : pour les besoins d'un film, (le décor avec mon ami zazak allah yrhameh) on a réactivé un des cafés maures entre autres aussi le décor du forgeron de l'époque années 1830 comme les rares vestiges encore visibles dans le paysage de milianah au reste merci y a f- baba-hadji pour ce beau texte un travail de patience des fais n'instruira le lecteur motivé ...le peintre, l'historien le poète etc. l'ami ferhaoui, oran.

Meskellil
  • 2. Meskellil | 27/05/2015

Quelle savoureuse promenade à la rencontre des cafés maures algérois, mythiques pour certains d’entre eux. Je ne suis pas sexagénaire, mais la nostalgie est forte et le sentiment de grande perte aussi. C’est un peu de notre âme qui a été abandonnée, délaissée, ou peu conservée.

Vous avez le talent de recréer le décor et l’atmosphère d'antan. C’est dense, vivant, si authentique que l’on vit vraiment avec vous ces moments privilégiés.

Merci beaucoup F. Baba-Hadji pour ce sentiment de très douce nostalgie, même si le retour à la réalité est quelque peu brutal.

Chantal

Bonjour à tous,

Belle rétrospective des cafés maures ! Celle-ci m'a fait revenir bien des années en arrière, à Miliana, lorsque je passais chaque jour en allant ou en revenant de l'école devant ce café maure, pas très loin du café de mon père. A l'époque, j'étais enfant, et je me souviens de cette sérénité qui se dégageait de ces hommes assis à des tables à l'intérieur ou à la terrasse de ce café maure en train de discuter calmement, tranquillement. Par contre, je ne me souviens pas de la musique qui pouvait être diffusée.

Merci à vous F. Baba-Hadji pour cette jolie rétrospective !

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