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La légende de Sidi F'lih

De Belkacem BABACI

Partie 1:

  La naissance du « Saint homme

E 7  ‘’ Sidi Flih  Aâtitek MAGHROUF  Sehih, Attini  Radjel M’lih ’’

Tout en répétant trois fois son incantation comme le veut l’usage, la jeune fille noue un morceau de tissu de sa couleur préférée, après l’avoir embrassé pour l’imprégner de son souffle, au-dessus de la tombe du  Saint Homme. Lorsque ses vœux auront été réalisés, elle reviendra pour le dénouer; et pour le remercier d’avoir été exaucée, elle devra faire des offrandes aux plus démunis.

Souriante et comblée, elle se mêlera au groupe de nombreuses femmes qui sont venues réclamer pour elles ou pour leurs filles, le mari bon et juste, que chacune attend sans jamais céder au moindre découragement.

A celles qui viennent enfin dénouer leur mouchoir ou leur foulard pendant que fusent les rires de gaieté et des youyous harmonieusement timbrés, on adresse avec un enthousiasme délirant, des félicitations qui dissimulent à peine quelques secrètes envies.

Dans ce paisible sanctuaire de Sidi Abderrahmane Tâalibi, qui rassemble tant d’hommes vénérables, tel que Sidi Mansour ou Sidi Ouali Dada, c’est de toute évidence, sur Sidi Flih que repose le ferme espoir des jeunes filles à marier ou celui des victimes de l’adversité : les inconsolables veuves et les malheureuses divorcées en quête du nouvel époux, pour illuminer leur sombre existence.

Je sais par mère, qui le tient elle-même de sa grand-mère, qu’à une époque bien lointaine vivait dans la basse Casbah un homme d’une grande piété. Apôtre  jouissant d’un vaste savoir, il enseignait le Saint Coran aux enfants ; sage, réputé pour sa compréhension, il prodiguait ses conseils à qui le sollicitait ; source de bénédictions célestes, les formules qu’il rédigeaient apaisaient les esprits les plus troubles et les âmes les plus angoissées. Cet homme vertueux et irréprochable s’appelait Sidi  Mohamed Ben Merouane, qui sera père de Sidi Flih.

On raconte qu’il vivait avec son épouse Naima et sa mère Lala Taouès dans une maison, une Douéra située non loin de Sabbat El Hout  (voûte aux poissons ) et de Kâa-Essour (la base du rempart.) Cette Douéra ressemblait à la plupart de celles de la Casbah, elle était dotée d’un patio, (Wast’dar), était entourée de six colonnes en tuf, et se composait de deux chambres (biouttes) l’une occupée par le couple et l’autre par la vielle mère .

Dans un  semblant d’étage supérieur, se trouvait une pièce de petites dimensions (Bertouz) qui servait à entreposer les couvertures et le linge, on y accédait par un étroit escalier en colimaçon au menzeh, c’était en l’occurrence une pièce donnant sur  la terrasse.

Dieu seul, grâce lui soit rendue, décide de parfaire les choses.

En effet, à la quiétude du bonheur de la petite famille, il manquait quelque chose. Et, bien précieuse celle-là, à qui sait la mesurer à sa juste valeur. Que dire ? Après bien des années de vie commune, aucun enfant n’est venu égayer la maisonnée, et Sidi Mohammed Benmerouane en était douloureusement affecté.

Néanmoins, cette douleur, domptée, apprivoisée, car triomphait d’elle la résignation à la volonté divine et l’acceptation des arrêts du destin.

N’est-il pas dit et prescrit que tout est dans la main de Dieu ? Et, n’est-il pas écrit dans le Saint Livre que ne désespèrent du Seigneur que les gens de l’impiété ? Préserve notre esprit et notre âme, Seigneur des Hommes et des Anges, des noires pensées !

Ô miracle ! Voilà qu’un jour Naima sentit la vie se manifester au fond de ses entrailles. Quel prodige ! C’était bien une petite merveille d’existence qui faisait frémir ses tendres chairs ! le couple et Lalla Taouès étaient submergés de bonheur, si bien que plus tard, à sa naissance, il prénommèrent le petit garçon ‘’ FLIH ‘’ inspiré par le verbe ‘’ yeflah ‘’qui signifie en substance ‘’ réussir tout ce qu’on  entreprend ‘’, comme pour susciter en sa faveur les forces positives de l’avenir ….

Partie 2:

  L’élève

Caravane  Flih le bien nommé grandit dans cette Casbah séculaire au milieu des autres enfants, et à l’âge de dix ans il récitait déjà le Coran.

Il lui arrivait alors de remplacer son père à la tête de la classe, lorsque celui-ci était fatigué ou souffrant. Devant cette réussite éclatante qui augmentait chaque jour le prestige et la renommée des siens, Naima éprouva, pour mieux soutenir cette réputation, le besoin d’une vie mondaine plus approprié, plus marquée. Elle désirait recevoir ses voisines et discuter des après-midi entières avec elles tout en sirotant un thé comme cela se faisait dans la maisons, où le savoir-vivre était d’usage.

On ne saurait décrire alors ô combien elle était chanceuse, comblée, à quel point la fortune l’avait  favorisée et fait briller sa bonne étoile.

Hélas ! Le petit patio de sa modeste demeure était constamment encombré de divers ustensiles et impropre à accueillir ses invitées.  Des objets accumulés pêle-mêle dans tous les coins achevaient de rendre la courette intérieure semblable à quelques bazars inextricables. Que faire, Seigneur ? Par quoi commencer pour démêler ce cafouillis ?

Pour ce faire, il fallait  bien ordonner, aménager avec soin sa chambre, et effacer toute trace de négligence. Mais tout cela n’était possible qu’à une seule condition : installer sa belle-mère dans le la petite chambre de la terrasse  Pour le reste, il était nécessaire de mettre de  l’ordre dans le patio et transformer ainsi celle de la belle mère en un joli petit  salon de réceptions..

Naima n’ignorait pas que pour entamer l’opération, il fallait d’abord convaincre son époux , Sidi Mohammed Benmerouane, du bien-fondé du projet .

Celui-ci refusa net, mais Naima était patiente et persévérante. De semaine en semaine, elle revenait à la charge, expliquant que Lalla Taouès serait bien plus à son aise dans le minzah loin du va et vient incessant et du bruit. Elle l’assurait qu’elle même serait toujours là pour répondre à ses moindres désirs. Elle fit tant et si bien que le mari, convaincu finit par céder, et il porta lui-même la vieille dame impotente sur son dos jusqu’à la terrasse.

Ainsi,  Lalla Taouès élue domicile dans le petit menzeh, jusqu’à la fin de sa vie.

En ce temps-là les gens avaient l’habitude de prendre un repas léger pour leur déjeuner, généralement constitué de lait caillé et d’un morceau de pain. Le soir, par contre, l’on se réservait un repas plus copieux : couscous, ou pommes de terre en sauce, garnis de poulet, et plus rarement de mouton.

Au maître de maison était dévolue la tâche de répartir les parts. Acte d’équité et qui se faisait selon un rituel ancré dans un usage imperturbable.

Nourrissant une immense tendresse pour sa mère, Sidi Mohammed Benmerouane ne manquait jamais de réserver la meilleure tranche de viande à Lalla Taouès. Mais, oh ! comble de cruauté ! Lorsque Naima lui apportait son assiette au minzah  son avidité et sa goinfrerie, prenant le dessus, la poussaient à avaler gloutonnement la part de poulet dessinée à la pauvre belle mère ..

Sidi Mohammed Benmerouane ne sut jamais la vilaine manœuvre de son épouse à l’égard de sa mère bien aimée, et celle-ci ne s’en plaignit à aucun, moment.

Pendant ce temps, Flih avait appris le Coran et tout ce que son père pouvait lui enseigner. Il fut décidé de l’envoyer parfaire ses études chez les Maîtres renommés du Maghreb et du Monde Arabe.

C’est ainsi qu’il rejoignit une caravane qui faisait route vers Tunis, le chef des caravaniers étant un ami de son père.

Comme tout pèlerin à la quête du savoir, il n’avait pour tout bagage qu’un balluchon et une besace que Naima avait tendrement remplie de quelques provisions. Le précieux viatique était composé de trois boules de R’fiss, un pain cuit sur le tadjine, des dattes et une poignée de figues sèches. Il avait en outre quelques sous que son père lui remit avant son départ…

Partie 3:

   D’élève à maître

Ahm 225x300  Flih S’en alla quérir le savoir, pourvu de la modique somme que son père lui avait donné avant son départ…

Maigre fortune sans doute, mais qu’à cela ne tienne ! Au bout de cette route, longue et éprouvante, il pourra par la grâce et l’aide du Seigneur, apaiser sa soif de connaissances en s’abreuvant jusqu’à satiété aux sources mêmes du savoir.

Cette perspective enchanteresse atténuait la tristesse du départ et lui ferait à coup sûr supporter l’absence de ceux qu’il aimait par-dessus tout, Son brave père  Sidi Mohammed Benmerouane qui lui avait révélé  tant de merveilles, sa tendre mère Naima, et l’aïeule dont les cils semblaient toujours perlés de larmes qui ne descendaient jamais sur ces joues ravinées.

Il demeura ainsi à l’étranger jusqu’à l’âge de vingt ans, fréquentant avec assiduité la célèbre Mosquée de Kairouan, se perfectionnant dans l’art du tafsir et de la théologie. A la fin de ses études, il avait le sentiment que son instruction était complète. Ainsi se trouva t-il une fois poussé à acquérir quelque aréopage qui répondait à son impérieux besoin d’érudition et de savoir. Il fit route cette fois-ci toujours vers l’Est, vers la lointaine Egypte.

Là, il  étudia trois années dans la célèbre mosquée ‘’El Azhar’’  et ses effort se virent couronnés du titre éminent de Docteur en Théologie. Pour achever ce brillant parcours et rendre grâce à la volonté suprême qu’il l’avait rendu possible, Flih décida d’accomplir le rite dont rêve tout musulman : le pèlerinage à la Mecque. Il y séjourna une année entière.

Durant tout le temps de son absence, Flih n’oublia jamais El-Djazair, son pays natal, et il pensait sans cesse au jour où, en homme accompli et sage, il reviendrait sur les lieux de son enfance pour professer.

Sa nostalgie ne tarda pas à se muer mystérieusement en lancinante inquiétude. En effet, il se mit toutes les nuits à faire d’étranges rêves. Ses voyages nocturnes étaient tristes et tourmentés. Ils le ramenaient immanquablement vers la Casbah, vers la Douéra où des êtres chers se languissaient de lui. Il essaya  de se persuader qu’il s’agissait simplement de pénibles images qui hantaient son sommeil et qui disparaîtraient comme elles étaient venues.

Mais son malaise était tenace et il ne pouvait plus le dissiper. C’est ainsi qu’il décida de retourner dans la demeure ancestrale. Les préparatifs du départ se firent avec une fébrilité mêlée de joie.

Sur la route il médita longtemps sur cette destinée qui l’avait, tout jeune encore et sans expérience, conduit en des contrées lointaines à la quête des secrets de la création et des lois divines. Il fit le serment de consacrer le reste de sa vie à ce qui était juste et de se tenir aux côtés des plus faibles.

Son retour fut accueilli avec une joie indescriptible. Naima qui, quelques années auparavant, avait serré tendrement contre son sein l’enfant qui partait, était impressionnée par l’homme qui se tenait devant elle et son étreinte se mêla d’émerveillement et de respect.

Quant à Sidi Mohammed Benmerouane, il avait bien vieilli et les rêves de Flih s’avérèrent prémonitoires. Le sage père était malade et ses forces avaient déclinées. La joie du retour s’en trouva ternie.

Tiraillé par l’impatience de revoir l’aïeule, Flih grimpa le petit escalier en colimaçon pour embrasser Lalla Taouès qui vivait toujours dans la pièce du minzah. La grand-mère ne put retenir ses larmes qui inondèrent sont visage. Le jeune homme l’étreignit avec la douceur et l’attachement qu’il lui avait manifesté très tôt et resta longtemps auprès d’elles, lui racontant les étapes de son long périple.

La minuscule chambre s’éclaira au récit de ce fabuleux voyage, s’anima au souvenir des rues pittoresques de Tunis et grouillantes du Caire, et s’emplit de ferveur à l’évocation du tombeau du prophète, que le Salut de Dieu soit sur lui .

La grand mère vivait recluse depuis si longtemps. Elle n’avait pour toute visite que celle de Naima qui tous les soirs, lui montait son repas sans viande, et celle de son fils, Sidi Mohammed Benmerouane  qui passait l’embrasser et lui souhaiter une bonne nuit. La vie ‘’ d’en bas ‘’ lui manquait, mais elle ne s’en plaignait jamais. Le retour de Flih, sa tendresse et ses merveilleux propos, pleins d’images et de vers, furent pour elle un tendre et caressant rayon de soleil qu’elle gardait précieusement au fond de son cœur usé par le poids des ans.

Une fois passée l’émotion des retrouvailles, on célébra le retour de l’enfant prodige avec un grand faste, et tous les voisins furent conviés à la Wâada, cette grande fête où le couscous et généreusement servi en reconnaissance à la clémence divine qui avait permis que le fils aimé revienne de cette odyssée saint et sauf.

Sidi Mohammed Benmerouane, qui s’affaiblissait sans cesse, souhaitait du fond de son cœur de ne pas quitter ce monde sans voir son fils marié. Naima s’en alla donc faire sa demande auprès de la  famille d’un vénérable tisserand rue de la Casbah.

 Celui ci, mesurant la valeur du fils à celle du père accorda sans la moindre hésitation  la main de sa  fille la jolie Mériem, au jeune prétendant. Un mois après, on célébra le mariage.

Le vieux père, cédant tout naturellement sa chambre au jeune couple, s’installa avec Naima dans la chambre qui avait été, des années auparavant, celle de Lalla Taouès avant d’être transformée en salon.

 Quant à la petite pièce à l’étage supérieur, elle reçut les affaires de la mariée. Peu de temps après, l’aïeule, Lalla Taouès, s’éteignit comme elle avait vécu, discrètement emportant avec elle son triste secret. On l’enterra dans le Cimetière d’El-Kettar, et  sera bientôt rejointe en sa dernière demeure par Sidi Mohammed Benmerouane, qui ayant revu son fils une dernière fois et l’ayant marié, n’attendant plus rien s’en alla serein et reconnaissant en la miséricorde divine.

Flih succéda à son père. On l’appela désormais Sidi Flih en hommage à l’ascendant notoire, au vaste savoir de bon héritier, et par respect à son titre de Hadj. Sidi Flih agrandit et modernisa la petite école coranique. Il y enseigna outre le Coran, la géographie et l’astronomie…

Partie 4 et Fin:

   L’homme juste

Si 415x280

 Flih S’en alla quérir le savoir, pourvu de la modique somme que son père lui avait donné avant son départ…

Maigre fortune sans doute, mais qu’à cela ne tienne ! Au bout de cette route, longue et éprouvante, il pourra par la grâce et l’aide du Seigneur, apaiser sa soif de connaissances en s’abreuvant jusqu’à satiété aux sources mêmes du savoir.

Cette perspective enchanteresse atténuait la tristesse du départ et lui ferait à coup sûr supporter l’absence de ceux qu’il aimait par-dessus tout, Son brave père  Sidi Mohammed Benmerouane qui lui avait révélé  tant de merveilles, sa tendre mère Naima, et l’aïeule dont les cils semblaient toujours perlés de larmes qui ne descendaient jamais sur ces joues ravinées.

Il demeura ainsi à l’étranger jusqu’à l’âge de vingt ans, fréquentant avec assiduité la célèbre Mosquée de Kairouan, se perfectionnant dans l’art du tafsir et de la théologie. A la fin de ses études, il avait le sentiment que son instruction était complète. Ainsi se trouva t-il une fois poussé à acquérir quelque aréopage qui répondait à son impérieux besoin d’érudition et de savoir. Il fit route cette fois-ci toujours vers l’Est, vers la lointaine Egypte.

Là, il  étudia trois années dans la célèbre mosquée ‘’El Azhar’’  et ses effort se virent couronnés du titre éminent de Docteur en Théologie. Pour achever ce brillant parcours et rendre grâce à la volonté suprême qu’il l’avait rendu possible, Flih décida d’accomplir le rite dont rêve tout musulman : le pèlerinage à la Mecque. Il y séjourna une année entière.

Durant tout le temps de son absence, Flih n’oublia jamais El-Djazair, son pays natal, et il pensait sans cesse au jour où, en homme accompli et sage, il reviendrait sur les lieux de son enfance pour professer.

Sa nostalgie ne tarda pas à se muer mystérieusement en lancinante inquiétude. En effet, il se mit toutes les nuits à faire d’étranges rêves. Ses voyages nocturnes étaient tristes et tourmentés. Ils le ramenaient immanquablement vers la Casbah, vers la Douéra où des êtres chers se languissaient de lui. Il essaya  de se persuader qu’il s’agissait simplement de pénibles images qui hantaient son sommeil et qui disparaîtraient comme elles étaient venues.

Mais son malaise était tenace et il ne pouvait plus le dissiper. C’est ainsi qu’il décida de retourner dans la demeure ancestrale. Les préparatifs du départ se firent avec une fébrilité mêlée de joie.

Sur la route il médita longtemps sur cette destinée qui l’avait, tout jeune encore et sans expérience, conduit en des contrées lointaines à la quête des secrets de la création et des lois divines. Il fit le serment de consacrer le reste de sa vie à ce qui était juste et de se tenir aux côtés des plus faibles.

Son retour fut accueilli avec une joie indescriptible. Naima qui, quelques années auparavant, avait serré tendrement contre son sein l’enfant qui partait, était impressionnée par l’homme qui se tenait devant elle et son étreinte se mêla d’émerveillement et de respect.

Quant à Sidi Mohammed Benmerouane, il avait bien vieilli et les rêves de Flih s’avérèrent prémonitoires. Le sage père était malade et ses forces avaient déclinées. La joie du retour s’en trouva ternie.

Tiraillé par l’impatience de revoir l’aïeule, Flih grimpa le petit escalier en colimaçon pour embrasser Lalla Taouès qui vivait toujours dans la pièce du minzah. La grand-mère ne put retenir ses larmes qui inondèrent sont visage. Le jeune homme l’étreignit avec la douceur et l’attachement qu’il lui avait manifesté très tôt et resta longtemps auprès d’elles, lui racontant les étapes de son long périple.

La minuscule chambre s’éclaira au récit de ce fabuleux voyage, s’anima au souvenir des rues pittoresques de Tunis et grouillantes du Caire, et s’emplit de ferveur à l’évocation du tombeau du prophète, que le Salut de Dieu soit sur lui .

La grand mère vivait recluse depuis si longtemps. Elle n’avait pour toute visite que celle de Naima qui tous les soirs, lui montait son repas sans viande, et celle de son fils, Sidi Mohammed Benmerouane  qui passait l’embrasser et lui souhaiter une bonne nuit. La vie ‘’ d’en bas ‘’ lui manquait, mais elle ne s’en plaignait jamais. Le retour de Flih, sa tendresse et ses merveilleux propos, pleins d’images et de vers, furent pour elle un tendre et caressant rayon de soleil qu’elle gardait précieusement au fond de son cœur usé par le poids des ans.

Une fois passée l’émotion des retrouvailles, on célébra le retour de l’enfant prodige avec un grand faste, et tous les voisins furent conviés à la Wâada, cette grande fête où le couscous et généreusement servi en reconnaissance à la clémence divine qui avait permis que le fils aimé revienne de cette odyssée saint et sauf.

Sidi Mohammed Benmerouane, qui s’affaiblissait sans cesse, souhaitait du fond de son cœur de ne pas quitter ce monde sans voir son fils marié. Naima s’en alla donc faire sa demande auprès de la  famille d’un vénérable tisserand rue de la Casbah.

 Celui ci, mesurant la valeur du fils à celle du père accorda sans la moindre hésitation  la main de sa  fille la jolie Mériem, au jeune prétendant. Un mois après, on célébra le mariage.

Le vieux père, cédant tout naturellement sa chambre au jeune couple, s’installa avec Naima dans la chambre qui avait été, des années auparavant, celle de Lalla Taouès avant d’être transformée en salon.

 Quant à la petite pièce à l’étage supérieur, elle reçut les affaires de la mariée. Peu de temps après, l’aïeule, Lalla Taouès, s’éteignit comme elle avait vécu, discrètement emportant avec elle son triste secret. On l’enterra dans le Cimetière d’El-Kettar, et  sera bientôt rejointe en sa dernière demeure par Sidi Mohammed Benmerouane, qui ayant revu son fils une dernière fois et l’ayant marié, n’attendant plus rien s’en alla serein et reconnaissant en la miséricorde divine.

Flih succéda à son père. On l’appela désormais Sidi Flih en hommage à l’ascendant notoire, au vaste savoir de bon héritier, et par respect à son titre de Hadj. Sidi Flih agrandit et modernisa la petite école coranique. Il y enseigna outre le Coran, la géographie et l’astronomie…

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