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Abdellah El Oustoul, le mastodonte

Par Slemnia Bendaoud

De son vrai nom BOUHADJAR Abdellah, celui-ci était plus connu par son surnom d’El Oustoul, hérité dès les premiers jours de son installation !  Grand de taille, l’homme très fort et bien musclé, était taillé dans cet acier qui ne rompt jamais ou au sein de ce métal qui ne plie guère devant tous les dangers qu’il avait à les affronter.

Nous parvenant autrefois du lycée d’Es Salem de l’ex El Asnam (Chlef actuellement), il fut très vite adopté par les élèves ayant ce même accent rural de la plaine plus bas que son jumeau ou correspondant des hauteurs de Miliana, en l’occurrence, celui de Mustapha FERROUKHI.

 Son transfert ou atterrissage forcé le fut donc dans ce statut fort relevé de ce surveillant et non comme un modeste ou simple lycéen, chose autrefois très commune à tous les internes.

Ayant gardé à l’excès la pratique de ce langage bien campagnard qui tranchait de manière très abrupte avec celui plutôt bien fin des milianais, ce nouveau ‘’pion’’ était un gars très dur à cuir, bien difficile à embobiner. Pénaud et bien finaud, il laissait, en rusé renard, souvent faire avant d’agir très promptement, bien sévèrement aussi.

Côté discipline, il était vraiment très à cheval sur la règlementation, jusqu’à parfois ne rien négliger de son  grand zèle dans tous ces menus détails qui ne touchaient bien souvent que très peu à l’ordre et à la bonne tenue du groupe dont il avait la charge de la surveillance de ses comportements.

 D’ailleurs, avec lui, ce fut bien simple : tout le monde s’en tenait à carreau ou à cette rigueur disciplinaire et se comportait comme s’il était à la caserne, même si l’uniforme n’était pas au menu ou au rendez-vous du rassemblement matinal.

Il nous dépassait tous  d’un cheveu, d’un pouce, d’une tête complète, de ce petit quelque chose ou en tout : par sa grande taille, sa voix haute et caverneuse, son regard réprobateur et parfois très inquisiteur, le pas alerte et très cadencé, souvent bien relancé, puisque tenu de nous accompagner pour quelques dizaines de mètres plus loin, tous les soirs et matins du lendemain à cette église-dortoir, que tout le monde hantait sous ce prétexte qu’elle était encore habitée par ces fantômes de colons très religieux voulant toujours s’accrocher à leur caillou ou pays de naissance et d’enfance.

Ainsi, sous sa ferme autorité et inflexible fermeté dans son langage hautin, jamais plaisantin, on allait, en grandes fournées d’escouades de jeunots et sous bonne escorte, chaque soir, faire cette obligatoire messe, se prosterner ou encore bien prier, les yeux fermés et le corps allongé sur nos lits de camps jusqu’au petit matin en minables lycéens : qui pour décrocher son bachot, qui pour juste passer sans trébucher à cet étage supérieur.

Mais derrière la grande carrure de cette impressionnante stature se cachait dans les fins fourrés de son imposant corps un tout autre gentil homme, une bien sensible âme, qu’il fallait aller la dénicher, de son état si profondément nichée, dans ce difficile cliché à oser le domestiquer, encore et toujours le provoquer, afin de définitivement l’extirper de cette attitude plutôt méchante qui cadrait, en fait, très mal avec les grandes qualités humaines, souvent invisibles mais insoupçonnées de cet individu hors pair.

A force de le taquiner astucieusement, de le titiller à distance, de le provoquer à dessein, de bien mener aussi cette ‘’Grande flotte’’ en bateau sur cette ‘’mer montagneuse et très rocheuse du Zaccar’’, on aura fini par ‘’déshabiller le roi’’ sinon finalement bien parvenu à ‘’amadouer ce grand lion’’.

Cette tâche, très ardue, au demeurant, fut astucieusement et difficilement réalisée, tenant compte de ce probable ou inévitable retour de manivelle dans le comportement, jugé comme très sensible et bien susceptible, de cette grande masse de chair et de muscles où la graisse n’avait droit qu’à une minable place au sein de cette très grande corpulence, au regard de ses distances prises avec les autres pour réprimer, en retour, toutes les familiarités.

Bien miraculeusement, on y est tout de même parvenu ! Longtemps épié dans ses menus mouvements et autres habituels comportements, on avait donc réussi à le cataloguer, à mieux l’identifier dans ses profondes entourloupettes et sacrées intimités.

En grand fan de la fabuleuse poésie, il aimait ces textes ensorceleurs et très ciselés, ces mots simples et très forts, volés à l’idylle de la très belle littérature, ces phrases superbes dont débordent à profusion ces torrents de la magnifique prose, osée et très bien dosée, ce rythme de la musique douce qui accompagne cette rime cadencée, bien nuancée, à l’envi ressassée…

Diagnostic en main, on pouvait donc se permettre avec lui toutes ces folies des plutôt innocents mais bouleversants jeux d’enfants, ayant réussi à faire passer entre les narines d’un taureau râblé et très puissant l’hameçon de ce petit anneau de sécurité  par où ils pouvaient le tenir pour le soumettre à ces autres exhibitions forcées dont ils tiraient profit dans leur amusement et autre divertissement.

El Oustoul avait un faible pour cette voix mélodieuse des grands chantres arabes féminins, mais aussi pour ces tubes presque tous bien réussis et grand succès d’Elvis Presley dont il cherchait toujours à imiter sa voix, sa danse, sa coiffure, sa façon de s’habiller et ce regard héroïque livré en signe de triomphe à son très large public.

Aussi, à chaque décès de l’un de ces rossignols de renom dont il empruntait, un soir égaillé, sa mélodieuse voix, il faisait, à sa propre manière, son durable deuil, nous faisant à nous, qui n’éprouvions souvent que peu de peine à la suite de la disparition de son chantre, cette tête de cancre de la classe qui rivalisait amplement avec celle des plus grands truands ou tauliers du monde.

Dans ce cœur de fer, mais plutôt éprouvé en intimité, de ce grand ‘’dictateur des  internes’’ existait, en fait, une bien petite âme fragile, partie très tôt à la recherche de cette âme-sœur, dans ce brouillamini  vocal et musical, chérie et aimée au dessus de tout mais jamais révélée en public.

Ce fut cette porte d’accès au travers de laquelle on s’était faufilé pour accéder sans le moindre risque d’être rabroué ou réprimandé à l’humeur matinale du chef et à quelques passe droits, faisant sciemment entorse à cette, tout à l’heure seulement, très rigide et bien inflexible réglementation de l’établissement dont il était pourtant le garant et le symbole de sa bonne expression et implacable application.

C’est d’ailleurs sur cette même base et lancée qu’on devait se retrouver, juste quelques mois plus tard, à l’université d’Alger, afin de continuer avec lui cette aventure extraordinaire, grande fédératrice de ce lien amical durable, né au sein de cette vie communautaire dont le lycée Mustapha FERROUKHI en était ce témoin oculaire et séculaire.

Habillé en Jean très chic, souvent acheté au sein des grands magasins ‘’Mark and Spencer’’ d’Oxford Road de London, et en chemise flottante à col ouvert révélant un buste robuste et à découvert semé d’un duvet très répandu et bien touffu au niveau du sternum sur lequel pendait, étincelante au contact du soleil, une toute petite et presque invisible chaine en or, El Oustoul faisait dans ce cliché qui singeait à distance son chanteur préféré dont il avait appris par cœur ou sur le bout des doigts ses meilleurs tubes, grâce à ses fréquents déplacements en Grande-Bretagne.

Devenu plutôt très distrait, l’âge aidant et les moyens financiers ne faisant jamais défaut, Abdellah El Oustoul prenait toujours la vie du bon côté, cherchant à vraiment bien en profiter, jusqu’à souvent bien risquer ces trop longs et bien couteux déplacements européens.

Il se sentait ou se croyait très viril au point où il eut dès les premières années de son mariage toute une série de jumeaux, presque tous des garçons, faisant avec surtout cette osée allusion à son impressionnante taille qui les procréait, défiant, au passage, toutes les règles authentiques et très strictes de l’implacable médecine de la physiologie et de la généalogie.

Happé par le son très rythmé de la belle musique et de ses refrains de jolis couplets, il l’était également envers ce bruit tonitruant du ronflement des moteurs de très grande puissance de ces voitures de luxe et à grande vitesse qu’il aimait conduire comme un fou du volant.

Mieux encore, cette grande princesse qu’il chérissait et dont elle avait su, au passage, deviner le personnage très paysan qu’il étrennait, il la surnommait ‘’la Mercédès’’ comme s’il s’agissait d’un cheval qu’il devait aussitôt enfourcher, d’une tenue qu’il devait enfiler, d’un gant qu’il devait à longueur de temps porter afin de protéger avec ses doigt, ou tout juste d’une paire de chaussures qu’il allait par terre trainer, là où il passait où repassait…

Issu d’une famille très aisée et bien friquée de ces gros propriétaires terriens de la grasse plaine du Chélif, il s’en foutait bien royalement de cette fortune parentale. Tant il était toujours resté cet oiseau très libre qui aimait toujours prendre de l’air afin de planer bien haut au sein de l’Azur pour visiter le grand désert, l’immense mer et tous ces coins ou recoins les plus reculés de notre formidable univers.

Seulement, comme tout illustre et grand poète ou magnifique et très prestigieux artiste-athlète, sa vie ne pouvais également jamais se conjuguer avec cette étonnante longévité accordée aux seuls rois et forts têtus souverains de notre misérable planète, afin de faire durer leur règne et plaisir de nous gouverner avec cette main de fer, il sera malheureusement cueilli à froid par cette imprévisible faucheuse des êtres qui détruit les grandes âmes.

Ce fut, il y a juste deux petites années seulement,  pour ce personnage qui aura longtemps su pourtant très bien résister à plusieurs balles terroristes assassines qui devaient trouer son corps lors de ces années de terreur et de misère de cette décennie noire et rouge de la plus vile histoire du pays, alors qu’il se trouvait au sein de cette petite échoppe d’un banal barbier de sa ville natale.

Derrière cette grande masse et imposante carapace physique se cachait, en fait, dilettante et très présente, cette extraordinaire amitié à un jour convoiter, ce cœur à prendre, cet espace à au plus vite occuper, ce territoire à rapidement peupler, ce vide à incessamment meubler, cette âme à au besoin apprivoiser en vue de bien la protéger après, aussi longtemps que possible la conserver…

Ainsi s’en est allé à jamais dans ces hautes vagues de la vie  ce grand bonhomme dont l’évocation de son nom symbolisait cette immense flotte qui faisait naguère tant peur à tout son monde à la ronde !

Je  me permets de dire, ici, toutes mes condoléances et ce sentiment de grande tristesse que je ressens à l’égard de cet ami qui fut si léger pour le groupe d’étudiants que nous fumes, en dépit du poids considérable de sa grande corpulence.

 

      Repose en paix, Abdellah ! 15

Commentaires (4)

Miliani2Keur
  • 1. Miliani2Keur | 10/06/2014

Bendaoud

El Oustol : une invitation a l'Anarchie du Grand large

votre plume se bonifie, une prose en poéme pour la peinture d'un personnage, personne qui dépasse le commun des conformistes que nous sommes ces lucioles qui embellissent nos quotidiens mornes. improbables et réels florissant à chaque lieu, chaque quartier. L'évocation de son nom seul est une raffale d'air salin et de mirages promis ... vous fouilléz les détails, captez le moindre suc a la mesure de votre affectuosité, votre tendresse pour cet Ostoul que méme la mort n'a pas coulé finalement

merci pour cette provision, Génereux bendaoud

Benabdellah Mohammed
  • 2. Benabdellah Mohammed (site web) | 09/06/2014

ESSALEM à toutes et à tous.Que Mr Slemnia Bendaoud soit remercié pour cet hommage mérité au défunt Abdellah Allah yerhmou notre ami et frère de toujours.Je l'ai connu en 1973 ,on était ensemble dans la meme classe en terminal Sc Ex et on était en meme temps collègue le temps d'une année scolaire.On était maitres d'internat au lycée Mustapha Ferroukhi.Dans sa vie professionnelle il était certes stricte mais juste.Son impressionnant gabarit ,une force de la nature, lui donnait cet air méchant mais derrière cette image virtuelle se cachait une autre personne autrement sensible et généreuse et à l'écoute de ses protagonistes.En privé il ne se privait pas de d'éclater en fou-rire à chaque drole situation.Il croquait la vie à belle dents.Il ne se souciait jamais des lendemains.Devant des situations difficiles ,il trouvait toujours la parade.Il était très disponible.Il avait un sens de l'amitié très prononcé.Il lui arrivait de céder sa part pour d'autres personnes biens démunies.Il faisait toujours bon coeur contre mauvaise fortune.Il est parti, hélas, un peu trop tot.Telle a été la volonté de notre Créateur.Repose en paix mon ami!

Deghrar Djilali
  • 3. Deghrar Djilali | 09/06/2014

Cher Djilali,(Slémnia Bendaoud)

Merci de nous faire ces anciens souvenirs et surout notre feu ami et fidel compagnon qui était Bouhadjar Abdallal dit: El oustoul.Personnage aimable,très courtois, disponible et très humble.Il était également un play boy. Que notre Dieu lui accorde une place dans son vaste paradis.

Merci de nous avoir fait rappeler ce grand monument.

Hortense
  • 4. Hortense | 09/06/2014

ALLAH yarhmou bi rahmatih.

NB/:Ne dit -on pas que l'habit ne fait pas le moine?
Ou les apparences sont souvent trompeuses.
Ainsi va la vie,et ce n'est pas kada qui me contredira.

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