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Rachid BOUDAOUI, l'enfant terrible de Miliana

Par Slemnia Bendaoud

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Né au tout début de la révolution, on eut dit qu’il était venu au monde avec seulement juste quelques années de retard sur les ténors du football de la région. Tant l’équipe de la ville de Miliana (le SCM) qui le précédait d’une génération savait vraiment manier à merveille le ballon rond.

Accroché tout de même à son tout dernier wagon, il eut, tout compte fait, cette chance inouïe de côtoyer fort heureusement certains d’entre eux, à la longévité certaine ou avérée comme Ghouti , Kadi, Tibahine et compagnie…

Mais le plus gros du groupe dans son ensemble, lorsque celui-ci faisait cette fête du football sur les terrains de jeu, lui avait vraiment échappé ; sinon il aurait vraiment été dans son élément, car bien couvé et probablement sérieusement pris en charge par ses ainés qui furent presque tous des joueurs d’exception, vraiment très doués.

Miliana, dès la fin des années soixante du siècle dernier, disposait déjà au sein de son mythique équipe de cette terrible attaque, alors composée des Bentabak, Khelifa et Kadi, qui crachait le feu. Mais pas seulement !

Aussi, celle-ci n’était-elle pas souvent alimentée par ces balles de match ou passes décisives et très imaginées par ce milieu royal où évoluait à son aise cette triplette de choix que furent les Ghouti, Landjerit et l’excellent Fodil Bengrine, le génie et l’intellect de la formation de la ville des cerises.

Quant au compartiment défensif, il fut cette muraille chine très compacte où se démenait tel un véritable diable le capitaine Mahsen aux côtés des Bessekri, El Foul, Belachheb et cette ‘’tête d’or’’ nommée Tibahine.

C’est dire que le chalenge qui attendait déjà au pied de l’escalier de sa fulgurante mais très courte carrière sportive ce tout jeune lycéen, encore frimousse, à l’allure très ado,  était des plus compliquées,  sachant que pour lui, il fallait faire autant sinon bien mieux que ses très valeureux et bien talentueux ainés.

« Aux Ames bien nées, la valeur n’attend point le nombre des années », dit la sagesse, dont ce tout petit prodige du football milianais allait en faire sa véritable devise, son vrai crédo,  sa seule motivation, aidé en cela par ce talent fou ou hors pair qui allait à lui  seul faire la différence sur le terrain de vérité.

Rachid Boudaoui, ce faux maigre, ce squelette plutôt très musclé, cet enfant plutôt effacé, paraissant un peu penaud, savait déjà très jeune bien tripoter le ballon, s’appliquant au  fil de ses nombreux essais à fignoler ses trajectoires, en bien mesurant l’impact parabolique et très géométrique de ses passes lumineuses, affutant, à l’envi, cette grosse force de frappe tentée souvent de loin comme palliatif à ses impossibles incursions ou très difficiles percussions dans le camp adverse.

Lui, Belgrine et Landjerit, ses ainés et joueurs préférés, auraient pu toutefois jouer dans n’importe quel club de l’élite nationale et même à l’étranger. Tant ils étaient vraiment surdoués, pétris de qualités techniques, et à la valeur intrinsèque des plus relevées.

De plus, à bien souvent les voir à l’œuvre, il aura appris à  singer ce drible en l’air du premier mais aussi à peser de tout son poids sur le match à l’image du second-nommé, en sus de ce tir foudroyant qui lui avait été initié par son co-équipier nommé Ghouti.

Mais là, c’est vraiment une toute autre histoire, dans la mesure où l’aventure de Krimo Landjerit, tentée avec le Mouloudia d’Alger (MCA) au tout début des années soixante-dix du siècle dernier, tourna très court, se heurtant de front à cette paire des frères Tahir qui dictaient encore leur loi au sein du doyen des clubs algériens de football.

Fort heureusement, il y eut, enfin, l’arrivée de ce diable de Aissa Draoui qui réussira à tous les en déloger de là pour prendre ensemble à un quelconque intervalle de temps ce chemin du dépit qui mène tout droit au club Belcourtois (CRB), son voisin d’à côté.

Au sein  de  cet immense territoire de la grande et très riche vallée du Chélif, seuls deux noms dominaient tout le reste de leurs nombreux semblables ou co-équipiers : il y avait Rachid Boudaoui à l’est, et Mustapha Meksi à l’ouest.

A l’mage de ce qu’était naguère Frèha au MC Oran, Salhi Abdelhamid à l’ESS,  puis plus tard, Bencheikh  pour le MC Alger, Belloumi au GC Mascara, Assad  pour le RC Kouba ou encore Madjer au NAHD (Hussein Dey), Rachid Boudaoui fut cette autre étoile scintillante ou véritable idole qui planait très haut sur tout le ciel du football milianais, assurant à lui seul le beau spectacle tous les dimanches après-midi.

Déjà international junior bien avant ce stage de Roubaix (Nord de la France) juste quelques années seulement avant cette mémorable épopée de cette même sélection en 1979, héroïque finaliste  de la coupe du monde contre cette Argentine de Maradona, il fut prédestiné à cet avenir heureux qu’il espérait pourtant très prospère.

Néanmoins, il se posait pour lui cette double équation à résoudre au plus vite : entre concilier études et football  ou seulement opter en faveur de cet avenir qui dépendait de la trajectoire que devaient impérativement lui tracer ses études universitaires dans la filière ‘’sciences économiques’’ où il y était déjà étudiant.

Devant pareil difficile choix à prendre sur le champ, et surtout à cause de cette réflexion déplacée, non encore à ce jour complètement avalée ou effacée de sa  mémoire, que lui avait inopportunément faite un entraineur étranger au sujet de cette longue tignasse, alors à la mode, qu’il étrennait, il refusait donc, à la fois, et cette aventure qui hypothèquerait ses études et surtout cette osée ressemblance à l’autre sexe dont il était l’objet, pour abandonner momentanément les terrains de foot.

Quel gâchis !  Quel fiasco !  Etait-ce le chaos ?!  Pourquoi donc cette brutale interruption ? Etait-elle vraiment dépendante de cette seule option alors prise dans la précipitation ?  Comment un tel talent footballistique fut-il si facilement sacrifié sous l’autel de ce seul paramètre (ou paravent) de ces études à suivre ? N’existait-il pas, à l’époque, une toute autre médiane ou intermédiaire solution, en mesure de sauver autant le sportif que le studieux étudiant ?

Autant de supputations qui resteront encore sans réponse, tant que l’intéressé lui-même n’aura pas encore jugé utile de nous éclairer de sa lanterne au sujet de ce très brusque frein d’une carrière footballistique des plus prometteuses qui lui tendait pourtant les deux bras,  bien haut et à distance !

On était donc tous restés sur notre faim, nous qui voyions en lui ce futur espoir du football de la région, s’éteindre à la manière d’une bougie abandonnée en pleine nuits à de très violents vents du désastre,  lesquels vents auront tout détruit de ce rêve de le voir monter  d’un cran pour porter le maillot national de l’équipe fanion (sénior) du pays.

Cependant, ce fut là où s’arrêtait, bien malheureusement, cette fulgurante ascension et non moins très remarquable carrière footballistique de ce grand prodige de l’ex Zuccabar, se résignant à complètement abandonner ses chaussures à crampons, troquées contre cette plume du Savoir  choisie en dernier ressort.

N’étant pas le seul à faire autrefois ce tout nécessaire choix –bien souvent la pression terrible des parents y met aussi du sien-, il n’aura fait qu’assurer ce minimum requis tant que le foot, à l’époque, ne lui permettait guère de ruminer toutes ces folies qui font courir de club en club tous ces pieds-nickelés qui ne savent pourtant même pas bien tirer dans un ballon !

Ainsi, l’éclipse fut alors des plus prévisibles, même si au travers de  sa seule silhouette, angélique mais très athlétique, se profilait à l’horizon ce gène confirmé d’un très grand artiste de la balle ronde, sommé de faire ce douloureux choix qui lui fera à jamais abandonner les terrains de foot pour ne se consacrer désormais qu’à ses études dont dépendait justement son avenir professionnel.

Ce fut une question de destin. Et le sien ne pouvait donc quitter d’une semelle l’enceinte de l’université ! Ainsi prenait donc fin cette aventure magnifique, malheureusement interrompue à un moment jugé comme crucial dans le sens de son développement et très large expansion.

Lorsque l’on connait ce très grand potentiel de ce jeune étudiant dans la manipulation du ballon, dans sa capacité à en faire toutes choses extraordinaires, dans sa manière de le tripoter, de le cajoler, de le faire voler, de le faire taire à même le sol ou parterre, de l’amortir dans sa façon de venir  se blottir sur sa poitrine, de l’envoyer en l’air chercher d’autres repères, comme outil de combat ou de véritable guerre, l’on ne peut que rester vraiment stupéfait ou perplexe devant ce train  rapide qui refusait manifestement de démarrer, afin de faire ces très longues chevauchées dont il détenait en plus cette grinta de toutes les remporter à la série, toutes confondues à elles-mêmes ou même individuellement et bien séparément !

L’enfant terrible de Miliana a fait ses premières classes sportives (extra-compétitives) au sein de ces stades de Dona et de la Pointe des Blagueurs, se faisant au passage remarquer par ses grands chefs-d’œuvre et surtout sa grande animation du jeu, pour taper dans l’œil des grands techniciens du football, lesquels n’hésiteront guère un seul instant pour l’enrôler tout jeune qu’il fut parmi l’effectif sénior de la contrée.

Il en fut d’ailleurs très vite promu au rôle de son véritable patron, tant ses qualités techniques indéniables l’emportaient sur tout le reste de ses co-équipiers. En parallèle, il fut également ce véritable maitre à jouer de l’équipe du lycée Mustapha Ferroukhi où il était encore élève dans la filière sciences naturelles, à l’instar d’autres véritables vedettes comme Akli (USM Blida), Sid Ali Habouche (USM Alger et USM Blida), Boumati (NAHD – Hussein-Dey)…

Pur produit de cette ville des cerises, Rachid Boudaoui restera ce fils du bled qui aura toujours préféré uniquement évoluer au club de ses premiers amours, pour ne jouer que sous l’auvent de sa propre demeure.

Son nom restera gravé dans la mémoire de tous ceux qui l’auront connu ou croisé le fer contre lui sur les nombreux terrains de foot du pays, en plus de tout ce nombreux public qui voyait en lieu cette belle étoile sans laquelle il n’était nul besoin de connaitre cette pleine lune qui étalait son charme discret sur l’étendue du territoire de la contrée.

Ayant décroché trop tôt ses crampons, il ne pouvait dès lors se permettre de transmettre tout son génie ou virus labélisé de la balle ronde à ces autres étoiles qui montaient en puissance que furent Omar Mayouf et Benbarek dit ‘’Kopa’’ afin de poursuivre leur combat de la même façon et sur la même lancée que lui.

Le foot milianais en est depuis bien orphelin ! Il manque de génie tout simplement ! 

Commentaires (7)

omar
  • 1. omar | 21/07/2016

Je cherche les coordonnées de ABDESSELAMAYENE du lycée Ferroukhi

Tahir
  • 2. Tahir | 28/01/2016

LANDJERIT Abdelkrim a été champion d'Algérie 1971/72 et vainqueur de la coupe du Maghreb avec le MCA - Ali BENFEDDAH était l'entraîneur.
Il n'a pas renouvelé la saison d'après sans que l'on sache pourquoi. Mais quand je lis dans le texte du correspondant Milianais : "se heurtant de front à cette paire des frères Tahir qui dictaient encore leur loi au sein du doyen des clubs algériens de football" franchement je ne comprend pas.
Krimo a été très bien accueilli à son arrivée dans la famille Mouloudéenne et très vite adopté par les supporters. Le MCA était en chantier et faire partie de son effectif était une marque de talent te celui de Landjerit a été très vite reconnu. En amical contre Coritiba et dès le 1er match contre la JSK il a été sur la liste des 13 (2 remplaçants à l’époque). S’était bien défendu il n’a pas mis beaucoup de temps pour être dans le 11 de départ à 7 ou 8 reprises.
Mais jouer et gardes sa place n'était pas facile pour tout le monde, 4 ou 5 parmi les anciens étaient titulaires, les autres devaient cravacher pour y arriver.
Zerroug l'ailier gauche ne s'étant jamais remis d'une grave blessure la saison précédente, pour le suppléer l'entraîneur cherchait parmi Landjerit - Tahir 2 - Aïzel - Zenir - Sadek et Bousri : 6 jeunes joueurs (entre 18 et 21 ans).
Les plus doués étaitent sans contsete Landjerit et Aïzel mais n’étaient pas des ailiers et celui qui était à l’aise à ce poste était le jeune des frères Tahir. Avec Ali Benfeddah Allah yerhmou les 6 ont eu leur chance avec presque autant d’apparitions les uns que les autres.
Les Tahir ne dictaient aucune loi au MCA, l’un avait 19 ans, et dicter sa loi à cet âge à des gens comme Braham DERRICHE, Mouloud DJAZOULI, Ali BENFEDDAH était impensable. Quant à TAHIR Hassane l’aîné, à part faire du cinéma pour accepter de signer (contre un petit chèque) il n’était pas mauvais gars du tout. Même s’il préférait que ça soit son frère qui soit utilisé à la place d’autres (à cause de 50 DA de prime de l’époque). C’était la vedette et le buteur de l’équipe : 29 des 61 buts du MCA étaient de lui cette saison-là) avec le titre de meilleur buteur du championnat quand-même. La saison d’après KHABATOU ne voulait plus de lui dès la phase retour il est parti au CRB.
LANDJERIT retouné à Miliana, la place du 11 était toujours vacante : aucun des autres n’a pû s’imposer : le jeune Tahir a été barré dès la signature, Zenir converti en défenseur et Bousri en 9 et buteur inégalé à ce jour (168 buts recensés à ce jour).
Moi je pense que Krimo LANDJERIT a fait le mauvais choix en quittant le Mouloudia car je le voyais bien dans la grande équipe couronnée en 1976 (il avait le niveau, il lui manquait un peu de patience et de courage dans l’adversité).

Voici une fiche archivée saison 71/72 :

Saison 1971/72 - 1 match amical MCA - Coritiba (Brésil) - 14 matchs (13 en championnat et un en Coupe du Maghreb 3-0 contre ES Tunis il a remplacé Bachta en 10)

Dimanche 3 octobre 1971 - Bologhine : MCA 4-0 ESS - buts : Landjerit 26' - Betrouni 32' et 81' - Tahir Hassan 64'
Kaoua - Amrous Sadek - Cheikh (Touati) - Mahiouz - Mekideche - Zenir - Betrouni Omar - Bachi - Tahir Hassan - Bachta - Landjerit (Bousri)

Tahir2 et Landjerit : 7 fois titulaires et 7 fois remplaçants : la preuve qu’il était considéré comme un joueur du Mouloudia à part entière et que personne ne dictait de loi à l’entraîneur.

Landjerit 2 buts : 4-0 ESS 1er but et 2-1 Hamra Annaba il marque le but de la victoire (qui a compté le jour du sacre Mouloudéen)

Un salut chaleureux à Abdelkrim de la part d’un supporter Mouloudéen de sa génération qui ne l’a pas oublié 45 ans après.

Zouaoui mourad
  • 3. Zouaoui mourad | 06/11/2015

UNE PIEUSE PENSEE POUR LE FRERE DE RACHID BOUDAOUI DECEDE A L AGE DE 20 ANS ALORS QUE NOUS PARTAGIONS LA MEME CLASSE DE SECONDE ( 1967/68) .
IL ETAIT D'UNE RECTITUDE MORALE EXEMPLAIRE ,IL ETAIT D'UNE INTELLIGENCE VIVE , UNE GRANDE CAPACITE DE MEMORISATION AVEC UN COURAGE MESURE ET JUSTE .
EN REALITE NOUS SOMMES TOUS A ALLAH ET C EST VERS LUI , S E U L , QUE NOUS REVENONS ......ALLAH YERHAMOU

ahmed
  • 4. ahmed | 06/11/2015

Cherchali ( le rouquin ) était aussi un très grand joueur .

Herti
  • 5. Herti | 13/08/2014

Bonsoir, je suis un ancien du Mouloudia de Cherchell et j'avoue que j,étais un fan de Rachid Boudaoui je l'ai vu jouer jouer 2 fois après que les Habbouche et Abdesslamayene mes coéquipiers du MSC n'arrêtaient pas de nous raconter ses exploits je rêvais de jouer contre lui et ça s,est réaliser c'était à Cherchell MSC/SCM Miliana nous a battu par 1 but à 0 et devinez qui a marqué le but de la victoire Boudaoui bien sûr. Je cherchais sur le net une photo de lui et par chance les anciens du lycée qui savent être reconnaissants l'ont affiché, je vous dis merci.

Farah
  • 6. Farah | 15/07/2014

eh oui quel bel hommage au milianais Rachid, moi j'étais copine avec sa petite sœur, et à l'époque déjà il avait la réputation du garçon de bonne famille et très bien éduqué. Je savais ( à l'époque) qu'il jouait dans le SCM mais j'ignorait cette réputation de grand joueur qu'il avait. En tout cas s'il est en vie Allah yahafdhou ainsi que sa petite sœur que j'ai perdu de vue depuis 1978.
Merci à Slémnia de nous avoir replongé dans la belle époque à Miliana.

Meskellil
  • 7. Meskellil | 12/07/2014

Bel hommage que vous rendez à ce footballeur d'exception! Je rajouterai, pour compléter ce tableau que Rachid Boudaoui faisait battre le cœur de pas mal de jeunes milianaises, et que sa tignasse et son sourire étaient irrésistibles.

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