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Rachid REZKALLAH, le rebelle s’est éteint !

Par Slemnia Bendaoud

Les oiseaux de bon augure, par humilité, se cachent tous pour mourir. Ceux connus comme rebelles ou grands migrateurs battent de l’aile jusqu’à trouver leur éternel refuge dans les inextricables fourrés des plus lointaines forêts, afin d’y rendre l’âme en toute tranquillité.

Sans titre2df 1Les hommes nés rebelles suivent tous ces sinueux chemins, très conscients qu’ils ne doivent faire aucune concession au sujet de leur très fort ou bien mauvais caractère qu’ils traineront tel un véritable boulet, leur vie durant.

Ainsi est donc faite leur vie. Mais c’est aussi ainsi que s’annonce également leur départ de ce monde pour celui de l’au-delà !

Maigre et sec, il puisait plutôt son suc plutôt plus dance caractère trempé dans l’ardeur et la rigueur du gourdin de l’olivier que du gracile roseau séché qui fredonne. Il avait les joues creuses, le visage osseux, mais la silhouette très souple d’un véritable sportif.

Celle, en fait, très connue d’un grand félin, prêt à bondir énergiquement sur sa proie. Ce qui d’ailleurs le prédestinait tout naturellement à garder les buts du club de sa ville natale, le Sporting Club de Duperré (SCD), Ain-Defla actuellement.

En apparence très calme, il savait aussi savamment dissimuler le reflexe inné ou provoqué de ses nerfs et sa grande colère, laquelle pouvait dégainer à tout moment. En grand polémiste, il est donc devenu ce spécialiste de la controverse, capable de faire tourner en bourrique les plus perspicaces des très grands bâtonniers ou irréductibles critiques littéraires.

Cet ancien Ferroukhien des années 1959 à 1962 qui devait suivre l’enseignement des cours complémentaires professionnels (CCPE) dispensés par le lycée de garçons de Miliana (Mustapha Ferroukhi), était né durant la seconde guerre mondiale, au piémont du Doui, à la  lisière de l’oued Chélif, ce plus grand fleuve de l’Algérie.

Seul garçon au milieu d’une fratrie exclusivement féminine, il connaitra la mort de son géniteur dès l’âge de l’innocence de sa tendre enfance, mais la présence de sa grand-mère aux côtés de sa  mère, comblera parfaitement ce vide laissé par le père disparu un peu trop tôt.

De tendance rebelle, Rachid Rezkallah ne cautionnait jamais le compromis, tout comme il refusait d’ailleurs d’être embarqué dans des complots ourdis ou sur des terrains sablonneux, préférant toujours toucher du doigt à cette terre ferme, aride et très solide, synonyme de la quiétude, de la fertilité et de la grande tranquillité.

En plus du foot, il s’initiera au Karaté,  dès les premières années de l’indépendance de l’Algérie, sans pour autant trop s’aventurer dans ce sport de combat, compétition qu’il aimait beaucoup jusqu’à se faire respecter par tout son monde alentour.

Mais le grand mérite accordé à cet homme, qui refusait de tricher, est d’avoir tiré de l’anonymat deux jeunes bergers gardant à proximité de l’école rurale du bourg de Dhaia, (à la sortie Ouest de la ville de Ain-Defla) où il officiait, en les inscrivant à l’âge de douze ans comme écoliers au sein de son établissement, leur corrigeant au passage la trajectoire professionnelle, faisant plus tard de l’un ce grand écrivain et traducteur de renom (Djilali Khellas) et de l’autre (Titaouni Abderrahmane) un futur directeur d’une école primaire de la région.

L’histoire les concernant nous a été racontée par ce dernier-nommé, en signe de grande reconnaissance envers celui qui fut à l’origine de cette très utile reconversion opérée dans sa vie, à un moment où nombre de ses pairs quittaient justement les bancs d’école pour envahir la rue ou flirter avec l’interdit, le prohibé ou le plus dangereux fléau de la société.

« Que le disparu en soit donc remercié pour ce geste de grande bravoure ! » ne cessait donc de nous ressasser celui qui avait tenu à longtemps lui répéter de son vivant, comme gage de grande reconnaissance et de remerciements envers cet homme dont le conseil changera tout dans sa vie.

Rachid Rezkallah est cet homme qui connait le tempo de la mesure des jours et la colère de la nature pour ne jamais ignorer la première et surtout ne pas provoquer la seconde; très conscient que sa vie était rythmée à cette convenance dont il faut surveiller les extravagances, nées de ces folles espérances ou projections quelque peu impossibles ou même très difficiles à réaliser.

Rompu à cette discipline de fer et de rigueur de l’abstinence et de l’autosuffisance, il n’a jamais été tenté par cette folie des grandeurs dont sont atteints presque tous les gens de son entourage, se contentant à suivre au pas de charge l’itinéraire très chaotique de son destin auquel il croyait au-dessus de tout.

Sculpté dans le moule de la grande modestie, c’est dans la facilité de la vie qu’il trouvera ses véritables repères, tout comme d’ailleurs l’expression de son aisance de ses mouvements et autres commodités de la vie de tous les jours.

Taillé dans le plus dur des très rigides ou incorrigibles caractères, il veillait à ne jamais se tromper de territoire ou de marche, ni même à juste effleurer des ses pas ou grande foulée la propriété mitoyenne à la sienne, de peur d’avoir à rendre des comptes aux autres.

L’homme connaissait parfaitement ses conventionnelles limites, ne s’aventurant jamais en terrain adverse, sauf lorsque la grande offensive s’impose de droit, afin de sauver une situation devenue vraiment intenable, très dangereuse  ou en cas de véritable force majeure.

 L’homme était correct dans sa tenue et franc langage, direct dans ses menus propos, droit dans sa conduite quotidienne, très adroit dans ses essais et flèches lancées en direction de ses cibles préférées ou proies toutes indiquées, souvent juste dans ses analyses et autres  jugements, courageux dans ses engagements, mais parfois bien orageux à l’égard  des manquements aux obligations ou même au sujet des retournements de situation de dernière minute.

Il lui arrivait de laisser éclater en public sa grande colère comme cet ouragan qui fait trainer son bruit sonore et tonitruant bien au-delà des montagnes et océans, faisant  gesticuler son corps et ses mains  tel cet éclair qui zèbre à l’horizon, hypnotisant le regard de tous les riverains.

Trop sensible à la fibre patriotique, il s’offusque très rapidement contre l’injustice, la hogra, le mépris et le laisser-aller. Au tout début des années soixante-dix, il aura à démontrer à un directeur d’hôpital, ancien militaire de carrière, alors en fonction dans la ville de Ain-Defla mais auteur très distrait d’un écart de langage lourd de sens envers sa population, de quel bois il se chauffait, le massacrant en plein public, en signe, bien évidemment, de représailles contre la faute commise à l‘endroit de la communauté.

Au magistrat chargé d’instruire son dossier en vue d’établir son procès, il dira : « Je suis le seul à avoir donné des coups à cet irrespectueux individu. Et si sauver l’honneur à toute une ville doit finalement me conduire en prison, tout l’honneur est donc pour moi… ! ».Sauvant du coup et sa peau et celle de ses prétendus complices ou supposés acolytes. 

Mieux encore, invité à prendre part à ces débats publics annuels des anciens maires de l’ère du parti unique (le FLN), il fera remarquer au premier magistrat de la ville ce déplacement continu de la stèle des Chouhadas de la contrée.

Et lorsque ce dernier lui répliquera, en guise d’argumentaire, que cela obéissait à l’humeur trop changeante des Walis qu’avait connus la région du Chélif, Rachid aura envers lui cette proposition de la doter de roues pour qu’elle réponde à tous les goûts, besoins, humeurs, pratiques et convenances des autorités locales ! De quoi avoir des maquisards mobiles et itinérants !

Rachid Rezkallah avait toujours les pieds sur terre, et la tête bien vissée sur ses larges et maigres épaules. Très cultivé, il était à jour dans ses connaissances, tout le temps remises en cause lors de ces débats improvisés auxquels il se livrait durant toutes ces soirées passées en compagnie de ses amis, autrefois organisées au sein du foyer d’animation de la jeunesse (FAJ) que gardait ce veilleur de nuit nommé El Hadj Belgacem Choumani, et celles dans les temps  présents tenues dans l’enceinte de cette échoppé gérée par son inséparable  Mohamed Roudali dit ‘’Moha Khapi’’.

Dans le temps, chez El Hadj Belgacem Choumani (au FAJ), ce vieillard en compagnie de qui on veillait autrefois habituellement très tard, souvent jusqu’à l’aube du lendemain, ce fut lui le véritable instigateur de toutes les intrigues tirées en flèches venimeuses en direction de notre hôte afin de le provoquer à dessein.

Conteur de charme de son état, doublé de ce grand  ciseleur du verbe qui accroche, écorche ou parfois fâche, El Hadj Belgacem était doté de cette capacité surhumaine, fruit de la providence, qui pouvait secouer sinon ridiculiser les plus renommés des trublions de la région,  sans la moindre concession ou une quelconque omission.

Ce vieux de la vieille avait tout le temps son hameçon qui mouille au plus profond des eaux  troubles de son rivage de prédilection, cherchant à embarquer à son bord et abords ces jeunes gens de la toute jeune génération dont était issu Rachid Rezkallah et ses amis.

Et pourtant, grâce à sa subtilité, finesse, classe et grande complicité avec son comparse des années d’enfance surnommé Moha Khapi, Rachid parvenait presque toujours à se jouer de ce très rusé Si Belgacem, ce paysan penaud et finaud, renvoyé à chaque fois refaire ses caisses au palier inférieur. 

Chose que le très vieux El Hadj Belgacem ne pouvait tout de même admettre, puisque trop fier pour accepter une si bête défaite. Et dès le lendemain, ce fut le ‘’bis répétita’’. Mais le  vieil homme ne baissera jamais les armes, encore  moins les  bras, attendant impatiemment arriver le jour de sa revanche.

Ce jour-là arriva enfin, en cette nuit de froid de canard hivernal, très pluvieuse en plus. Voulant le taquiner, Rachid Rezkallah, Tahar Keddar et autres présents sur site, lui posèrent donc cette question en relation avec ce supposé rapport de force entre lui et son épouse.

Et  sans avoir à leur répondre sur le champ, en tenu bédouin et bon paysan, il écoutera la suite de leur exposé sans broncher. Très conscient qu’il allait les coincer au premier tournant, il leur demandera donc où voulaient-ils en venir enfin.

Ses invités de tous les soirs lui répliquèrent tout de go simultanément : « Nous avons faim et  nous voulons te mettre à l’épreuve à cette heure très tardive de cette nuit qui fait frémir le corps et trembler les dents ! ».  

Ayant bien capté leur message et enregistré leurs doléances, il s’exécutera en silence, en douceur, sans même les avertir ou leur fournir la moindre explication au sujet de ce qu’il allait faire.

Me prenant avec grande précaution par la main, il  me susurra à l’oreille tout en remettant les clefs du foyer de jeunes : « Ecoute-moi bien, ferme à clef de l’intérieur la porte qui donne sur la rue et reviens tenir compagnie à tes amis ! Quant à moi, je serai de retour dans un moment ! ».

A l’intérieur du foyer, les discussions allaient bon train, chauffant l’atmosphère et le débat engagé durant l’absence du maitre des céans. Sans qu’ils aient cette présence d’esprit de s’interroger sur le lieu où il pouvait y atterrir momentanément.

Une heure plus tard, le  voilà la longue silhouette d’El Hadj Belgacem Choumani qui refait surface  de nouveau, portant à la main un couffin contenant un plat de couscous fumant dont l’odeur de la viande qui le garnissait se répandait très  fortement aux abords des lieux.

Il prit le soin de m’appeler très discrètement afin de préparer la table du repas à servir et de convier le reste de l’assistance à sa consommation. Rachid et Tahar en furent très surpris. Ils restèrent un long moment circonspects devant ce geste héroïque et ingénieux de ce teigneux vieillard qui viellait souvent très tard.

Aussitôt rassasiés, Rachid et Tahar remercièrent infiniment El Hadj Belgacem pour ce qu’il avait fait pour eux. En vieux singe, fier d’avoir accroché à son palmarès ces deux lascars de trainards nocturnes, il fera pour eux cette subtile et très utile réflexion : « El Hadj Belgacem qui obéit à l’œil et au doigt de sa vieille épouse vous a montré qui reste à présent le  maitre absolu de son foyer. Quant à vous, je crains même vos épouses ne daignent même pas vous ouvrir à cette heure si indue de cette trop fraiche nuit ! » .

Ainsi, Rachid Rezkallah qui prenait si souvent le dessus ou l’ascendant sur El Hadj Belgacem devait cette fois –ci s’avouer vaincu. Le geste de son hôte, représentatif à plus d’un titre, ne fera que définitivement consacrer cette phallocratie d’une gérontocratie masculine dont se prévalait et se gargarisait celui ayant désormais pu définitivement mettre tout ce beau monde à genou !

La mort du rebelle nous a permis  de déterrer cette  voix chaude et suave, partie, il y a déjà très longtemps.

Que Dieu, le Miséricordieux, les accueille en son vaste Paradis !

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Le défunt Rachid Rezkallah, portant dans ses bras Keddar Berrakâa.

Commentaires (6)

djilali deghrar
  • 1. djilali deghrar | 05/06/2016

Rachid Rezkallah, possédait toutes les qualités, il était un véritable gentleman, pas magouilleur mais très correct, il aimait tant rendre services aux autres.il possédait entre autres cette manie de vouloir être toujours aux services des autres soit ,Soit être disponible. Merci Djilali S.pour cet hommage, il méritait bien cela.

Djilali et encore merci

ZOUM
  • 2. ZOUM | 02/09/2014

Cher(e)s ami(e)s ,
Je tiens à m excuser de ne pouvoir assister à ce RDV amicale et historique et que j attendais avec impatience depuis voilà des semaines.
Cela est du à un changement de programme de dernière minute, inattendu et imprévu qui a tout bouleversé et qui a fait que je suis malheureusement dans l impossibilité totale de vous rejoindre le 6 septembre........
Je regrette amèrement ce fâcheux contre-temps qui ne me permettra pas de revoir mes camarades et de faire connaissance avec les Abdounates.....
Je serais malgré tout,de tout cœur avec vous toutes et tous,par la PENSÉE et je vous souhaite aussi beaucoup de joies et des moments agréables ensemble à MILIANA que j aime .
amicalement
mourad

ferhaoui
  • 3. ferhaoui | 02/09/2014

bonjour tout le monde. ya si slemnia, vous racontez si bien les amis entre autres rachide rezkellah ,allah yermou que certainement j'ai du croisé? dans la rue,au lycée, dans un café qui sait?? ...kem jamilinn ess-sadaka! la chose la plus difficile à faire, est celle d'essayer de parler de l'amitié de nos jours? je crois que l'itinéraire est mieux vu et respecté quand il est raconté et connu par les autres. rachide c'était avant tout un frère pour nous de par la génération 40.et cette initiative est la moindre des choses qu'on pouvait lui faire. je remercie les personnes qui étaient derrière,tout en souhaitant que cela se fera encore pour d'autres amis défunts à l'avenir et la liste est longue. j'avoue le portrait peint par slemnia, est plus qu'un éloge, plus qu'n hommage, une admirable reconnaissance des bienfaits d'une amitié tout en la maintenant encore en vie, ah ! kem jamilinn law baguéna izdiguaa!! l'ami ferhaoui, oran.

ZOUM
  • 4. ZOUM | 02/09/2014

Bonsoir MR/ SLEMNIA,
Je voulais vous dire mon admiration et vous remercier pour ce fidèle témoignage que vous avez consacré à notre défunt ami RACHID.
Ce texte fabuleux que vous avez écrit m'a touché au plus haut point.
Les larmes me sont même montées aux yeux en revivant la chaude camaraderie et l amitié indéfectible qui me liait à lui sans oublier les débats que l'on développait ensemble tardivement les soirs d'été.
RACHID était libre et indépendant dans ses pensées ,s'en prenant très souvent avec un humour parfois féroce,aux tares du système,la corruption,l injustice ,la médiocrité ,la bureaucratie,la perte de valeurs et surtout l indigence morale ......
Bien cordialement et Bravo !

Amar Ayadi
  • 5. Amar Ayadi | 01/09/2014

Bonsoir la famille

Mr Slemnia Bendaoud

Le nom me revient, il s'agit de Kaddour Alias Toto.

Cordialement

Amar Ayadi
  • 6. Amar Ayadi | 01/09/2014

Bonsoir la famille

Mr Slemnia Bendaoud

Sur la photo c'est effectivement Keddar Berrakâa allah yerhmou mais il est porté par celui qu'on surnommait à l'époque :Toto , dont j'ai oublié le nom.
Juste derrière à gauche avec quelque chose à la main et portant un burnous c'est mon ami Mustapha Laghouati Allah Yerhmou.

Les anciens de ma génération vous le confirmerons pour ne citer que Fellah Kouider, Aggoun Djelloul, Kouache Benyoucef, Mahmoudi AEK, Benaida Bouamra son ami intime, Said Kordeloued entre autres.

Amicalement.

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