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École Normale/ Par Y.Gobert

Par Yvette Gobert née Ribaut

M079489 005416 p 4ca1413 1 L’école Normale du département d’Alger avait été construite à Miliana, choisie pour son site et son climat. Vers la fin du XIX° siècle, à sa construction, les bâtiments correspondaient alors au mieux aux critères d’hygiène, de confort, de bonne marche, des études et d’agrément. Mais depuis, bien des conceptions avaient changé.

 Par exemple, aux deux grands dortoirs insuffisamment chauffés l’hiver, mal commodes, nous aurions préféré des chambres individuelles où chacune aurait pu ranger ses affaires et travailler à son rythme, alors qu’on se gênait dans les études communes. 1242548180Les installations sanitaires dataient. Au 2ème étage, les lavabos. En face, de petites logettes où il fallait porter sa cuvette pour compléter sa toilette. Penderies et armoires d’un autre côté, et une petite pièce pour les casiers à chaussures.

 

 Il fallait descendre au sous-sol pour le bain ou la douche hebdomadaire. C’est là que de solides laveuses espagnoles lavaient nos draps dans de grands bassins et où nous pouvions aussi laver notre lingerie.

L’économe, Melle D., plus âgée que la directrice et forte de ses prérogatives (il fallait tourner le matelas tous les jours, donc ne pas « baptiser » son lit. Le matin les élèves, par équipes, balayaient les escaliers, les galeries. C’était « les charges ». L’économe choisissait souvent le moment des repas, où les trois promotions étaient rassemblées, pour brandir des lingeries qui traînaient. « A qui appartient ceci ? et ceci ? ». Trotte-menu, on la trouvait partout. Je n’arrivais pas à croiser son regard, qu’elle avait bigle, mais qui était infaillible pour repérer ce qui pouvait être critiqué dans la mise, la coiffure ou la façon de répliquer…

Par chance, en 1931, on ne portait plus l’uniforme dans les E.N. de France et d’Algérie, mais le règlement nous imposait de défiler en ordre dans les rues, quand nous partions en promenade le Jeudi. Le Dimanche matin était réservé à la messe, pour certaines. Quelques-unes sortaient avec des correspondants, amis de leur famille. D’autres, dont j’étais, préféraient rester à l’école pour mettre leur travail à jour, pour lire ou écrire. En troisième année, nous avons bataillé pour qu’on nous permette, par petits groupes de trois ou quatre, de sortir sans surveillante. C’est alors que j’ai le mieux profité de la région.

 Miliana, petite sous-préfecture de province, bâtie au flanc de la montagne, gardait encore ses massives fortifications et ses portes, dont celle de Levacher et la double porte du Zaccar. C’était une petite oasis de verdure, avec ses fontaines et l’eau courante en bordure des trottoirs ; les jardins en contrebas, bien irrigués, donnaient des légumes et des fruits. On parlait des cerises de Miliana comme on disait « les orangers de Boufarik ou de Blida ». Je découvrais une nature plus somptueuse que ma Mitidja, fertile mais plate.

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On abordait la deuxième année avec le sourire et un grand espoir : le stage de deux mois, Décembre et Janvier, à l’école ménagère et agricole du Jardin d’Essai, à Alger. Cette école de renom formait ses propres élèves, souvent filles de familles riches ; mais elle avait de plus une convention avec les trois départements d’Algérie pour y recevoir leurs normaliennes. Les récits de nos « mères » qui nous avaient précédées, nous mettaient l’eau à la bouche. Les cours : cuisine, ménage, couture, ferme etc…étaient plaisants, la discipline discrète et fort douce ; on allait assez facilement à Alger pour des concerts, expositions,…bref, on pouvait, sortant du provincial Miliana, profiter des charmes de la capitale.
Cet établissement avait été construit dans l’enceinte même du Jardin d’Essai. De l’autre côté de la route, face à l’entrée, sur la colline, le Musée National dominait le vaste parc, et dans son prolongement, s’étendait la mer. Sur l’esplanade d’entrée, la grande statue de Bourdelle, la France, main au-dessus de ses yeux, regardait au nord…Je suppose qu’elle n’y est plus…Mais au Musée ont été laissées après l’indépendance les remarquables collections, en particulier celles des Orientalistes.
Près du Musée, dans la verdure, l’Institut Pasteur, qui avait compétence sur toute l’Algérie. A l’Institut Pasteur, nous avons eu des cours sur les maladies exotiques, le paludisme en particulier.
Quand on rentrait dans le Jardin d’Essai, on voyait se déployer d’un coup la perspective du parc à la française.

 

 046 001 4ca13ffDe part et d’autre, masses plus sombres, les jardins exotiques aux nombreuses espèces de palmiers dont Gide parle dans « Les nourritures terrestres », et Montherlant dans « Il y a encore des Paradis » ; les jardins anglais, l’île, dans les fleurs, puis le zoo, et enfin, la mer, la plage des Sablettes.
 Nous pouvions, dans certaines conditions d’horaire et de sécurité, parcourir ce paradis. Et nous disposions à notre gré du propre jardin de l’école.

Pour les études et travaux, nous formions trois équipes. Par roulement, la première à la cuisine, la deuxième au ménage, la troisième à la ferme, sous la direction de professeurs spécialisés ; un surtout nous intéressait particulièrement : c’était M. Castet, Directeur général du Jardin d’Essai. Il enseignait l’esthétique des jardins et des parcs. A ses côtés, nous parcourions les allées découvrant les perspectives. Il aimait l’harmonie des massifs fleuris, les larges bassins aux lignes pures, sans surcharges, reflétant le ciel et les ombrages.

Le stage à la cuisine était très apprécié aussi, mais d’une autre façon. Nous mangions nos préparations très variées, excellentes. On apprenait à confectionner des confitures, fruits confits, dattes fourrées, truffes au chocolat, pâtisseries raffinées.

A la ferme, la couvaison des poussins, en couveuses artificielles, exigeait de la vigilance : les pâtées, les pesées, et du soin.

La maturation de certains fromages demande plusieurs mois : par exemple, nous mangions les « Pont l’Évêque » fabriqués par les Oranaises du stage précédent et à leur tour, les Constantinoises mangeaient les nôtres. La fabrication de la pâte exige des calculs précis de présure. Nous nous sommes trompées une fois (ou deux ?). Cela a donné des « petits suisses » dont nous nous sommes régalées. Les quelques photos que j’ai gardées montrent à quel point nous avions bonne mine à ce régime.

Nous avons eu, à l’hôpital de Mustapha, deux (ou trois ?) fois, un cours d’obstétrique à la section des sages-femmes. C’était la première fois que nous avions accès à ce genre d’enseignement. Il n’était pas question d’éducation sexuelle en ce temps-là.

La plupart d’entre nous mettaient beaucoup de zèle et d’application dans tous nos cours. La plupart de leurs diplômes de sortie portaient la mention B ou TB. Flamboyant, le coq Yokohama était parmi les plus belles et les plus rares espèces exposées. Fabienne lui a tiré deux plumes de la queue pour orner son bonnet de troubadour dans la Chanson de Roland que nous allions interpréter pour la fête de Noël. Horrifiée, le lendemain Melle B .a découvert l’oiseau cachant frileusement son croupion dans un coin de la cage.

Certains travaux me semblaient farfelus : par exemple, le dessin minutieux de l’armoire aux balais surtout, ou du « nid-trappe » destiné à comptabiliser la ponte de certaines catégories de volailles.

Nous nous moquions sottement parfois de quelques maximes, telles que « à cabinet propre, maison propre », ou de la réflexion de Melle A., professeur de coupe et couture : « N’oubliez pas, Mesdemoiselles, que le meilleur parfum, c’est la propreté ».

Ainsi, agréablement occupées, nous vivions là des jours heureux, assombris cependant à l’idée du retour, car nous devions régulièrement nous mettre à jour pour les cours de maths et envoyer nos exercices au professeur.

Au retour, la réception à Miliana n’a pas été chaleureuse, le professeur, mécontent de nos devoirs, l’économe critiquant notre tenue et nos bagages. Les « premières années », frustrées et indignées, venaient d’apprendre que le séjour à l’école ménagère, trop coûteux paraît-il, serait supprimé l’an prochain, et définitivement…

Commentaires (2)

belhocine safia
  • 1. belhocine safia | 10/09/2015
Quelle belle histoire que celle de l'Ecole normale de Miliana et tout ce qui a gravité autour!

safia
CUEILLE
  • 2. CUEILLE | 27/05/2014
à Madame Yvette Gobert née Ribault,
Bonjour Madame,
Ma tante Elise Galéano est entrée à l'école Normale d'Alger vers 1926. Sur certaines photos qu'elle m'a laissée figure un groupe de jeunes filles dans un lieu verdoyant annoté "Pré Levacher[". Savez-vous s'il s'agit des jardins accessibles par la porte Levacher que vous citez dans votre article (qui m'a beaucoup intéressé me permettant d'imaginer la vie de ma tante à cette époque). Merci par avance de votre réponse. Michèle Cueille née Galéano

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