L'Infrastructure hôtelière, de l'éclat au déclin

Par Med Midjou

 

Le bon temps, c'était autant de leur vivant. Eux, ce sont ceux qui peuplèrent la citadelle autrefois, des humains de tous les bords, des bohémiens aux conquérants, des bourlingueurs aux philosophes jusqu'aux simples transitaires à l'assaut ou en quête de nouveautés, d'affaires, de visites féeriques, touristiques, familiales ou spirituelles, incarnant jadis bien le rôle d'acteurs principaux du pôle animation et de l'activité économique au cours des derniers siècles.

L'infrastructure hôtelière dans sa verve y répondit à cet engouement frénétique par une trentaine de pensionnats et hôtels dont celui de la placette où séjourna Alphonse Daudet qui sous l'impulsion griffonnât les premières ébauches de Tartarin de Tarascon, la fenêtre de sa chambre donnant sur l'horloge. Au fil des ans, la convoitise crescendo, même les anciens bains maures s'y prêtèrent aux besoins pour y assurer le gîte aux voyageurs. L'hospitalité et le confort plaisant, tous les refuges se relayaient sans relâche pour satisfaire la demande croissante des passagers qui vent en poupe, posèrent pieds souvent dans les prestigieuses structures d'accueil que sont, le Grand Hôtel et l'Hôtel de la poste dont la destination actuelle serait pour nous une effronterie à les évoquer pour la laideur qu'ils affichent, deux, fermés manquant une réelle restauration, l'autre faisant office d'habitation, celui gisant en montagne sur les hauteurs d'Ain N'Sour ayant rendu l'âme après une brève prospérité.

Nous évoluons désespérément avec le temps sans jamais décrocher notre regard du rétroviseur en recueillant des narrations, des contes, des archives, des documents ayant trait à une époque dont il ne reste que des vestiges ou quelques rappels furtifs enfouis dans la mémoire des séniles que nous ne pouvons extraire qu'avec peine. La désolation empêche parfois les témoins temporels à étaler leur vécu au goût relevé de sobriété et étoffé sensuellement de bonheur et n'ont de réponse que le mutisme accompagné de regrettables larmes.

Un triste constat que de voir périr de beaux immeubles, un patrimoine architectural beaucoup apprécié par une éminente humanité venue de lointains horizons se fondre à merveilles dans les traditions algériennes, assouvir sa curiosité des potentialités touristiques locales, s'imprégner de richesses historiques et culturelles, se mouvoir dans les douceurs climatiques dont certains s'exécutèrent habilement au pinceau pour immortaliser leurs impressions sur toiles. Ce n'était certes pas la ruée vers l'or, mais plutôt un esprit d'aisance, un bien-être, une nature accueillante, il faisait bon vivre comme ils se plurent à le souligner, la seule raison à faire fléchir énormément de gens à implanter l'ancrage pour l'amour et la quiétude tant recherchée. Face à ce déficit longtemps décrié, les résidents de souche ne se sont jamais détournés de la noble mission hospitalière et ont répondu chaleureusement à toutes les doléances pour laisser les invités disposer librement en les accueillant poliment chez eux avec la formule, soyez les bienvenus. Tous les étrangers de passage dans le cadre des échanges culturels sauront confirmer et reconnaître ce geste de bonne volonté auprès des associations actives, décidées à honorer les valeurs, le prestige, le cachet du label local. Il n'est jamais tard pour faire rejaillir les sources miraculeuses, de rendre au berceau sa civilisation, à la terre d'héroïsme et d'histoires, ses lettres de noblesse.

Commentaires (3)

1. miliana 02/04/2012

SUR LE PLAN URBANISTIQUE,LE SPECTACLE AFFLIGEANT QU'OFFRE LA VILLE PAR ENDROITS AVEC CES FACADES MENACANT DE S'ECROULER A TOUT MOMENT LAISSE SUPPOSER DE LA PART DES RESPONSABLES NON SEULEMENT UN MANQUE DANS L'APPRECIATION DES DANGERS,ET UNE ABSENCE TOTALE DE POLITIQUE D'ANTICIPATION MAIS SURTOUT UNE INCULTURE POUR L'INTÉRÊT QUE REPRESENTE POUR L'HISTOIRE DE LA VILLE CE TYPE D'ARCHITECTURE.ON SEMBLE OUBLIER QUE MILIANA POSSEDAIT CETTE RICHESSE ARCHITECTURALE TANT CONVOITÉE D'OFFRIR AU FIN OBSERVATEUR AU PREMIER COUP D'OEIL UN APERCU,OU UN CONDENSÉ DE SON HISTOIRE QUI INCITE A LA DECOUVERTE.C'EST CE PATRIMOINE QUI EST EN TRAIN DE PARTIR EN VRILLE AVEC AU PIS-ALLER,ET CA C'EST UNE AUTRE HISTOIRE, L'INCOMPETENCE.AU PIS LE SILENCE COMPLICE ET COUPABLE DEVANT L'HISTOIRE DE CERTAINS DECIDEURS.
CHENGA KHALED.

2. touat djamal 02/04/2012

Oui un beau texte pour un constat triste et douleureux!Apres l'infrastructure hottelière qui s'est écroulée comme un chateau de cartes,voilà que depuis quelques années les habitations en zone urbaine,suivent le meme processus,et l'on voit la défiguration atroce que subissent ces maisonnettes aux facades,somme simples,mais dont le travail du maçon qui les a réalisé,relève du savoir faire et de la culture du beau qui fait défaut souvent meme dans les milieux les plus instruits.N'a t-on pas vu des maisons qui ont été refaites completement ou défigurées partiellement,appartenir a des propriétaires instruits qui ont meme fréquenté le lycée qui va nous abriter prochainement!!!Il ya beaucoup a dire.Aujourd'hui il ya une belle demeure qui VA DISPARAITRE juste au niveau de la librairie azizi.Si nous avons cette force d'éxiger ,nous demanderons a son nouvel acquereur de porter une attention particulière à la façade de cette demeure.Ce serait une insulte aux milianais , a l'apc et aux sevices concernés si le préjudice est commis.

3. Benrabah 28/02/2011


Très bonne contribution de Monsieur Midjou, en ce qui concerne l'infrastructure hôtelière de la ville de Miliana. Je crois que c'est l'une des seules villes d'Algérie qui ne dispose pas aujourd'hui d'un hôtel ou d'une quelconque pension de famille pour accueillir les visiteurs. Durant les années soixante, elle disposait de plusieurs établissements; l'Hôtel Maurice, l'Hôtel du Zaccar, les deux qui ont été citées par notre ami, sans compter les innombrables pensions de famille..Espérant que les autorités locales puissent un jour encourager ce type d'investissement dans notre vieille cité.Amicalement

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