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                               De Bab-El-Oued @ Miliana

Le saint et combattant Mohamed Ben Allel, mort l'arme à la main

Par Djillali DEGHRAR

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  Dans les années trente, le saint gardien de la zaouïa fondée à la fin du XVI° siècle à Koléa était Hadj Mahieddine Es-S’ghir, l’oncle de Ben Allel, un sage parmi les sages qui voyait en Ben Allèl le digne successeur pour continuer la tradition maraboutique.

 C’était le 23 juillet 1830 qu’avait débuté, la grande assemblée à Koléa où nombre de tribus, de la province d’Alger, représentées par leurs chefs vinrent demander conseil à El Hadj Mahieddine Es-Sghir et proposer de « céder » Alger à El Hadj Mahieddine Es-S’ghir.Seul à même de préserver les tribus arabes de l’anéantissement.

 Le général Berthézène voulait et souhaitait préserver justement avec la population locale ainsi que leurs représentants, une espèce de lien et principe pouvant éviter des guerres et des tueries. Toute la famille des Embarek (ou bien M’barek) sera emprisonnée à la Casbah alors que les M’barek, le mufti et le cadi de Koléa ne s’y attendaient point à un tel sort.

Hadj Mahiédine Es-S’ghir avait fui à Miliana. Tout changea brusquement à cause de la nomination du duc Savary de Rovigo. Les massacres perpétrés par ce dernier à la moindre résistance des tribus arabes. Alors, le véritable engagement dans la résistance de feu de Ben Allèl débuta le 2 octobre 1832. Pour se terminer après de multiples combats aux côtés de l’Emir Abdelkader. Dont il était l’un de ses lieutenants les plus vaillants. Il était proposé à Mahieddine Es-S’ghir de devenir le khalifa de l’Emir’Abdelkader à partir de 1835. Cette alliance aura pour effet de combattre les tribus du Titteri qui avaient refusé l’obéissance puis d’affronter l’armée française. Lui faire subir des défaites mémorables jusqu’à décider Paris à nommer de nouveau le maréchal Clauzel. Guerres entre tribus arabes, jalousies des uns et des autres avec les diverses nominations. L’émir Abdelkader qui combattra la dissidence des Tidjani au Sud du pays, il avait nommé comme khalifa –son remplaçant- Ben Allel. Il mourra les armes à la main après avoir accepté de rejoindre l’émir du côté de la frontière algéro-marocaine.

 

 

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(Stèle bientôt édifiée à Koléa)

Qui est Mohamed Ben Allèl ?

Mohamed Ben Allèl Sidi Ali M’barek, est né aux alentours de 1810, originaire de la ville de Koléa. Fort de son enseignement religieux et de son imprégnation aux valeurs soufies. Mohamed Ben Allal fut nommé, en 1837, lieutenant à la tête de la région de Miliana, et ce, après la mort de son oncle, le khalifa cheikh Mahieddine Essaghir. Mohamed Ben Allel El-Kolehyi. Il n’a jamais accepté les séduisantes propositions et offres de l’administration française. Au contraire, il ne cessa de la combattre jusqu’à ce qu’il tombât au champ d’honneur le 11 novembre 1843, l’arme à la main. Mohamed Ben Allal, lieutenant de l’Emir Abdelkader et descendant direct de Sidi-Ali M’barek, saint protecteur de la ville Koléa et ses environs, Mohamed Ben Allèl avec l’Emir Abdelkader sont notamment à l’origine de la construction d’une manufacture d’armes (fonderie) à Miliana (elle existe de nos jours), dans laquelle ils embauchèrent plusieurs européens, pour laquelle ils font exploiter les mines de fer du mont Zaccar.

La dernière bataille de Ben Allèl

L’histoire s’articule autour de faits historiques considérables et extraordinaires afin d’illustrer le destin de ce personnage méconnu, ou pas assez connu, de la lutte anticoloniale que fut Mohamed Ben Allel 

Descendant de la famille de la zaouïa des Ouled Sidi M’barek de Koléa, il opposa une résistance farouche à la pénétration française en Algérie. Il fut cependant un des adversaires les plus redoutés des colonisateurs français. Le récit, publié aux éditions du Tell par le petit-fils de Sidi Ali M’barek, diplômé en sciences politiques et en charge actuellement de la zaouïa, est celui d'un docteur en biologie, journaliste et historien indépendant. La préface est signée par le professeur Ahmed Djebbar, historien et ancien ministre. Les auteurs, pour rendre toute la dimension humaine de cette tragédie coloniale, ont su puiser à la fois dans le témoignage oral du chant ou de l'oraison et dans les archives de la colonisation ou ceux de la famille, legs conservés par les descendants de Mohamed Ben Allèl.     

Premières épreuves qui vont forger la conscience de celui qui va devenir le porte-drapeau de la résistance à la colonisation, aux côtés de son oncle, Mahieddine Es-Sghir, qui sera choisi par les tribus de l'Algérois pour être le chef. Son emprisonnement à Alger par les Français ne fera que renforcer sa détermination à mener le combat contre la colonisation. C'est ce qu'il fera durant une dizaine d'années. Le 11 novembre 1843, Mohamed Ben Allèl, conduit sa dernière bataille, contre l'occupant dans la vallée de l'oued Mellah. 

Mort du Khalifa Mohamed Ben Allèl    

Khalifa Ben Allel était un fidèle lieutenant de l’Emir Abdelkader. Il était à la tête de la région de la Mitidja, territoire qui s’étendait de l’Ouest jusqu’à Cherchell, avec Miliana pour son siège qui s’étendait de l’Ouest jusqu’à Cherchell, pour son siège du Khalifat. Et c’est au cours de l‘une des plus violentes batailles contre l’occupant français dans la région d’Ain Témouchent que le Khalifat Mohamed Ben Allèl est mort. Sa tête fut décapitée et ramenée comme trophée pour l’exposer et l’exhiber afin de réduire et briser la fougue et l’élan des combattants. 

 Le colonel Tempoure, suivi de 500 hommes d'infanterie et de 500 chevaux, attaque, sur l'oued El-Kheuchba, près de Sidi-Bel-Abbas, le khalifa Mohammed-ben-Allèl, qui, rejeté hors de l'Ouarsenis, cherchait, à la tête de deux bataillons de Réguliers et d'une nombreuse cavalerie, à faire sa jonction avec l'Émir. La cavalerie ennemie est culbutée en un clin d'œil ; pour la première fois, l'infanterie régulière se forme en carré, et attend la charge des Chasseurs et Spahis. Ce carré ne présente bientôt plus qu'une masse confuse, informe, que nos cavaliers pénètrent et hachent à coups de sabre.

Ce combat coûte à l'Émir 400 fantassins ou cavaliers réguliers tués, 364 prisonniers et trois drapeaux. L’intrépide Khalifa Ben Allèl, isolé de sa troupe, et, reconnu à sa taie (tache blanche et opaque de la cornée) sur l’œil gauche, est poursuivi par le Capitaine Cassaignolles et quatre de ses cavaliers. Il leur fait subitement tête, décidé à mourir les armes à la main. Dans cette lutte désespérée, il tue un brigadier de Chasseurs, démonte le Capitaine Cassaignolles et blesse un maréchal-des-logis. Une balle, en lui traversant la poitrine, vient mettre fin au combat inégal. Il tombe de cheval et un spahi lui coupe la tête. C’est ainsi que finit le plus actif et le brave des lieutenants de l’Emir Abdelkader.

 

 

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  Masque mortuaire de Mohamed Ben Allel

Après le combat du 11 novembre 1843, qui avait vu tomber son premier lieutenant et anéantir les restes de son infanterie régulière, l'Émir se trouva dans une situation extrêmement difficile et délicate. Mohamed Ben Allèl, avec une taie sur l’œil gauche lui avait valu le surnom d’El-Aoueur (le borgne). Nous avons vu plus haut qu'il avait succédé, en 1837, à son oncle El-Hadj-Mahiédine Es Seghir dans le commandement de Miliana. Mohamed Ben Allel, également connu sous le nom de Sidi Embarek ou bien M’barek. Cet homme lettré devenu combattant et mort au champ d’honneur lors d’une bataille à Oued El Maleh, aux frontières algéro-marocaines face aux troupes du général Tempour.

A ce jour, son corps n'a pas été retrouvé. En revanche, sa tête a été ramenée à Koléa, après avoir été exposé à Oran et à Miliana. Les Français, conscients de leur victoire, ont exhibé la tête du chahid comme un trophée et un message à tous ceux qui veulent défier l’autorité coloniale. « A sa mère, ils n’apportèrent que la tête. Enterrée maintenant à côté de l’ancêtre. Ceux de la plaine assistèrent aux obsèques. Le corps resta couché sur le champ de bataille. Selon certaines sources, c’est un officier de l’armée coloniale qui fut chargé de remettre à Lalla Halima la tête de son fils,

elle poussa un cri de triomphe. Comme les femmes autour d’elle étaient affligées de désespoir, elle leur dit : « Malheur à celle qui pleurera en signe de deuil.

La mort de Ben Allèl a eu un grand retentissement en Algérie et en France. Des tableaux, des nouvelles et des poèmes sont consacrés à Ben Allel durant tout le XIXe siècle. Au XXe siècle, son souvenir se perpétue par la tradition orale, en particulier dans la région de Koléa et de Miliana, où un village porte son nom.

L’Algérie, auparavant, était déjà à l’avant-garde de la civilisation ; ce qui devrait encourager chaque citoyen dans ses croyances de se sacrifier au service du pays. Et parmi les figures emblématiques, le chahid Mohamed Ben Allèl, qui avait consacré, sa vie durant, à la libération du pays. Mohamed Ben Allèl était d’une descendance noble et enfant de zaouïa. A l’époque, les zaouïas jouissaient d’un statut leur permettant l’exercice de larges avantages et privilèges.

Ces Zaouiates formaient, alors, un véritable pouvoir exécutif. Il faut dire que les zaouïas aménageaient un pôle de diffusion culturelle et scientifique. Elles étaient un refuge pour les pauvres et démunis, mais également, des centres de formations au profit des moudjahidines qui devaient défendre la patrie et la religion. Les zaouïas qui travaillaient dans la clandestinité assuraient leur mission jusqu’à leur achèvement et s’accordaient scrupuleusement aux percepts divins, notamment, la zaouïa des Sidi M’barek, une zaouïa qui était très en vue. Le chahid Mohamed Ben Allèl constituera, en fait, une véritable référence pour la génération qui suivra, laquelle génération a libéré le pays du joug colonial.

Aujourd'hui à environ 9 km à l'ouest de Miliana, un village porte son nom, ce lieu et place du nom ex Levacher (Ben Allèl).

Et, c’est ainsi que se termine l’histoire fabuleuse d’un grand martyre. Qui a su avec ses copains et camarades d’armes d’être à la hauteur de leur mission. Ils ont su, avec bravoure et courage, comment expulser ces extraterrestres de nos terres et de voir un jour notre pays triompher. Ils étaient nombreux ces chouhadas qui à travers leurs âges et leurs temps n’ont jamais démérités. Jusqu’à…

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Mohamed Ben Allèl

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Emir Abdelkader

Commentaires (3)

deghrar djilali
  • 1. deghrar djilali | 16/09/2015
Kamélia,
Avant tout merci de l'intérêt que vous portez à ce type d'histoires.Cela relève de notre patrimoine, de la réalité de notre passé.J'essaie d('écrire pour montrer la vraie facette de ces gens fabuleux . Les personnes de notre temps assimile ces gens à "TAAM ET ZERDA "Alors la facette cachée de ces personnes est très importante et dépasse de loin les propos alloués à leur égard.

Vous les aurez bientôt ces poèmes et récits sur Ben Allèl et encore merci, et bein entendu avec leurs références

Djilali
Kamélia
  • 2. Kamélia | 14/09/2015
Cher M Deghrar,
Vous parlez dans votre article de poèmes/récits oraux qui parlent de la personne de Ben Allel: avez vous des poèmes en particulier? en avez-vous fait le recueil? J'aimerai bien les avoir si possible, avec les sources évidemment. Merci bien,
Très cordialement,

Kamléia
benyoucef
  • 3. benyoucef | 13/07/2015
Merci cher ami Djilali de nous offrir cette biographie si exhaustive sur le vailant héros de la resisstance algerienne Mohamed Ben Allel Ould Sidi Mbarek,calife de l'Emir Abdelkader à Miliana (1837-1840)
Pour plus d'informations sur le parcours heroique de ce valeureux combattant,je conseille tout le monde de lire l'ouvrage écrit par Ahmed Ben Allel"La tete dans un sac de cuit" Edition du Tell 2012.
Amicalement
Benyoucef

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