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                               De Bab-El-Oued @ Miliana

Omar Ramdane/Commandant de l’ALN

Né le 29 Novembre 1937 à Miliana. Le plus jeune d’une fratrie de 7 frères et sœurs. Marié, père de 4 enfants. En 1956, il interrompt ses études. Active au sein de l’OCFLN. Rejoint l’ALN dans le Dahra où il combat jusqu’à l’indépendance. Commandant de l’ALN. Député à l’Assemblée constituante (1962/1964) et de l’APN jusqu’en 1968. Membre du comité central du FLN (1964). Il quitte la politique en 1967. Etudie et obtient la licence en droit (1972). Accusé d’être un opposant, il est emprisonné en 1968.

 Il était lycéen, puis officier pendant la guerre à laquelle il s’est frotté très jeune. Il est devenu commandant de l’ALN puis capitaine d’industrie grâce à sa rigueur, sa volonté et son opiniâtreté.

Cette carrure, qui dissimule un trésor de sentiments bien gardés et d’idées généreuses, est aussi pleine d’émotions refoulées, sans doute la conséquence d’une époque marquée par la guerre et dont les stigmates physiques et morales ne s’estompent jamais entièrement.

Mais Omar est aussi doté d’un tempérament de feu qui l’incite très jeune à aller au charbon, au moment où ses camarades chauffaient les bancs du lycée. Il nous raconte son itinéraire tourmenté.

«Déjà très jeune, on était politisés au contact des Scouts musulmans algériens, des nadis et des medersas qui prospéraient à Miliana, ville millénaire et qui n’a été prise par les Français qu’en 1943 en raison de sa configuration géographique, mais aussi du fait de la résistance de ses habitants.» A ce propos, Omar, qui a fait des recherches dignes d’un historien obstiné, a rapporté dans une étude détaillée tous les événements qui ont émaillé cette belle et historique cité choisie par l’Emir Abdelkader pour être l’un de ses contreforts.


Un lycéen dans le maquis

«Miliana, ma ville, avait fait allégeance à l’Emir en 1835 qui en a fait un khalifa et où il a édifié une armoirie qui a été ressuscitée et reconstituée, fort heureusement. Sa demeure est devenue un musée sur la place de l’Horloge. Il faut dire que la population, qui lui était acquise, l’a bien accueilli, et elle n’a pas hésité à brûler la ville lorsque l’occupant français a tenté de l’investir. Ses soldats, évalués à près de 1200, ont été piégés par la population qui avait  pris position sur les hauteurs. Le général Changarnier a essayé de sauver les siens mais s’est heurté à la vaillance de Ben Allal, un des lieutenants de l’Emir.

Ces postures de la population ont eu un impact par la suite, puisque Miliana a été un foyer nationaliste avec une élite engagée, à l’image de Mustapha Ferroukhi, élu à l’Assemblée et moudjahid dès le déclenchement de la lutte de Libération. Il y avait le lycée et l’Ecole normale d’institutrices qui faisaient de la ville des Cerises un centre de rayonnement à l’échelle nationale.

C’est dans cette atmosphère culturelle et engagée que j’ai grandi. J’ai assisté à l’accueil de Messali Hadj lors de sa visite ici en 1952. Je ne peux vous décrire l’engouement et l’enthousiasme qui ont envahi la population. J’ai toujours cette image du zaïm, vêtu de blanc avec son tarbouche, qui fascinait les foules comme envoûtées. Il a passé deux nuits au domicile de Mustapha Ferroukhi. C’était l’un des derniers déplacements de Messali dans son pays avant sa déportation, après avoir tenu un meeting à Orléansville qui s’est soldé par 3 morts.»
Omar avoue que son frère Abdelkader ramenait à la maison un journal et le cachait après lecture. «J’ai fini par le trouver.

C’était Algérie Libre qui a renforcé mon enthousiasme déjà à fleur de peau lors de mon passage au scoutisme, école de nationalisme qui a absorbé un grand nombre de militants dont plusieurs ont pris part à la Révolution en 1954, on peut citer Ali Amar (Ali la Pointe), natif de Miliana et que j’ai bien connu.» Omar abhorre la routine, il a horreur de l’immobilisme, véritable capitulation devant l’horloge biologique et pas seulement. Notre jeune homme ne pouvait rester passif face à l’insoutenable joug colonial. «Le jour des ‘‘événements’’, on a vu la mobilisation inhabituelle de la police qui a barré des routes. On ne savait pas ce qui se passait.

Ce n’est que le lendemain qu’on a appris à travers l’affichage habituel des journaux. Je me rappelle de la carte de l’Algérie avec en gras les points de tension. On s’était dit qu’enfin, après nos voisins, voilà notre tour de dépoussiérer l’histoire. Mais l’année qui suivit a été calamiteuse avec l’arrestation de Bitat en mars 1955, de Ben Boulaïd, la mort de Didouche et l’absence de Benkhedda au Caire et de Boudiaf au Maroc.

Le frémissement a en fait commencé en 1956 à la faveur de la grève et contrairement à tout ce qui a été dit, c’est la section d’Alger des étudiants qui en est l’initiatrice et qui nous a informés. J’ai activé sous les ordres d’un grand militant, Hamdane Batel (cousin de Sadek) et de Kouachi, j’étais le 3e responsable de Miliana et de la région.»

En décembre 1956, Omar rejoint le maquis du Zaccar. «On était 13 lycéens. On a eu la chance de rencontrer Laroui Salah et Bougara qui revenaient du Congrès de la Soummam. Ils nous ont fait assister à la réunion où il a été question du découpage en zones. Ils venaient mettre en place les structures. Nous y avons rencontré Hassan Khatib et Bouamama.

Au cours de cette réunion, Si M’hamed nous a invités à aller dans la zone de notre choix. Nous étions trois à opter pour les unités  : Meliani Kadi, Dellouci Djillali et moi. Je suis le seul rescapé. Il y avait  un commando de la Zone 3 appelé commando Djamel qui voulait être la copie du fameux commando Ali Khodja, composé de l’élite des djounoud. C’était une compagnie d’élite en même temps qu’un creuset où les régions venaient y puiser des éléments.

La katiba a pris le nom de Djamel. Jeune lycéen imam, Lyès, qui avait l’avantage d’être un champion en 53/54 sélectionné aux JO de Melbourne. Après la grève, il a choisi le maquis. Il est mort en octobre 1957 au-dessus d’El Abadia.
Je l’ai vu mourir dans une embuscade à la tombée de la nuit.

On traînait nos blessés pour les mettre à l’abri et Lyès nous couvrait. On lui faisait signe de nous rejoindre mais il refusait. Il était doté d’un courage exceptionnel. Il est mort à 20 ans.»
Omar a gravi tous les échelons pour devenir commandant en 1959 dans l’Atlas saharien où Bellounis s’est réfugié dans la région du Sud-Titteri. «Le MNA disputait des territoires au FLN.

La Wilaya 6 a demandé de l’aide. C’est comme ça que la Wilaya 4 a envoyé des commandos pour exterminer ces traîtres. On les a pourchassés et obligés à se retirer au fin fond du Sahara.

Quand de Gaulle arrive au pouvoir, il pensait nous écraser ou négocier en position de force. Il a lancé l’opération Challes qui a mobilisé des forces spéciales de 5600 hommes. Un véritable rouleau compresseur. On a été surpris au départ et on  s’interrogeait sur le rôle du MALG qui était censé prévenir les événements.

Bouamama a décidé l’éclatement des unités. Ce qui nous a sauvés. En 1962, Omar se trouve dans la région Zone 4. Le cessez-le-feu le surprend à Médéa où il rencontre les camarades commandants Bouregraâ et Bousmaha « Ce n’était pas un moment de joie. L’ambiance qui n’était pas à l’euphorie était annonciatrice de doutes et que les choses allaient mal se passer. Le pouvoir était à l’étranger et l’exécutif provisoire à Rocher Noir n’avait aucune emprise sur les événements. On était dans l’ignorance totale des intentions des décideurs.»


Miliana, ville millénaire

Puis vint la fameuse crise de l’été 1962. «C’était une crise d’autorité quand il a fallu désigner l’équipe qui gérerait le pays une fois la mission du GPRA terminée. Ben Bella avait fait montre de provocation pour saboter la réunion. Son objectif, c’était le pouvoir à lui seul.
En avril 1962 déjà, il est parti au Caire pour voir Nasser dont il était le seul interlocuteur algérien. Il a fait d’autres déplacements en solo sans en référer à ses camarades.

Le coup d’Etat contre le GPRA a été mortel. Nous en subissons les conséquences jusqu’à aujourd’hui. Je me rappelle que mon ami le moudjahid Dr Arezki Hamouche avait dit à Ben Bella en ma présence : «Il est malheureux que nous inaugurions l’exercice du pouvoir de notre pays au prix d’énormes sacrifices, par un coup d’Etat.» Ben Bella au lieu de répondre s’est lancé dans une violente diatribe contre ses camarades codétenus de prison en les traitant de tous les noms. Puis il a bizarrement changé de sujet en désignant Boumediène. Celui-là, c’est moi qui l’ai recruté au Caire. C’est en fait moi qui l’ai fabriqué...»

Pendant cette période, j’étais député à l’Assemblée constituante jusqu’en 1964 puis à l’Assemblée nationale (1964/1968).» Omar a fait partie de la commission préparatoire du 10e Congrès du FLN qui s’est tenu en avril 1964. Il en est devenu membre du comité central. «Au Congrès des moudjahidine du 14 au 17 mai 1965, tenu au Foyer civique, j’étais membre.

C’était la première fois que moi, issu de la Wilaya 4, travaillait avec l’équipe de Boumediène. J’avais des relations courtoises avec Cherif Belkacem, un gars subtil et très intelligent. Pour la date commémorative de la Journée du moudjahid, il a été proposé la date du 19 Mars.

J’ai moi-même proposé la date du 20 Août qui est symbolique et comporte deux aspects : l’aspect combattant avec le 20 Août 1955 et l’aspect politique avec le 20 Août 1956. Cette proposition n’avait pas plu à Ben Bella qui nous a appelés à la villa Joly.

Il était avec le Dr Nekkache : «Vous voulez disputer le rôle du FLN.» On voyait qu’il se méfiait des moudjahidine qui avaient boycotté son invitation au Palais du peuple. Finalement, ma proposition a été adoptée.
En 1965, je me suis dit que pour être libre, il fallait être indépendant matériellement. J’ai repris quelques mois après mes études. J’étais au seuil du bac avant la Révolution. J’ai pris des cours accélérés et j’ai passé le concours d’entrée à la fac de droit où j’ai été admis parmi les 19 sur les 122 qui s’étaient présentés.»


Le faux départ de 1962

Mais Omar est contraint d’interrompre ses études en 1968. Accusé d’être un opposant, il est emprisonné durant près d’une année. Après sa libération, il reprend ses études et obtient en 1972 une licence en droit. Dans le cadre des mesures décidées par l’Etat en faveur des anciens officiers de l’ALN, il obtient un prêt et crée en 1970, avec deux anciens compagnons, sa première entreprise spécialisée dans la construction (EGECO).

    Texte de Hamid Tahri

Commentaires (1)

Chantal
Bonjour Monsieur Hamid Tahri,

Je trouve toujours passionnant de prendre connaissance du parcours exceptionnel de ces hommes et/ou ces femmes dans cette Algérie à l'époque de la colonisation. Omar Ramdane fait partie de ceux-là. Il fallait avoir "l'âme chevillée au corps" pour poursuivre des études dans de pareilles conditions !

Si j'ai quitté l'Algérie l'année de mes 15 ans, en 1962, moi, petite française, je n'étais pas capable ni de parler, ni d'écrire la langue arabe. Et c'est toujours le cas aujourd'hui ! Alors que bien des algériens et algériennes pratiquent couramment les deux langues, voire davantage !

J'ai donc visionné la vidéo mais ... sans rien y comprendre !

Quoi qu'il en soit, Omar Ramdane méritait très largement cet hommage.

Bonne journée à tous.

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