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Miliana ou l’horloge de mon enfance

Par Naïma Yachir/ Le soir d'Algérie

Brazzi khouatmi  C’est un homme épris de sa ville natale Miliana. Lotfi, ce jeune dentiste vient de ressusciter une horloge datant de plus d’un siècle et demi. Un rêve qu’il a réalisé avec son ami et non moins confrère Toufik. Une horloge-carillon, la seule en Algérie qui sonne les heures en plein cœur de la cité, comme au bon vieux temps.
 Difficile de décrire cette sensation lorsque sonna 15 heures. Attablés au café de la place du musée, à quelques mètres de l’édifice pointant vers le ciel où s’abrite la majestueuse horloge protégée par quatre imposants palmiers, nous sirotions un thé fumant à la menthe en attendant avec une émotion particulière les trois coups. Des ding dong que nous n’avons jamais entendus auparavant et qui retentissent encore dans nos oreilles. Un plaisir de l’ouïe que nous a offert l’enfant de Miliana. Un défi que s’est lancé Toufik, une aventure qu’il a menée avec amour et qui a pour nom la sauvegarde du patrimoine culturel de son berceau.
Volubile, c’est avec beaucoup d’enthousiasme et une grande fierté qu’il nous conte son aventure.
«Tout a commencé lorsque j’ai récupéré une vieille horloge de mon défunt père datant des années 1940. Il faut dire que j’ai un faible pour tout ce qui est ancien, j’ai donc restauré cette petite œuvre d’art, elle fonctionne à merveille et j’en suis heureux ! Du coup, et après cet exploit, je me suis dit, pourquoi ne pas ressusciter l’horloge de la ville. Moi et tous ceux qui ont adhéré à ce projet la considèrent comme un monument historique. C’est un peu notre tour Eiffel.
328 001En fait, l’horloge a des années d’histoire derrière elle et je me ferai un plaisir de vous la raconter. Au départ et au même emplacement la mosquée El Bathaâ y était érigée. Elle date du XVIIe siècle. Lors de la colonisation française, en 1840, et après un long siège qui a duré neuf mois, l’administration coloniale a réalisé un nouveau tracé de la ville. Après quoi, la grande salle de prière fut détruite, mais la tour a été sauvegardée de manière à abriter une horloge avec un mécanisme et des cloches. Il nous est difficile toutefois de nous prononcer sur la date exacte de son installation. Nous hésitons entre 1860 et 1959. Nous avons trouvé en revanche des inscriptions gravées sur la porte en bois où sont inscrits un nom et une date : M. Dumont Bernard, 1918, le 5 janvier à 10h25. Ce qui nous laisse penser que sa mise en place date d’avant 1918. Un système de remontage électromécanique a été placé en 1959 et Francis Paget est la marque de l’horloge. Cette dernière a cessé de fonctionner en 1997 après le décès de l’agent responsable de son entretien. Nos aînés nous racontent qu’à l’époque de sa gloire, avant l’indépendance et quelques années après, ses coups étaient l’alarme pour rappeler aux lycéens que l’heure a sonné pour rentrer à la maison et réviser leurs leçons. C’était en fait un repère temporel pour tous ceux qui activaient dans la ville.
Il faut dire qu’au début, personne ne croyait à ce projet, sauf les fous que nous sommes. Les gens de la ville pensaient que c’était une lubie. Mais forts de notre détermination, nous avons pris le taureau par les cornes et nous avons foncé. Nous avons d’abord contacté les autorités de la ville qui, faut-il le préciser, n’ont manifesté aucune réticence. Bien au contraire elles nous ont facilité la tâche dans toutes les démarches que nous avons entreprises. Ensuite, nous avons fait de petites recherches sur la marque Francis Paget qui nous ont conduits droit vers l’atelier qui porte son nom et qui se trouve à Morez, dans le Jura, à la frontière suisse. Nous nous sommes rapprochés, via internet de la mairie de cette circonscription, qui à son tour nous a mis en contact avec l’Association horlogerie comtoise.
C’est François Buffard qui nous a transmis les manuels d’entretien et de graissage qui nous ont énormément aidés à sa remise en marche. Et c’est là qu’est entré en scène mon ami Toufik, un passionné de micromécanique et d’horlogerie. C’est un véritable artiste. Il collectionne les voitures deux-chevaux et d’autres objets qu’il fabrique parfois lui-même. Pour ma part et pour la bonne cause, j’ai mis la main à la poche et j’ai financé l’opération de restauration, comme le renouvellement des cadrans et les travaux de peinture. Nous avons tout fait pour éviter une aide financière émanant de l’APC, afin de préserver notre liberté de mouvement.»
C’est donc au mois de novembre derniers que l’équipe, orchestrée par nos deux dentistes a commencé l’aventure. Sept week-ends furent sacrifiés, 300 euros dépensés, et une main-d’œuvre gratuite, afin que le 24 décembre 2015 les cloches de l’horloge sonnent à 19 h précises. Et le défi fut relevé ! Toufik a les larmes aux yeux en évoquant la date de son inauguration. «Tous ceux que nous avons embarqués ont travaillé eux aussi d’arrache- pied et gratuitement. Ils ont fait du volontariat, c’est une manière d’exprimer leur solidarité et leur attachement à Miliana, et ils en sont fiers. C’est une horloge de 36 heures, nous avons à cet effet formé un agent pour le remontage des poids de l’horloge en attendant la réparation du moteur de remontage qui sera assuré par mon ami Toufik. Je serais incapable d’exprimer ma joie ce jeudi 24 décembre qui restera gravé dans les mémoires des Milianis. Un mélange de stress, d’excitation, de joie et de fierté. Un véritable challenge que nous avons réussi et qui a donné une nouvelle jeunesse à Miliana. C’était la fête ce jour-là.
 Aujourd’hui l’horloge fait non seulement partie du patrimoine local mais elle s’inscrit au patrimoine mondial industriel. Notre slogan est «Réparer pour ne pas oublier». Pour la petite histoire, en 1863, Alphonse Daudet lors de son séjour dans la ville de Miliana a évoqué l’horloge dans Les lettres de mon moulin. Il écrivit : «Deux heures sonnent à l'horloge de la ville, - un ancien marabout dont j'aperçois d'ici les grêles murailles blanches... Pauvre diable de Marabout ! Qui lui aurait dit cela, il y a trente ans, qu'un jour il porterait au milieu de la poitrine un gros cadran municipal, et que, tous les dimanches, sur Ie coup de deux heures, il donnerait aux églises de Miliana le signal de sonner les vêpres ?... Ding ! Dong ! Voilà les cloches parties !...»

Commentaires (4)

fatiha
  • 1. fatiha | 30/08/2016

Bonne continuation et bravo, même s'il reste encore beaucoup à faire.

lotfi
  • 2. lotfi | 28/08/2016

bonjour
c est vrai le titre vous correspond bien madame chantal ,la journaliste est la femme d'un ami spéléologue ,aprés une belle ballade à miliana elle a eu cette belle idée de faire un article sur miliana,elle est déja venue en 1991 pour faire un papier sur l "hopital de ain nessour,elle a eu des larmes en le voyant une seconde fois mais malheureusement dans état lamentable.

deghrar  djilali
  • 3. deghrar djilali | 28/08/2016

Chapeau, sincèrement cela fait vraiment plaisir de constater de visu ce patrimoine revigoré. Mes remerciements vont droit à l'équipe qui avait restauré cette horloge. D'ailleurs, j'en avais fais un article pour la circonstance. et merci ce genre d'initiative doit être tout le temps ,encouragé.
Bien d'autres endroits mythique voire féerique qui doivent faire l'objet d'une réhabilitation.

Djilali et merci encore

Chantal

Mes félicitations à tous ceux qui ont œuvré pour la sauvegarde de ce patrimoine inestimable de la ville de Miliana. Le titre de cet article m'interpelle beaucoup : "Miliana ou l'horloge de mon enfance" ... Il me correspond tellement !

Merci à tous !

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