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De Bab-El-Oued @ Miliana

Place de l'Horloge

Par Mohamed LANDJERIT

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Principale place de la ville, je résulte de la démolition de la mosquée Djamaâ Turc. La décision d’entreprendre les travaux de démolition fut prise par le conseil communal au début de l’année 1856 dans le cadre du nouveau maillage urbain.
En remplacement de « Place de l’église », l’on m’a appelée dés lors : place royale, on m’a donné une forme rectangulaire comme pour souligner de façon symbolique aux autochtones le changement de pouvoir. Je changerai encore d’appellation aux grés des décennies ainsi je deviens place nationale et enfin place CARNOT. Dés l’indépendance nationale je suis dorénavant place Emir Khaled, bien que les Milianais continuent toujours à me désigner familièrement par « Blacet SAÂ » : place de l’horloge.

 

Dans ma partie sud, une ancienne construction turque DAR EL BEY sera, elle aussi transformée dés 1840, date de l’entrée des troupes coloniales françaises, en siège de la subdivision militaire, structure qui restera jusqu'à 1962.
Après une période d’oubli, DAR EL BEY ouvre ses portes mais cette fois-ci entièrement rénovée en tant que musée de l’Emir ABDELKADER. L’ex mosquée, Djamaa EL KEBIR, au nord qui après avoir servie de casernement sera elle aussi transformée à son tour et à la même date d’une part en salle de cinéma (ex variétés aujourd’hui salle EL ABTAL) et sa suite en théâtre (ex cinéma SPLENDID) aujourd’hui entièrement rénové en un merveilleux théâtre municipal.


Avec les autres constructions ceinturant mon site, évoquant la mythique librairie BENTABAK (malheureusement disparue depuis) l’inamovible salon des arts ménagers Philips de la famille KASTALI (qui résiste vaille que vaille) et enfin la très ancienne boutique de si M’hamed SMAIL DAHLOUK (ALLAH yerahmou, que Dieu ait son âme) le décor de ce magasin, un véritable bijou ne laissait personne indifférent. Passage obligé de tous les visiteurs cette somptueuse structure figurait sur le circuit du guide touristique local.


Beaucoup de monde arpente quotidiennement mon bitume, cernée de platanes centenaires. J’étais le point de départ des moyens de transports comme les cars de couleurs rouge des autocars Blidéens ou ceux bleu de la compagnie SATAC vers El Khémis-Miliana, sans oublier la station de Taxi, le fief de messieurs SOUMATI, BARÇA, BOUMAZA, ANSEUR et Consorts.


J’ai abritée des meetings, des défilés en tout genre, des soirées dansantes, des expositions et bien d’autres choses encore.
Je vais essayer de vous livrer pêle-mêle quelques bribes de souvenirs de ma déjà longue histoire. Au début du siècle dernier, je recevais pendant les week-ends, les fêtes nationales et surtout la fameuse fête des cerises du grand monde s’il vous plait. Le café lyonnais (aujourd’hui la renaissance) l’orchestre militaire d’abord laissera la place par la suite à l’ensemble symphonique des mines du ZACCAR, au programme des valses viennoises comme le beau Danube bleu. On venait réserver sa place bien à l’avance.


Les années cinquante ce sera l’orchestre moderne « Le YOYO JAZZ » de messieurs MERCIER, ANKAOUA, PALOMARES, PARTOUCHE et compagnie qui permettra aux jeunes de l’époque de faire apprécier leurs talents de danseurs de Charleston.
A la même période l’adjudant TOBAL émerveillait l’assistance au cours du défilé militaire du 9eme Bataillon de tirailleurs Algériens en lançant de manière très acrobatique son bâton de meneur de la clique musicale, il précédait fièrement le bélier « MESSAOUD » habillé de soie et tout enrubanné au niveau de ses cornes. N’oublions pas aussi de citer l’autre clique celle des enfants de troupes.
Plus prés de nous, au pied de l’horloge, sur une grande scène richement décorée plusieurs orchestres Chaabi et autres venus d’Alger ont fait danser la foule jusqu’à l’aube.
J’ai également reçue de grandes personnalités dans différentes circonstances= NAPOLEON III, JULES FERRY, la Reine de Madagascar, des gens d’art, de lettres et d’histoire.


Je garde néanmoins un triste et douloureux souvenir de ces jours d’Octobre 1957 avec la venue de certains généraux Français qui venaient juste de s’illustrer sinistrement dans la fameuse bataille d’ALGER. Ainsi leur arrivée « coïncidera » comme par hasard avec une monstrueuse rafle, suivie d’emprisonnement et de tortures.


D’autres personnalités prestigieuses m’ont encore rendue visite comme messieurs MESSALI HADJ, L’Emir KHALED, le Cheikh BEN BADIS, FERHAT ABBAS, BEN YOUCEF BENKHEDA, le Cheikh TANTOUI recteur de l’université d’EL AZHAR du Caire (venu dans le cadre des festivités du millénaire de Miliana en 1972) MALEK BENNABI ainsi que le maire de la ville de Moscou en 1985.
Après l’indépendance nationale j’ai reçue également non sans fierté les présidents BEN BELLA AHMED, puis BOUMEDIENNE HOUARI et ABDEL AZIZ BOUTEFLIKA qui tour à tour m’ont admirée, suprême hommage.


Il y eut aussi de grands moments émotionnels avec les méetings de soutien pour la lutte des peuples VIETNAMIEN, CHILIEN et PALESTINIEN entre-autres.
Lieu privilégié des défilés aussi, qu’ils soient de scouts, des travailleuses, des scolaires, des paysans ou de sportifs, j’ai même accueillie des travailleurs des mines du ZACCAR. C’était en 1954, qui cette fois n’étaient pas contents du tout, aussi excédés par tant de privations et de mépris de la part de leur employeur et, après l’arrestation de l’un des leurs syndicaliste de surcroît, firent déborder ce jour leur trop plein de rancœur. Des échauffourées avec le service d’ordre dépêché d’urgence sur le chemin de la sous-préfecture occasionneront des blessés ainsi que des dizaines d’arrestations.
Le commissaire de police le sieur GITARD comme d’habitude si arrogant avec la population musulmane en aura pour ses frais. Il s’en sortira avec une large plaie au crane, occasionnée par une lampe à carbure, et même les coups de feu de sommation des policiers ne l’empêcheront pas d’être rudoyé et mis à terre le visage ensanglanté.


Aujourd’hui ? Aujourd’hui, la vie à repris son cours normal, je suis calme et paisible mais je dois avouer aussi que par moment j’étouffe, mon espace s’est considérablement réduit. Modernité oblige, ma vocation essentielle s’est dévaluée, je sers de parking maintenant.

De jour comme de nuit avec tous les désagréments que cela engendre, même mes pigeons préfèrent aller ailleurs pour fuir le tumulte de la cité, mais je ne désespère pas de retrouver mon lustre d’autan et pourquoi pas mon espace vital, je le vaux bien, non ?
Est-ce immérité ?

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