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Le Rakb des Beni Far'h

De Benyoucef ABBAS-KEBIR

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 Le "Rakb des Beni Far'h" reste le pèlerinage le plus important par rapport à ceux qui s'échelonnent de Mai à Décembre. Il regroupe un grand  nombre de tribus venues  des douars d'El Aneb, des Beni Ghomeriane et de Bouhalal de la région de Cherchell. Selon une vieille tradition, on dit que le wali Sidi Ahmed  Benyoucef avait  un visiteur berbère, toujours joyeux, qui , ayant rejoint sa famille à El Aneb, se plaignit de la stérilité du pays. Sur un vœu du Cheikh , la montagne se montra remarquablement fertile et les six enfants du serviteur furent père de mille six cent âmes.

   "Qui les rejoint est dans la joie, qui les quitte est la tristesse".

Ce diction explique comment les Beni Far'h ont un nom qui exprime l'idée de la joie. Ce pèlerinage date depuis très longtemps, dés le 18ème siècle, le docteur Shaw en brosse un tableau, " Au printemps des flots de visiteurs venus d'Alger, de Blida et du voisinage y viennent dévotement prêter louanges au tombeau de Sidi Ahmed Benyoucef patron de la ville ". Ce jour là dès le matin, l'atmosphère rayonne de joie et d'ambiance pour accueillir les pèlerins. On décore l'intérieur de la Kouba avec de jolis tissus multicolores. On nettoie les abords du sanctuaire où des marchands de halawiyat viennent étaler  leurs éventaires. Plus loin, des gargotes de fortune  et de loteries sont installées à l'ombre des platanes de la " Place du Charbon".

  Les clameurs de la foule, devenant plus dense, se mêlent aux sons nasillards des joueurs de flûte et de ghaïta et des " Glaglias", qui sillonnent de  long en large la petite place, en jouant plusieurs aubades autour des curieux, qui, d'un air jovial leur lancent des pièces de monnaie. Vers l'après midi les Milianais et les visiteurs se pressent pour aller accueillir le Rakb devant l'entrée de "Bab El Gharbi", sur la route de Ben Allel, à quelques Kilomètres des remparts et sur les talus qui dominent la route, attendant impatiemment les pèlerins. Soudain, on entend  des coups de feu, et des youyous, signes de l'arrivée du grand Rakb. Des cavaliers portants de lourds sandjak ( étendards) de couleur rose et bleu pâle avancent solennellement en tête du cortège cérémonial, suivis d'un flot de pèlerins avec des mulets chargés de provisions et accompagnées de musiciens. Acclamant le cortège, la foule s'y mêle et tout le monde afflue massivement sur la sanctuaire. A l'entrée de la Zaouïa, les pèlerins sont salués  par des chants et les youyous des femmes engouffrées dans les galeries du petit patio. Les yeux se mouillent, les gorges se serrent, la ferveur est impressionnante. Une fois le couscous servi aux hôtes, les veillées sont rehaussées de concerts de Gasba, de Bendir et de M'dadha, assis sur de larges H'saïr, étendues dans l'enceinte du sanctuaire. On joue des airs fort entraînant à des danseurs virtuoses dans le J'Dib (danse extatique) qui finissent par s'écrouler par terre. 

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 D'autres sirotent du café et du sahleb, préparés sur des foyers de braise, en discutant su leurs récoltes et d'autres affaires. La plupart des "Zouars" passent la nuit à la belle étoile, profitant de la douce saison. Le lendemain  matin, les pèlerins se séparent, regagnant chacun son douar pour se donner rendez-vous l'année prochaine. Le sanctuaire du saint Sidi Ahmed Benyoucef replonge dans l'ombre pour retrouver sa quiétude et sa sérénité.

 

 

 

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Commentaires (2)

bencherif
monsieur, j'écris un roman sur la ville de Meliana ; pourriez-vous me dire la date historique du Rakb, celle des cerises,
LABDI Ahmed
  • 2. LABDI Ahmed (site web) | 19/05/2015
LABDI Ahmed. Cher monsieur Benyoucef. 19/05/2015. Je ne peux que te féliciter de cette ambiance dans le texte par lequel tu nous mène du bout de notre imagination à revivre les wadat qu'on a faites durant notre vie et, surtout, notre enfance. Une sorte de kermes où adolescent on découvre pas mal de choses. Moi ce que je déteste, à même de m'en dissuader de ces wadat, ce sont les jeux de hasard. Mais c'est vraiment incompatibles, incongrues comme si on jouait à l'intérieur d'une mosquée. Je ne parle pas de Sid Ahmed Benyoucef mais d'une façon générale. Il y a, aussi, les bousculades devant le tombeau du défunt qui n'est qu'un être humain. C'est plus qu'incompatible dans le sens de notre croyance. De nos jours, l'âme de ces visites a perdu de son sens initial, original. On ne connait pas à sa juste valeur ce faiseur de biens et au sens où, par tant de rapprochement par adoration surérogatoire, il était devenu plus proche de Dieu. Et quand on est plus proche de Lui, Il exauce nos voeux, pour peu qu'on Lui soit fidèle. Ces faits sont aussi courants de nos jours chez les pieux mais leur exaucements ne nous arrivent pas tellement il y a interférences avec beaucoup d'informations par minutes à nos pauvres oreilles. Ils ne demandent jamais l'impossible avec les temps qui courent. J'avais vu les bousculades qu'on faisait davant la sépulture de Reggani. Hommes, femmes et enfants pleurnichants agglutinés comme des sardines. Mais on peut inculquer aux gens, les vrais objectifs d'une visite pour pallier entre ce qui doit se faire et ne doit pas se faire. Le mot pèlerinage ne convient pas à mon sens à ce genre de rituel. On peut dire tout simplement visite ou employer la traduction directe: "promesse" tout court. Amicalement. Ahmed le bourlingueur.

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