l'Adieu par les ruines

Par Med Midjou

On a trop souvent tendance à oublier le rôle pédagogique, voire, technique de cette prestigieuse école dans la prospérité socio-culturelle de la région, fleuron local à impact national dans la révolution industrielle du 20ème siècle au même titre que les deux lycées Med Abdou et M.Ferroukhi dont la notoriété instructive dépasse les frontières et que la belle des cerises, Miliana jouissait euphoriquement de leur existence statutaire.

Sur le chemin du petit bois menant à l'ouest vers Ben Allel (Ex. Levacher) se dresse le modeste temple du savoir géologique, de rang premier en Afrique, érigé pour les besoins de technicité minière recensés à travers les gisements existants à l'époque. Les candidats ne se bousculaient pas pour en faire partie, la sélection pour y accéder, méritoire, obligeait les prétendants à montrer un signe convaincant de leur quotient intellectuel dans un établissement au régime fonctionnel digne des casernes.

En plus de la discipline intra-muros, le port obligatoire de la tenue uniforme des cours et de sortie, l'éducation physique et sportive para-commandos, il était dispensé des matières d'exploitation minière comprenant l'étude et la nature du sol, le relief, la topo, la cartographie etc. Un panel scientifique à la charge d'éminents profs et docteurs étrangers associés aux nationaux. Les étudiants, décrochant leur diplôme sont systématiquement enrôler dans le secteur stratégique de recherche des richesses enfouies sous sol, la chance pour d'autres africains de se voir confier avec le peu d'expérience, des postes à responsabilité de haut niveau pour présider aux destinées des départements ayant pour mission ferme, la croissance et le développement économique de la filière.

Avec la fermeture de la mine entérinée les années soixante dix, l'école perdit dans la foulée un peu de sa verve avant de reprendre plus tard sa considération par sa conversion probante au rang de centre universitaire initié par le Ministre Mustapha CHERIF en défendant énergiquement cette concrétisation par la disponibilité des moyens éducatifs en place et la volonté de stabiliser quelque peu le mouvement des étudiants appelés à rejoindre péniblement des universités plus lointaines. Avec quelques modules en informatique enseignés au début, le pari était supposé gagné pour la suite qui s'annonçait sous de bons auspices par la même tutelle aux fins d'introduire progressivement d'autres matières répondant aux aptitudes locales pour une prise en charge studieuse.

 

Cette éventualité bifurqua malheureusement sur la réflexion occultiste, digne de l'âge de pierre appelant au trouble en semant cruellement la haine implacable au détriment de la science lumineuse. Par une nuit obscure, au fort moment du tribalisme idéaliste, ce joyau scientifique sombra impitoyablement sous l'effet des bombes sans que les auteurs ne manifestent le moindre respect pour le voisinage, enfants et personnes âgées en butte depuis à des pathologies d'ordre psychique, artériel et diabétique, encore moins au sacré coran dont la première recommandation à l'adresse de notre messager QLSSSL, était la notion impérative de " lire". Il reste à faire bien sûr la relation entre la teneur du verset et la nature de ce macabre délit. En bon croyant, l'édifice aurait été sans nul doute épargné de cet horrible acte de vandalisme et ne présenterait pas aujourd'hui cette facette hideuse aux parois éventrées et aux poutres délabrées au risque des piétons et des automobilistes qui aspirent impatiemment à sa démolition totale pour, se prémunir des accidents éventuels de chute des matériaux, en élargir la voie par nécessité et ne point constituer inévitablement un squat aux nécessiteux fuyant l'apocalypse rurale.

 On raconte en marge de ce regrettable constat qu'au sein de cet édifice, le dortoir abritait un fantôme et que les étudiants subissaient des peines pour en passer des nuits dans ce lieu hanté. Il résulte de cette vérité, que des scènes de supplice s'y sont déroulées par les colons à l'égard des résistants libérateurs. Les faits rapportent qu'en étant allongé à une heure avancée de la nuit, l'élève éveillé, à faible respiration et le cœur palpitant, entendait soudainement dans un silence de cathédrale, une présence faisant les cent pas d'un bout à l'autre de l'allée séparant les rangées des lits. Le concerné affirme que la marche était d'une lente cadence réputée aux sentinelles SS, le bruit des godasses sur le sol accentuant la frousse, un arrêt brusque, moment où il s'imagine que le fantôme était en train de le toiser froidement, notre ami n'osait même pas ouvrir les yeux, il se devait de rassembler son courage en récitant quelques versets du coran et la chahada, salutaire dans une pareille épreuve. Et ça reprend de plus belle, le va et vient contrariant, effrayant rappelant l'épouvante imaginée par Hitchcock dans ses films de grande angoisse. Le retour à la normale soulageant, après un temps de transpiration intense et une chamade à crever le cœur. Une expérience étrange réellement vécue qui ne s'est pas renouvelée à ce courageux, en soulignant qu'il ne faut surtout pas croire à une scène rêveuse ou hallucinante.

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Mis en ligne le 02 Janvier 2009 - Noria - All Rights Reserved

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