
Merci, Miliana, de m'avoir accueillie dans tes bras un matin de jeunesse, quand je gravissais tes hauteurs pour y bâtir mon avenir de lycéenne. Merci pour cette ascension vers ton balcon suspendu, loin des rumeurs de la plaine, là où l'air si pur semble porter encore le souffle des siècles passés. Merci pour ces années de lycée où tes murs de pierre m'ont protégée, m'offrant le silence propice à l'étude et la chaleur d'amitiés qui ne s'éteignent jamais. Dans tes couloirs, le murmure des élèves se mêlait au chant des fontaines, et chaque salle de classe s'ouvrait comme une fenêtre sur l'immensité du monde.
Merci pour tes hivers de brume, quand le Zaccar disparaît derrière son voile de mystère, nous forçant à chercher la lumière dans les livres et dans la fraternité. Nous connaissions alors la richesse des rencontres, la joie partagée autour d'une table improvisée, ranimés par ce vent montagnard qui donnait à nos rires une intensité singulière. Je garde le souvenir de l'ombre protectrice de tes platanes centenaires, de cette douceur de vivre citadine où chaque ruelle semblait raconter une épopée. Merci pour la rigueur de tes maîtres et la bienveillance de tes habitants, qui firent de l'étrangère que j'étais une enfant de la ville.
Merci pour ton histoire qui transpire de chaque porche, de la manufacture de l'Émir à la Pointe des Blagueurs dont les parfums embaument tes soirées de printemps. Tu fus pour moi bien plus qu'une ville d'études : tu fus une école de la vie, un refuge d'élégance et de savoir. J'ai gardé en moi le goût sucré de tes cerises et la fraîcheur de ta Source Bleue, la sérénité de tes promenades au jardin Magenta, ce pèlerinage du cœur que je refais sans cesse lorsque mes pensées s'égarent vers mes racines. Merci pour ta résistance et ta dignité, pour ce mélange unique de culture et de nature qui fait de toi une vigie éternelle.
Miliana, tu es ma mémoire inexorable, le berceau de mes plus belles années. J'ai contemplé tes sommets, j'ai entendu les murmures de la passion dans tes ruelles tranquilles, j'ai vu tes amoureux s'abriter derrière la roche complice du Zaccar. Je m'en vais aujourd'hui, apaisée et confiante, car je sais que mon passage entre tes murs a laissé une empreinte que le temps ne saurait effacer. Tu resteras ce phare de l'esprit, cette lumière qui guide mes pas quand le chemin s'assombrit, ma ville d'adoption, ma mère courage, mon éternelle complice.
~ Noria, ta fille d’adoption ~