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Le Matelassier

Le matelassier 

Il montait les ruelles escarpées de la Casbah en poussant sa charrette, où s'entassaient les outils de son métier : le cadre de bois qu'il dressait sur des tréteaux pour y tendre la toile, la cardeuse aux dents acérées qui rendait son souffle à la laine fatiguée, et tout ce qu'il fallait pour qu'un matelas renaisse. Sa venue ne surprenait personne, elle se prenait à l'avance, comme un rendez-vous, afin que la ménagère eût le temps de laver la toile et de préparer la laine, et que l'ouvrage se fît dans la propreté.

Dans la rue, devant les maisons aux portes entrebâillées, il installait son atelier de fortune. Les passants ralentissaient le pas, les enfants s'attroupaient, captivés par le va-et-vient de ses mains. Le claquement sec de la cardeuse rebondissait sur les murs blanchis à la chaux et se mêlait aux cris des marchands ambulants, aux voix des voisines lancées d'une terrasse à l'autre. Sous ses doigts, la laine gonflait, s'assouplissait, reprenait vie ; il l'étendait ensuite sur la toile tendue avec la lenteur d'un geste appris par cœur, comme on répand une neige.

Ce spectacle appartenait au quotidien de la Casbah, un artisan dépositaire d'un savoir ancien, qui rendait aux foyers leur confort et leur chaleur. Chaque matelas refait deviendrait le témoin muet des nuits de repos, des rêves et des confidences. Sa venue n'était pas qu'un service rendu : c'était un rituel partagé à ciel ouvert, au cœur de cette cité vibrante où la mémoire et la vie ne cessaient de se confondre.

Commentaires

  • kéryma

    1 kéryma Le 20/05/2015

    Bonsoir Noria,

    Là vraiment tu as atteint le top des tops de mes souvenirs,

    Ma mère ne se montrait (el hdjeb oblige) ni au vitrier ni au laitier ni à tous ces messieurs que mon père envoyait à la maison pour toutes sortes de réparations, et bien sûr le jardinier,etc. Par contre c'était ma grand-mère (maternelle qui vivait chez nous Allah yerhamaha) qui sortait devant la porte d'entrée de notre maison pour recevoir tout ce beau monde, et.... Arriva le matelassier et' terrah, le cardeur ah et en effet c'était soit el marek soit el meteqba (besses) qui accompagnaient son café, et il aura mangé le midi cela va sans dire! Et puis je ne te raconte pas la machine qui teb'chem essouf, une carde un truc qui se balance avant-arrière pour rendre la laine plus belle et facile à "farcir" le matelas propre étincelant, d'ailleurs un tissu unique à rayures blanches et grises (je crois) Et que l'on appelait el qech'ra, et le matelas est placé sur un tréteau et avec grâce et dextérité le monsieur à l'aide du "meftah" la grande aiguille avec un chas large comme un oeil de titan, il commence à faire les fameux bourrelets tout autour du matelas.... ouuhh je suis toute tourneboulée!!!!

    Merci pour ce retour dans mes souvenirs,

    Kéryma,
  • Bradai

    2 Bradai Le 25/06/2011

    Dans les villages d'autrefois et surtout à
    l'approhe des mariages
    Un ou deux matelas figuraient parmi le lot de dote de la mariée une tradition bien connue chez certains .
    La famile de la mariée faisait donc appel au matelassier du village ,en general c'etait des gens qui ont acquis cette expérience aupres des colons agriculteurs et des bourreliers de l'epoque .
    Le matelassier arrivait tôt le matin à cause de la chaleur d'ete et sous l'ombre d'un arbre du jardin pour ceux qui en possedent pour d'autres une petite chambre à l'ecart suffisait.
    Comme l'hospitalité l'exige le cafe avec cequ'on appelle chez nous " bessas" (semoule cuite en forme de losange sur un
    tadjine)et accompagnés d' une petite galette bien chaude feront l'affaire en attendant le repas copieux de midi.
    Il repartira le soir laissant la mere admirait ce travail bien fini du matelassier au plaisir de sa fille .

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