Et nous les concernés on a compris que bien plus tard pourquoi tout ce tracas. La capacité du lycée ne pouvait contenir toute la population estudiantine des régions avoisinantes allant de notre département des villages comme BouMedfa, H.Righa, Djendel, Voltaire, Ghrib, jusqu'à Cherchel, Gouraya, Tenes, El-Attaf, Teniet-el-had.
Nous avons décidé d'aller voir ce lycée qui avait tant de renommée, je me souviens bien, on y est allé à pied. Nous avons fait 27 kms à pied pour aller à Miliana voir notre prochaine demeure. Les 27 kms nous les avons fait aller/retour à pied sans passer par ce fameux raccourci de Zougala, nous ne le connaissions pas encore.
On était une dizaine à faire le voyage (6eme et CNET confondus). Arrivés à notre lieu on était émerveillés, on avait jamais vu un établissement à 3 étages et une inscription toute grande en caractères arabes inscrits sur du marbre au-dessus de la porte principale nous indiquait le nom de ce lycée Mustapha FERROUKHI qui ses lettres se comprenaient et s'inscrivaient aussi en lettres latins.
Avant les congés de l'administration scolaire et la rentrée scolaire, nos parents décidèrent de voir les choses au clair. Après un aller à Orleansville sans résultat, Grand-Père d'un des lauréats du village que nous sommes, ne pouvant faire ces déplacements fatigants en ces temps de crise de locomotion décide de ne plus y aller. Mon père s'en chargea pour lui, son nom ZOUAOUI Kamel que tous les élèves internes du lycée par la suite apprécia sa façon de jouer avec un ballon et ses frappes de balle au plaisir des élèves contre leurs maitre d'internat dans cette cour que de simples bancs sont utilisées en guise de bois sans filets.
Commencèrent alors les allers-retours d'Orleansville à Miliana. L'administration du lycée de Miliana ne pouvait nous accepter, il est trop chargé, il fallait voir ailleurs. Retour à Orleansville. L’académie ne pouvait entraver l'Administration du lycée et incitèrent nos parents à aller inscrire leurs enfants à Affreville dans le collège IBN-BADIS qui est le plus près de notre village, à prendre ou à laisser. La ténacité de nos parents était, elle aussi ferme qu'ils la démontrèrent à l' instant même où ils reçurent la notification d'inscription. Ailleurs que Miliana.
Le père de SAIDI Tahar (rabbi yarhmou), était un grand gaillard de taille et avait cette grande allure hautaine de respect avec de grosses lunettes de vues maintenues derrière sa tête par un ruban, leva tout haut son gros bâton de ses deux mains et frappa d'un coup sec sur le carrelage. Ce fut d'après ce que m'a décrit mon père, sur cette scène un bruit fracassant qui ébranla le silence habituel de ce couloir ou seul le bruit des pas rimaient la voix du silence.la frappe a eu son effet comme une bombe dans ces bureaux habitués au calme.
Le calme revenu, et pour en finir avec ces campagnards comme le disaient les citadins à l'égard des villageois, on décida de les satisfaire mais à une condition le lycée n'en prendra que 04 de la 6eme et 01 de la 5eme. Le père SAIDI s'étant un peu éloigné du groupe n’a pas entendu cette conclusion finale, son fils Tahar était de la 5ème, et les parents à nous plus près, donnèrent chacun le nom du fils, mon père avança le nom ZOUAOUI Kamel comme s'il était son fils et me délaissa. Son grand père étant absent, mon père en a pris cette décision cruciale pour lui dans cet état qui ne lui laisse pas le temps de choisir. Sa parole a été donnée, il doit l'assumer jusqu'au bout. Voilà que le père SAIDI arrive, croyant la situation réglée. Mis au courant.
C'est le bout de nerf qui l'emporta sur lui il leva cette fois aussi tout haut une 2eme foison gros bâton pour leur en faire une 2eme démonstration d'un campagnard comme ils le disent. On l'arrêta net. Ils acceptent tout le monde. Ce fut la satisfaction et pour nos parents et pour ces oreilles sensibles des messieurs de L'académie.
Le soir on les a attendus, la joie rayonnante dans leurs yeux nous disait qu'on a été tous accepté à Miliana. La confirmation nous a été donnée lorsque nous reçûmes nos numéros qui doivent figurer sur notre trousseau le mien était le 72 avant d'être changé une année après. À ces parents que la plupart d'entre eux n'ont jamais goûté aux bancs d'école, nous leurs devons beaucoup, nous leurs devons tout.
Ce fut une époque, une époque de joie et d'amertume dans un simple passage de la vie, évoquée à ceux qui ont eu le privilège de fréquenter ces deux Lycées Med ABDOU et M.FERROUKHI dans les moments difficiles qui suivirent l'indépendance du pays où il fut difficile à trouver un maitre d'école.