MILIANA. :La Reine du Zaccar " Par Claude-Maurice Robert. "
Le nouveau Visage de Miliana. Le 03décembre 1932
De même que Tlemcen, qui est sa soeur aînée, j'ai vu Miliana vingt fois, et vingt fois j'ai vérifié l'exactitude du Vers illustre de John Keats: " Une chose de beauté est une joie pour jamais.»
Attardée jusqu'à ce jour dans un immobilisme tout oriental et islamique, Miliana brusquement sort de sa léthargù
- Que se passe-t-il donc, ai-je demandé ici et là ?
Et chacun de m'énumérer toutes les réfections, toutes les restaurations, toutes les Créations en cours d'exécution ou simplement envisagées :
- On installe des égoûts, on refait les caniveaux et les trottoirs ; on empierre les rues et les macadamise ; on va abattre les remparts, qui étreignent la cité dans un corset de pierre.
Un autre m'a dit :
- On va construire un hôpital qui sera unique en son genre dans toute l'Afriaue du Nord, un hôpital si bien situé et si bien agencé, que tous les gens de la plaine, le voyant de loin sous les arbres, tomberont malades pour le bonheur d'être hospitalisés là...
- On va édifier un hôtel des Postes!
- Et un théâtre de la Nature !
- Et des piscines avec une plage!...
- Etc., etc..
Le projet esl si long, les bonnes volontés si grandes, l'orgueil si général, (pie je n'en finirais lias si je voulais tout rapporter.
L'avouerai-je, et ces généreux Milianais, enthousiasmés de voir leur cité d'adapter aux exigences de la vie moderne, me le pardonnerontils '.' Mon premier mouvement fut de l'appréhension.
En voulant l'embellir, ne va-t-on pas l'enlaidir '.'
Ainsi longtemps soliloqué-je, ainsi longtemps ce projet lût-il considéré par moi comme un attentat à la grâce de la Reine du Zaccar. Et puis, un jour, voulant en avoir le coeur net, regarder le désastre que je supputais en face, et dire leur fait aux Vandales qui le préméditeraient je sollicitai une audience du chef de l'Edilité, M. Alexandre Michalet, lequel ai dessillé mes yeux et fait tomber nies préventions.
Longuement, devis en main, M. le Maire m'exposa ce qui déjà est fait et ce qui sera fait, n'omettant pas de spécifier que ce programme d'urbanisme n'a pu être entreprise (pie grâce aux facilités administratives accordées par M. Atger, le distingué Préfet d'Alger, ainsi qu'aux libéralités et aux encouragements du Chef de la Colonie, M. Carde, n'oubliant pas (pie sa famille et lui-même ont vécu autrefois dans la capitale du Zaccar.
De cet entretien avec M. Michalet, dont il me plaît de louer ici, et l'esprit d'initiative et la vaste culture, sans oublier son culte paur la « les publica », je sortis rasséréné, emportant la conviction que l'on saurait assainir sans rien détruire qui valût d'être sauvé et de survivre.
A cette ville rénovée, il l'aillait un hôtel assorti. Il fallait que les touristes attirés par le renom de la Reine du Zaccar ne fussent plus désappointée par un gîte détonnant.
Ils ne le seront plus. Désormais, le Grand Hôtel, dont M. Léon Rey, déjà propriétaire du ChaletHôtel nous est désormais une garantie que l'on Hôtel d'Aïn-N'Sour vient de prendre possession.
saura satisfaire aux voeux des hôtes les plus exigeants.
Aussi bien tenu qu'il est beau le Grand Hôtel nous est désormais une garantie que l'on trouvera bon gîte et bonne table à Miliana-, cela, précisons-le, à des prix parfaitement acceptables pour tous.
Et qu'on ne s'y trompe pas : « Comme un beau cadre ajoute à la peinture ». un bel hôtel bien tenu ajoute au paysage.