Titre

Haouch (حوش)

algermiliana Par Le 04/08/2026 0

Dans Sous le figuier/ Noria

Haouch

La porte est basse, le bois gonflé par les hivers. On pousse, et la lumière tombe d'un seul coup, la cour est là, ouverte au ciel, et tout le reste s'organise autour d'elle.

Rien ne bouge encore. Le sol garde la fraîcheur de la nuit. Sous la treille, la vigne a laissé passer quelques lames de soleil qui glissent lentement d'un mur à l'autre, et c'est à elles qu'on lit l'heure. Les portes des pièces donnent toutes ici, alignées sur la chaux blanche, entrouvertes.

Puis la maison se réveille. Une voix appelle depuis le fond, une autre répond de la terrasse. Un enfant traverse en courant, pieds nus, et la cour est déjà un terrain de jeu. Les femmes s'installent à l'ombre du figuier, la semoule tourne sous les paumes, on parle de tout et de rien, une voisine passe et reste. Les tomates fendues sèchent sur un drap, le basilic monte en pot contre le mur, et le jasmin attend le soir pour dire quelque chose.

À midi, la chaleur s'arrête au seuil. Les murs de pierre ont retenu le froid de la nuit, ils le rendent maintenant, avec patience. On sort la meïda, on l'installe à l'ombre, et l'on s'assoit tout autour, serrés, chacun trouvant sa place sans qu'on la lui donne. La sieste vient ensuite, sans qu'on la cherche.

Le soir tombe et la cour change encore. On sort les matelas, on tire les couvertures, on s'allonge sous les étoiles. Le jasmin, enfin, remplit l'espace. Les voix baissent, les rires s'espacent, quelqu'un rit encore une fois dans le noir. Au-dessus, la vigne bouge à peine.

C'est ainsi qu'on se souvient d'un haouch : non pas comme d'une maison, mais comme d'un carré de ciel qu'on avait à soi, et de tous ceux qui vivaient autour. On n'avait pas besoin de décider de se voir. Il suffisait de traverser la cour.

Aujourd'hui, la plupart se sont tus. Les tuiles glissent, les charpentes cèdent, les murs s'ouvrent et les herbes reprennent la cour. Les héritiers se sont dispersés, les indivisions ont figé les successions, et les immeubles ont poussé tout autour, contre les vieux murs, parfois à leur place. Un haouch ne disparaît pas d'un coup : il s'efface saison après saison, jusqu'à ce qu'il ne reste qu'un pan de mur en pierre et un carré d'herbes folles.

Le saviez-vous ?
Haouch vient de l'arabe ḥawsh (حوش), qui signifie « cour » ou « enceinte ». Le mot ne désigne donc pas la maison, mais l'espace autour duquel elle s'organise.

Ajouter un commentaire

Anti-spam