Sous le figuier/ Noria
Fragments d’âme
Il est des choses qui ne font pas de bruit. Des gestes simples, des silences habités, des souvenirs diffus comme le parfum d’un jardin après la pluie. Cette rubrique est un refuge. Un espace hors du tumulte, pour penser autrement, pour sentir plus finement, pour regarder ce que le monde moderne oublie : la lenteur, la beauté discrète, la parole juste.
Ici, il n’y a ni démonstration, ni vérité. Juste des textes qui écoutent, qui observent, qui murmurent. Des fragments d’âme posés sur la page comme une tasse de thé sur une table ancienne.
Par
algermiliana
Le 19/07/2026
Je n'ai jamais été faite pour les sentiers balisés. Mon énergie, brute et indomptable, s'est toujours insurgée contre les limites. Âme vagabonde, cri de liberté projeté à la face du monde, j'ai choisi ma propre voie. J'ai gravi ma montagne avec une détermination inébranlable, refusant de m'éteindre ou de me plier. J'étais tempête et incendie, embrassant chaque instant avec l'intensité d'une existence affranchie, sans compromis ni renoncements.
La perfection ? Un mirage édifié par la peur. Je ne cherchais pas l'impeccable, mais la beauté à l'état brut, celle qui se rit des masques et des jugements. Je ne vivais pas pour plaire, mais pour être. Mon regard, ancré sur l'horizon, ne cédait à rien. J'avançais, audacieuse, et si la chute m'attendait, je l'accueillais avec la grâce d'un envol : seul le renoncement m'effrayait, jamais l'abîme.
Tour à tour exubérante, excessive, insaisissable, je n'ai jamais cédé aux attentes d'autrui. Ceux qui espéraient des excuses ou des justifications face à mes failles n'ont trouvé qu'un silence fier. Ce que je donnais était entier, sans réserve ; ce que je refusais, je le rejetais avec une certitude absolue.
Je n'ai jamais prétendu être la mère idéale ou l'amie toujours disponible. J'ai simplement voulu être présente, avec mes lumières et mes ombres. Parfois lointaine, parfois maladroite, mais toujours sincère. Ceux qui m'ont réellement connue savent que je ne savais pas tricher. Je n'offrais que ce qui palpitait en moi, vrai et inaltéré. J'ai appris, parfois à mes dépens, qu'il est impossible de tout concilier, et que s'oublier par abnégation revient à s'effacer dans un rôle étouffant. L'amour, tel que je le conçois, se manifeste parfois dans un simple murmure ou un geste humble, mais jamais dans le mensonge. Nul ne saurait entraver ma liberté, car elle est mon essence même.
La vie vient de m'arracher un pilier, celui qui croyait en moi sans condition. Et pourtant, j'avance, portée par la même ardeur. Les critiques glissent sur moi comme la brise sur la pierre polie par le temps. Je n'ai plus rien à prouver. Mon combat n'a jamais été de plaire, mais d'exister pleinement, en fidélité absolue à ma vérité.
Et ainsi je resterai. Libre, indomptée, entière. Car l'authenticité est mon seul serment, et je le tiendrai jusqu'au bout.
Par
algermiliana
Le 03/07/2026
Ferme les yeux un instant, et laisse-toi porter par cette image.
Sous une treille où la vigne s'enroule comme pour protéger ce moment précieux, une famille s'est arrêtée dans le temps. Le tapis, tissé de mille couleurs fanées par les saisons, devient le centre du monde. Ici, pas besoin de chaises ni de table : la terre elle-même invite au partage.
La grand-mère, foulard blanc noué avec douceur, porte dans son regard toute une vie de patience et d'amour silencieux. À côté d'elle, les rires des enfants éclatent comme des étincelles, légers, purs, sans arrière-pensée. Le père raconte peut-être une histoire, les mains posées sur les genoux, le sourire aux lèvres. La mère, voile clair sur les épaules, veille sur tout ce petit monde avec une tendresse qu'on devine sans qu'elle ait besoin de mots.
Sur le plateau : du pain tout juste sorti, un peu de lait, quelques olives peut-être, la simplicité même. Et pourtant, rien ne manque. Car ce qui nourrit vraiment, ce n'est pas ce qu'il y a dans les assiettes, mais ce qu'il y a entre les regards.
Ces moments-là, on ne les photographie pas pour les réseaux. On les vit, on les respire, et longtemps après, ils reviennent nous chercher : l'odeur du thé qui infuse, le bruit des feuilles de vigne, la chaleur de l'été algérien qui colle encore à la peau du souvenir.
On appelle ça la nostalgie. Mais c'est plus que ça : c'est la mémoire d'un bonheur qu'on n'a pas su nommer sur le moment, tant il était évident. Un bonheur fait de peu : un tapis, une cour, une famille réunie et qui, aujourd'hui, nous manque plus que tout.
Par
algermiliana
Le 14/10/2025
Le Jasmin de Miliana

La mémoire s'accroche parfois à une simple odeur. Pour Miliana, c'est celle du jasmin. Dans le calme de la Cité Nord, ce quartier entièrement résidentiel, l'air s'alourdissait d'une douceur particulière à la fin de chaque après-midi d'été. Le parfum, glissant des villas fleuries, devenait la trame sonore invisible de l'instant, mêlé aux rires et aux conversations.
En déambulant, on ne voyait pas seulement les fleurs ; on voyait les façades elles-mêmes, entièrement drapées de jasmin. Le parfum explosait littéralement, s'échappant de chaque mur, grimpant sur chaque grille. Il se faisait deviner, mais aussi clairement sentir, comme une présence familière et écrasante de beauté.
Le soir venu, son sillage devenait plus dense, presque envoûtant. C'était le signal du repos, du thé partagé, des confidences à la lueur d'une lampe. Ce parfum, plus que tout autre, appartenait à la ville. Il semblait respirer avec elle, accompagnant le rythme calme de ses nuits d'été.
Le jasmin est pourtant une fleur humble. De petites étoiles blanches, fragiles mais tenaces. Il aime la lumière, la chaleur, la douceur d'un mur où s'accrocher. Il trouve son refuge parfait là où la vie sait encore être simple, au milieu de ces villas où il a l'espace et la lumière pour s'épanouir.
Aujourd'hui encore, il suffit d'évoquer son nom pour que tout revienne, les ruelles fleuries, les façades ombragées, les pas lents dans la soirée, et cette sensation d'appartenir à un lieu où même l'air avait le goût de la mémoire.
Le jasmin de Miliana, c'est un parfum d'âme. Il relie les générations, les absents, les jours enfuis. Une senteur qui parle à la fois de beauté, de douceur et de fidélité, celle d'un temps et d'une ville qu'on porte en soi, longtemps après les avoir quittés.
Par
algermiliana
Le 08/09/2025
O
uvrir un vieux livre, c’est entrouvrir la porte d’un sanctuaire où sommeille le temps. À peine les pages se déploient-elles que monte, comme un souffle ancien, cette fragrance singulière où se mêlent le parchemin jauni, l’encre défleurie et la poussière des âges.
Ce parfum n’est pas une simple émanation : il est mémoire. Mémoire des veillées studieuses, sous la clarté tremblante d’une lampe ; mémoire des bibliothèques aux couloirs de silence, où l’ombre se penche sur les rayonnages infinis ; mémoire enfin des mains disparues, qui tournèrent ces feuillets bien avant nous, et dont l’empreinte invisible demeure dans les fibres du papier.
Chaque effluve est une voix assourdie, un écho des siècles, un murmure d’histoires oubliées que le livre, en son silence, continue de porter comme une prière. Dans cette odeur subtile palpite à la fois la nostalgie de ce qui s’éteint et la promesse de ce qui survit : la persistance des mots, la fidélité du savoir, l’indélébile trace de l’âme humaine gravée à jamais dans la chair fragile du papier.

Faire ses courses chez l’épicier du coin
Par
algermiliana
Le 04/08/2025

Autrefois, faire ses courses chez l’épicier du coin relevait presque du rituel. Ce n’était ni une corvée, ni un acte pressé, mais un moment à part, simple et familier, inscrit dans le quotidien comme la prière ou le café de l’après-midi. Dans les ruelles des quartiers populaires, de la ville ou du village, l’épicier tenait sa boutique comme on tient une mémoire : vivante, généreuse, et toujours prête à accueillir.
La devanture n’avait rien d’imposant. Une porte en bois, une vitrine un peu poussiéreuse, et dès qu’on entrait, un mélange d’odeurs : café moulu, épices, savon ménager, légumes du jour. À l’intérieur, les étagères en bois grinçaient sous le poids des bocaux et des boîtes, les balances à aiguilles trônaient sur le comptoir, et un vieux carnet faisait office de registre pour les dettes reportées à la fin du mois.
Les clients entraient les uns après les autres, jamais pressés. L’épicier saluait chacun, demandait des nouvelles de la famille, et servait avec ce mélange d’attention et de discrétion qui faisait de lui bien plus qu’un commerçant. Il savait qui n’aimait pas les fruits trop mûrs, qui cherchait un produit bien précis, et à qui il fallait glisser un bonbon en plus "pour les enfants".
On achetait en petite quantité : un quart de litre d’huile, parfois versé dans une bouteille qu’on rapportait de chez soi, un peu de sucre, quelques cuillères de semoule ou une boîte de sardines. Parfois, on payait avec quelques pièces, parfois avec un sourire et la promesse de revenir après la paie. L’épicier notait au crayon, sans jamais insister. Il faisait partie du tissu social, du cœur battant du quartier.
C’était un lieu de passage, mais aussi un lieu de parole. On y échangeait des nouvelles, des inquiétudes. On y murmurait parfois des confidences. Et même si la boutique était modeste, elle tenait chaud au cœur.
Aujourd’hui, ces échoppes d’antan ont disparu, remplacées par des rayons froids. Mais pour celles et ceux qui les ont connues, l’épicier du coin reste une figure tendre et inoubliable. Il incarnait une époque où le lien humain comptait plus que le ticket de caisse.
Quand les lettres portaient l’âme !!
Par
algermiliana
Le 11/07/2025
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La Langue Française : victime d’un procès injuste
Par
algermiliana
Le 04/07/2025
Un vent d’amertume souffle sur notre pays. Un vent qui voudrait effacer des mémoires et des institutions une langue : « le français ». Certains la désignent comme le dernier vestige d’un passé colonial. Ils veulent la bannir des écoles, des rues, des esprits, comme on efface une faute. Mais à ceux-là, je dis : une langue n’est pas un empire. Elle ne colonise pas. Elle ne commande pas. Elle ne tue pas.
Une langue est un souffle. Elle naît dans la bouche des poètes, dans les cris de révolte, dans les lettres d’amour. Elle est une passerelle, pas une frontière. Le français, en Algérie, n’est pas un symbole d’oppression, mais un outil hérité, souvent douloureusement, mais aussi puissamment transformé. Il est devenu un butin, une richesse, une voix parmi d’autres.
Faut-il renier Kateb Yacine, qui voyait dans le français une conquête culturelle ? Oublier Assia Djebar, cette femme algérienne qui écrivait en français pour dire nos silences ?
Rejeter ces écrivains, penseurs, journalistes, enseignants, qui n’ont pas choisi cette langue par soumission, mais par exigence de clarté et d’expression ?
Ce ne sont pas les langues qui font l’histoire. Ce sont les hommes. Une langue n’a pas de sang sur les mains. Elle peut être utilisée pour opprimer, oui, mais aussi pour libérer, transmettre, créer. Couper une langue de nos vies, c’est renoncer à une part de notre identité. C’est nous appauvrir volontairement.
Le français fait désormais partie de notre paysage. Il cohabite avec l’arabe, le tamazight, le dialecte populaire. Il n’efface pas, il ajoute. Il n’impose plus, il propose. Et l’Algérie, dans sa diversité, a toujours été une terre de langues et de métissages.
Alors non, le français n’est pas un traître. Il est un témoin.
L’abandonner par vengeance, ce serait céder à l’amnésie. Le maîtriser, le transmettre, c’est affirmer notre liberté. Celle de penser, de choisir, d’écrire. Et d’exister en toute souveraineté.






