Retour dans mes Souvenirs

De Bab-El-Oued @ Miliana

1er NOVEMBRE, UNE HISTOIRE... des histoires

 

  Il y a 59 ans, naissait "LA VOIX DE L'ALGERIE", la radio de l'Algérie en guerre...

 

Au grand bonheur de mes frères aînés, mon père débarqua un jour avec un énorme paquet dans les bras !

Il n’avait pas fini d’en défaire l’emballage marron que des cris de joie fusèrent de leur bouche !

Ils venaient de deviner que cette grosse boîte en bois verni n’était autre qu’un poste radio tourne-disques. Ils en avaient surement entendu parler dans la cour de leur école où ils côtoyaient des enfants pieds-noirs.

La boîte mystérieuse fut installée en hauteur afin que nous n’y touchions pas mais aussi pour atteindre l’unique prise électrique de notre pièce de vie.

Je fus impressionnée par la grosse lumière verte qui s’alluma en plein milieu après que mon père eut appuyé sur l’une des touches couleur ivoire alignées au bas cet objet de plus en plus fascinant.

Puis, ce fut le tour d’un bouton que mon père se mit à tourner.

Après quelques crissements, crépitements et sifflements, la boite magique se mit à émettre des voix et des airs de musique !

Je fus subjuguée par ce phénomène d’autant que je ne m’expliquai pas comment tant de personnes pouvaient habiter cette boîte avec leurs instruments !

Mes frères étaient plutôt impatients de faire fonctionner le tourne- disques car, en plus de la radio, mon père avait aussi acquis une pile de 45 et de 78 tours !

Dans le lot, il y avait « Bambino » de Dalida, « Chérie je t’aime » de Bob Azzam, « Al kess hlou » d’un chanteur marocain, Gloria Lasso, Khelifi Ahmed, Ababsa, mais surtout, un 45 tours de comptines!

Quel émerveillement que d’entendre «Au Clair de la Lune » chantée par des voix autres que celles de ma maîtresse, mes camarades, mes frères ou mon père ! Et ce disque noir qui tournait et dont je voyais le reflet sur le bois verni du couvercle ouvert de la boîte à musique ! 

En réalité, tous ces disques allaient jouer le rôle de « trompe l’œil » vis-à-vis des colons et militaires du village.

En effet, et pour n’éveiller aucun soupçon concernant le but véritable de l’achat qu’il venait de faire, mon père le masqua par cette pile de disques.

C’était pour qu’il puisse suivre les émissions nocturnes de « Saout El Djazaïr» qui nous parvenaient de notre pays frère, la Tunisie.

Ainsi, chaque soir, à une heure bien précise, le silence devait régner dans la maison soigneusement calfeutrée(par ma grande sœur et mes frères) afin de lui permettre d’entendre le maximum d’informations émises par le FLN et qu’il devait partager le lendemain avec les voisins.

Il restait de longs moments l’oreille collée à la radio dont il couvrait la lumière verte et dont le son était à peine audible par crainte de représailles militaires durant le couvre feu.

De ces instants solennels, je garde le souvenir d’avoir été bercée par des refrains particuliers (différents de ceux que ma mère écoutait en journée). Plus tard, ces refrains allaient s’avérer être des chants patriotiques tels que « Nar Listiimar » , « Djazaïrouna » ou « Watani El Akbar »…Et, bien évidemment, « Qassaman » !

Par Safia BELHOCINE

Commentaires (5)

belhocine safia
  • 1. belhocine safia | 19/12/2015
Bonsoir à tous,
Vos réactions à mon texte me confortent dans l'idée que tout un chacun a eu sa part de souvenirs de cette période de notre Histoire.
J'ai écrit spontanément ce qui m'est revenu de l'évènement de la radio un soir que Mehdi de la Chaine 3 avait demandé aux auditeurs comment on appelait cet appareil radio des années 50/60.
Mais je dois avouer que depuis quelques temps, des flashes viennent titiller ma mémoire. Est-ce l'âge?
Merci Meskellil, Chantal, Ferhaoui et Bradai.
Merci Noria!
ferhaoui
  • 2. ferhaoui | 19/12/2015
bonjour tout le monde. bonjour safia je vous remercie pour l'interet que vous portez à notre histoire des ces années 50 et 60 à travers des disques de platine.... c'est vrai on ne peut se détacher définitivement de nos souvenirs, c'est notre nature première! .au reste merci pour ce texte très riche d'info(voire sociologique) oran l-ami , ferhaoui.
Meskellil
  • 3. Meskellil | 19/12/2015
Bonjour Safia,

Bonjour à tous,

Oh oui Safia ! Tes souvenirs précis et aux contours nets, suscitent en moi des flashs très lointains, mais néanmoins là bien que flous. Des moments qui marquent l’esprit et s’impriment profondément à notre insu malgré le très jeune âge ! Je me rappelle également de ces moments très solennels pendant lesquels mon père écoutait, la tête penchée et l’oreille tendue vers cette boîte magique qui parlait d’une voix feutrée. Perplexité, incompréhension et sentiment diffus de crainte planant au-dessus de nos têtes. Nous autres enfants, faisions bien le lien entre ce que le couvre- feu impliquait de précautions à prendre (lumière, bruit…), et les militaires qui pouvaient à tout moment faire irruption dans les maisons.

Je me souviens aussi des voix d’enfants chantant dans cette boîte dès le matin. Je voulais les rejoindre, et me demandais comment moi, avec ma taille, je pouvais aller chez eux et par où entrer. Inquiétude et peur pour d’autres flashs à l’exemple de coups de feu trouant la quiétude de la nuit et qui m’avaient terrorisée parce que je sentais confusément que ça faisait mal.

Et tous ces chants patriotiques que l’on chantait aux premiers temps de l’indépendance tel celui qui commence ainsi : « siirou fi hokmi llah el mo3ine, kounou djounoud reb el 3alamine », ou « mine djibalina tala3a sawto el ahrar… » et bien d’autres encore, chair de poule. Oh, je pourrais évoquer encore longtemps toutes ces bribes… !

Merci beaucoup Safia pour ce retour sur ce temps de notre enfance, des moments de douceur, de tendresse, de fraicheur et aussi d'insouciance malgré le contexte de guerre. Le monde vu à travers les yeux d’une enfant.
Chantal
Merci Safia de nous avoir fait partager ta "découverte". Quelle authenticité dans tes propos ! J'ai passé un très agréable moment à te lire.

Bonne journée à tous.
bradai
  • 5. bradai | 19/12/2015
C'est des souvenirs de cette époque qui restent encore gravés en nous,et je m'en souviens encore de cette boite qui parlait et qu'on avait pas le droit d'y toucher;Je me rappelle encore de cette batterie plus lourde que mon corps,et de l'antenne en forme d'un ressort qu'on fixait d'un bout à l'autre de la toiture Pour mieux capter et éliminer les parasites; Je vois encore mon pere Pere monter chaque fois que le vent lui fait degat à son fil ; Un temps dur doux pour certains de cette époque ,un temps dur pour d'autres qui regardaient leurs parents ecoutaient la voix de la liberté dans le noir.
Merci Safia pour ce retour de souvenirs en nous pour reecouter ces belles chansons que vous aviez citées avec amour et nous rappeler qu'au temps de ces boites nous etions encore GAMINS ET GAMINES;

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