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Le coin de Said BELFEDHAL

Un personnage désarmant

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Un personnage désarmant

 

  Comme en témoignent tous ceux qui l’ont côtoyé de près, c’est quelqu’un d’une simplicité désarmante et humble. De contact et d’abord commodes, il gagne naturellement la sympathie des gens et sait la préserver dans le temps et dans l’espace : ses relations sont durables et de tout horizon. D’une mobilité étonnante, il est capable de sillonner le pays en toutes circonstances pour saluer des amis et discuter avec eux autour de thèmes variés et passionnants !

 Si vous voulez vraiment lui faire plaisir, invitez-le à prendre le thé à la menthe de l’après-midi accompagné de chaudes galettes aromatisées au sanouj, cuites au feu languissant d’une bonne vieille cheminée, le tout rehaussé de ce succulent « robb* » et attendez-vous à d’intarissables discussions tant sur le « profane que sur le sacré » ! Pour vous détendre, il irait jusqu’à vous raconter de burlesques anecdotes vécues dont il détient le secret et la manière de les narrer. Le coté « bon vivant » qu’il a, nul doute insoupçonnable pour beaucoup de gens parce qu’il le cache si bien, vous surprend et avec le temps vous vous rendez compte de votre carence à cerner les facettes encore inexplorées de ce personnage impromptu ! Modeste jusqu’à l’effacement, pudique tel un adolescent introverti découvrant ses premiers fantasmes, il n’a jamais voulu voir grand, se contentant de ce qui est à portée de main et tout consacré qu’il est au moment présent, s’est peu préoccupé de ce que sera demain !

Robb : une sorte de confiture préparée à base de beurre de brebis et de dattes.

 Sa disponibilité d’esprit fait de lui un homme de communication, son savoir, un homme apprécié et recherché. Sa maison désemplit rarement : il n’y a presque pas un jour qui passe sans qu’il y ait des invités rencontrés parfois au hasard d’une discussion ou d’une entrevue fortuite ! Et le moindre prétexte crée chez lui ce besoin de faire la fête, il aime bien s’entourer de gens et de victuailles. Cet homme adore partager avec les gens ce qui appartient à Dieu ! Plusieurs anecdotes sur lui m’ont été rapportées, je vous en confierai deux qui pourraient contribuer à mettre un peu de lumière sur ce personnage ombragé et fuyant.

 Du temps de l’occupation, alors que le soir tombait, lui et son frère aîné de retour au village en carrosse, ils ont été interceptés par un groupe de soldats français à la recherche de « fellagas », il commença à louer les mérites de la France et de son génie ! Cela leur valut leur libération. Une fois loin du barrage, son frère, manifestement en colère lui reprochait cette façon de se comporter et celui-là de lui lancer cette répartie : « Mon pays est dans mon essence, le reste n’est qu’apparence ! » Un peu plus tard, on découvrit que cet homme faisait partie du réseau qui s’activait à collecter de l’argent et des biens pour aider le front de résistance !

 Quant à la deuxième anecdote, elle est plus récente. Un notable du village qui avait organisé un somptueux déjeuner et l’ayant invité, lui demanda en fin de repas, d’invoquer Allah à dessein de lui accorder ses grâces. La réplique ne se fit pas attendre : « Je le ferai volontiers pour un pauvre malheureux, quant à vous, contentez-vous de remercier le bon Dieu en distribuant un peu de sa richesse à ceux qui en manquent terriblement ! »

 

 J’ai vécu vingt-sept ans de ma vie avec cet homme. Et bientôt quarante ans après qu’il eût rejoint l’Eternel, je reste toujours convaincu qu’il est demeuré pour moi une énigme. Loin de vous le cacher, bien que vivant tous les jours sous le même toit, il a fallu que je décèle des échos me parvenant de l’extérieur pour sonder la richesse intérieure qui le motivait ! C’est vous dire à quel point on peut passer à coté de ce qui vous côtoie, si près de l’essentiel ! Sans doute parce qu’il était naturellement là, le plus normalement du monde à faire son devoir de chef de famille et moi d’user de mon droit légitime d’être un enfant…Et entre temps le reste, tout le reste s’accomplissait imperceptiblement dehors ! Alors lui de son coté, pris dans l’engrenage des relations externes, abusivement sollicité, accaparé par tant d’égards, il s’est donné corps et âme à cet élan d’attente sociale ! Moi, pendant ce temps, comme tous les enfants qui grandissent, je mûrissais…mais encore insuffisamment prêt pour comprendre que la mission de cet homme devançait largement le seuil de sa maison et qu’ailleurs, il fallait qu’il portât secours à une humanité quoique savourant enfin les premières allégresses légitimes de l’indépendance mais en majorité encore sous le joug de l’ignorance et de l’obscurantisme.

 Beaucoup de choses scindées restaient à ressouder. D’innombrables insuffisances, héritées de l’histoire éprouvante d’un peuple lacéré par tant d’envahissements incisifs, se devaient d’être comblées afin d’accéder au droit du savoir et ainsi rendre justice à la connaissance en s’astreignant au devoir de connaître…En fait, il y avait trop de pain sur la planche ! J’embrassais alors, avec l’âge et la fierté toute contenue d’un fils envers son père, l’étendue de l’intérêt sacro-saint qu’il assignait à l’instruction et à la formation ! Et lorsque je le compris franchement, il me fut éventuel de mesurer la passion et l’emportement qui animaient cet homme, habituellement tranquille et serein !

 On lui concède le mérite incontestable d’avoir laissé une œuvre indélébile, authentique legs qui se mesure au nombre de demandeurs de savoir venus par vagues incessantes le solliciter tout au long de sa vie ! Ai-je besoin, à présent, de vous dire à quel point je déplore mes nombreuses années d’égarements et d’errements pseudo-existentiels à la recherche d’une lueur illusoire et lointaine alors que la lumière était là, toute rayonnante, à ma portée ? Il me suffisait, afin de m’en imprégner, de tendre l’oreille…et la main pour l’intercepter de cet homme si humble qu’était mon père ! Chose que malheureusement je ne fis que trop tard,…à son chevet de mort. Ma main moite et tremblante cherchait sa main immobile et sans vie. Je l’ai tenue, je l’ai caressée, je l’avais enfin pour moi tout seul, je l’ai couverte de baisers et de larmes chaudes dans un fol espoir de la rendre à la vie mais elle demeurait froide ! J’ai pu rester ainsi à l’observer à ma guise, cette main qui a tant prié Allah, tant séché mes larmes d’enfant et guidé avec sagesse mes premiers pas dans la vie !

 Je ne saurai vous dire qu’elles fussent les vraies raisons d’un tel agissement !…Mais une soudaine quiétude envahit mon cœur quand je vis mon père étendu là devant moi, les yeux fermés, le visage impassible : La paix avait recouvré nos deux âmes ! J’étais heureux dans ce tête à tête et j’ai parlé pour moi, pour lui, pour deux. Je lui ai parlé comme je ne l’ai jamais fait, calmement, sereinement et sincèrement ; j’ai donné libre cours à mon effusion longtemps punie du syndrome du mâle qui, toujours fort, doit endiguer ses déficiences. Je me suis laissé aller à caresser tout son corps de ma main, la tête tapie à son cœur, un réflexe si réconfortant dans la relation père/enfant que je retrouve enfin. Hélas j’avais fortement préféré que mon père, revenu à la vie, pût apprécier l’infini élan de tendresse que j’ai tout le temps éprouvé pour lui ! Je le serrais contre moi de toute la force de ma culpabilité. Je l’aimais, je le chérissais et l’admirais, cet homme ! Et j’ai amèrement regretté de ne pas avoir manifesté plus tôt mon affection à cet être que tout le monde voulait approcher. En un temps éclair, je revoyais toute ma vie se défiler puis s’écrouler en château de cartes…

 Je me revoyais enfant, accompagnant mon père quand souvent il lui arrivait d’être invité. Et comme d’habitude, malgré sa réticence du début, il cédait à la fin devant l’expression infaillible de mon air abattu de chien battu. Il grognait des mots sourds, me regardant avec ses deux yeux d’azur d’un air qu’il voulait grave mais je parvenais à percevoir au coin de ses lèvres, enfouie sous sa barbe noire, une imperceptible esquisse de sourire. Il finissait toujours par m’ordonner d’aller me laver la figure et d’enfiler des habits plus convenables. Je détalais comme un levraut et revenais blanchi et fin prêt ! Souvent, après le dîner, pour remercier celui qui les a rassemblés autour de ce savoureux couscous bien garni de viande de mouton et de légumes variés, mon père et les autres invités se mettaient à psalmodier de larges extraits du saint Coran. J’appréciais beaucoup l'inflexion de leurs voix qui récitaient les paroles sacrées et bientôt, mes paupières ne tenant plus, je m’assoupissais, m’engouffrant dans le monde magique de Morphée, encore à l’oreille leur harmonie mélodique qui déclamait des sourates sans trêve !

 El hadj Tayeb, un ami à mon père me rappelait plus tard quand je devins adulte l’anecdote du couscous que j’aimais sucrer excessivement le mélangeant à la sauce de viande ! Il en riait de toutes ses dents et en évoquant le bon vieux temps et tous ses amis qui ont disparu, une pointe de tristesse dans son regard laissait parfois s’échapper une larme qu’il tentait maladroitement de camoufler en s’essuyant avec grand bruit le nez à l’aide d’un gros mouchoir pendu à son gilet…

 Ma colère s’éleva contre mon père, contre moi, contre l’absurdité de la vie ! Il gisait là et je m’accrochais à cet impossible espoir de croire qu’il vivrait un instant encore pour m’écouter. Je parlais. Inlassablement je parlais…Cette conversation d’un vivant à un mort dura des minutes éternelles durant lesquelles moi je mourrais dans ma détresse et lui, il renaissait dans son intense sommeil ! Se dégageait alors de ce corps raidi par la mort une lueur d’exaltation qui vous prend exceptionnellement quand les allées de l’éden, vous accueillant, s’offrent à vos pieds !

 L’âme de mon père avait entamé son voyage de l’au-delà, escortée des anges du ciel qui lui souriaient ! 

Soleil usurpé...

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Que voulez-vous que je vous dise de mon pays ?  Qu’il est très grand, très beau, assez beau pour faire rêver des tas de gens ? Que quelques millions d’âmes sur une piste vaste de plus de deux millions de km2 cavalent tout le temps, en quête d’une plausible place au soleil ? Que les trois quarts de ces millions se bousculent au seuil de la pauvreté, pendant que le soleil, lui, brille de tout son éclat sur un autre coté de la piste ? Que voulez-vous que je vous dise encore de mon pays ? Que des valeurs telles que le labeur de la sueur, la droiture, la loyauté ne nourrissent plus leur bonhomme et ne méritent guère, dans ce parcours du résistant, qu’on crève pour elles ? Vous enchanterait-il de savoir que mon pays possède pourtant un immense ciel d’azur éclatant, souriant à un littoral d’une interminable majesté, bardé çà et là de corniches et de forets à charmer plus d’un ? Un océan de sables fins et de dunes dorées aux couchers de soleil fabuleux ? Que sous ces dunes reposent des trésors insoupçonnés de substances minières ? Que cette mosaїque de paysages si vastes, de cultures et de traditions millénaires nous font presque oublier le reste du monde ? Que pourrais-je vous en dire encore ?

      Certes, on peut taire l’accablant réquisitoire de ce préambule et ne retenir que l’élogieuse plaidoirie qui le termine, caressant mon pays d’une infinie douceur dans le sens complaisant de nos poils blancs mais l’embêtant est que toutes ces richesses – cette rare et belle collection de cartes postales – nous demeurent inaccessibles !

            Cela vous surprendrait-il si les hommes de l’ombre de ce pays vous disaient qu’ils ont trimé durant leur vie intégrale pour satisfaire un tant soit peu leur misère toute physiologique ? Que de la naissance à la mort, bon an mal an, ils ne sont même pas parvenus à se débarrasser des contraintes de leur estomac, condamnés à le remplir vainement, ce tonneau des Danaïdes lui consacrant toutes leurs têtes de bêtes de peines et leur génie escarpé brûlant ses derniers neurones ? Et qu’ils n’ont jamais soupçonné, ne serait-ce qu’en rêve, l’accession aux plaisirs supérieurs de cette belle et vaste nation ? 

      Les projets d’un avenir meilleur ? Vous plaisantez ! Ça, c’est pour les gens qui réfléchissent, qui, tout le temps le ventre farci ont la tête à ceci ! Eux ne savent même pas rêver car ils n’ont pas ce privilège, tout préoccupés qu’ils sont par leurs têtes enfoncées dans leurs entrailles !

     Qu’en est-il du coté des hommes de la lumière ? Vous hésitez à y aller ? Ah ! Il vous faut peut-être un « visa d’entrée » au pays de leur soleil qui rayonne par tous les temps, de tous les rêves, de tous les excès, de toutes les arrogances et les suffisances ! Ils vous confirmeront (en aparté, n’est-ce pas ?) tout leur enthousiasme et leur joie de vivre dans ce pays si agréable et si irradiant de lumière ! Ceux-là n’ont pas besoin, pour arriver, de courir. Ils y parviennent d’office et sans coup férir. Ils sont nés sous le soleil, ayant toujours lui pour eux et avec ou sans efforts, ces fils de l’astre vont à la rencontre de leur avenir, naturellement éclairé devant eux par la grâce des seigneurs du beau temps : Un tapis roulant et lacté les y conduit. Rien à voir avec ces dératés qui courent depuis leurs lointaines et sombres naissances, cumulant coups durs du destin sur fond de traversées interminables de désert ! Rien à voir avec ces hommes de l’obscurité qui persévèrent à tatillonner de toute la force de leurs volontés, à la recherche d’une vie moins rude, plus clémente pour déceler en vain l’anfractuosité du tunnel qui ouvrirait sur la vie enfin…ou sur la mort ! La tête encore gavée de rêves interdits et inutiles sur lesquels ils n’ont jamais fantasmés, hantés du spectre de leur échec  majuscule, ils s’essoufflent et s’épuisent sans jamais avoir eu le temps d’apprendre à sourire. Que voulez-vous que je vous dise enfin de ces « damnés de mon pays ? »

      Que valent les splendeurs de ce littoral, l’immensité de ce désert, cette diversité de cultures, de langues et de traditions face à leur regard dégarni et impuissant qui n’a jamais outrepassé son champ de vision, réduit à la limite de l’horizon ? Dans leurs yeux éteints, se déchiffre la détresse surhumaine, se devine aisément sur leurs visages émaciés, en se confirmant, l’éternelle peine. Parce que ce soleil-là leur est dispendieux, puissent-ils, mon Dieu, prétendre à un peu de chaleur humaine ?

      Il faudra qu’un jour, ils commencent par relever cette tête enracinée dans les méandres dédaléens de leurs insatiables viscères et affronter ces « intouchables » qui vivent au-dessus de leurs épaules, avec tous les moyens du pays, devenant invincibles et invisibles ! 

      Ça, c’est tout mon pays ! Pourrais-je espérer, encore de mon vivant, pour une fois, voir l’Histoire, éclairée de son impartialité, réhabiliter ses hommes oubliés, égarés dans leurs contrées ténébreuses, exclus de leur propre et vaillante guerre si lumineuse ! Ils souffrirent, moururent, consumant toute la lumière de leur cœur et de leur foi pour que cessât, un jour, la longue nuit expansionniste, que leur pays existât, inondé partout du soleil de la liberté !

      Et l’indépendance, bien après, demeure pour eux, pour leurs enfants, une bien autre sombre intrigue ! Censés vivre debout et fiers, encore une fois, ils s'inclinent, tête baissée, prenant conscience trop tard que le pays a créé ses propres colons, produits chez nous, de notre sang et de notre chair, tout comme nous, mais…avec ce signe particulier : Le soleil ne rayonne que par et pour eux ! 
Que voulez-vous que je vous en dise de plus ?

Les aléas d'une pension...

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( Voici ici la mésaventure vécue d un vieux retraité s en allant toucher sa maigre pension le jour de la paie. )

« Tout travail mérite salaire » c'est un droit - ce qu’on ne cesse de nous l’affirmer tout le temps - mais…de là à percevoir sa maigre pension en espèce sonnante et trébuchante, il vous faut passer par des épreuves sans lesquelles vous risquez avec certitude de rentrer chez vous, anéanti et sans le sou ! Une fois à la maison, vous vous surprenez souvent à remettre en cause tous les « bons principes » ingurgités à fortes doses par tant d'années d'instruction et d'éducation. Se sont-ils flétris eux aussi comme le bon vieux temps ? Faut-il s'en rappeler, l'on se faisait un plaisir de vous payer…à domicile même ! Avec le « merci » et le sourire en plus ! Ah, que ne donnerais-je pour revenir à la pratique des « vieux mandats » ! Autre époque, autres mœurs, me diriez-vous !…Oui, je veux bien mais de grâce, réconfortez-moi ! Avec tous ces progrès, y a-t-il eu meilleures mœurs ? Et votre colère, longtemps introvertie, vous la broyez, progressivement et contre vous-même, vous la retournez puis…les contraintes de toutes sortes accomplissant leur travail de sape en parachevant les derniers îlots de votre résistance, vous perdez lentement votre propre estime…Alors, un jour, le plus mauvais et le plus triste sans doute, baissant les bras, vous confiez votre destin, celui de vos enfants et votre paie aux « aléas d'un jeu forcené » en vous courbant à ses humiliantes épreuves : 

            1ère épreuve : Faites la « chaîne » quelle qu’en soit la durée (des heures, des journées) sachant en plus d'un départ matinal, qu'il vous faut un corps d'hercule à l'ouverture des guichets pour se tailler la ou les première(s) place(s) et une super endurance morale pour arriver à bon port car le parcours est semé d'imprévus routiniers : Pas d'argent, panne d'ordinateur ! (Trop fier, trop délicat, "grande gueule", s'abstenir !)

 

            2ème épreuve : Si ce qui précède ne vous convient pas, et à la condition de mettre entre parenthèses tout scrupule, alors, sans avoir froid aux yeux, ni à la tête ni au dos ni ailleurs, sans qu'aucun atome de pudeur ne vous retienne, faites ce qui vous semble expéditif. « Brûlez » la chaîne et soyez-en presque rassuré – à l'exception tout de même d’un hochement de tête et haussement de ton de quelque audacieux « chaînard » au sang anormalement chaud - Vous l'empocherez finalement, cette fichue paie, mais à quel prix ? Il faut avoir vendu son âme…Conséquence intrinsèque : la chaîne s'échine et se « déchaîne » (dans les deux sens !)  Ce qui explique sans le justifier ce cas de figure.

 

            3ème épreuve : Si aucune des deux épreuves ne vous sied parce que la chaîne vous enchaîne et la « griller » vous gêne, par cette troisième, avec un peu de « veine » et un précieux « lien », tirez-vous de ce pétrin ! Et c'n'est pas rien, admirez-moi cette prestation à saisir ses relations ! Au vol, à plat ventre, en apnée, à l'arraché, à coups de « lamento », de mises en scène, en venir « au malade imaginaire », au pire s'il le faut et qu'en sais-je encore ? Pas de répit, pas de paix pour la bonne cause ! Aussi, le spectre d'investigation est large, à vous de miser sur le « tuyau salvateur » : Cela s'étend du simple agent au plus complexe responsable ! Sinon…tel « l'aigle baissant sa tête »…en piètre philosophe, en faux sage, en donneur de sermons, la rage au cœur, confiez votre frêle corps, avec l'énergie du désespoir qui en reste, à l'épreuve (1), celle du parcours du combattant et dégoulinez-vous de patience car il vous en faudra beaucoup ! (C'est d'ailleurs l'épreuve où se côtoient en gros deux catégories : la plus large, celle des « bras cassés sans épaules », et la plus bizarre parce que rare et en voie d'extinction par défaut de « candidature », celle des gens de caractère qui aiment leur souveraineté par respect à leur humanité, même au prix d'exclusion et de marginalité !).  A méditer ! 

                                            

           4ème épreuve : Répandue pour son pragmatisme concluant, loin d'être la solution, cette épreuve est la plus dévalorisante, la plus abjecte, la plus destructrice qui soit car elle vous érode, vous délabre, vous avilit de l'intérieur ! Elle vous met en condition de dépendance et en pareil cas, vous n'avez plus le droit de parler de justice et de droit. Vous êtes en défaut, car ce qui vous revient de droit, vous l'avez souillé en le négociant, en l'achetant sachant qu'on vous remet seulement ce que vous gagnez à la sueur de votre front ! Et en citoyen bien poli un « merci » aurait largement suffi ! Protéger ses droits est certainement la meilleure chose que puisse faire un homme normalement constitué. Personne ne le fera à votre place. Tout d'abord, avec du recul et du détachement, prenez beaucoup de souffle et commencez par donner un peu de considération à votre individualité et à ce qui vous appartient ! Ensuite, tous les points bien mis sur les « j », sur les « i » et les barres sur les « t » aussi, revendiquez vos droits bafoués et eux (pas tous, Dieu merci !) sinon la plupart qui sont derrière les guichets, sont tenus de s'acquitter enfin de leurs devoirs ! Ce n'est pas l'inverse ! 

 

Depuis la nuit des temps, de l'homme le plus primaire à celui qui nous ébahit aujourd'hui, un réflexe simple mais vital, civilisateur, lui a permis de réaliser de considérables progrès. Condensé en trois mots, le secret de cette émancipation que nous envions tellement aux autres, donne cette phrase simple mais en or : Faire son boulot ! Est-ce un miracle que de faire son travail ? On devrait là, remettre sur sa tête, la notion érigée en début pour réhabiliter le mot ultime : « tout salaire mérite travail ». Il nous importe d'être capables de mériter un travail, le salaire n'étant que le moyen d'y parvenir. La fin est dans l’œuvre d'abord accomplie, seul garant d'une réelle émulation ! Serait-ce trop demander si l'on devait retourner au banc de « l'école de la civilité » et réapprendre sans complexe aucun l'abécédaire du comportement en société, du respect de la citoyenneté, du sens de l'urbanité, du devoir, du droit, du labeur, qu'aucun diplôme si prestigieux soit-il ne pourra nous en faire bénéficier ?

Nous devons et sans plus tarder, dos à dos nous ressourcer auprès de nos bonnes vieilles racines, jadis universelles…

Mon ange

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Mon ange.

( l'enfant qui est en nous ne meurt jamais )

Tout à mon périple intérieur, je n’ai pas remarqué la présence depuis un temps de cet ange qui vient à moi et me sourit, que j’ai le bonheur d’avoir à la maison et qui enflamme toute ma raison de vivre ! « Elle me dit des mots d’amour » et c’est ce pouvoir qu’elle a de débiter la magie des mots, qui m’ensorcelle ! La moindre expression de sa bouche ingénue, prononcée, devient poésie. Mieux qu’un livre, elle m’apprend à vivre, mieux que le temps, elle me réconcilie avec l’enfant que mon image d’adulte tient en otage. Seuls, elle et moi, deux gavroches complices qui s’éclatent, nous mordons l’instant à pleines dents si voracement qu’il devient superflu de distinguer l’enfant de l’adulte…le présent du passé. Quand elle est là, le temps fait sa révérence et se retire sur la pointe des pieds ; il sait que la vie aux mains de ce chérubin n’a pas le temps de s’ennuyer ! On y rit, on y danse, on devient humain. Quoi de plus naturel chez des gamins !

 

J’aperçois dans ses yeux ce regard malicieux qu’elle tient de moi, et que je n’ai plus parce que l’âge vous l’effrite à force de se prendre trop au sérieux ! J’écoute le rire franc et sonore, qui émane de son cœur et une foule de situations fourbes dont les adultes ont le secret et le monopole me fouettent l’esprit et me font honte ! Ma fille m’enseigne chaque jour les leçons de la vie, simplement, naturellement. Elle m’apprend que tout acte sensé se construit de sa spontanéité et de son ingénuité, prédisant par là les préjudices immenses qu’on lui fait subir tôt ou tard par nos ingérences musclées et traumatisantes ! Elle va jusqu’au bout de ses rêves, jusqu’où peuvent l’entraîner ses jeux et ses désirs : voilà un joli exemple d’émulation dont malheureusement nous brisons l’élan ! De ses frêles bras, elle m’enlace et me réchauffe d’un grand amour qui ne triche jamais, si sincère qu’il vous charme et vous désarme jusqu’aux larmes. Sa chevelure frisée et rebelle ne supporte aucun accessoire ni aucun chignon, elle est, comme ses cheveux sauvages, avide de liberté et de contestation. Chez elle tout est petit : ses yeux, son nez, sa bouche mais ce corps en miniature porte un immense cœur dans ses menues mains et sème sans compter dans chaque moment qu'Allah fait une multitude de grains de bonheur.

 

                    A la voir courir dans tous les sens, rire à gorge déployée, faire « la folle » embaume tous mes sens et la fête, l’entière, la vraie est en moi ! Cette fée possède ce don envoûtant de faire éclipser mes peines et mes tourments, de faire fuir par le soleil de son sourire les gros nuages sombres de mes soucis, me rappelant quand elle m’embrasse à quel point la vie est fugace et que le propre de l’homme depuis l’éternité est dans le rire. Alors les profondes retenues de mes captives privations se déversent à flots telle une averse sur les rides taries et creuses de mon âme qui régénère le cours de sa source asséchée ! Avec elle à mes cotés, les ultimes ressources renaissent et les verrous de tous les tabous se brisent. Son irrésistible « sésame » fait des siennes : il m’emmène par le chemin le plus extravagant qui conduit au carrefour de son éden et là, en ce jardin, de fleur en fleur, cette abeille abuse de tous les nectars de la vie. La voyant ainsi irradiée de bonheur, j’ai envie d’être la rose de toutes ses fleurs préférées ! D’être, mieux que son père, le compagnon sincère de ses multiples fantaisies, l’oreille vigilante de ses francs étonnements, les jumelles par lesquelles elle se représente les choses et, plus que tout, l’ami de ses jeux et de toujours.

   Toute la vie « m’est en elle » et toute sa vie est en moi ! 

                     Même si l’homme rationnel que je suis tenu d’être fait beaucoup d’ombre à l’enfant lunatique que je suis resté, même si j’assume assez péniblement ma destinée d’adulte et que les aléas de la vie me privent souvent de cette fugue enfantine, il y a enfin une chose qui me fait plaisir, me rend le sourire, conforte mon avenir, c’est que mon ange, que j’aime à en mourir, me procure ce précieux pouvoir de me défaire du temps ! Les anges sont intemporels et le mien me rend si léger que parfois il me semble voir pousser des ailes dans mon corps qui s’élance au septième ciel, au hasard de ses pérégrinations ! Pour comprendre un ange il faut de l’altitude, de l’élévation et des quantités d’amour. Là où c’est pur, limpide et spontané, où c’est accessible par une vue supérieure du cœur. Aussi quand je m’amuse avec ma petite fille, nous sommes sur un nuage et rien n’a plus de valeur à nos yeux que ces instants d'immortalité !

Réjouissances d’autrefois

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Bonjour à toutes et à tous
De prime abord je souhaite à tout le monde de fêter comme il se doit le Mawlid ennabaoui echarif
Le texte qui suit tente de vous rapporter un tant soit peu comment on accueillait autrefois cette journée si bénie !


 

Réjouissances d’autrefois.

 

            Le Maoulid Ennabaoui est assurément la plus prestigieuse fête de l’Islam. En ce jour-anniversaire de la naissance du vénéré Prophète (que la Prière et le Salut soient sur lui !), et selon les traditions propres à chaque contrée musulmane, diverses activités s’étalent durant toute la semaine. La fête occupe tout le village. On la voit, on la sent, on la touche, elle est dans les étalages des magasins, à chaque coin de rue, dans les regards tranquilles et sereins de nos vieillards, sur les visages ravis des enfants, dans les maisons fumantes d’odeurs et de senteurs hospitalières, dans les mosquées d’où déferlent des versets du saint Coran récités d'une voix sublime qui exhorte l’âme. La nuit, partout sur la terre d’Islam, se lève un autre jour étincelant de lumignons qui commémorent l’avènement d’une naissance, constituant voilà quatorze siècles l’un des décollages épistémologiques les plus marquants de l’histoire de l’humanité !

 

            Pendant l’occupation et pour bien affermir notre appartenance religieuse, Mâchou Ahmed, un jeune militant de l’époque, construit en compagnie d’autres jeunes la maquette d’une jolie mosquée de bois décorée de bâtons d’allumettes. Cet homme est devenu par la suite un grand comédien dans une troupe de théâtre qu’il avait lui-même montée, surnommée de manière facétieuse « L’arbi mghendef » (l’arabe le buté), une appellation révélatrice d’une image trop longtemps entretenue par l’idéologie coloniale aux fins de justifier sa longue présence et asseoir sa prééminence dans ce pays. 

 

            Dès la nuit tombante, devenant une tradition au fil des années, cette mosquée montée sur un support et soulevée à même les épaules par un groupe de jeunes, faisait le tour du village et devant, derrière, de tous les cotés, une foule joyeuse et délirante suivait le cortège lumineux ! On éteignait l’éclairage public et seules, les illuminations des feux d’artifice et la lueur des bougies attisaient cette solennelle parade ! La « ghaïta » de si Abdelkader et le « tbal », jusqu’aux années 70, sont devenus les instruments fétiches de cette manifestation. Ils sonnent encore à mon oreille les sons gutturaux et rauques que le caractériel « el ghaïatte » laissait échapper de son instrument, sous la cadence frénétique des coups récursifs du "tbal" porté en bandoulière par l’autre…si Abdelkader (il y en avait deux !). Ses mains tiennent chacune une baguette dont l’une finissant en boule frappe lourdement le cuir souple dans un rythme persévérant qui incitait aux transes collectives ! Ce duo de choc avait fait les belles nuits du mawlid ennabawi. Partout où il passait, des jeunes, des moins jeunes, sensibles à cette invite nous épataient de leurs tours de danse ; les pétards criblaient le ciel de Trézel soudain éclairé d’étincelles ! La fête battait son plein !  « C’était la balade des gens heureux »

 

             Le groupe « Touat » des gouraras - dynamiques fils du bled et originaires d’Adrar- a toujours su apporter une touche pittoresque à cette commémoration ! Armés de leurs fusils chargés de poudre noire, ornés en la circonstance de leurs tenues bleu azur, les jeunes de Si Rachdi incarnent à eux seuls la grande liesse populaire des sougris ! Avançant au rythme élaboré et combiné de plusieurs derboukas de différentes tailles, ils exécutent, la carabine à la main des danses et des airs vieux de mille ans. Au fur et à mesure de leur progression, le taux d’adrénaline montant, le refrain si bien connu de la population est repris par tout le monde et l’on sent l’aboutissement vers quelque chose, vers l’osmose, vers la déflagration. Le rythme s’accentue, la tension augmente, ils se constituent en halka, redressent les fusils vers le ciel plusieurs fois et subitement un nuage de poussière s’est levé devancé par un bruit de tonnerre : la foudre est tombée ! Les gouarirs encore pleins de poussière qui colle à leur sueur viennent de tirer… Les esprits, réjouis, se calment et c’est le relâchement !

 

La « retraite au flambeau », ça vous dit quelque chose ? Évidemment, je m’adresse aux plus jeunes ! C’est un langage propre au S.M.A (Scout Musulman Algérien). Les Regad, les Aisset, les Belkhadem et bien d’autres noms peuvent vous conter la belle aventure de ce mouvement qui s’est fortement implanté dans notre village ! J’admirais leur jolie tenue, leur dur et utile apprentissage du « compter sur soi » se traduisant dans la pratique du bivouac, leur fidélité au maintien de la discipline et cette bande d'étoffe large et souple, qui se noue autour du cou, sur la chemise, en formant deux étuis, aux couleurs nationales. A partir d’un manche à balai autour duquel s’appliquent des restes de sacs de blé usés, le tout ficelé, ensuite imbibé de liquide inflammable et incandescent, le scout prépare son flambeau. Tel ce légendaire sportif qui parcourt les contrées, à la main, la flamme olympienne, il court à travers les grands axes du village, éclairant de son chandelier cette nuit bénie !

 

Spectacle très symbolique que ces multitudes de maisons qui font brûler des milliers de bougies pour accueillir la naissance du Prophète ! (  Que la Prière et le Salut soient sur Lui )

Les voleurs de Bagdad

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  Les voleurs de Bagdad

Ils viennent du Nord…en conquérants du Sud. Eux dont les ancêtres il n y a pas très longtemps, en mal de fortune et la tête grossie de rêves se ruaient vers une nouvelle terre promise, toute vierge encore et tellement vaste. Ils y restèrent et fondèrent le Nouveau Continent…

         Les autochtones se défendirent tant bien que mal, eurent leurs moments de gloire mais les grosses richesses d’ici-bas grisèrent les esprits, et les intérêts se dessinant à l’horizon et se concrétisant chaque jour, moult batailles rangées s’ensuivirent expédiant « ces fils du ciel dans leurs prairies célestes », réduisant ainsi, l’espace d’un temps record, la race rouge aux derniers retranchements de leurs réserves. Cet ethnocide a peu dérangé la conscience collective de ce que sont devenus aujourd’hui les Etats-Unis, terre peuplée de citoyens si épars et si unis !

         Les petits indiens de la Grande Amérique font partie du décor : réduits en peuplades, amoindris, ces vétérans de l’humanité se folklorisent et ne constituent en fait que la cinquième roue de l’histoire juvénile de ce pays ! Leurs épopées ont fait les beaux jours des requins du film hollywoodien, diffusant à outrance l’idéologie positiviste, imbue du pragmatique « idéal américain » face à « l’animosité et à la sauvagerie » de ces peaux rouges.

         La majorité écrasante de leurs films distillent ce leitmotiv mettant en présence les forces du Bien contre celles du Mal. Il devient tout à fait aisé de cerner le bon du mauvais…de séparer le grain de l’ivraie, puisque évidemment c’est toujours l’autre, celui qui ne leur ressemble pas qui est suspecté de malignité !

         « L’axe du mal » est depuis, un concept opératoire dans la politique américaine.

         Ils viennent donc ces boys du Nord, rassurés de leur super puissance technologique et militaire, avec leurs lunettes « Ray ban » de soleil et le sourire suffisant au coin des lèvres, corriger tous les voyous du Sud. S’autoproclamant fervents défenseurs des principes de la Démocratie, brandissant l’étendard aux énièmes étoiles, drapant le ciel de la planète entière de leur bénédiction tel un messie qui parcourt le monde, entre les mains, à la place du vénérable bâton de pèlerin, un gros joujou qui crache  du feu, ils prêchent et sèment à tout vent les vertus de la sagesse de l’oncle Sam ! ( ça ravive tristement les douloureux souvenirs des expéditions coloniales imprégnées de missions civilisatrices d’une époque lourde de siècles éhontés que la sénile Europe traine comme un boulet de canon dans sa mauvaise conscience)

         Ils bombardent de son firmament, illuminée de mille et une nuits, une ville-empire, berceau de la civilisation planétaire, mémoire de la race humaine, consacrée d’histoire et de vénusté. Bien avant eux, les Tartares et les Mongols sont passés par là et l’herbe a continué de pousser sur les rives du Tigre. Bagdad l’éternelle est restée toujours debout et avenante ! L’Amérique de Montesquieu – hier seulement ! – veut punir Babylone et sa tour de Babel…et ses jardins suspendus…Haroun el Rachid et toute la descendance de Salah Eddine en exportant de la démocratie, chargée de ce pouvoir exécutif de gendarmes de la planète dont elle détient le monopole exclusif ! Glorieuse Amérique, tu nous sauves, comme toujours ! Le plan de Marshall tendant la main à une Europe dévastée…pour son redressement ! Sacrée Amérique, toujours aux rendez-vous décisifs de l’Histoire ! Mieux encore, tu modèles l’Histoire…à ton image ! Ici, tu la précipites, ailleurs, tu la laisses traîner, et entre les deux, tu te réjouis à inventer l’Avenir « made in USA » au reste du monde… !

         Aujourd’hui ton divin sens du devoir citoyen et universel guide ton flair vers ce gigantesque baril de pétrole explosif qu’ est le Monde arabe. Le postulat de la « raison stratégique » coûte cher en vies humaines et se paye en pétrodollars !  Aussi est- il vain de rappeler que tous les procédés sont bons afin d’asseoir sa prééminence sur cette partie ainsi que sur toutes les autres si inestimables du globe utile.

         Une guerre – les innombrables conflits qui essaiment un peu partout à travers le monde le confirment chaque jour – est la continuation de la sacro-sainte politique. Le sang (pétrole oblige) doit couler lui aussi à flots ! La violence est érigée en véritable dogme prétextant la « raison d’Etat », une illumination du génie humain ! Les continuelles atrocités que certains chasseurs d’images montrent, pratiquées sur les corps de femmes et d’enfants qui périssent parce que Dame politique l’exige, parce qu’ une poignée d’hommes l’ont décidé, nous édifient sur ce que nous nous complaisons à appeler « village planétaire !»

         Les habitants d’un même village sont censés posséder le bon sens du voisinage. En cas de litige, la raison dont ils sont en principe dotés les oblige à se comporter en citoyens sages et avertis…S ils s entretuent pour tout et pour rien, pour un dollar ou un dinar, voire un dirham, une lire….et j’en passe, cela veut dire que notre espèce n’a pas évolué, que la science, la technologie, l’informatique, la politique ne sont que du lustrage. Une couche si mince qui, à la moindre exacerbation se met à nu et nous fait découvrir toute la primarité de l’homme moderne  :  un individu impondérable qui accuse un terrible manque de jugement et de philosophie.

         Quand le droit à la vie, le droit à la différence et à la tolérance sont bafoués, que doit- on espérer ?

Elle et moi, on ne s’est jamais quitté…

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« Elle et moi, on ne s’est jamais quitté… »

 

   J’ai une guitare à la maison. Son parcours est pathétique. Elle est conçue au pays du flamenco. Un tout jeune homme l’a ramenée au village dans sa valise au milieu de ses bagages. Une vraie gitane, à la fois suave et envoûtante, légère et entraînante, docile et surprenante, elle porte dans ses cordes l’âme d’Andalousie. Dès que je l’ai prise dans mes mains, j’ai eu un coup de cœur pour elle ! Le jeune homme en l’occurrence est mort dans un tragique accident de la circulation et sa guitare, après une longue traversée du désert m’est revenue un jour de hasard, hélas sans sa valise, dévergondée, méconnaissable, éraflée, comme un Mozart à la rue abandonné. Quoiqu’en apparence ébranlée et diminuée par une aventure de bohème passant de mains indélicates en mains négligentes, cette guitare, parce qu’elle est vraie, a su rester fidèle à la noblesse de sa caisse. Je l’ai accueillie avec tout le respect que l’on doit aux dames de bonne souche. Son bois précieux empreint de grâce et de finesse en fait une privilégiée. Ses sons justes, langoureux et tendres confirment la qualité de son identité.
   Et depuis, elle et moi, on ne s est plus jamais quitté...

La gasba des chioukh

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La gasba des chioukh

Mon quartier respirait la joie de vivre. Gorgé d’ambiance joviale, il rassasiait mes yeux affamés de curiosités et de ce fait, me prenait tout mon temps ! Je ne devais pas dépasser les quatorze ans et un jour, mon espace de prospection s’élargissant, je ressentis le besoin de sortir de ma réserve et « voir du monde ». Je me permettais donc de m’aventurer au-delà de la limite imaginaire de mon secteur géographique. Ainsi que ce souriceau de la fable entamant ses initiations de l’environnement extérieur, j’observais les impulsions de « chaque être qui peuplait la terre. » Au fur et à mesure de mes incursions, je découvrais avec enchantement un monde qui m’était insoupçonnable !

   Et c’est tout à fait comme ça que j’ai détecté ce qui allait devenir mon passe-temps favori : les « Meddahas » du souk. Cela prit même et assez vite une allure de passion.

   Dès vendredi soir, la veille du marché hebdomadaire qui coïncidait avec le premier jour du week-end, après la sortie du C.E.G - (collège d’enseignement général) j’étais en classe de 6ème- je me débarrassais de mon cartable et à peine ayant ébréché un morceau de pain trempé dans du café noir que j’étais déjà dehors, en direction du souk ! Les chioukh que je voulais voir et écouter, s’y trouvaient ! Il ne fallait pas rater un spectacle si attendu…et gratuit en plus de ça !

   Des remparts du souk, j’entrevoyais des attroupements circulaires de gens parsemés çà et là dans l’enceinte du marché. Je choisis au hasard une « halka » et m’y faufilai dans l’espoir de trouver un accès au cœur de cette multitude de bras et de coudes. Je voulais voir enfin de mes propres yeux les fameux Meddahas à propos desquels on m’avait raconté tant de choses !  Bon gré, mal gré, j’y suis parvenu !

   Ce qui a tout de suite captivé mon attention c’était le silence religieux qui régnait parmi les spectateurs. On eût dit des élèves épris du talent oratoire d’un maître chevronné narrant une histoire récréative. Effectivement, la comparaison n’est pas volée car j’allais me rendre compte au fil du temps que ces hommes n’étaient pas seulement des « faiseurs de spectacles » et qu’en outre ils avaient aussi l’art et la manière de raconter de merveilleuses et édifiantes aventures. Ce mélange si dosé de la parole « el goul »et de la chanson « el medh » rendit à mes yeux ces chioukh plus nobles et plus relevés !

   La tête emmaillotée dans un turban bien astiqué, le corps drapé à l’intérieur d’une gandoura toute blanche et entre les mains l’inévitable « gasba » engagée dans une bouche rehaussée en sa lèvre supérieure d’une somptueuse paire de moustaches très fournies comme on n’en fait plus, aux extrémités fières et debout, ornant tout le visage, Mansour, l’artiste assis sur un tapis à même la terre exécutait des solos que seule la gasba sait faire ressortir. Il répondait en symbiose à son compagnon qui, tête inclinée et yeux mi-clos, soufflait à pleines joues dans sa flûte d’accompagnement. Tous les deux s’appliquaient à suivre le meddah battant des mains son kallouz au rythme du madih. Ce trio tenait en haleine la foule charmée et acquise !

   Bien au-delà de la naturelle fonction distractive qu’engendre nécessairement une pareille manifestation, il faut y saisir une admirable manière de reconduire une culture ancestrale. La part de l’oralité est de loin celle qui a le plus permis de maintenir en vie le patrimoine légué à travers des siècles par le savoir faire de nos aïeux.

   Qu’on revienne, avec votre permission à cette halka des meddahas ! Une halka renvoie étymologiquement à la représentation de cercle, pratiquement à un espace autour duquel les gens sont placés les uns en face des autres pouvant ainsi s’observer et se parler. C’est un schéma où la communication atteint son paroxysme ! Le spectateur vient de son propre gré, répondant à une offre librement consentie. Le meddah s’installe le plus naturellement du monde sur le terrain vague du souk, dépose son maigre bagage et les gens s’empressent de l’entourer. La contrainte financière est d’emblée écartée. Vous avez donc cette liberté précieuse de vous déplacer d’une halka à une autre, ou de repartir tout simplement.

   Il y a un moment où le meddah interrompt le récital rythmé et entreprend un long « mouel » (complainte sans rythme menée en solo) que j’affectionne particulièrement. Les ondoiements mélodieux de sa voix m’emmènent loin, là où la vie se conjugue tout le temps avec mobilité en quête d’espace constamment renouvelé. Ici, pareille à la voix fuyante et retentissante de ce troubadour des hameaux et des villages, il faut courir après son destin pour exister !

   L’assistance, reconnaissante et satisfaite, gratifie l’artiste de quelques dinars et la représentation reprend de plus belle. L’avantage dans ces rencontres publiques à ciel ouvert, ce n’est pas seulement de se contenter d’écouter mais aussi d’intervenir dans le spectacle. Cette communication directe et verbale transgresse la frontière scène/public. Le meddah est entouré de toute part et se déplace partout où il peut être sollicité. Un contact humain s’installe si naturellement qu’on a du mal à séparer le chantre de l'auditoire. Cette complicité, ces haussements de tête et ces regards approbateurs à chaque citation, à chaque maxime que celui-ci prononce pour illustrer sa quassida prouvent à quel point les gens s’intéressent et participent au fait culturel !

   D’ailleurs, à ce propos une petite anecdote me vient à l’esprit :

   Les curiosités du souk attiraient comme des mouches certains collégiens téméraires qui séchaient les cours du samedi matin ! Avec quelques uns de ses amis de classe, Abderrahmane en fit un jour l’expérience. Nos gais lurons, cartables en mains, appréciaient chaque instant de cette précieuse liberté de bêtes évadées d’une animalerie ! Ils étaient attentifs à la moindre attraction, tout heureux tantôt de prêter l’oreille aux airs bédouins qui se distillaient dans le brouhaha d’une foule de gens affairés, tantôt de vadrouiller au milieu d'étals richement décorés, se faufilant parmi ce dédale de petits commerces dont les propriétaires en blouse grise conviaient tout ce beau monde à la criée, lui proposant des prix alléchants. Nos petits amis se délectaient les yeux à la vue des zarbias (tapis de tissage traditionnel) aux motifs millénaires et didactiques. On ne s’ennuie pas en pareille circonstance surtout quand on voit du haut de ses quinze ans cette magnifique caverne d’Ali Baba s’offrir à vous sans avoir à prononcer le fameux sésame. Etonnante diversité de choses et de bêtes.

   Le souk aux bovins bien connu dans le pays, était l’emblème, l’image de marque de Sougueur ( ex Trezel ) et tous les éleveurs de la région et d’ailleurs viennent ici vendre moutons, bœufs, chevaux ou baudets ! La transaction faite, vendeurs et acheteurs tout heureux de leur journée prennent un thé ou un café, à l’ombre d’une guitoune. Nos « fugueurs en herbe » dont l’emballement immodéré détale, crinière au vent ainsi qu’un étalon indompté, se baladent d’étal en étal et ne voient pas le temps s’écouler. Ce matin-là, nos amis firent la rencontre d’une personne tombée nez à nez avec eux au mauvais moment et au mauvais endroit : Leur propre professeur, coopérant tunisien, les ayant apostrophés, les mena au pas en file indienne comme on fait rentrer dans la bergerie des moutons égarés. Les « évadés » s’attirèrent les foudres des parents venus immédiatement prêter main forte aux professeurs. Il fut même retrouvé une outre* dans les affaires de H.C, un des plus brillants partisans de l’école buissonnière !... 

 On leur administra une correction inoubliable…

   Il nous était formellement interdit de fréquenter les cafés, le cinéma et d’autres endroits susceptibles de porter préjudice à notre scolarité. L’école devait être notre principale préoccupation et tout élève pris en flagrant délit s’attendait dès le lendemain à subir une semaine de remontrances, de sanctions et de garde à vue !

   Mais les privations n’ont pas que des défauts…L’avenir a montré le bien fondé de cette discipline de fer et il faut le dire sans détour : Beaucoup de ces enfants même les moins enthousiastes ont réussi dans leur vie. C’est convenir que tout a un prix !

   Voyons ce qui se dit et se chante dans les halkates. Les quassidates constituent le fleuron de la poésie populaire. Tous les thèmes y sont abordés, du «ghazel » (amour, sentiment envers une personne aimée) au « medh » (apologie) à la satire en passant par l’amour de la patrie, le sens de l’honneur, de la justice, de la bravoure et de l’héroïsme. En fait tous les ingrédients essentiels pour la pérennité d’une nation. Quand le gouel s’enflamme et raconte les épopées du premier siècle de l’Islam et de ses victoires civilisatrices, un seïd Ali symbolisera à lui tout seul dans notre «subconscient collectif » l’esprit de combativité et d’érudition qui lui valurent respect et considération, un Omar ibnou el Khattab si connu et si redouté incarnera quant à lui le sens de la droiture et de l’équité !

 Nos crises existentielles, aujourd’hui s’accentuant, expliqueraient-elles notre syndrome identitaire ?

   Les chioukh s’avèrent à leur manière d’authentiques relais indispensables au prolongement de la chaîne culturelle, un maillon essentiel pour la durabilité des valeurs dans un corps social. Les liens du passé et du présent se rompent et la culture populaire se bazarde, se folklorise, se meurt, déracinée par absence d’entretien et d’inventivité.

   Nous devenons hermétiques et sourds à toute expression véritablement artistique. Que l’on s’ouvre sur les autres cultures, cela est tout à fait enrichissant mais négliger, bafouer sa propre culture, cela relèverait-il, oserons-nous le dire, d’une carence identitaire ? D’une défaillance historique ?

 Outre  nom féminin) peau de bouc en forme de sac pour contenir de l’eau fraîche

La journée de l'enseignant

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À la mémoire de mon ancien maitre d école qui nous a quittés il y a quelques temps 

Je n'ai pas eu envie de dormir cette nuit-là et je me suis affaissé sur la chaise de mon bureau. Un agenda traine. Je le saisis et le parcours. J'en souris, l'air amusé et évasif : des numéros, des adresses, des bribes de mots, des flèches qui s'entrecroisent, des citations rares de penseurs amères, des vers tourmentés de poètes révoltés...Mais dans cet imbroglio de chiffres et de lettres, une date encadrée en rouge indique la journée d'aujourd’hui hui. Aurais-je manqué un rendez-vous important ? Je creuse dans ma mémoire...Ah çà y est, j'y suis !...subitement j entends les efforts essoufflés d'une voix caverneuse m'interrompre et me tenir à peu près ce propos :
- Cette date sur ton agenda que tu as ceinturée en rouge, c'est bien celle d'aujourd’hui mon fils ? ( le vieil homme paraissait intrigué et attendait une réponse)
- Oui, et en plus je viens de m'en souvenir, c'est la journée de l'enseignant ! Vous ne seriez pas au courant ? Voila quelques années qu on a réservé à lui aussi une journée par an.
- Décidément, ces consécrations deviennent, de nos jours, à la mode ! Et qu'a- t - on préparé en cette circonstance ?
- Je suppose comme toujours, d'abord un émouvant discours, ensuite quelques médailles à pendre au cou, assorties de quelques modestes cadeaux en guise de souvenirs, aux plus anciens donneurs d'alphabet, pour avoir à cet effet sacrifié l'essentiel de leur vie...
- Quant à ce qui reste de leurs vieux jours - renchérit mon interlocuteur - ce n'est plus l'affaire des hommes, hein ! c'est celle du bon Dieu qui saura reconnaitre les siens !
- Et enfin ( ou bien ouf..) le moment de la bouffe, le plus important, le plus attendu : limonade, café, thé, gateaux pour terminer cette glorieuse et édifiante journée...( et me coupant une fois encore la parole, il anticipa, martelant ses questions ! )
- Et en fin de collation, le cœur gros, les yeux humides et tristement, on chantera surement * Ce n'est qu'un au revoir *, puis les gens se disperseront, la conscience toute sereine d'avoir marqué l’évènement de l'année, en attendant d'autres play back réchauffés ! C'est bien ça, non ?
- En effet, c'en a tout l'air.
- Et c'est ça la fête de l'enseignant ? Discourir, applaudir, verser une larme, rentrer chez soi et revenir bien plus tard, avec un peu de chance, dans 364 jours au même endroit, dans les mêmes circonstances, assister à la cérémonie des inévitables et sempiternelles médailles à suspendre au cou d'hypothétiques cibles essoufflées, à l'Automne de leurs parcours ! Vous dites que c'est sa journée, n'est ce pas ? Qu'il ait donc l'opportunité de s'exprimer, de vous parler ! Et bien écoutez-le de bonne foi, pour une fois !
( Du regard et le ton solennel, il me signifia d'en faire autant)
Alors tout soupir, tout remords,il vous parlera d'abord d'une époque révolue que les moins de 40 ans n'ont pas vécue, de cette soif d'apprendre quel que fut l'âge, de cette jeunesse fiévreuse de lire, d'écrire, de s'instruire pour comprendre tout ce qui éveille ses sens et sa profonde curiosité ! pour faire toujours reculer un peu plus les ténèbres de l'ignorance. Pour ne pas dépendre d'autrui une autre fois encore.Il vous chuchotera à l'oreille, avec modération et non sans gêne tout le bien qu'on disait de lui, toute l'aura dont il bénéficiait, et toute la considération qu'on avait pour lui : c'était un homme important, le maitre du village, un notable auprès duquel on sollicitait conseil et recommandation ! Il vous révèlera, le sourire aux lèvres, agrémenté d'un soupçon de fierté, qu'il ne touchait certes pas le salaire d'un pacha, mais en l'occurrence, correctement suffisant pour vivre honorablement, loin de la promiscuité, et tellement près des gens,tellement sollicité du petit peuple, si exhorté, si admiré, si craint qu'il devenait un modèle, voire un idéal que toute famille caressait, en secret. Qui ne se souvient de cette période où les parents rêvaient de voir un jour leurs enfants enseigner ? Ils surprenaient dans leurs prunelles scintillantes, cette opiniâtreté d'aller de l'avant qui a permis au soleil du savoir de percer, un jour, les infinies nuits d'obscurantisme et d'ignorance, fléchissant le spectre de l'analphabétisme.
Plus qu'un métier, plus qu'une profession, enseigner était alors une vocation, un art. Il fallait avoir du talent, de la passion et de la patience.
( Le vieillard soupira un long moment, laissant luire dans sa course une perle de larme qu'il n arrivait plus à retenir, échouant vite sur sa joue creuse infestée de rides pour se noyer aussitôt dans les poils échevelés d'une barbe de neige. Il reprit de nouveau son allocution mais avec un bémol dans le ton d'une voix devenue plus amère et de plus en plus essoufflée...)
......et 40 ans plus tard, ce même enseignant est toujours là ou presque. Il faut faire des efforts, des prospections pour le trouver, car on a cultivé avec le temps, ce pli de l'égarer. Effacé, en retrait, en retraite, retiré en ermite, ne parlant plus, il s'est complètement tu. Qui vous parlerait à sa place et mieux que lui de l'enseignant tel qu'il est aujourd’hui  ? Seulement a t il l'envie et surtout la force et le droit de crier sous tous les toits de nos écoles, l'impasse dans laquelle s'est échouée cette profession de foi ? Que dire sinon que le statut du maitre est tombé bien bas. De la cime à l'abime ! Il est devenu un homme quelconque, voire banal. Même si la tête est toujours restée en éveil de par sa fonction, ses poches fréquemment vides, et la perturbant, font pied de nez à cette tache de réflexion ( ce qui confirme que la relation tête-poche rappelle lamentablement le principe des vases communicants )
Réduit au seuil physiologique, il lutte pour la survie, hanté par quarante cinq élèves en classe qui harcèlent ses songes, n'a pas le temps de s intéresser à ses propres enfants et, toujours indisponible, oublie de les voir grandir, additionne les tares et les trous de mémoire, multiplie les dettes et les emprunts, se soustrait de ses rares moments de repos de guerrier à se diviser en quatre pour pourvoir aux besoins grandissants de son foyer.Cet enseignant-là est devenu l'exemple à éviter, le principal fil conducteur de la médiocrité. Partout, accusé de tous les maux, il est traité par tous les mots. Accablé et essoufflé, a-t-il à peine le temps de se donner le temps de panser ses vilaines plaies, jamais fermées et de penser à son destin, miné d'années en années d'ingratitude et de blessures ? L'enseignant saigné à blanc en voit de toutes les couleurs. Aura- t il la résistance suffisante d'honorer son contrat et de mener à destination, saines et sauves, des générations juvéniles entières fantasmant, les mirettes exilées sur un autre ailleurs ? Qui doit-on blâmer ? lui ! et personne d'autre ?
L'enseignant accepte fort mal ce cliché diffamant de bouc émissaire menant à la déroute d'angéliques brebis égarées. Et si cette corporation se laisse bercer par le sclérosé et le stéréotypé - foncièrement mauvais pour des gens dont le métier est de réfléchir pour faire réfléchir - c'est parce que cette mission-là est tellement immense, tellement intense pour le seul enseignant, qu'il faudrait irrémédiablement l'implication de tous les autres acteurs. Ceux-là s'en sont un peu lavés les mains, ne comptant que sur la sainte baraka de l'école. Une seule main ne saurait applaudir. De contenu universellement libérateur et civilisationnel, l'école ( la nôtre), impuissante par manque d'imagination et d'initiative, se trouve restreinte à un pesant et stressant contenant ! Conçue pour instruire nos enfants, elle se voit confier une autre priorité...les retenir !
Combien ce gardiennage va-t-il durer ? Que sera la destinée de l'enseignement dans les 40 années à venir ? Et y aura-t- il encore des enseignants si miséreux ?
...Et quant à cette journée ?
J'ai rouvert les yeux sur l'agenda que ma main a du relâcher, éventré et étendu sur ma poitrine à la même page avec ses adresses, ses mots, la date en rouge et tout le reste...et j ai perdu mon sourire.
Le plus difficile dans la vie d'un enseignant, c'est la fin du parcours. Comme tant d autres, mon maitre d'école était emporté par sa passion et son désir d'apprendre aux petits algériens que le temps était au combat, à la lutte acharnée contre l'ignorance et l'injustice, pour les idées de progrès et de savoir. C'est ce qu'il a fait et il l'a bien fait.


Paix à son âme ! Allah yarhmou !