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Retour dans mes Souvenirs

Saâdia, «Haïzana mart - ellouci »

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Saâdia, baptisée « Haïzana », est une femme éternelle. Ni le temps ni les précarités de la vie n’ont rien pu faire contre elle. Elle est restée indigente au plan vestimentaire. Son vétuste haïk, une véritable pièce de musée, qu’elle porte à contre courant fait d’elle un loup blanc qui surprend le regard par sa rareté. Son apparence me fait regretter nos villageoises, ces gardiennes de valeurs bien enfermées dans leur voile. Embusquée et pudique, Saâdia promène sur le village son œil de sous marin et gentiment quémande auprès des marchands quelque légume afin d’apaiser sa faim. Quoique la gente masculine ne soit pas toujours très tendre avec elle, cette brave femme parvient quand même à emplir son sac et sa journée. Il arrive qu’on la taquine, et même si elle s’arrête pour une pause et un brin de causerie, elle ne se laisse pas impressionner car la misère l’a aguerrie !

 

Des enfants de bas âge lui compliquent la vie – J’ai même surpris un jour ma propre fille de deux ans s’initier à ce baptême de feu en la fustigeant de propos hérités de mon enfance et j’ai eu cette contenance de la prendre dans mes bras en tentant de lui expliquer avec des mots primaires la profonde souffrance de cette femme. Elle a cessé de le faire…surtout quand elle s’est aperçue que cela me m’exaspérait ! Mais la trame demeure inchangée : Ces mauvais galopins depuis l’indépendance, de père en fils, lui larguent des pierres et la harcèlent par cette inépuisable formule d’accueil « Haïzana mart-el-louci ! » Et elle tout ce que sa langue de femme continue de leur proférer comme sorts et malédictions au fil des descendances !

 

Jusqu’à maintenant, je la vois emprunter le même chemin. Sa régularité et sa ponctualité réglées à l’heure juste trottent comme les aiguilles du Big Ben. De bon matin, vous pouvez la voir remonter le village par la route de Bouchekif et le soir la redescendre avec l’allure appesantie d’une fourmi laborieuse poussant au trou une nourriture vivrière ! Franchement, je n’ai aucune idée de l’endroit où elle gîte. Saâdia continue de durer au tic tac de sa formidable mécanique et ressemble à un air de papier à musique qui ronronne dans nos consciences ankylosées…
 

(Elle est décédée récemment, qu’Allah l’accueille en son vaste paradis !)

 

Par Said BELFEDHAL

Commentaires (1)

Belfedhal Abderrahmane
  • 1. Belfedhal Abderrahmane | 22/07/2020
bonsoir a toutes et a tous
Encore une autre plume qui se decide a renouer avec un temps qui a semble se perdre dans les meandres
mais finalement je m aligne avec la declaration de FRANCOISE SAGAN SUR LA CULTURE qui reste et ce qui reste quand on a tout oublie
Mon cher said en decrivant ainsi HAIZANA QUI MISE SUR ORBITE BIEN AU DESSUS de la jante masculine me renvoie au pere de la legende des siecles qui a su elever bien haut le manteau du mendiant
rapiece plein de trous en le comparant a des constellations dans le ciel
Haizana une femme eternelle oui c est vrai elle est aussi la masquote du village de notre tendre enfance

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