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Un 1er Novembre 1968/Hommage

Par Benabdellah Mohammed

 Cet écrit se veut être un hommage à tous ceux qui ont laissé ce qu'ils ont de plus cher: leur jeunesse, leur vie. Je ne suis pas prêt d'oublier cette fatidique nuit du 31 Octobre au 01 Novembre 1968. Tout présageait pour une célébration grandiose des festivités de l'anniversaire du déclenchement de la lutte armée pour l'indépendance. Miliana était parée de ses plus beaux habits pour accueillir ses enfants et ses invités. La population attendait avec impatience que les autorités se décident enfin à donner le coup d'envoi du riche programme de la fête car s 'en est une. Les haut-parleurs diffusaient inlassablement des chansons révolutionnaires. Une odeur de bois brulé commençait à envahir la ville dans l'après midi de même qu'une fumée noirâtre faisait son apparition sur le versant-est du Zaccar. Les gens remarquaient ce manège sans trop s'inquiéter. C'est juste un vulgaire feu de forêt qui sera maitrisé rapidement par les sapeurs.Mahfoud 196823 jpgre Les heures passent et les gens convergent vers le cinéma "Variété" où doit se jouer une pièce théâtrale avec comme héros Mahfoud Touahri Allah yerhmou, une personnalité incontournable à Miliana où il fait bon d'être en sa compagnie car l'ambiance est toujours garantie. Le rôle qui lui a été attribué devait se terminer tristement car il devait se sacrifier pour une noble cause. Dehors c'était le branle-bas de combat, il parait que l'incendie a pris des proportions alarmantes et menaçait la poudrière des mines du Zaccar et qu'il fallait parer au plus vite. La fête est interrompue, l'assistance est priée de quitter la salle. Près de la porte du cinéma se tenaient des policiers qui invitaient les jeunes à monter dans des camions stationnés au bord du trottoir. Une fois pleins, le convoi se dirigeait vers les monts. A bord c'était un mélange d'angoisse et en même temps de joie car Mahfoud entretenait la bonne humeur malgré ces difficiles moments. Arrivés au pied du Zaccar la progression devait se poursuivre à pied car il n'y a pas de route carrossable vers le foyer ardent. Les jeunes sont jetés en pâture au feu. Ils le combattaient avec des branchages arrachés des arbres pas encore atteints par le brasier. Le combat était inégal.

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 Le rapport des forces en présence :(l'obscurité, la fumée opaque, la suffocation, la chaleur de la fournaise, le terrain hostile, la furie du feu qui dévorait la flore, la peur, les cris de détresse, l'impossibilité de rebrousser chemin) a eu raison de la détermination de cette jeunesse insouciante. C'était un vrai traquenard, c'était l'enfer.  En ville c'est la mobilisation forcée. Les citoyens sont littéralement enlevés et dirigés vers le front. On a entendu dire que les militaires stationnés à la caserne de la ville étaient sollicités mais leurs responsables ont signifié un refus catégorique et ils ont proposé une sortie seulement au lever du jour et pas avant. Est-ce un aveu caché? Les camions et les ambulances affluaient vers l'hôpital. Leurs sirènes déchiraient le silence déjà bousculé par le bruit des bottes. La nouvelle fit le tour de la ville. Il y a eu des victimes. Les familles accouraient vers l'hôpital et découvraient l'horreur. Des corps calcinés enveloppés dans des couvertures sont déchargés des ambulances. Certains sont enlacés pour signifier à tout le monde que les vrais amis sont unis pour le meilleur et .... pour le pire. Des scènes hystériques sont visibles. Les cris des femmes rivalisaient avec ceux des sirènes. A chaque arrivée de corps c'est l'évanouissement des mères de famille. Les hommes pleurent en silence. Ils sont dignes en essayant de calmer leurs épouses, mères, sœurs. Au matin la pluie commençait à tomber. On aurait dit que le ciel a compati avec la population de Miliana dans cette" O combien" douloureuse tragédie. Dans la journée et les autres qui suivirent des troubles à l'ordre surgissaient dans la cité. J'ai pleuré pendant plusieurs jours ces innocents (Touahri, Benlecheb, Sebaihia, ElFoul....) qui ont été sacrifiés par la bêtise humaine mais je me console en pensant que ce sont des martyrs et qu'ils peuvent être fiers comme leurs ainés (Ferroukhi, Ali la Pointe, Bouras....) d'avoir contribué à défendre le pays. Il faut dire que Miliana ne s'est pas remise jusqu'à ce jour de ce drame. Rendons leur l'hommage qu'ils méritent.

Commentaires (7)

Benabdellah Mohammed
  • 1. Benabdellah Mohammed (site web) | 21/09/2016

Essalem à toutes et à tous.Merci à toi cher ami et frère Ahmed de compatir avec les familles des martyrs de ce 1ier Novembre 1968.Il faut dire que ces sacrifiés sur l'autel de l'égoisme de certains illuminés de l'époque étaient de jeunes gens qui dévoraient à pleines dents la vie qui leur était offerte.C'était certains des sportifs,d'autres des musiciens ou encore des gens du théatre d'autres étaient des lycéens, universitaires.Ils ne se lassaient pas en compagnie de feuTouahri Mahfoud , la coqueluche de Miliana, pour preuve qu'ils l'ont suivi jusqu'aux sentiers de la mort.Ils ne se doutaient pas un instant qu'il avaient rendez-vous avec la faucheuse.Ils sont partis en poussant des cris de joie en réponse aux plaisanteries de Mahfoud.Ils sont revenus les pieds devant en compagnie de ce meme Mahfoud.Quel gachis!Gloire aux martyrs de ce 1ier Novembre 1968.

Ahmed Arbouche
  • 2. Ahmed Arbouche | 20/09/2016

Je me joins à l'auteur de ce récit,mon ami et frère Mohamed Benabdellah pour compatir ,au mieux que je peux, avec les familles des victimes et déplorer avec véhémence ce tragique événement qui,au rythme d'un vent de sable,a semé une apocalypse où stupeur et effarement s'étaient emparées de la population de Miliana en ce 1 novembre1968.
Il se doit de galvaniser la mémoire de ces victimes par des requiem et des recueillements solennels où, prières,voeux pieux et foi doivent se manifester avec exubérance.
Que Dieu allège la douleur et rassérène les esprits de tous ceux qui,de près ou de loin,ont enduré cette épreuve pénible au plus profond de l'ame.
Nous implorons le Tout-Puissant pour que ces " fleurs de l'age " soient accueillis dans les jardins de son vaste Paradis,la où elles ne faneront jamais.

Chantal

Bonjour Benabdellah Mohamed,

Votre témoignage est si bouleversant qu'en le lisant vous nous le faites vivre comme si nous avions été présents à Miliana lorsque ce drame a surgi. Je ne doute pas un seul instant qu'il puisse être resté gravé dans les mémoires par tous ceux qui ont vécu cet enfer dans tous les sens du terme.

mohamed benmerad
  • 4. mohamed benmerad | 22/05/2016

Salam à toutes et à tous;

Que Dieu leur ouvre les portes du Paradis Amin.
Le récit de cette nuit a été succinctement rapporté, mais je voudrais savoir comment le régime politique à cette époque a réagit à ce regrettable accident ?..

M.B

Xavier
  • 5. Xavier | 19/11/2013

bonjour. C des souvenirs graves en notre memoire... j'etait un ado et je voyais le ciel rougi.. j ia pas su expliquer le phenomene... le lendemain on eu l information... que ait leurs ames tous.

merci

selim  souneia
  • 6. selim souneia | 31/10/2013

effectivement , journée inoubliable , qui est restée graver dans nos mémoires , moi qui avait à l'époque 07ans , je me rappelle comme si c'était hier , surtout le jour de l'enterrement . merci, rendant hommage aux martyrs de ce 1er novembre 1968 ,
moi personnellement je n'ai jamais oublié les victimes de ce 1er novembre 1968, rabi yarhamhoum .

Meskellil
  • 7. Meskellil | 30/10/2013

Bonjour à toutes et à tous,
Merci de rendre un hommage écrit aux victimes de ce vendredi 1er novembre 1968 qui restera toujours comme un pieu fiché dans nos coeurs. Journée effroyable qu'on aurait souhaité ne jamais connaître. Votre récit très réaliste nous replonge dans ces heures de pure folie, et restitue toutes les émotions par lesquelles sont passés les habitants. Les hommages rendus à ces martyrs ne sont pas redondants, nous sommes nombreux à porter cette blessure, et une journée de commémoration devrait avoir lieu pour ne pas oublier.

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