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Les flammes de l’horreur

Par Med MIDJOU

 Feu de foretLe premier Novembre 1968 demeure pour les Milianais une véritable calamité jetant l'effroi dans la région et la nation entière. Il s'est déclaré la veille d’une cérémonie révolutionnaire glorifiant la résistance pour son appel armé à délocaliser l’occupant, un gigantesque incendie de forêt dans le grand Zaccar Est et à la surprise générale, l'ampleur était telle qu'il fallait aux autorités, mobiliser tous les moyens pour le circonscrire. Dans la nuit, les officiels embarquaient tout le public qui se trouvait regroupé causant sur la voie, à l'intérieur du cinéma et même ceux déambulant dans la fraicheur nocturne de l’automne. Tout retard d’une personne n’ayant pu rejoindre au soir son domicile se transforma pour ses proches en un véritable dilemme, une psychose envahissante de toute la ville, des mères inconsolables à l’annonce première des pertes cruelles de chérubins priant le divin à épargner les siens et d’autres dont le cœur subit le coup à jamais par la disparition de leur chers, les corps aux parties calcinées.  Toute une jeunesse naïve ignorant tout du feu et ses dangers, s'attaquant aux immenses flammes à hauteur des chênes, par des pelles, des fringues et des branchages cassés à la hâte pour venir à bout de l'enfer. Impensable quand, dans d'autres sphères, des intervenants professionnellement préparés s'y mettent sérieusement face à cette menace au moyen de canadairs. Chez nous, une chair humaine toute crue est jetée cruellement en pâture dans le brasier. Les gens de retour du front racontaient le calvaire subi, ils laissaient entendre que les foyers se sont multipliés à la faveur du vent et aussi par les animaux fuyant dans une course folle avec leur fourrure en feu embrasant la végétation dans leur passage. Avec un relief aussi accidenté et manquant de moyens appropriés, le drame était inévitable pour Miliana pleurant aujourd'hui encore ses enfants, morts en service commandé, pour leur patrie (Ali , Tikichi, Tertoura, Mahfoud, Miloud Torra, Sadek et les autres) (nos excuses pour ce rappel de pseudos amicaux) reposez en paix Messieurs, la mémoire ne vous oubliera pas. Un témoin embarqué dans un camion avec ses copains raconte qu’il a eu le dernier reflexe de se jeter du véhicule en marche pour disparaitre à la faveur de la nuit sans être pourchassé. Le destin dit-il en a été ainsi en ayant la vie sauve et je regrette beaucoup tous mes amis que je n’ai plus revus depuis cette nuit cauchemardesque. Périr de cette manière relevait jadis du cinéma et les grands films à épouvante et autant de suspens, lieu de culture où le héros Mahfoud offrait quelques heures plutôt un moment de distraction théâtrale à ses fans et son fidèle public. 

Img 4621 2  Chouhada d’une tragédie inopinée, ils gisent côte à côte dans la paix du seigneur à Sidi Braham avec le sentiment d’un devoir accompli et recevant périodiquement une honorable visite de leurs proches et de tiers pour un moment de recueillement comme celle programmée par l’ALMF dans son plan d’action lors des retrouvailles des anciens lycéens le 28 Septembre 2013.  

Dans le courant d'une consternation à haute tension, la population  occupa  alors la rue pour une grande manifestation après l’enterrement, la première de l'Algérie indépendante. Des témoignages vivants persistent encore de ces scènes violentes des CRS à l'adresse du public en colère affrontant des matraques et les jets d'eau des camions-arrosage anti-émeute. La foule, déchaînée, s'attaquait avec acharnement à tout ce qui se rattache aux institutions et autres équipements et biens publiques, comme la DS Palace du Sous-Préfet. Toute la presse de l'époque, titrait à la une, l'évènement tragique. Avec une telle mesure répressive, quelle forme de pouvoir voulait-on démontrer à une commune qui a déjà payé un lourd tribut en valeureux martyrs que sont, Bouras, Ali la pointe, Ferroukhi, Bougarra etc… pour libérer le pays du joug colonial dont le taux enregistré par commune en terme de (Istichehad) est le plus élevé, une fierté pour tous les Milianais ?   Si un tel amour était voué hier à nos montagnes en phase de régénérescence après l’apocalypse au moyen de napalm, quelle idée pouvons-nous avoir à présent quand toute la chaine nationale forestière subit le désastre dans l’indifférence totale en ce triste anniversaire?          

Commentaires (2)

Chantal
  • 1. Chantal | 01/11/2013
Je trouve extrêmement bouleversant tous ces témoignages sur cette nuit de l’horreur à Miliana. Ces jeunes qui ont péri dans des conditions absolument révoltantes méritent largement qu’on ne les oublie pas car, si j’ai bien compris les différents témoignages et commentaires que j’ai lus sur ce site, ce scandale aurait pu être évité … Même si je n’ai pas connu ces jeunes qui ont péri, ces familles en deuil, j’ai une pensée très émue pour tous en ce jour de commémoration. Je pense notamment à ces mères de famille qui ont perdu leurs enfants ! Comment continuer de vivre après la disparition aussi brutale et dans des conditions aussi scandaleuses de son enfant si ce n’est continuer de vivre avec la sensation d’avoir une jambe ou un bras en moins. On continue de vivre, certes, mais à quel prix ! Ces blessures ne se referment jamais. Le souvenir du bonheur ne donne pas toujours le bonheur, le souvenir de la souffrance donne toujours la souffrance.
bradai
  • 2. bradai | 31/10/2013
La nuit des Braves .

En cette nuit de cauchemar vécue, que de mères n’ont pu oublier ce qu’elles ont chéris tant
C’tait aux alentours de minuit, peut être moins bien que ce temps.
L’attente se faisait pour une dernière nuit d’octobre qui va s’ombrer
Miliana en ville héroïque allait fêter un premier jour de novembre qui naissait
Et tous deux en nuit qui part et jour qui approche pour se dire adieu ont choisi ce comble d’une nuit de l’année
En ce temps de l’an 68 qui se voulait pour eux à fêter
En Témoin d’un temps passé de ce premier jour qui rappelle le début de rudes combats acharnants
Un lieu dit du mont Zaccar fut pris comme garant
A cette attente de salve fêtarde attendue Une fumée vint embaumer l’air
Elle fut constante comme un brouillard épais dans l’atmosphère
D’imprévoyants témoins ont crié au loin que le Zaccar là haut pleure en feu
C’est dans ce funeste décor apparent que de lugubres personnages se distinguèrent à leurs yeux
Sortants des profondeurs de l’antre
Avec hurlements sauvages, atroces et inhumains à entendre
De la foule en spectacle un grand chamboulement s’en est suivi ici et là
La peur a élu domicile à chacun et le sang se coagula
C’était dû au passage du barouf de la cohorte des démons
Qui tambourine à son passage ses proies prises au dépourvu sans aucun pardon
Ne laissant aucune volonté de vie au plus prosternant
Ni fuite n’en fut possible, ni pour un plus petit ni pour le plus grand
Ceux qui tranchent ont dit que le devoir doit passer avant
Les flammes là haut fusent de partout leurs langues mortelles
Ni tronc d’arbre protecteur ,ni cachette sous une roche cachette n’en fut vitale
Les tombes alors s’ouvrirent en d’effroyables crissements
Et en martyres subissant la douleur 22 braves prirent en douceur leurs places à l’instant.
Au matin, les mères versèrent leurs larmes sur ce qui restait de chair en cendres de leurs propres chairs.
Cette nuit là, resta et restera pour longtemps cauchemar de l’horreur.
Où chaque mère et père, chaque frère et sœur a eu d'un brave son lambeau de douleur.

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