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Le coin de BELFEDHAL Abderrahmane

L’albatros aux ailes bléssées

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L’albatros aux ailes bléssées

 

Le petit robert définit l’albatros comme étant le plus grand des oiseaux des mers .Le poète des fleurs du mal ,plongé dans ses émotions créatives regardait son oiseau naguère si beau, trainant la patte tel un exile sur le sol .
Les vents d’un hiver tristement précoce, d’habitude gonflés d’énergie et de sérénité avaient subitement cessé toute forme de jeux et d’aisance .Le front audacieux, longtemps soutenu, par une force supérieure de tuiles fantaisistes et de fer maniable à la main, dans une résignation stoïque, venait de rendre son âme douce dans une prière de grande gloire.
Albatros de tous les temps semés au vol des vents, combien de portes ont été soigneusement ouvertes à l’honneur de tous les âges rampant dans la douceur des veillées aux flammes pétillantes et la complainte de tant de souvenirs et de choses que la nature avait enchainé dans la mémoire des jours et des nuits .
Albatros, d’il était une fois, combien de portes ont été humblement fermées pour plonger discrètement dans le chuchotement des romances vagabondes.
Témoin infaillible des ruées vers les escaliers du vertige, seule alors une plume de tes ailes est capable de contourner tes amours, tes illusions et tes espoirs.
Albatros de tous les cieux parsemés d’étoiles étincelantes, dans tes rêves inachevés, trainant des larmes jonchées de gravats et de poussière tu as pu arranger les notes d’un ultime tango à l’honneur de tous ceux qui ont franchi le seuil de la délivrance.
Pour le nostalgique et pour celui que la chance vient de cueillir, c’est toute la portée d’une fulgurante saga.
Albatros, des terres jadis remuées par des souliers conçus à la fois pour se frotter contre le ballon rond et la trotte vers le grand tableau noir, triste, ému, je regarde tes haillons tissés dans l’absurdité d’un verdict prématuré. A la lueur d’un jour pale et anodin, dans tes lésions profondes des gamins espiègles avaient déjà élu leur poste de commandement. En files indiennes ils prirent pour otages les redoutables crevasses que l’engin par une main décisive avait abandonne sur place.
Albatros de toutes les figures qui sont parties comme ça, sans un cri, sans aucune pensée vers un passé devenu subitement obscur et vague, si ta randonnée parmi les choses et les êtres s’est éteinte, et si ta course est finie, pour l’auteur de la cité des cites une page de l’histoire est déjà partie prenante dans les récits du bon vieux temps.
Dans une prière émouvante, je joins mes deux mains à la mémoire de tous ceux que tu as pu voir heureux, grimper les marches de tous ces temps qui nous ont tant réunis. Albatros aux ailes blessées , albatros au cœur meurtri, si tu refuses la mort des inconnus parmi les décombres et la froideur des nuits d’encre noire, je n’ ai alors que mon humble plume à mouiller dans le terroir des anciens et te dire autant de fois merci pour avoir si bien enveloppé notre âge enfantin.