Alger - Bab El-Oued
Par ces moments de journée du mois sacré de Ramadan, j'en profite par une escapade furtive au quartier fétiche de mon enfance "Bab El-Oued" El Kettani,
une façon de se ressourcer, le plaisir de flâner dans ces ruelles animées, mêlé à la foule je ne manque pas de passer en revue les étales qui se pavanent en cette occasion.
L'atmosphère est amplifiée par les effluves dégagées des variantes de pains, de brioches, des légumes; tous les ingrédients sont présents pour la préparation de la fameuse chorba, et des plats succulents traditionnels que préparaient nos mères dont le doigté laisse à désirer de jalousie plus d'un, et c'est la particularité de tout le Maghreb, transmise de mère en fille que je n'échangerai en aucun cas. À ce contact, je me suis allé à ces souvenirs d'antan de notre époque.
Qu'après une bonne journée de jeûne, le boum du canon de l'amirauté tranche la rupture, (plus tard l'annonce se faisait à la radio ou la télé), on se retrouve attablés devant une variété de mets bien choisis à l'occasion où s'annonce un bruit de cuillère cognant les assiettes, personne ne parle, priorité au remplissage.
Les soirées sont improvisées et diversifiées. Il y a ceux qui se consacre au café maure du coin pour d'interminables parties de dominos ou la belote,
d'autres se retrouve sur la place des martyrs derrière le trésor pour voir un film projeté à travers un camion ciné-bus de la C.N.C (centre national du cinéma) ; pour les filles les soirées animées ou la bouquala pour les vœux souhaités. Et il y a le côté spirituel pour alimenté sa foi la salate du tarawih. À cette époque les mosquées faisaient défauts à Bab El-Oued, c'est à la place des martyrs où se situent les mosquées Zoudj 3youn, Djamâa El kebir, Djamâa El Djdid et Katchaoua : Notre dévotion était cette dernière par la récitation captivante de l'imam de ce moment, une voix de ténor.
Aussi il y avait une ruée sur les cinémas qui animent davantage ces soirées ramadanesques, la télévision n'étant pas intéressante, diffuse uniquement des films interminables d'histoires égyptiennes dont les femmes en raffolent. Ils y avait les soirées musicales que les fervents de chaâbi ne râteraient sous aucun prétexte pour agrémenter davantage cette ambiance Algéroise jusqu'à l'aube dont les noms de chanteurs connus : El Hadj El Anka, Amar Ezzahi, Boudjemaa El Ankis, Dahmane El harrachi, Guerrouabi et beaucoup d'autres.
En fin du mois sacré commencent les préparatifs des gâteaux de l'époque halwa etabe3, l'eghribia, el khfef et bien d'autres petits délices. Les cuisinières à l'époque n'ont pas encore fait leur apparition c'est le four des boulangeries qui s'en occupait et d'interminables chaines sont constatées où beaucoup de s'niwates à même le parterre jonchaient le sol avec un nom sur l'étiquette.
Aussi un souci occupait nos parents : l'achat des vêtements de l'Aïd. Une tracasserie et une ponction importante dans le budget familial surtout pour ceux qui ont une ribambelle d'enfants, toute une gymnastique à se dégoter ces précieux fringues que l'enfant enthousiasmé et émerveillé déposera juste à côté de son oreiller, en hâte à les mettent le lendemain jour de la fête et être tout comme un sou neuf comme on dit. Que de souvenirs innocents d'enfants ont été vécus et ces ambiances resteront gravées dans notre petite tête de môme à jamais.
Dans ces ambiances improvisées, vécues avec leur manque de moyens, mais digne où la force de caractère de ces braves gens généreux ont su se hisser au summum de la fierté, de l'honneur et de la bravoure. Cette génération s'est organisée d'une façon respectable où le voisin jouissait de ces droits comme un membre de famille et que son foyer ne manquait de rien en cas d'absence. Les intentions nobles à s'occuper de son prochain était l'étendard humble du principe et des valeurs, malgré les moyens de confort rudimentaires mis à disposition.
Je crois qu'on a hérité un peu de cette générosité, de cette solidarité de nos aînés qu'on retrouve un peu partout en cas de moments difficiles par cet Algérien de particularité unique.