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Le coin de Mohamed-Rachid YAHIAOUI

La forêt des cèdres de Théniet

El Meddad se fait raconter au Zaccar

(La forêt des cèdres de Théniet-El-Had)

« ... J’ai vu un coin d’Algérie très inconnu où j’ai trouvé encore des ravins en des forêts vierges de conte. Ce qui signifie en des forêts vierges, comme celles dont on lit la description dans les contes. Je pars demain pour la forêt de cèdres de Théniet-El-Had dans la chaîne de l’Ouarsenis.On la dit une des plus belles au monde...»

G. de Maupassant

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Alphonse Daudet écrivit en 1861, après avoir séjourne à Théniet-El-Had et visiter la forêt de cèdres :
« Je viens d’un pays où on se repose après y avoir dormi »

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Le défilé de la discorde

En tous les cas et à mon humble connaissance, le 14 Juin 1830, nous n’avons point invité le comte Louis  De Bourmont et ses sbires à notre table pour fêter un quelconque anniversaire.  De Bourmont, sous les ordres de son satrape Charles X, s’était  auto-invité par obusiers et bateaux-bœufs  interposés. C’était  aussi par la faute de cet imbécile d’Agha Ibrahim, gendre de Hussein Dey ,  trop porté plutôt  sur la somptueuse vie de pacha,  qui, au lieu d’écouter l’Agha Yahia qui le pria presque à genoux de déplacer les hommes de troupe d’El Harrach vers Sidi Ferruch où le débarquement  français allait avoir lieu.  Que nenni, l’Agha Ibrahim donna ordre formel de stationner les  soldats algériens à El Harrach où le célèbre canon Sidi Merzoug  tenait en respect tout se qui bougeait  dans  la baie d’Alger  et bien au delà de Tamentfoust.  Ibrahim  explique ce maintien de troupes  par l’histoire de la tentative de conquête de  Charles Quint en 1541 où son armada s’est cassée la gueule  à la baie d’El-Harrach. Ce n’est qu’après avoir constaté que le large de Sidi Fredj  ne se soit transformé en peau de dalmatien  tachetée de  453 navires de guerre et  bateaux-bœufs  venus de Toulon,  qu’Ibrahim décida de dresser sa tente sur le plateau de Staouali , installation  d’un luxe extravagant, avec sofa et narguilé, son PC pour « contrôler le champ de bataille » comme s’il s’agissait pour lui d’une sortie champêtre en s’amusant à la bonne franquette.  L’Agha Ibrahim venait de sceller le sort de notre pays  le précipitant dans les abysses de la terreur. Alger fut prise en moins d’un mois.C'est vous dire...

Son obstination nous a  valu 132 ans de colonisation. Parce que lui et son Hussein de beau-père s’en foutaient comme de l’An 40 et se sont donc  taillés comme des lièvres  à destination de  Livourne avec tous leurs biens,  laissant sur le carreau les habitants de l’ex-Icosium. Alger  est à feu et à sang qui allait vivre sous le joug  inqualifiable de ses tortionnaires.

Aujourd’hui, 48180 jours après 1830,  nous sommes indépendants et nous nous sommes dit que nous n’allions quand même pas nous chamailler éternellement avec l’ancien colonisateur.  Nous avons décidé de tourner la page tout en actionnant la chasse d’eau sur ceux qui ont toujours en travers de la gorge notre indépendance et n'allons pas chercher dans les chiottes Lepéniennes. Ceci dit, il demeure entendu que nous n’avons pas oublié. Ahhhhh ! Non ! Pas ça. Du tout ça !!!

Par contre,  Marine La Pépène  qui, soit dit en passant,  détient la quadruple nationalité : Française, pute,  conne et raciste, a dans  l’escarcelle de son FN de Parti 25 % de Français qui sont tombés sous son charme,  emprunté aux cris de  Charybde et Scylla, ceci par la faute des mensonges des autres leaders politiques français. Cette pas-très-bonne-dame, boostée par son tristement célèbre paternel,  n’a pas tourné la page. Elle a oublié les méfaits de son papa,  mais emprunte un raccourcis qui  explique que  son pays traîne la patte  derrière les autres pays de l’UE  faute en est  à la pléthore  sélective d’émigrés  (suivez mon regard  et mon teint bazané). Elle vient de réagir brutalement comme un ressort compressé à 3 bars à l’invitation française envoyée à l’ANP pour y être représentée au défilé du 14 Juillet.  La bonne dame n’est pas à une virgule prête pour manifester son refus  tonitruant avec en concomitance quelques drapeaux algériens brulés en  Côte d’Or. 

De notre côté, imaginez un petit « chouiya » que nous retournions à nos braves habitudes en réchauffant la fête de notre mémorable 5 juillet, fête de l'indépendance et de la jeunesse, longtemps congelée.   Ne bougez pas et restez toujours dans les « si » qui pourraient faire « ça », c'est-à-dire inviter la tristement célèbre 10ième DP pour défiler sur l’autoroute de l’ALN, en contrebas de  Riad El Feth et son Musée du Moudjahid. Une présence qui va rouvrir les plaies de la Casbah, faire tressauter d’horreur Ali, Petit Omar et Hassiba dans leurs tombes,  ou faire vibrer l’Ouarsenis, le Zacca et l’Aurés dans leur sommeil du juste.

Imaginez un  ancien troufion de Massu , tenue para et casquette-Bigeard,  trainant derrière lui ses rhumatismes et un machin avec une manivelle, un trépied et des pinces scotchées sur la dynamo... Vous vous imaginez une compagnie de soldats sans foi ni loi du 1er Régiment Etranger, une hache sur les épaules et lance flamme en bandoulière avançant comme des zombies. Une autre compagnie de jeunes appelés du contingent à qui leurs étoilés de généraux leur ont mis la puce à l’oreille qu’en Algérie ce n’était pas proprement une guerre mais un rétablissement de l’ordre public. Par la force des choses, les pauvres se sont faits canardés  comme des pigeons. « Maman…maman…Nonnnnnn, je ne veux pas mourir » tel était le cri de ces autres victimes collatérales du colonialisme   en face des  moudjahidine qui eux  n’avaient  pas  peur de mourir parce qu’ils avaient  un idéal à atteindre.Une France coloniale qui utilise ses propre enfants comme chair à canon !!!!

Comme on connaît bien, même très bien les Français, ils ne font pas dans le gros, plutôt dans les détails et dans les détails du détail.  Quand ils s’y mettent, c’est à fond la caisse pour faire dans la grande perfection et ne jamais  laissent un arrière gout amer à leur entreprise. Ils vont surement envoyer un texto-Djezzi pour  solliciter de leurs hôtes un service qui consiste à  célébrer le débarquement…  pas de Juin 44  en Normandie auquel nous n’avons pas été convié, quoique les Tirailleurs Algériens ont crapahuté le mont-Cassino pour libérer un pays qui n'était le leur… mais le débarquement de Sidi Fredj, ou si vous voulez, pour rester dans le contexte de l’heure et pour ne pas froisser la susceptibilité de nos invités, Sidi Ferruch.  Avec en prime, pour compléter le tout, les croiseurs Duquesne, le Suffren et la Tourville croisant au large de Tipasa en souvenir de leurs pilonnages des côtes Jijelléennes en 1945.  Moi je m’en fous si  le Tour de France cycliste est bien partie de chez les Anglo-saxons, mais que la France vienne fêter  l’anniversaire de son débarquement à Sidi Ferruch, avouez que le suppo est extrêmement gros…gros… gros. Par les temps qui courent, il sera encore plus gros si elle caressera l'envie folle d'aller jouer la Marseillaise devant les  grottes du Dahra, de l'Ouarsenis où aux gorges de Kherata.

 

Comme chaque écrit véhicule une morale,  une déduction,  une dialectique, une teneur,  une synthèse ou tout ce que vous voudrez :  moi je me pose la  question suivante :

Pourquoi la Marine de mes deux… ne veut pas  que les représentants de l’ANP soient présents Avenue de l’Elysée ? Puisqu’ elle (Si se n’est pas elle s’est donc ses frères, merci  Jean de La Fontaine)  est venue nous emm… en 1830, nous lui avons botté le derrière et ça s’arrête là. Et puis zut … Non il n’y pas que ça qui justifie l’ire de cette saloperie qui est en train de nous faire le coup du retour de la manivelle parce que nos émigrés en France  se sont  toujours comportés  depuis la nuit des temps en grands messieurs, grand nabab qui ont exploités le petit français dans les mines du Nord-Pas-De Calais,  dans les usines Renault et Peugeot ou aux chantiers navals  de Toulon. Et maintenant la Marine et son machin de père sont  en train de se venger. Non ? Vous ne trouvez pas ?    Inversez les faits et rôles et vous allez voir clair !! Par contre de notre côté nous avons tout pour refuser à l’armée française de venir encore une fois nous enquiquiner, plus grave encore, rouvrir les plaies qui ne se sont pas encore  cicatriser. Le « nif » avait manqué à quelque uns de nos dirigeants pour avoir bouder Ain Naâdja pour seulement se faire injecté un voltarène 20 mg au frais de notre Trésor Algérien.  Mais là où cela se corse c’est de s’imaginer  le fait que notre « enfauteuillé » positionne son pouce en hauteur à la Jules César, rendant   l’ascenseur à ses  bienfaiteurs pour nous damer le pion à l'idée que leur présence chez nous durant 132 ans a été positive (Excusez le peu).

Un  passé récent est vivace sur les relations contre nature du duo Chadeli-Mitterrand, de l’épisode du coup de serpe donné à Kassamen DONT Fafa n'a pas eu le temps de le faire et la nouvelle trouvaille de Mitterrand  qui proposa  «  l’ingérence humanitaire » durant le printemps berbère.  A méditer...

Mais dit donc…Qu’est-ce qui se passe… Ouf !!! Purée mais c’est un cauchemar que je viens de faire. Heureusement que je suis tombé de mon lit, et heureusement point de 10ième DP ni de Régiment de la Légion étrangère.

Mr LEDUC, apprenez au moins les rudiments de votre histoire…

Mr Guy Leduc d'abord je pense que vous n'êtes pas en mesure de comprendre la politique de de Gaule en nous dévoilant vos piètres idées simplistes et biscornues. Je vois que les Accords d'Evian ne vous apprennent rien d'intéressant sur les décisions prises par ces accords sur le futur des colons français et des Pieds Noirs en Algérie et que seul l'OAS les a poussé vers les ports algériens conséquemment à la politique de la terre brûlée de cette organisation criminelle. Nous vous excusons du peu relatif à vos reproches à de Gaule, le fait qu'il aurait dû, d'après vous, mettre à la porte les émigrés en 1962. La réciprocité aurait pu être bébête de votre part. Je me suis toujours posé la question qu'aurait pu être la France sans les émigrés qui ont été exploités sauvagement comme des esclaves dans les mines du Nord pour l'essor économique de votre pays. Mais aussi qu'ils ont été utilisés comme chair à canon à Monté-Cassino pour libérer un pays qui n'était pas le leur. Je vous invite à lire "l'histoire du colonel Chaber", militaire algérien dans l'armée française rapportée par Hocine Bouzaher dans son livre "Et nourire la mémoire" et vous aurez surement une idée claire sur la situation générale de nos émigrés avant, pendant et après notre indépendance. Prenez la peine de découvrir les vraies raisons qui ont amenées la France à coloniser notre pays avant de faire une relation schizophrène avec les diverses conquêtes de notre pays par les Romains mais pas par la Sublime Porte encore moins par les Arabes qui ont islamisé notre pays sans s'en prendre à nos biens, nos femmes et à notre cultures ancestrales. La Kahéna s'était rendue à l'évidence en embrassant l'Islam. Prenez la peine de vous poser la question de savoir pourquoi notre pays a été sauvagement conquis en 1830, alors que votre pays se débattait dans des problèmes contestataires provoqués par la Seconde Restauration de Louis XVII (1824) et là vous allez découvrir des choses ignobles d'un pays qui se targue être le nombril des droits de l'homme et un pays civilisé. N'en vous déplaise, l'Algérie et sa capitale avaient un nom bien avant la conquête française : El Djazira et Icosium. Il n'y a pire aveugle que celui qui ne veut pas voir. Le débarquement de 1830 à Sidi Fredj n'a été possible que grâce à l'aval et le soutient de la Russie tsariste, de l'Italie, de l'Angleterre et grâce aussi au silence complice des USA. Et vous savez pertinament de quoi je parle. Là je dois raviver la lueur blafarde de votre lanterne et vous dire que la présence de la colonisation chez nous avait pour but exclusif de perpétuer un génocide, exterminer tout un peuple suivant les propos tenus par le général Yussuf à l'épouse de Bugeaud :"En un mot, je dois vous dire Madame, que la guerre en Algérie est une guerre d'extermination". Même si ce général, renégat au demeurant, était un crétin, il n'en demeure pas moins que c'était un général français. La France n'a pas ce courage et cette volonté politique de s'excuser après ces propos du Moyen Age. Ceci étant, je dois vous dire, Monsieur Leduc, d'arrêter de nous chercher des poux, n'en vous déplaise, nous connaissons mieux que quiconque notre histoire alors que certains qui ont en travers de leur gorge notre indépendance, n'en connaissent que quelques bribes de l'histoire de la Gaule et de la France. En ce sens que durant la période Carolingienne vous avez perdu lamentablement une partie de la Normandie sous la pression des Vikings qui n'ont pas tiré une flèche. Nous, par contre, on a bataillé durement pour préserver l'intégralité de notre pays. Puisque vous avez réveillez la bête qui sommeil en moi qui est sensible à l'écriture de l'histoire de son pays, je dois vous dire que vous n'avez absolument rien compris aux dires de Ferhat Abbas en ce sens que quand il disait qu'il n'a trouvé aucune trace de la Nation Algérienne, il était tout à fait évident qu'il sous entendait "Une Algérie attachée à la Nation Arabe" qu'il n'avait pas trouvé en fouillant dans les cimetières, c'est qu'il emboitât le pas à Monsieur Messali Hadj qui proclamât en 1936 au stade de Belcourt "l'Algérie sera éternellement Algérienne" puisant donc ses origines non pas après la venue des Arabes mais de l'époque de Gaïa, de Micipsa et de Massinissa et ce n'est que 10 ans plus tard (1946) sous l'influence de Chakib Arselan et Azzam Pacha qu'il soutiendra que "l'Algérie est arabe" en l'arrimant ainsi au MOyen Orient. A vous Mr Leduc de lire votre histoire pour que vous puissiez atteindre le niveau intellectuel et pouvoir analyser la chose historique (académique ? C'est trop dire pour vous). De grâce, laissez nous tranquille. Vous et certains de vos concitoyens n'arrêtent pas de pleurer comme des femmes une Algérie qu'ils n'ont pas su défendrent en hommes. De notre côté nous voulons résolument tourner la page de l'histoire sanglante de la France en Algérie dans le silence des cimetières où reposent nos Martyrs. IL demeure entendu qu'un OAS qui se rend à l'évidence que l'Algérie est libre et indépendance, je ferai un pléonasme en disant à cet OAS :"Bienvenue chez vous en Algérie". Sans rancune.

Les vendeurs de rêves

Lobo, Chrif et la  "Boulitique"

Cette histoire est axée d’abord sur LOBO… ah ou, il faut que je vous dise que ce n’est pas LOBO KID  le héros du western spaghetti de Sergio Leon,  notre LOBO a nous autres habitants de notre Douar  des Cèdres accroché comme une aire d’aigle  au pied de l’Ouarsenis  est, par euphémisme, un  simple d’esprit  que je ne saurai  lui attribuer  un autre qualificatif.   Il est tellement sympathique, tellement imbécile heureux   et tellement  rigolo que, de mémoire je ne l’ai jamais vu triste. Sa crédulité l’aura surement amené à taper des mains et des pieds et à sautiller comme un primate s’il était vivant lorsque le nuage « Allah » a été vu au stade du 5 Juillet.  Avec son éternel sourire pendu aux lèvres, tout le monde se l’arrachait de sorte qu’il trouve toujours son compte : l’un lui paye un café, l’autre un paquet d’Afras ou un casse-croute chez Belgique, le marchand de « chwa ». Il vivait comme un pacha, le veinard.  Quand LOBO est contrarié, il s’énerve en souriant et lance à la volée : « Akhnaaaa, Ouallah en’maylak » et part traînant sa carcasse en maugréant. Pour l’instant,  mettons entre parenthèses LOBO pour vous dire que là où cela devint  très sérieux c’est qu’à un certain moment de la  paisible vie du Douar des Cèdres un vent d’une violente  contestation s’était levé un jour. Des jeunes du village se sont élevés contre l’autorité de la Djemâa  dirigée d’une main de fer, qui n’était pas d'ailleurs enrobée dans du velours,  par le Cheikh du village, un patriarche qui ne se rappelle plus du jour où il prit les commandes de la grande  «Djemaâ »,  véritable poumon du  village. Da Kada, notre vieux Cheikh, est issu de la  grande Fraction Zianida située à l’extrême limite du Douar. Ne vous amusez surtout pas à essayer de  complexer  Da Kada  en plaçant le curseur de votre culture générale au dessus du sien. Les yeux pétillant de malice et  un sourire ensorcelant fabriqué "Taïwan",  il vous damera le pion en s’étalant sur les grands noms des penseurs arabes,  il sera à l’aise en vous parlant de Pascal et de ses Pensées, où de la dernière  interpellation du Père Goriot à l’adresse de Paris, de vous expliquer les conditions qui ont amené Victor Hugo à  écrire les Misérables ou Boléro, la partition musicale de Ravel quand ce dernier avait rencontré la Comtesse d’Edimbourg. Il vous parlera de Nedjma de Kateb ou de Yamina Khadra.  La Fraction Zianida est une entité qui avait servi de levain d’où sont issus nombre de lettrés. Da Kada fort donc de cet avantage du nombre, du prestigieux passé de sa Fraction et de sa richesse que lui procurent les riches terres « et aux autres moyens pas trop islamiques », de l’intellectualisme  de ses congénères, il s’était alors complut  dans la chefferie du Douar.  L’eau avait coulé sous le pont de Oued El-Ghergua et notre chef de la Djemâa tout occupé par sa micro politique de la petite semaine ne s’est pas aperçu que  sa santé devenait défaillante, que la sénilité  envahissante s’était  déclarée et que les  enfants du village avaient grandi, étaient  allés à l’école, puis le lycée et enfin l’université et son devenu des cadres dirigeants  au dessus de tout soupçon  aussi nickel qu’un sou neuf. Et à  partir de là ils commencèrent à penser, à s’échanger des réflexions sur le devenir du patelin  puis se sont dit que le village  jusqu’à présent géré  d’une façon archaïque par un futur patient d’un gériatre  devenu presque thanatopraxique.  Voilà quelques temps que Da Kada s’était fait, malgré lui et sénilité oblige, entouré de conseillés à la mine patibulaire et ne s’est plus levé de la grande pierre taillée qui lui sert de fauteuil à la Djemâa sauf pour aller là où le roi va sans escorte. De leur côté les  jeunes  diplômés se sont  constitués en « Tadjmaâte »  de l’opposition et se sont dit que le patelin devrait changer de mode de gestion à l’instar des autres douars voisins et de ceux d’outre  mer qui se sont mis à l’heure de la démocratie, de la libre expression, de la vitesse de l’information et à l’alternance du pouvoir parce que les jeunes contestataires sont des gens qui pensent et qui forment  une armée de  docteurs en  histoire, en production pétrolière, en physique nucléaire, une armée d’ingénieurs, de sociologues,  de médecins et  de politiciens. Le monde est en pleine ébullition et Da Kada reste enfermé dans ses petits souliers, entre la Djemaâ et  sa somptueuse demeure.  Il était donc  temps que Da Kada aille se reposer à Hammam Righa et laisser la place aux jeunes diplômés de la Cité des Cèdres.  Que nenni leur répondirent les « mines patibulaires » en véritables Oracles du Temple de la Chefferie du Douar  des Cèdres.

« Vous êtes encore jeunes et immatures, nous vous aimons trop pour vous abandonner dans la nature, faites nous confiance et  laissez nous agir au mieux de vos propres intérêts parce que les prochaines années verront autant de réalisations qui verront le jour : routes, eau, santé, écoles. 

 Un dialogue de sourd s’ensuivit alors.

« Vous promettez de faire en une année ce que vous n’avez pu faire durant le long règne de Da Kada. Vous nous avez menti, nous n’avons plus confiance en vous » Soutiennent les jeunes intellectuels du patelin.

 « Laissons la parole aux habitants de notre Douar ».  Proposèrent les  « hommes de Da Kada ».

Qu’à cela ne tienne,  ils décidèrent de consulter  les habitants des Fractions du Douar pour avoir l’avis général. Mais comme ils sont des spécialistes de la manip et du trucage et autre bourrage …pas de pipe mais des urnes, et donc  par un jeu  clientéliste et autre népotisme, les thuriféraires de la Place de la Djemâa  allaient instrumentaliser toutes les strates de la société, peut être les acheter comme on se paye des mercenaires.  Ils firent appel au truculent Hmimed Boulahya, le valet de Da Kada  qui se retrouva seul à la Djemâa, boudé par les habitants qui continuèrent à vaquer à leurs occupations. Boulahya cria des Oyé ! Oyé ! sur tous les toits en faisant appel  aux bergers, aux moissonneurs, aux ouvriers agricoles, aux ramoneurs et mêmes les âniers et même aux Tangos devenus entre temps amis-amis avec la Djemaâ et ceci   dans le seul but de remplir la galerie…Toute honte bue, il eut même le culot d’inviter les jeunes diplômés  pour les ramener à de plus « nobles sentiments ». Mais il était contraint de discuter avec lui-même. Les pierres   qui servent de chaises disposées tout autour de la Djemâa restent affreusement, lamentablement  vides.

FLASCH BACK : Question lancinante : LOBO arrivera t-il à être reçu par Boulahya ?  Non, je ne suis pas fou en me posant cette question un peu bébète. Oui et triple oui. Il a été invité parce qu’on a trop tendance à faire feu de tout bois dans tous les secteurs par où transite  Boulahya.  Dans un douar qui se respect, les responsables n'ont aucune raison de recevoir un imbécile.  Mais ici, Boulahya  l’a fait sans état d’âme, sans faire la fine bouche ni avoir l’oreille musicale et sans jeter un coup d’œil dans le rétroviseur, car il ne faut pas oublier que Boulahya est le factotum de Da Kada, il est l’homme de toute les situations périlleuses. Un bulldozer,  un char T-90 russe. C’est  aussi une chair à canon de Da Kada. Et puis zut, il n’a pas les c…en bronze  pour  refuser une telle mission pour recevoir LOBO à la Djemaâ.   En arrivant presque à la « tadjemaât » en foulant la terre battue avec son lourd godillot,  LOBO se voit talonné par Chrif le Cinglé…Non ! Pas Omar Charif, l’acteur, ni Chérif El-Ouazani, le sportif. Mais non … Ce n’est pas aussi  Chérif Kortbi,  ni Mustapha Chérif, vous pensez !!! Ce sont de grosses cylindrées… Oui, qu’est-ce vous dites  là bas au fond ? Chérif quoi ? Ah oui, vous avez  peut être raison,  Chérif Rahmanikov sera largement reçu à la Djemaâ, même couleur politique que Hmimed.  Sur un autre plateau d’une Robervale, ni Boulahya ni sa cause perdue ne doivent  peser lourd  d’abord en s’intéressant puis en sollicitant les idiots du bled. C’est de la schizophrénie.

Chrif,  c’est  le fou du village. Ouiiiiii ! Il a été lui aussi invité à la table de Hmimed pour une « ponction d’avis ».

Et ce jour là, LOBO c’est vu talonné par Chrif, celui qui prend sa douche tout habillé dans le bassin de Aïn-Loucif. Loucif ?  non… quand même… pas le général et d’abord quelle est l’utilité d’une fontaine pour un général   qui  pouvait disposer de la nappe phréatique et même de l’albien pour arroser son petit pot de cactus sur la bordure de sa cuisine. LOBO presse le pas car il a horreur de voir passer devant lui Chrif, des fois qu’il lui « tchape » un éventuel paquet d’Afras ou un casse croute promis par Boulahya  moyennant leur précieux avis. Il est comme ça LOBO. IL se tourna vers Chrif qui  entame un trot et le toise d’un œil torve : « Akhnaaaaaa ! Ouallah en’meylak ». Je ris quand je pense que si notre Douar comptait cent LOBO et cent CHRIF. Mon Dieu, j'ai des frissons quand je pense qu'ils pourront facilement représenter (Si ce n'est déjà fait)  les jeunes diplômés du Douar des Cèdres à la Djemaâ Nationale. Je ne sais pas pourquoi, mais ça me rappelle le film « La planète des singes ». Mes frissons s’accentuent de plus en plus quand je pense que le Douar des Cerises, celui des Oranges et celui des Balambas-Iol vivent la même réalité.  

Mes chers amis, il est minuit en ce 26 Juin. On doit laisser tomber Boulahya et tous les tutti quanti. Une chose extra vient de se produire. Des coups de klaxons, de stridents you-you commencent à déchirer le silence de la peur, des cris hystériques, des fumigènes et des feux d’artifices éclairent le ciel de notre quartier longtemps dans le noir de l’inconscience. L’Algérie vient de rosser les Bolchéviks et vont en 8ième de finale de la Coupe du monde, un évènement  très  important, plus important que l’histoire du Douar et de la fraction Zianida, de Boulahya et de sa « taadjmaâte ». Je renvoie dos à dos le tout. Alors abandonnant mon clavier et, faisant fi  des conseils de mon "cardio" et mon "diabéto", je suis sorti ce soir là et je me suis fondu dans une jeunesse qui n'a que le sport pour dire que "nous existons, nous changeront les choses et advienne que pourra".