Le coin de Meskellil
...Le plus important bouleversement démographique...
Par
Meskellil
Le 13/08/2026
La colonisation occidentale, le plus important bouleversement démographique de l’histoire de l’humanité
Par René Naba
Août, 2015
1- La Méditerranée un cimetière marin
30 000 personnes ont péri en dix ans entre 1995 et 2015 aux portes de l’Europe dont 3.500 en 2014 et 1.800 pour le premier semestre 2015. Un nombre record de 137 000 migrants ont traversé la Méditerranée dans des conditions périlleuses au cours du premier semestre 2015, soit une hausse de 83% par rapport au premier semestre 2014. La situation devrait empirer avec l’été : le nombre de migrants en Méditerranée était passé en 2014 de 75 000 au premier semestre à 219 000 à la fin de l’année, selon l’agence des Nations unies pour les réfugiés.
L’Union Européenne a mis sur pied un plan d’urgence pour soulager la Grèce et l’Italie, premiers pays concernés par l’afflux de migrants. Selon ce plan, l’Union européenne doit se partager la prise en charge de 40.000 demandeurs d’asile originaires de Syrie et d’Érythrée arrivés en Italie et en Grèce depuis le 15 avril. La France serait censée en accueillir 4 051 venant d’Italie et 2 701 venant de Grèce. Paris devrait également accueillir 2 375 des 20 000 réfugiés reconnus par les Nations unies, qui demandent pour eux une protection internationale.
En comparaison, du fait des guerres de prédations économiques menées par le bloc atlantiste contre les pays arabes, Le Liban, la Turquie et la Jordanie accueillent à eux seuls plus de quatre millions de réfugiés syriens, alors que la France n’en a accueilli que 500 à titre humanitaire depuis 2011 ! « Dans une maison (…), il y a une canalisation qui explose, elle se déverse dans la cuisine. Le réparateur arrive et dit j’ai une solution : on va garder la moitié pour la cuisine, mettre un quart dans le salon, un quart dans la chambre des parents et si ça ne suffit pas il reste la chambre des enfants », a ironisé Nicolas Sarkozy, occultant, lui, ce fils d’immigrés, Français de « sang mêlé », comme il se définit, sa lourde responsabilité dans la destruction de la Libye et de la projection migratoire qui s’est ensuivi vers le Nord de la Méditerranée.
Retour sur ce naufrage civilisationnel
II- Un fardeau de l’Homme blanc ou une prédation de la planète ?
« C’était au début du printemps 1750 que naquit le fils d’Omoro et de Binta Kinté, dans le village de Djoufforé, à quatre jours de pirogue de la côte de Gambie ». (Roots : The saga of an american family (1976) Alex Haley, titre de l’ouvrage en français « Racines » (2).
Curieux cheminement. Curieux croisement : alors que l’Africain du Sine Salloum, région natale de l’auteur de l’ouvrage « Roots », en même temps que celle du signataire de ce papier, était extirpé de ses racines par les colonisateurs de la Sénégambie pour se projeter au-delà des océans en vue de contribuer à la prospérité du Nouveau Monde, les Français et Anglais, Espagnols et portugais, d’abord, au XVIII me -XIX me siècle, puis les Libanais et les Syriens, ensuite au XX me siècle, étaient conduit à l’exode sous l’effet des contraintes économiques.
Un mouvement parallèle… Le Noir allait peupler l’Amérique, quand le blanc se substituait à lui sur son continent, comme intermédiaire entre colonisateurs et colonisés.
Cinquante-deux millions de personnes, colons en quête d’un gagne-pain, aventuriers en quête de fortune, militaires en quête de pacification, administrateurs en quête de considération, missionnaires en quête de conversion, tous en quête de promotion, se sont expatriés du « Vieux Monde », en un peu plus d’un siècle (1820-1945), à la découverte des nouveaux mondes, lointains précurseurs des travailleurs immigrés de l’époque moderne.
Au rythme de 500 000 expatriés par an en moyenne pendant 40 ans, de 1881 à 1920, vingt huit millions (28) d’Européens auront ainsi déserté l’Europe pour peupler l’Amérique, dont vingt millions aux États-Unis, huit millions en Amérique latine, sans compter l’Océanie (Australie, Nouvelle Zélande), le Canada, le continent noir, le Maghreb et l’Afrique du sud ainsi que les confins de l’Asie, les comptoirs enclaves de Hong Kong, Pondichéry et Macao.
Cinquante deux millions d’expatriés, soit le double de la totalité de la population étrangère résidant dans l’Union Européenne à la fin du XX me siècle, un chiffre sensiblement équivalent à la population française. Principal pourvoyeur démographique de la planète pendant cent vingt ans, l’Europe réussira le tour de force de façonner à son image deux autres continents, l’Amérique dans ses deux versants ainsi que l’Océanie et d’imposer la marque de sa civilisation à l’Asie et l’Afrique.
« Maître du monde » jusqu’à la fin du XX me siècle, elle fera de la planète son polygone de tir permanent, sa propre soupape de sécurité, le tremplin de son rayonnement et de son expansion, le déversoir de tous ses maux, une décharge pour son surplus de population, un bagne idéal pour ses trublions, sans limitation que celle imposée par la rivalité intra européenne pour la conquête des matières premières. En cinq siècles (XVe-XXe), 40 % du monde habité aura ainsi peu ou prou ployé sous le joug colonial européen. Prenant le relais de l’Espagne et du Portugal, initiateurs du mouvement, la Grande-Bretagne et la France, les deux puissances maritimes majeures de l’époque, posséderont à elles seules jusqu’à 85 pour cent du domaine colonial mondial et 70 % des habitants de la planète au début du XX me siècle, pillant au passage, le Portugal et l’Espagne l’or d’Amérique du sud, l’Angleterre les richesses de l’Inde, la France le continent africain.
III- L’effet Boomerang : « L’invasion barbare »
Par un rebond de l’histoire, dont elle connaît seule le secret, l’effet boomerang interviendra au XXe siècle. L’Europe, particulièrement la France, pâtira de sa frénésie belliciste, avec l’enrôlement de près de 1.2, millions des soldats de l’outre-mer pour sa défense lors des deux guerres mondiales (1914-1918/1939-1945) et la reconstruction du pays sinistré. Au point que par transposition du schéma colonial à la métropole, les Français, par définition les véritables indigènes de France, désigneront de ce terme les nouveaux migrants, qui sont en fait des exogènes; indice indiscutable d’une grave confusion mentale accentué par les conséquences économiques que cette mutation impliquait.
L’indépendance des pays d’Afrique neutralisera le rôle du continent noir dans sa fonction de volant régulateur du chômage français. L’arabophobie se substitue alors à la judéophobie dans le débat public français avec la guerre d’Algérie (1954) et la Guerre de Suez (1956), avant de muter en Islamophobie avec la relégation économique de la France à l’échelle des grandes puissances. La xénophobie française se manifestera alors d’une manière inversement proportionnelle à la gratitude de la France à l’égard des Arabes et des Musulmans, dans le droit fil de son comportement post guerre mondiale à Sétif, en Algérie, en 1945, et à Thiaroye, en 1946, au Sénégal.
Cinq siècles de colonisation intensive à travers le monde n’auront ainsi pas banalisé la présence des « basanés » dans le regard européen, ni sur le sol européen, pas plus que dans l’imaginaire occidental, de même que treize siècles de présence continue matérialisée par cinq vagues d’émigration n’ont conféré à l’Islam le statut de religion autochtone en Europe, où le débat, depuis un demi-siècle, porte sur la compatibilité de l’Islam et de la République, comme pour conjurer l’idée d’une agrégation inéluctable aux peuples d’Europe de ce groupement ethnico-identitaire, le premier d’une telle importance sédimenté hors de la sphère européo-centriste et judéo-chrétienne.
Les interrogations sont réelles et fondées, mais par leur déclinaison répétitive (problème de la compatibilité de l’Islam et de la Modernité, compatibilité de l’Islam et de la Laïcité, identité et serment d’allégeance au drapeau), les variations sur ce thème paraissent surtout renvoyer au vieux débat colonial sur l’assimilation des indigènes, comme pour démontrer le caractère inassimilable de l’Islam dans l’imaginaire européen, comme pour masquer les antiques phobies chauvines, malgré les copulations ancillaires de l’outre-mer colonial, malgré le brassage survenu en Afrique du Nord et sur le continent noir, malgré le mixage démographique survenu notamment au sein des anciennes puissances coloniales (Royaume-Uni, France, Espagne, Portugal et Pays Bas) du fait des vagues successives des réfugiés du XX me siècle d’Afrique, d’Asie, d’Indochine, du Moyen-Orient et d’ailleurs ; malgré les vacances paradisiaques des dirigeants français à l’ombre des tropiques dictatoriaux; comme pour dénier la contribution des Arabes à la Libération de la France; le rôle de la Libye et de l’Irak de soupape de sûreté à l’expansion du complexe militaro industriel français avec leurs « contrats du siècle », en compensation du renchérissement du pétrole consécutif à la guerre d’octobre (1973).Le rôle supplétif des djihadistes islamistes sous tutelle occidentale en tant que fer de lance du combat dans l’implosion de l’Union soviétique, dans la décennie 1980, en Afghanistan, puis dans l’implosion de la Yougoslavie (Bosnie et Kosovo), dans la décennie 1990, enfin contre la Syrie, dans la décennie 2010.
Au-delà de l a polémique sur la question de savoir si « l’Islam est soluble dans la République ou à l’inverse si la République est soluble dans l’Islam », la réalité s’est elle-même chargée de répondre au principal défi interculturel de la société européenne au XXI me siècle. Soluble ou pas, hors de toute supputation, l’Islam est désormais bien présent en Europe d’une manière durable et substantielle, de même que sa démographie relève d’une composition interraciale, européenne certes, mais aussi dans une moindre proportion, arabo-berbère, négro-africaine, turque et indo-pakistanaise.
Premier pays européen par l’importance de sa communauté musulmane, la France est aussi, proportionnellement à sa superficie et à sa population, le plus important foyer musulman du monde occidental. Avec près de cinq millions de musulmans, dont deux millions de nationalité française, elle compte davantage de musulmans que pas moins de huit pays membres de la Ligue arabe (Liban, Koweït, Qatar, Bahreïn, Émirats Arabes Unis, Palestine, Îles Comores et Djibouti). Elle pourrait, à ce titre, justifier d’une adhésion à l’Organisation de la Conférence Islamique (OCI), le forum politique panislamique regroupant cinquante-deux États de divers continents ou à tout le moins disposer d’un siège d’observateur.
Socle principal de la population immigrée malgré son hétérogénéité linguistique et ethnique, avec près de 20 millions de personnes, dont cinq millions en France, la communauté arabo-musulmane d’Europe occidentale apparaît en raison de son bouillonnement -boutade qui masque néanmoins une réalité- comme le 29 me État de l’Union européenne. En s’y greffant, l’admission de la Turquie, de l’Albanie et du Kosovo au sein de l’Union européenne porterait le nombre des musulmans à près de 100 millions de personnes, représentant 5 % de la population de l’ensemble européen, une évolution qui fait redouter à la droite radicale européenne la perte de l’homogénéité démographique de l’Europe, la blancheur immaculée de sa population et aux « racines chrétiennes de l’Europe ». Au point que l’ex UMP, le parti sarkoziste en France, a institué une clause de sauvegarde, soumettant à référendum l’adhésion de tout nouveau pays dont la population excède cinq pour cent de l’ensemble démographique européen.
Pour un observateur non averti, le décompte est impressionnant : l’agglomération parisienne concentre à elle seule le tiers de la population immigrée de France, 37 % exactement, tous horizons confondus (Africains, Maghrébins, Asiatiques, et Antillais), alors que 2,6 % de la population d’Europe occidentale est d’origine musulmane, concentrée principalement dans les agglomérations urbaines. Son importance numérique et son implantation européenne au sein des principaux pays industriels lui confèrent une valeur stratégique faisant de la communauté arabo-musulmane d’Europe le champ privilégié de la lutte d’influence que se livrent les divers courants du monde islamique et partant le baromètre des convulsions politiques du monde musulman.
Fait désormais irréversible, l’ancrage durable des populations musulmanes en Europe, la généralisation de leur scolarisation, l’affirmation multiforme de leur prise de conscience ainsi que l’irruption sur la scène européenne des grandes querelles du monde islamique, le bouleversement du paysage social et culturel européen qu’elles auront impliquées au dernier quart du XX me siècle ont impulsé un début de réflexion en profondeur quant à la gestion à long terme de l’Islam domestique.
Toutefois, sous l’effet de la précarité économique et de la montée des conservatismes, l’Europe, sous couvert de lutte contre le terrorisme, en particulier la France, a pratiqué depuis un quart de siècle une politique de crispation sécuritaire illustrée par la succession de lois sur l’immigration (lois Debré-Pasqua-Chevènement-Sarkozy-Hortefeux), apparaissant comme l’un des pays européens les plus en pointe dans le combat anti-migratoire, alors même que sa population immigrée a baissé de 9 % en une décennie (1990-1999).
L’euphorie qui s’est emparée de la France à la suite de la victoire de son équipe multiraciale à la coupe du monde de Football, en Juillet 1998, n’a pas pour autant résolu les lancinants problèmes de la population immigrée, notamment l’ostracisme de fait dont elle est frappée dans sa vie quotidienne, sa sous-employabilité et la discrimination insidieuse dont elle fait l’objet dans les lieux publics. Avec les conséquences que comportent une telle marginalisation sociale, l’exclusion économique et, par la déviance qu’elle entraîne, la réclusion carcérale.
Les attentats anti-américains du 11 septembre 2001 ont relancé la xénophobie latente au point que se perçoit lors des grands pics de l’actualité, tel le carnage de Charlie Hebdo en janvier 2015, une véritable ambiance d’arabophobie et d’islamophobie.
Trente ans après la révolution opérée dans le domaine de la communication, quinze ans après la communion interraciale du Coupe du monde 1998, les Arabes et les Africains demeurent en France des « indigènes », sous-représentés dans la production de l’information, d’une manière générale dans l’industrie du divertissement et de la culture, et d’une manière plus particulière dans les cercles de décision politique pour l’évidente raison qu’ils sont difficilement perçus comme des producteurs de pensées et de programmes, alors que leur performance intellectuelle ne souffre pas la moindre contestation.
Au seuil du III me millénaire, la France souffre d’évidence d’un blocage culturel et psychologique marqué par l’absence de fluidité sociale. Reflet d’une grave crise d’identité, ce blocage est, paradoxalement, en contradiction avec la configuration pluriethnique de la population française, en contradiction avec l’apport culturel de l’immigration, en contradiction avec les besoins démographiques de la France, en contradiction enfin avec l’ambition de la France de faire de la Francophonie, l’élément fédérateur d’une constellation pluriculturelle ayant vocation à faire contrepoids à l’hégémonie planétaire anglo-saxonne, le gage de son influence future dans le monde.
Au seuil du XXI me siècle, la France offre ainsi le spectacle d’un état aux pouvoirs érodés tant par la construction européenne que par la mondialisation, une société marquée par la désagrégation des liens collectifs, de partis politiques coupés des couches populaires, d’une gauche socialiste à la remorque des thèmes de mode, d’une droite à la dérive reniant ses idéaux, les deux dévastés par les affaires de corruption avec un noyau dur de l’extrême droite représentant 1/5 du corps électoral, une nation minée par la montée des corporatismes et du communautarisme ainsi que par l’exacerbation, sur fond des guerres de prédation des économies de la rive sud de la Méditerranée (Libye, Syrie), se superposant au conflit israélo-palestinien et à l’antagonisme judéo arabe sur le territoire national. Une France plongée dans la pénombre, en pertes de repères, en quête de sens, victime des remugles de sa mémoire. Le contentieux non apuré en France à propos de Vichy et de l’Algérie continue de hanter la conscience française, de même que son passif post colonial.
Quatre ans après la chute de Kadhafi, la Libye apparaît comme une zone de non-droit, déversant vers l’Europe un flux migratoire constant, lointaine réplique d’une colonisation intensive de l’Occident de l’ensemble de la planète provoquant un bouleversement radicale de la démographie et de l’écologie politique et économique de quatre continents (Afrique, Amérique, Asie, Océanie), sans la moindre considération pour le mode de vie indigène, sans la moindre préoccupation pour un développement durable de l’univers. Sans le moindre motif que la cupidité.
Les cargaisons migratoires basanées projetées navalement par la Libye vers la rive occidentale de la Méditerranée, au-delà du risque qu’elles font planer selon les puristes européens sur la blancheur immaculée de la population européenne, résonne dans la mémoire des peuples suppliciés comme la marque des stigmates antérieures que l’Europe a infligées des siècles durant aux «damnés de la terre» et qu’elle renvoie désormais à sa propre image. Une image de damnation.
« La France n’aime pas qu’on lui présente la facture de son histoire. Elle préfère se présenter comme l’oie blanche innocente qu’elle n’a jamais été. Ce n’est pas ainsi que perdure une grande nation, mais en respectant ses valeurs. Le dire, c’est servir son pays. Le nier c’est l’offenser », Noël Mamère dixit.
L’histoire est impitoyable avec les perdants. Elle est tout aussi impitoyable avec ceux qui l’insultent.
Notes
1. René Naba est l’auteur de l’ouvrage «Du Bougnoule au sauvageon, voyage dans l’imaginaire français», (Harmattan 2002) dont est extrait ce chapitre, cf à ce propos «Sur le flux migratoire mondial au XX me siècle –
2. Alex Haley : De son vrai nom Alexander Murray Palmer Haley, né le 11 août 1921 à Ithaca, mort le 10 février 1992 à Seattle. Écrivain noir américain, il est connu notamment grâce à sa collaboration à l’autobiographie de Malcolm X et surtout Roots, le livre qui changea la compréhension du problème noir aux États-Unis).
Beihdja Rahal / La joie des âmes...
Par
Meskellil
Le 02/08/2026
« La joie des âmes dans la splendeur des paradis andalous »
Le cœur, l’âme et l’esprit baignant dans l’univers de la poésie et de la philosophie de la musique arabo-andalouse (les émotions et sensations vécues hier lors d’un concert de musique arabo-andalouse), je vous propose deux morceaux interprétés avec beaucoup de talent, de douceur et de sensibilité par Beihdja Rahel, sublime élévation ! Le premier « Sayidi ef3al ma yassourek » et le second plus connu « Selli houmoumek » si le cœur vous en dit. Bonne écoute.
«Au départ c'était un pur hasard. C'est devenu une passion au fil des années et maintenant je peux parler de devoir. Devoir de transmettre ce que j'ai eu la chance de recevoir de mes maîtres et de mes aînés»
«… Il y a le plaisir d'interpréter la belle musique andalouse, d'être emportée par la grandeur de la poésie, mais aussi l'engagement de transmettre tout cet art aux générations futures et au grand public.»
«Je suis interprète d'un patrimoine ancestral que je défends et qui me passionne et que je continue à transmettre, il n'y a pas de place à la création ou à la composition. C'est un travail prenant et difficile qui me plaît, pourquoi changer ?»
«Si un jour je dis que je suis arrivée, il vaut mieux que j'arrête. Ça veut dire que je n'ai plus rien à prouver, plus rien à donner. Si le plaisir d'apprendre, de découvrir n'existe plus, il vaut mieux se retirer»
* « La joie des âmes dans la splendeur des paradis andalous »*, ouvrage de Beihdja Rahal pour la partie musicale, et de Saâdane Benbabaâli pour la partie littéraire « Nous voulons que le public comprenne et pas seulement qu'il écoute. Après la musique, nous voulons qu'il découvre la poésie chantée, son origine, les auteurs qui l'ont conçue, qui n'étaient pas seulement poètes mais aussi philosophes, leur faire découvrir un autre univers de beauté.» Beihdja Rahel.
« Sayidi ef3al ma yassourek »
Par
algermiliana
Le 02/08/2026
Trois mondes, Deux points de vue, Trois espaces en convergence vers Un Espace Commun
Un petit bijou que ce sketch, comme on n’en fait plus, et qui ne manquera pas, si regardé jusqu’au bout, de rappeler à quelques-uns ces moments doux vécus dans ces grandes maisons habitées par plusieurs familles, qui n’en formaient plus qu’une finalement, et qui partageaient El Mlih wa Douni.
Monde des hommes, monde des femmes, mondes des enfants. Irréductibles les uns aux autres, peu perméables, ce qui occasionne incompréhensions, malentendus et frustrations de part et d’autre, alors que chaque partie est de bonne foi. Les acteurs et actrices de chaque monde jouant au mieux les rôles qui leur sont attribués. Très complexes et parfois très compliqués.
Pourtant, tout peut être bousculé lorsque la rupture occasionnée par un réveil tardif, survient et sème le « désordre ». Elle finit à la fin, par amener ces acteurs et actrices à voir, à percevoir, à comprendre avec plus de clarté le monde dans lequel évolue l’autre homme, femme, enfant, débarrassés qu’ils sont de leurs costumes de scène.
La rupture comme perte momentanée de repères établis, comme déclencheur d’une communication naturelle, sincère, attentive, attentionnée, compréhensive débarrassée des représentations, des caricatures, et des méfiances. Un espace alternatif où hommes, femmes, et enfants se retrouvent enfin pour contribuer à cette entreprise commune qui séduit tout le monde, partir en vacances.
Par
algermiliana
Le 02/08/2026
Mazar, chanson traditionnelle Afghane interprétée par le groupe iranien Nyaz. Juste pour se laisser transporter par l’enchantement, le bienfait, et le sentiment de paix que procurent la voix d’Ali Azam iranienne, la musique aux sonorités indiennes, et la magnifique vidéo qui les accompagne dans cette élévation.
Mathieu Côte/Qu'est ce qu'ils sont cons
Par
Meskellil
Le 31/07/2026
Mathieu Côte "Qu'est ce qu'ils sont cons"
En prolongement au thème abordé par Eva Joly dans son livre « La force qui nous manque » (voir extraits de son livre dans le post précédent), Mathieu Côte, auteur, compositeur, interprète, trop tôt fauché par la mort « chante » le monde dans lequel nous vivons (de plus en plus rare de nos jours). Pendant ce temps… les entreprises du CAC 40 continuent de faucher jusqu’à l’indécence, l’écœurement, la nausée, la saturation espoirs, vies et avenirs de millions, de milliards d’humains, et de détruire environnement et biodiversité…
Quelques extraits de ce qu’un internaute a écrit sur Mathieu Côte alors qu’il était encore bien vivant :
« Avec son nom rigolo qui pousse au mauvais calembour, genre « il a la côte, Matthieu », son prénom de trentenaire à la mode gentiment décoiffé, ses petites lunettes d’intello et son apparence globalement de bon élève - sans aller jusqu’au cliché du premier de la classe, en voilà un qui d’emblée brouille les pistes, avance masqué sous ses airs de pas y toucher et vous assène un direct au foie dès le premier couplet. En enchaînant avec une série de jolis crochets gauche droite en pleine poire, cet M là, qui n’est officiellement pas un « fils de », confirme sans complexe un punch de poids lourd de la chanson. Et on voit tout de suite que ça l’amuse, par-dessus le marché, non mais pour qui se prend t-il, je vous le demande.
En tous cas, le ton est donné une bonne fois pour toutes, ce qui peut toujours faire gagner du temps. En effet, la dérision et la causticité du propos ne faiblissent pas un instant au fil des titres. Bien sûr on voit tout de suite planer pas loin les fantômes de ceux qui se sont penchés sur le berceau : ce fils par contre caché de Brel est aussi un neveu des tontons flingueurs - avec ou sans silencieux - et un petit cousin splendide du Père Noël, celui là même qu’est une ordure. Et le Tonton Georges a bien dû jouer les nounous quelques temps...
Assez loin des chanteurs qui excitent des armées de lolitas sucrées et pré pubères, hystériques à la vue de leur star préférée, ces idoles du disque aux chansons roses racontant des « tranches de vie » témoignant d’un vécu qui se limiterait à la lecture des magazines people et des catalogues de mobilier suédois, Matthieu Côte, lui, semble à l’aise, comme un « poison » dans l’eau souvent tiédasse de la new nouvelle nouvelle chanson. Avec une vraie insolence, un charme fou, un professionnalisme évident, une énergie chaleureuse. Avec ce mélange plutôt savoureux d’expressions presque surannées et d’images résolument contemporaines [...] Toutes les nuances et la richesse de la langue, celle des Ferré et des Leprest, celle qui nous rappelle que la vraie poésie [...], sans pour autant jouer les gros bras, mais en taillant de beaux costards sur mesure à certains justement gros bras, genre macho de base et autres adeptes de l’ordre, de l’uniforme et du galon.
Son tour de chant est une performance, par la qualité de l’écriture et du regard porté sur le monde, par la précision d’exécution et la maîtrise vocale. Une performance physique également, car le garçon interprète ses textes à fond et on comprend qu’il finisse en sueur. Tout ça sans la moindre tentative de basse séduction. Ce type est un roc. Un sérieux contrepoids et contre-pied donc, à la molle tendance genre « je fais des chansons parce que heu, je sais pas mais c’est festif tu vois ».
Les matheux, les statisticiens, les shamans et les astrologues sont, pour une fois, tous d’accord : les probabilités de voir arriver Côte à des sommets dans peu de temps sont très très élevées. Même dans un pays où les anciens beaufs et les nouveaux cons ont réalisé l’union sacrée pour nous pourrir la vie. Ainsi, on ne peut souhaiter à cet électron fou que de rester libre encore longtemps et de garder cette aisance de ton et de geste qui fouette le sang et rafraîchit comme une bonne « gazouza » (adaptation) glacée un de ces jours de canicule hélas si péniblement fatale à nos Anciens.
Par
Meskellil
Le 31/07/2026
Eva Joly magistrate franco-norvégienne, femme politique française, députée européenne a instruit des dossiers politico-financiers dont l'Affaire Elf.
Extraits de son livre:
« La force qui nous manque »
Source "Regard sur l'Afrique" 31/12/2014 (Les intertitres sont de la rédaction)
Wal hdith qyass...
Par
Meskellil
Le 31/07/2026
Un tout petit PPS pour sourire ou rire...
...Sympa la copine...!!
Quand on aime, on ne compte pas!!
Anouar Brahem /The Astounding Eyes Of Rita
Par
Meskellil
Le 31/07/2026
"Il faut dire qu'en authentique " maître enchanteur " de l'oud, ce luth traditionnel oriental millénaire qui trimballe dans sa calebasse tout l'héritage musical du monde arabe et islamique, Anouar Brahem est un phénomène, un véritable concentré de paradoxes féconds; un classique suprêmement subversif ; un solitaire résolument ouvert sur le monde ; un "passeur de cultures " d'autant plus enclin à s'aventurer aux limites les plus extrêmes de lui-même, qu'il entend bien ne jamais céder d'un pouce sur des exigences esthétiques forgées au fil du temps sur un profond respect de la tradition.
Et c'est sans doute parce qu'il a su reconnaître d'emblée cette complexité qui le fonde comme une force, parce qu'il a toujours cherché à faire de ce fourmillement d'influences et de passions disparates la matière même de son travail et de sa création, qu'Anouar Brahem s'affirme aujourd'hui comme l'un des rares compositeurs et improvisateurs capables d'inventer une musique à la fois totalement ancrée dans une culture ancestrale hautement sophistiquée et éminemment contemporaine dans son ambition universaliste.
Qu'il fasse ainsi résonner la poésie envoûtante de son oud dans les contextes les plus variés, du jazz dans tous ses états, aux différentes traditions musicales orientales et méditerranéennes (de sa Tunisie natale aux horizons lointains de l'Inde ou de l'Iran), sa musique tendre et rigoureuse ne cesse de redéfinir un univers poétique et culturel savamment composite, oscillant sans cesse entre pudeur et sensualité, nostalgie et recueillement." S.Ollivier
Chasse à l’outarde et à la gazelle : L’Algérie saignée à blanc
Par
Meskellil
Le 31/07/2026
Chasse à l’outarde et à la gazelle : L’Algérie saignée à blanc
Par A. N. Messaoud (16-07-2015)
À la limite entre les Hauts-Plateaux du Sud-oranais et du Sahara, le massacre des animaux sauvages protégés continue à faire reculer la biodiversité tant chantée sur tous les toits des instituts de recherche et des administrations. Les deux principales espèces visées sont l'outarde et la gazelle. Les princes orientaux (Saoudiens, Qataris, Koweïtiens, Émiratis), qui organisent des «safaris» sous ces latitudes, sont souvent accompagnés et protégés par les services de sécurité algériens. Sur le plan légal, on ne sait s'il faut parler de braconnage au sens que lui donne la loi sur la chasse, ou de «récréation» légalisée par le droit régalien.
En tout état de cause, ces visites quasi régulières, qui mobilisent toute une logistique dans les espaces désertiques de Naâma, El Bayadh, Bougtob, Brizina, Ouled Sidi Cheikh,…etc., sont à l’origine de la régression du patrimoine animalier, qui plus est, figure sur la liste des espèces protégées. La campagne, si on se permet de lui donner ce nom, commence dès le recul des grandes chaleurs, en octobre. Les chefs, généralement d’ascendance princière, emmènent avec eux des serviteurs et des factotums asiatiques, comme en connaissent bien les pays d’origine de ces chasseurs. Les serviteurs viennent du Pakistan, du Bangladesh, des Philippines, du Soudan,…etc.
Grave atteinte au patrimoine faunistique
Au cours de ces dernières années, l’on a pu nous donner cette «consolation» consistant pour certains princes à aider les Algériens à reproduire partiellement l’espèce d’Oubara (outarde) par couvaison d’œufs reproducteurs et élevage d’oisillons. Pour la gazelle, rien n’a été fait pour remédier à sa régression sur ses aires naturelles. Parfois, les «braconniers» recourent aussi à d’autres formes de «marchés», comme le don fait par l’émir du Qatar, Khalifa Ben Hamad Al Thani en 2013 à la wilaya d’El Bayadh consistant en la construction d’un hôpital pour cancéreux de 30 lits.
Outre ces «campagnes» connues et programmées dans le temps, d’autres formes de braconnages se produisent quasi régulièrement et visant souvent la gazelle dite Legmi. Ainsi, des Koweïtiens et Saoudiens, en plus des Algériens, ont été déjà surpris par la gendarmerie en train de chasser cet animal protégé par la loi.
L’on sait que certains parmi ces encombrants visiteurs orientaux, se sont, au cours des dernières années, prévalus de certains appuis dans les sphères de décision algériennes pour justifier une grave atteinte au patrimoine faunistique du pays qui est, d’ailleurs, en train de connaître une forte régression. Les braconniers jettent généralement leur dévolu sur l’outarde dont le foie, assurent-ils, serait un bon aphrodisiaque pour des corps prématurément blasés ou pour des âmes fortement désappointées. Il aurait apparemment des effets plus efficaces et beaucoup moins nuisibles que le Viagra.
Début de prise de conscience
Les gestionnaires des espaces naturels algériens, conscients du danger qui pèse sur la richesse naturelle animale, ont été à l’origine de la législation dont l’aspect coercitif est censé servir de moyen de dissuasion pour tous ceux qui seraient tentés d’altérer ou de porter atteinte à la richesse faunistique et floristique du pays. L’ordonnance du 15 juillet 2006 portant sur la protection des espèces animales menacées de disparition est claire à ce sujet. Elle punit d’amendes, et parfois de prison, les délinquants qui se seraient livrés à la chasse d’animaux sauvages protégés par la loi. Cette dernière s’applique également aux éventuels complices locaux qui auraient «permis, facilité, aidé ou contribué, par quelque moyen que ce soit, à la chasse ou à la capture, à la détention, le transport ou la commercialisation d’animaux ou parties d’animaux mentionnés sur la liste à l’article 3 de la présente ordonnance» . L’article 3 donne une liste de 23 espèces protégées menacées de disparition, allant du varan du désert jusqu’au guépard et aux cinq variétés de gazelles, en passant par les deux variétés d’outarde, le fennec, l’addax,…etc.
Dans ce domaine précis, comme dans d’autres secteurs similaires où les équilibres environnementaux du pays sont en jeu, les scientifiques algériens et la société civile commencent à prendre conscience du danger qui guette l’avenir des milieux naturels, les ressources touristiques et esthétiques du territoire ainsi que les richesses du patrimoine culturel. Des pièces de musées algériens n’ont-elles pas franchi les frontières pour atterrir en Tunisie ou en France? Des tortues de l’Atlas n’ont-elles pas été écoulées sur les marchés informels d’Europe?
Entre les textes et leur application: il y a loin de la coupe aux lèvres
«Le 21e siècle sera écologique ou ne sera pas». Cette sentence d’un spécialiste aura-t-elle une oreille attentive sous nos latitudes, à Brizina, Ouled Sidi Cheikh, Naâma et partout ailleurs où la vie, enserrée dans le désert et menacée par l’action anthropique, sollicite protection, assistance et soutien? Et pourtant, l’Algérie s’est dotée des meilleures lois qui soient en matière de protection de l’environnement. Mieux, elle a adhéré à tous les protocoles et conventions internationales se rapportant à la protection et à la promotion de l’environnement sous toutes ses déclinaisons (zones humides, zones de montagne, parcs naturels, plantes et animaux menacés de disparition,…). Néanmoins, entre les lois et leur application, il y a comme un hiatus formé par des intérêts personnels ou de groupes qui ne sauraient être neutralisés par l’état actuel d’une administration prise dans la tourmente de l’instabilité de ses structures, de la médiocrité de la formation de ses agents et de la perméabilité de son corps aux différentes luttes d’intérêts.
Ghardaïa et l'épuisement de l'Etat National Algérien
Par
Meskellil
Le 31/07/2026
Une analyse d'un grand intérêt, un scénario pertinent pas si improbable que cela... En effet, on a vu sa réalité prendre forme ailleurs et procéder à un véritable démantèlement. Ces nations, que nous connaissons tous ont été disloquées, dissoutes. Est-ce que c'est ce qui nous pend au nez? Les prédateurs sont à nos portes, à l'affût et les ingrédients sont déjà là depuis longtemps...
Par
Meskellil
Le 31/07/2026
"Bratsch (bratsch roumain est un violon alto) est tout d'abord une rencontre entre des musiciens français, d'origines multiples et venant de diverses expériences jazz ou traditionnelles, et de la musique tsigane d'Europe de l'Est, spécialement de Roumanie, de Bulgarie, de Grèce, d'Arménie... et du Jazz Manouche inventé par Django Reinhardt."
"En pratiquant depuis sa naissance le " jouer tsigane ", Bratsch le ramène à sa fonction première de plaisir (ivresse de jouer, joie d’ouïr), loin des compilateurs sectaires, loin des reproducteurs stériles. Mais l’éclectisme du répertoire n’exclut pas la fidélité, et la fidélité fait bon ménage avec la fantaisie, de même que la graine du bouleau, portée par le vent, ira planter un autre arbre identique au premier et qui pourtant vivra, dans une farouche indépendance, sa vie d’arbre."
"Ainsi, leurs chants, leurs danses courent, chevaux sauvages, au grand galop, qu’ils excitent de leurs cris, de leurs " opa ", " opcha ""
Par
Meskellil
Le 31/07/2026
En attendant El medfa3 ki yedrab…
Ce coup de canon tiré à blanc qui annonçait la rupture du jeûne, expression qui est restée jusqu’à relativement récemment alors qu' El medfa3 ne tonnait plus depuis bien longtemps.
Ramadhan Karim, un sketch tendre, drôle et nostalgique pour retrouver toute la saveur des ramadhans d’antan. Quelques moments de pur plaisir dans lesquels chacun, chacune pourrait se retrouver soit directement soit dans ses souvenirs d’antan avec ses parents, et grands-parents.
Saha Ftourkom !
De Mashreq à Maghreb/Titi Robin & Mehdi Nassouli
Par
Meskellil
Le 31/07/2026
De Mashreq à Maghreb/Titi Robin & Mehdi Nassouli
Thierry Robin
« Mon univers esthétique est l'héritier pleinement moderne et contemporain d'une civilisation qui, elle, est ancienne, méditerranéenne, qui a réunit de nombreux styles artistiques tout au long de ses rives, depuis le sud des Balkans jusqu'à l'Afrique du Nord, des rives sud de l'Europe jusqu'au Machreq. Il a été fondateur à une autre époque pour de nombreux artistes mais aussi scientifiques, médecins, philosophes, artisans ou poètes.
De plus, la culture méditerranéenne a longtemps été irriguée par un fleuve culturel et philosophique venu du Nord de l'Inde, à travers l'Asie Centrale. C'est également le même chemin qu'ont parcouru les Gitans. Voilà pourquoi j'entends parfois dans le chant d'un Kalo du quartier San Jaume de Perpignan la même métaphore poétique que me soufflait quelques jours plus tôt un Langa du Rajasthan ou un qawal de Lahore. Tous ces styles se font écho, s'opposant ou s'attirant, mais se rejoignant sans cesse. Ils sont toujours vivants et transparaissent sous mille formes complémentaires.
Créateur contemporain, je ne fais donc aujourd'hui aucunement de la "fusion" mais, armé de ce langage qui m'est propre, de ce vocabulaire et de ces compositions qui racontent mon parcours et mon identité, je revendique au contraire une filiation avec les éléments de cette mosaïque à la fois diversifiée et homogène qui préexistait largement à ma démarche. » Titi robin
Mâalem Mehdi Nassouli
Baignant dans la culture Gnawa depuis sa plus tendre enfance, Mehdi Nassoula entamera un voyage initiatique auprès des Mââlems gnawas qui lui permettra de découvrir une variété musicale riche et variée, et d’acquérir une solide connaissance de la tradition musicale gnaouie. Il s’ouvrira à d’autres influences à l’extérieur des frontières marocaines, et influencera avec bonheur et beaucoup de talent de grands musiciens.
« ...Voila qu’un étranger arrive, sans faire de bruit, / sans laisser de traces derrière lui… » Bonne écoute.
Par
Meskellil
Le 31/07/2026
Pas besoin de traduction. Toute la douceur du monde est contenue dans ce simple mot
« yema »
Clip avec la doyenne de la chanson Kabyle Lla Yamina Allah yarhamha
Caravanserai/Loreena Mc Kennitt
Par
Meskellil
Le 31/07/2026
Loreena Mc Kennitt est auteur, compositeur, interprète, harpiste, accordéoniste et pianiste.
Caravansérail est le titre de ce morceau extrait de l’album « Nights from the Alhambra » concert donné à Grenade (morceau que j’ai toujours plaisir à écouter et que j’aime faire écouter). Loreena est partie sur la trace de ses ancêtres irlandais et écossais. La quête mythique, mystique qu’elle entreprend et qui imprègnera sa musique la mènera par les routes, monts, vallées et sentiers à la rencontre d’autres cultures, d’autres civilisations… Ses compositions où se mêlent les influences Celtes et celles d’Orient sont d’une grande richesse sonore, d’une grande force. Loreena McKennitt met merveilleusement bien en scène ce monde du voyage (cadre, musiciens, textes, instruments…) pour nous introduire, avec beaucoup d’émotion et de sensibilité dans la magie des rêves, dans leur univers envoutant, magie et rêves qu’elle a elle-même découverts pendant ses voyages.
«... Toujours consciente que nous devons assumer le poids du passé et être à l’écoute des leçons que nous enseignent ces voix disparues, je maintiens encore l’intime conviction que nous sommes le point culminant de toute l’histoire qui nous précède et que ce qui nous unit les uns aux autres doit nécessairement être plus important que ce qui nous sépare. Aussi, j’entretiens encore l’espoir qu’en aspirant à créer un climat qui encourage l’harmonie et la diversité intégrée, l’ensemble de nos croyances sauront nous guider vers un avenir garant de notre pérennité en respect de la force de la vie qui nous anime.» Loreena Mc Kennitt
Par
Meskellil
Le 31/07/2026
Un après-midi presque banal…
Fenêtre sur cour, clin d’œil au maître du suspens… Moments malicieusement joyeux, désarmants, parfois insolites, un peu déconcertants, déroutants même... Surprendre l’intimité de quelqu’un…L’abandon de soi… Penser que l’on est seul, à l’abri des regards... Déposer ces valises pesantes, charriées tous les jours, bourrées de conventions, de codes, de rôles parfaitement huilés que l’on joue à l’infini... Se défaire enfin de ses oripeaux mondains étriqués pour être, soulagement suprême, soi, entre soi, chez soi. L’image s’impose, le flash accroche… Effraction… Instants de vie surpris, instants de vie saisis. Conscients ou inconscients… Des murs indiscrets, des fenêtres curieuses … Regards croisés…
Assise à la lisière du balcon, un bouquin à la main, des nouvelles de Le Clézio, et la promesse d’instants agréables, « dépaysants », transcendants... Envie de douceur, de gaieté, d’harmonie… Beau soleil éclatant, porte-fenêtre largement ouverte sur la vie du quartier, sur les gens, le bruit estompé de voitures lointaines... Un après-midi calme, tranquille, reposant, ouvert, disponible et propice … Propice à quoi ? On verra bien… Je plonge dans ma lecture, et me laisse prendre… « Mondo aimait marcher ici, sur les brisants. Il sautait d’un bloc à l’autre, en regardant la mer. Il sentait le vent qui appuyait sur sa joue droite, qui tirait ses cheveux de côté. Le soleil était très chaud, malgré le vent. Les vagues cognaient sur la base des blocs de ciment en faisant jaillir les embruns dans la lumière [….] Alors, il lui parlait de voyages, de bateaux et de mer, bien sûr, et puis de ces grands cétacés qui dérivent lentement d’un pôle à l’autre [….] Mondo restait longtemps assis sur son brise-lames, à regarder les étincelles sur la mer et à écouter le bruit des vagues… ». De jolis airs familiers montent de la rue, me distraient dans ma lecture. Assez inhabituel ! Patrimoine musical ancien. Du vieux Paris ! Le Paris d’antan ! Intriguée, je me lève, jette un œil… Spectacle inattendu, fascinant ! Un joueur d’orgue de Barbarie tournant la manivelle de son instrument ! Un troubadour des temps modernes comme il n’en existe plus vraiment! Echoué dans cette rue calme et sans relief particulier ! Loin des endroits prisés, des lieux branchés, de certains jardins parisiens tenant le haut du pavé, ou places touristiques pittoresques… ? Envie d’offrir son répertoire au menu peuple ? Enfilant rues, ruelles, et venelles à sa recherche... ?
Appel d’une mémoire lointaine de chants et de musiques populaires. Expressions du peuple, recueillies à coup de décret, des campagnes, bourgs et faubourgs. Transformées en objet d’étude scientifique. Sauvées de fait de l’oubli, mais devenues aussi le privilège des gens cultivés… Ritournelle lancinante… S’en réjouir ? Le déplorer ? Difficile de trancher ! Ravie tout de même par ce spectacle complètement improbable ! Une joie indisciplinée me saisit ! Des images souvenirs de romans lus ou de films vus dans un autre temps, dans un autre espace surgissent par vagues successives, envahissent mon esprit, le submergent ... je me vois… Oui, c’était là-bas… dans ce lieu tant aimé… Captive de ses rets… En proie à une douce langueur… Illusoire, irréel, mon rêve … Sensation tendre, paisible, agréable que je souhaiterais éternelle… Tout me projette là… What a wonderful life, tout l’univers de Capra… Sublime !
Des éclats de voix percent le nuage moelleux dans lequel je flotte... Bravo ! Bravo ! Merci ! Merci ! Les habitants de la rue sont à leurs fenêtres et balcons… Des nombreux étages tombent des pièces, roulent par terre, s’éparpillent… Emotions intenses… Je jette quelques pièces aussi… La musique populaire continue à emplir l’espace, les cœurs et les imaginaires... Notre joueur d’orgue aura beaucoup de mal à retrouver toutes les pièces… Instant magique, instant unique que ce voyage dans le temps… On ne perd jamais complètement une personne, un lieu… qui ont compté dans sa vie… Voilà le joueur d’orgue, notre fantastique Myazaki parisien qui part offrir à nouveau du rêve, quelques parcelles de bonheur nostalgique aux habitants d’autres rues, d’autres quartiers…
Je me rassois et reprends mon bouquin, l’esprit toujours enclavé dans cette parenthèse inattendue. Je lis et relis le même paragraphe sans en comprendre un traitre mot ! Soit ! Pas de contrariété ! Suivons le flux… Je lève les yeux qui butent sur l’immeuble de la rue qui longe le flanc de mon immeuble. Il m’évoque une maquette sans façade avec toutes ces fenêtres ouvertes. Curieuse impression. Je peux voir très distinctement les gens vivre dans leurs appartements à certains étages, surtout ceux qui se trouvent au même niveau que mon étage. Indifférents aux regards extérieurs, ou convaincus d’être complètement seuls. Une forme d’intrusion… Voilà un jeune homme cheveux ébouriffés, en short et tee shirt penché sur sa guitare, une bouille sympathique. Je n’entends pas ses notes, trop loin. Il parle à quelqu’un que je ne vois pas... Cette autre jeune femme debout à sa fenêtre balayant la rue et alentours du regard à la recherche de quelque curiosité ? Elle tourne le dos à la fenêtre, se sent à nouveau à l’abri chez elle, fait quelques pointes, elle danse, des pas légers, gracieux… Cette autre regarde sûrement la télé ! Affalée sur son canapé…Les programmes du weekend sont mortels ! Cet autre encore s’entraine aux haltères, juste devant sa fenêtre, torse nu, histoire de montrer ses muscles, sollicitant quant à lui des regards…Tiens ! Celui-là n’a pas encore déjeuné. Il prend son temps pour préparer la table. Il dispose plats, pain, verre, bouteille, s’attable, commence à manger… Avec appétit… Le guitariste où est-il ? Ah le revoilà avec une jeune femme. Ils discutent, rient, gesticulent…Vraiment très sympathiques ! Goulding et son Grand Hôtel un lieu clos à huis clos. Foisonnant de personnages hauts en couleurs. Exquis !
Je reviens vers le déjeuneur toujours attablé, prenant son temps…Tout-à-coup, il se lève précipitamment ! Mais que lui arrive-t-il donc ? ?! Un vrai vent de panique ! Il débarrasse en un éclair plats, pain, verre, bouteille ! Un rendez-vous dont il s’est souvenu subitement …?! C’est à n’y rien comprendre !! La table est vide ! Il disparait, puis revient accompagné de quelqu’un. Ils échangent des paroles… Les minutes passent…, ils sont toujours debout. Notre déjeuneur se tient bien droit, les bras croisés. Signe de fermeture selon les recruteurs. Malaise ! Qui dure ! Enfin, ils finissent par disparaitre tous deux, et ne revient que le déjeuneur ! Allure plus détendue ! Il ressort plats, pain, verre et bouteille, les remet sur la table, s’y installe à nouveau et reprend son déjeuner toujours avec autant d’appétit. C’était donc ça ! Un coup de sonnette, une visite impromptue, indésirable, le repas escamoté… Le Goût des autres, truculent mais succulent! Un film de la surface, de l’artifice des rapports humains.
Je décroche de la fenêtre comme de mon livre… Envie de bouger ! Aller au parc qui est juste derrière ? Un beau parc vallonné, non apprivoisé avec de magnifiques arbres. Un splendide magnolia y fleurit chaque année ! Plutôt au cinéma si j’arrive à trainer ma voisine ? Oui pourquoi pas ? Ma voisine est une Arménienne très casanière. Je n’ai pas envie d’y aller seule. Bon, je sonne chez elle. Elle m’ouvre grand sa porte, me propose d’entrer. Je la suis, lui fais part de mon plan. Comme je m’y attendais, elle commence à tergiverser, à trouver toutes les excuses possibles, finit par se dégonfler ! « Une grue serait impuissante à te bouger ! » lui dis-je un peu boudeuse !! J’insiste encore! Rien à faire ! Tout est problème : ses cheveux, sa tenue, ses chaussures… et même son sac ! Allez comprendre ! Elle me propose du café et des pâtisseries libanaises (sa famille avait fui les Turcs pour se réfugier au Liban, et à nouveau fui le Liban en guerre pour aller au Canada d’abord, tristesse sans fond pour elle), Je me laisse tenter, m’installe plus confortablement. Son balcon est orienté côté nord et donne sur une autre rue. Je lui raconte le joueur d’orgue. Elle est un peu déçue de l’avoir manqué, moi désolée de n’y avoir pas pensé… C’était tellement inattendu ! Les bavardages vont bon train, les rires aussi… Tout y passe… Y compris nous et nos travers… Ma voisine a beaucoup d’humour… et moi, j’aime rire… Clin d’œil, sans référence ! Sans rapport non plus… Oh, allez ! Un coup de cœur ! Spot sur John Cassavettes parlant du cinéma, le vrai, l’indépendant. C’est en v.o. ! Un vrai bijou ! Sincèrement désolée pour ceux qui ne comprennent pas l’anglais !
Constantine 2015, Capitale de la Culture Arabe
Par
Meskellil
Le 31/07/2026
Un article que j'ai trouvé très intéressant et très important à lire et à faire lire. Il parle de la manifestation qu'il y a eu récemment à Constantine, "Constantine 2015, capitale de la culture arabe".
Je dirais qu'hélas Constantine n'est pas une exception. Elle serait même le porte-parole de toutes les cités algériennes y compris Miliana.
J'espère que vous apprécierez autant que j'ai apprécié cet article.
Bonne lecture
Par
Meskellil
Le 31/07/2026
_________Change / Tracy Chapman_________
Qu’est-ce qui pourrait nous pousser à changer, à enfin agir… ?
Est-ce de savoir que l'on va mourir aujourd'hui...?
Est-ce d’être touchés par la grâce de l’Amour... ?
Est-ce d’être éprouvés par les affres du malheur... ?
C’est un peu la question que pose Tracy Chapman dont les paroles simples, introspectives, portées par une voix aux intonations vraies, sensibles, sincères, touchantes, un peu mélancoliques savent interpeller en profondeur notre sensibilité, nos émotions, notre être intime pour peu qu’on y soit attentif…
On a toutes et tous quelque chose à changer...? Quand nous y mettrons-nous....?
Par
Meskellil
Le 31/07/2026
LAYTANA...
En écho au poème « Les enfants de Gaza » de Saïd Nouahad. Merci Saïd !
« Le Trio Joubran, trois frères issus d'une famille palestinienne qui, depuis quatre générations, vit à travers le « Oud », le fabrique, le joue, l'aime. L'arrière grand-père, le grand-père, le père et maintenant, les trois frères Samir, Wissam, et Adnan qui font de cet instrument un savoir, une passion, une vie... »
Bonne écoute
Samy El Djazairi / Ya Bnat El Djazair
Par
Meskellil
Le 31/07/2026
Pour le plaisir d’écouter Samy El Djazairi, et pour ces magnifiques toiles de femmes algériennes...
Je pense plus particulièrement et avec beaucoup d’émotion et de tendresse à certaines d’entre elles dont Noria…
__ Bonne écoute __
Par
Meskellil
Le 31/07/2026
DÉCALAGES
Réveil matinal. Nuit relativement calme. Sensation diffuse mais persistante de décalage qui tourne en boucle, me colle à la peau. Depuis quand déjà ?
J’ai un truc urgent à faire dès ce matin… Je déjeunerai après…
Les clés de la voiture, les papiers, le GPS, précieux compagnon quoi que pas toujours utile. Je prends l’ascenseur qui se meut lourdement, blasé par ces va-et-vient permanents. J’aurais pu prendre les escaliers tout de même! …
Tout est vert dehors. Les arbres n’ont pas encore atteint leur pleine maturité, ils prennent leur temps pour s’épanouir... Pâquerettes, boutons d’or…, plus de violettes, dommage, c’est fini. Boutons d’or ? Tiens ! C’est nouveau ! Une toile immense verte parsemée de tâches blanches et jaunes. Un vrai ravissement ! Une brise intérieure tiède, légère, douce, traverse mon être. Il pleut… Le soleil chaud, bienfaisant me manque…, il aurait donné un éclat exceptionnel à ce magnifique tableau…
Quelques marches et me voilà devant l’entrée du parking souterrain collectif. L’esprit vaporeux, inconsistant, immatériel, flottant… j’ouvre la première porte qui donne sur une sorte de sas. Je change de clé, ouvre la seconde porte… Parfaitement grotesque, injustifiée cette frénésie à vouloir se barricader, barricader ses biens, s’y accrocher désespérément, comme à un fétu de paille dans une mer houleuse… se barricader contre qui, contre quoi ? Complètement absurde ! Déphasage total !
J’arrive au garage, une odeur familière de gasoil me prend à la gorge. Désagréable. Il aurait besoin d’être nettoyé à coups de Karcher ce parking ! Tiens ! Ça me rappelle quelqu’un ! « Descends là que je te casse la gueule » avait-il vociféré!
C’est le weekend, le parking est plein à craquer de voitures. Il faudra plusieurs manœuvres pour en sortir…
Je monte dans la voiture, me demande si le moteur est en phase, je tourne la clé. Il me répond joyeusement ! Bingo ! La radio réglée sur Nostalgie la dernière fois se met en marche aussi. Pierre Bachelet crie avec une impuissance poignante, infinie « et moi je suis tombé en esclavage… ».
L’esprit toujours dispersé, insaisissable, je prends la route familière. Tout est là, bien en place, bien en ordre, propre, rectiligne. L’ordre aseptisé aujourd’hui, le désordre grouillant et indiscipliné hier! Excessifs l’un comme l’autre! Décalage encore spatial, temporel…
Je finis de faire ce que j’avais à faire, et me dirige vers une grande surface, un véritable monstre. Ça vient d’ouvrir. Quelques victimes sont déjà là profitant de l’aubaine si rare d’un lieu de haute consommation presque désert, habituellement débordant, repu de gens et de victuailles, jusqu’à la nausée, jusqu’à l’épuisement. Je réalise que j’en fais partie puisque je suis là… Je m’arrête…
J’ai envie de jus d’orange frais ! Je m’enfonce dans une débauche de lumières artificielles, froides, agressives… Mon soleil n’est plus. Il m’a lâchée à moins que ce soit moi qui l’ai lâché… Pulsion, phasage hier, déphasage aujourd’hui… Fin de cycle…Un nouveau commence plus complexe, incertain, inédit...
Je passe par le rayon des fleurs. Promotion – 40% sur les brins de muguet porte-bonheur. Je cède à la tentation comme à la tradition d’offrir des brins de muguet. Je me fais plaisir et m’en offre deux. Ils sentent divinement bons. A nouveau je me sens en phase, et ressens cette tiédeur agréable palpitante se répandre en moi. Mon esprit me rejoint. Je suis bien. L’instant de cette fragrance printanière pleine, tonique, pétillante. L’éphémère se prolonge, mais sans l’enchantement de la première fois. Je passe en caisse puis quitte rapidement ce lieu.
J’ai envie de croissants chauds. Je vais à la boulangerie du coin. Là aussi promotion. Pour trois croissants achetés, le quatrième est offert. C’est la toute première fournée du matin. A peine tiède. Tant pis. Distraite, je le suis. La vendeuse me sourit poliment et me fait répéter ma commande. J’ai l’impression de hurler « Six croissants s’il vous plait ». La vendeuse qui est là depuis longtemps a perdu son entrain et sa joie de vivre légendaire avec le changement de propriétaire. Elle avait des échanges personnalisés avec tous les clients, et avait pour chacune et chacun une attention particulière, un mot gentil. Les échanges se sont réduits au strictement utile, vendre. Je lui tends l’argent. Elle me rappelle que c’est la machine qui encaisse et rend la monnaie. Je l’oublie toujours. Décadence et déshumanisation. Décalage perpétuel éprouvant. La vendeuse grimace un sourire. Une ombre assombrit son regard, et me contamine.
Je repars vers le parking. Tant d’espace ! Non, les gens n’étaient pas allés à la manif du 1er mai, les revendications, ce sont les autres qui les font. De toute façon, ça ne sert à rien ! Résignés, fatalistes. Tiens, j’ai déjà vécu ça, seulement hier ! Les jours et les propos se ressemblent dans un monde où tout s’achète et tout se vend, y compris son âme ! Les gens se nourrissent, se gavent à leur télé ou à leur ordi, du Fast Food en continu. Question d’optique…
L’esprit imprégné d’un certain désordre -qu’est-ce qu’on prend vite le pli, el welf kif sahel!- je grille allègrement stops et sens interdits. Ce n’est qu’un immense parking clairsemé de voitures après tout ! Je reprends la route du retour, l’esprit toujours en vogue, « Opération déstockage de matelas Haut de Gamme le 1er, le 2, et le 3 mai » lis-je sur une pancarte opportuniste. Le message s’insinue sournoisement dans mon esprit. Et si je changeais de matelas ? Mais de quoi, le matelas ? Il est très bien mon matelas ! « Souviens-toi, c’était un jeudi… », Joe Dassin chantant sur Radio Nostalgie. En phase, je fredonne le refrain à l’unisson avec lui, entre dans son histoire, l’esprit à nouveau vagabond…
J’arrive presque lorsque je vois, bonheur absolu, des lilas en fleurs. Ils sont là, libres, accessibles, offerts aux sens. Aucune clôture ne les enferme. Ils sont à tous. Pour l’instant! Harmonie parfaite. Je m’arrête, m’en approche, le cœur et l’esprit aériens. Je fourre mon nez dans les grappes et commence à les humer longuement, profondément. Un parfum si subtil, si sensuel, si addictif... Grisant! Ephémère le lilas. Un mois tout au plus. Jaloux de l’authenticité de son parfum, au même titre que le muguet encore plus fugace. Tous deux refusent catégoriquement de se livrer aux parfumeurs, les contraignant aux compositions de synthèse. Belle résistance…
Enfin, j’arrive, les bras chargés de fleurs, de croissants et de jus d’orange frais. Je mets en route la cafetière, mets les lilas dans un grand vase, le muguet dans un autre plus petit, les croissants au four pour les chauffer. Le café fume et exhale son arôme irrésistible ! Je me mets à table et déguste le jus, le café, les croissants, les fleurs aussi. Un moment de plaisir, de bien-être simple mais intense. Je me sens bien, si bien, phasage total…Tout comme hier sur le banc d'un jardin sous ces grands et beaux arbres.
Phasage, déphasage ? Et si c’était simplement une question de regard, d’écoute, de réceptivité, de compréhension, d’ouverture, de confiance, de disponibilité, d’attention, de sincérité, de spontanéité....
Par
Meskellil
Le 31/07/2026
UB 40 Food For Thought
En écho à Fatou Diomé et au combat courageux et combien inégal qu’elle mène comme beaucoup d’autres…, UB 40 nom d’un groupe de Reggae britannique façonné par de nombreuses influences (écossaise, galloise, yéménite, africaine, jamaïcaine). UB 40 comme le formulaire britannique de demande des droits au chômage, Food For Thought ( matière à réflexion) renvoie à Martin Luther King et à son combat pour la paix et contre la pauvreté suite à son assassinat.
Merci Miliani2Keur pour la présentation Fatou Diomé et le rappel de son combat
De l’impression à l’expression
Par
Meskellil
Le 31/07/2026
Claude Monet / Ludwig Van Beethoven
De l’impression à l’expression
Karim Aouidat / Ya Dzair yal Ghalia
Par
Meskellil
Le 31/07/2026
Ya Dzair yal ghalia De Karim Aouidat
- En hommage à celles et ceux qui ont fait ce 19 mars 1962....
- En hommage à celles et ceux qui continuent à se battre....
Féminisme et différence: les dangers.../Partie III
Par
Meskellil
Le 31/07/2026
Féminisme et différence : les dangers d’écrire en tant que femme sur les femmes en Algérie
Marnia Lazreg
Traduction de Christine Laugier
p. 73-105
Conclusion
Cette vue d’ensemble du discours féministe sur les femmes algériennes montre la nécessité de poser à nouveau une question qui pourra sembler embarrassante : quelle est la nature du projet féministe ? Quelle est sa relation avec les femmes d’ailleurs ? Y a-t-il au cœur du féminisme académique un gynocentrisme occidental inévitable ; doit-il conduire forcément à l’exercice du pouvoir discursif de la part de certaines femmes au détriment d’autres ?
Le fait de souscrire à l’idée que la métaphysique de la différence en tant que représentation trompeuse est inévitable, induit en erreur et révèle une résistance à l’idée de modifier le statu quo intellectuel. Le philosophe français Jacques Derrida soutient l’idée (partagée par certaines féministes du tiers-monde) que l’ethnocentrisme est indiscutable dans la mesure où l’ethnologie est une science européenne. Il ajoute également que la déconstruction est inscrite au cœur du langage des sciences sociales européennes. Il faut lire de manière non conformiste, cela signifie que la métaphysique qui nourrit l’ethnocentrisme nourrit également la déconstruction, activité consistant à déconstruire. Bien qu’il reconnaisse, avec beaucoup d’honnêteté, l’essence ethnocentrique des sciences sociales, ce point de vue n’est en fait qu’un moyen d’en légitimer l’existence. Car si l’ethnocentrisme se reproduit lui-même dans un cycle sans fin, le langage de l’ethnocentrisme risque de ne pas pouvoir être remplacé. Il ne peut alors qu’être déconstruit. Ce qui s’applique à l’ethnocentrisme s’applique également à la conception gynocentrique occidentale de la différence.
S’il n’est pas permis au féminisme académique de se dissimuler derrière une approche déconstructioniste pour légitimer sa mauvaise appréhension de la différence de genre, on ne devrait pas non plus lui permettre de chercher refuge dans la conception foucaultienne du pouvoir et du langage. La conception foucaultienne du pouvoir disséminé a légitimé, parmi certaines féministes académiques, l’idée selon laquelle le pouvoir exercé sur les femmes dans leur ensemble est un phénomène diffus. Ainsi, préfère-t-on ignorer l’utilisation réelle du pouvoir en tant qu’outil que certaines femmes (par exemple les femmes universitaires) exercent sur d’autres femmes (comme les femmes du tiers-monde). De la même façon, le fait de subsumer toute réalité sous un discours, comme le fait Foucault, a abouti à un déplacement de l’attention qui est désormais passée de la réalité des vies des femmes vers le discours sans fin à son sujet. Il est vrai qu’une féministe occupée à présenter les femmes qui appartiennent à une culture différente, à un groupe ethnique différent, une race différente ou une classe sociale différente, exerce une forme de pouvoir sur elles : le pouvoir d’interprétation. Cependant, ce pouvoir est très particulier. Il est emprunté à la société au sens large qui est androcentrique. Il s’agit d’un pouvoir emprunté qui donne statut et crédibilité aux féministes académiques engagées dans l’interprétation des différences.
Mais lorsque le pouvoir des hommes sur les femmes se reproduit dans le pouvoir des femmes sur les femmes, le féminisme en tant que mouvement intellectuel devient une caricature des institutions mêmes qu’il était supposé remettre en cause. La présentation inexacte des femmes « différentes » est une forme de présentation inexacte de soi-même. Elle témoigne du refoulement de sa propre féminité et élude le fait que la personne qui se charge de la présentation est également sexuée et qu’elle est loin d’avoir atteint la liberté et la capacité de se définir elle-même.
Tout comme l’incapacité des hommes (ou leur réticence) à accepter la différence sexuelle en tant qu’expression des différentes façons d’être humain les a conduits à formuler une conception sociobiologique des femmes, le gynocentrisme occidental a conduit à un essentialisme de l’altérité. Ces deux phénomènes sont les produits d’une tendance différentialiste plus large qui affecte l’Europe occidentale et l’Amérique du Nord depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale. La chute des empires coloniaux, l’avènement des sociétés de consommation et les crises des pays récemment convertis au capitalisme, ont créé un contexte favorable à l’émergence de l’affirmation de la « différence ». La célébration de la différence entre les hommes et les femmes, entre les homosexuels et les hétérosexuels, entre les gens fous et les gens normaux est depuis lors devenue la norme incontestée.
Ce qui pose problème avec cette conception de la différence est qu’elle affirme une nouvelle forme de réductionnisme. Le rejet de l’humanisme et de son caractère universaliste dans le discours, l’analyse et la déconstruction, privent les avocats de la différence d’une base sur laquelle s’appuyer pour comprendre la relation entre les multiples façons d’être différent dans le monde. La différence devient essentialisée. Ce n’est pas un hasard si Foucault, par exemple, a peu contribué à notre compréhension de ce que signifie être fou, être une femme ou être un homme. Il s’est contenté d’expliquer la catégorie de la folie et de la sexualité. Les approches de la différence fondées sur le discours et la déconstruction évitent d’aborder la question essentielle de l’inter-subjectivité. Bien que Derrida nous mette en garde contre une conception ontologique de la différence, il ne peut s’empêcher d’affirmer la différence comme une altérité directe. Il situe la différence dans le langage, la retirant ainsi du domaine des expériences partagées que le langage ne saisira pas forcément.
Il est évident que l’incapacité à traiter du fondement intersubjectif de la différence est un problème important du féminisme académique. Aux États-Unis, ce problème ne résulte pas du seul fait que des féministes aient été influencées par Derrida ou Foucault. Il est également dû à une tradition intellectuelle marquée par le pragmatisme, produit dérivé du positivisme, qui caractérise les institutions universitaires américaines depuis le dix-neuvième siècle. Dans le domaine de la recherche féministe, ceci s’est traduit par le fait d’accorder à l’expérience des femmes (lire américaines ou « occidentales ») un statut ontologique privilégié.
Prendre en compte l’intersubjectivité lorsqu’on mène une étude sur les femmes algériennes ou sur d’autres femmes du tiers-monde signifie que l’on perçoit la signifiance, la cohérence et la nature compréhensible de leurs vies au lieu de les voir comme des vies que nous percevons pleines de malheur et de chagrin. Cela signifie que leurs vies au même titre que les nôtres sont structurées par des facteurs économiques, politiques et culturels. Cela signifie que ces femmes tout comme nous sont engagées dans un processus qui consiste à ajuster, voire à modeler leur environnement, parfois à lui résister et à le transformer. Cela veut dire qu’elles possèdent leur propre individualité ; elles existent « pour elles-mêmes » et non « pour nous ». Le fait de s’approprier leur individualité afin de les faire correspondre aux catégories générales issues de « nos » analyses constitue une véritable agression contre leur intégrité et leur identité. L’intersubjectivité attire notre attention sur le lien très fréquent qui lie, ensemble, femmes et hommes de différentes cultures. Il s’agit là d’une garantie toute relative contre l’objectification des autres, il s’agit de rappeler que l’autre a autant le droit que moi à son humanité, humanité qui s’exprime dans ses habitudes culturelles.
Pour que la composante intersubjective de l’expérience devienne une évidence dans l’étude de la différence au sein et entre les genres, il est nécessaire de réaffirmer une certaine forme d’humanisme. Mais le rejet de la philosophie humaniste, qui subsume la femme sous l’homme tout en revendiquant son caractère universaliste, a, jusqu’ici, été remplacée par l’essentialisme de la différence.
On dit très souvent que l’humanisme gomme toute individualité, toute différence si bien que tout retour à un mode de pensée humaniste induit en erreur. Pourtant, il apparaît que l’essentialisation de la différence entre les femmes soit le résultat de l’élimination de l’existence des « autres » femmes. Lorsque ces dernières se retrouvent enfermées dans des catégories de religion, de race ou de couleur, leur propre individualité en tant que femmes a déjà été effacée. Par exemple, une « femme musulmane » ne correspond plus à un individu dans sa réalité. Elle n’est ni algérienne ni yéménite. Elle constitue une abstraction de la même façon que la « femme de couleur ». Leur unicité supposée dissout leur réalité concrète. Elles ne peuvent être, par définition, comparées aux femmes du « premier monde ». En effet, ce qui les distingue de ce dernier est aussi ce que l’on considère comme constituant leur essence même.
L’anti-humanisme n’a pas produit d’autorité qui lui soit supérieure et qui soit capable de contrôler ses excès. L’humanisme à l’ancienne, en revanche, malgré ses points faibles, prête le flanc à la critique en recourant à la promesse non tenue d’un rationalisme plus juste ou d’un universalisme plus égalitaire. En effet, le fait que l’universalisme fasse appel à une entité humaine supraculturelle s’incarnant dans la raison a fourni aux sociétés colonisées l’outil nécessaire à la reconquête de leur liberté. Les femmes et les hommes colonisés étaient prêts à sacrifier leurs vies afin de saisir leur part d’humanité qui était célébrée tout en étant niée par les pouvoirs coloniaux. Mais qu’a à offrir l’anti-humanisme aux personnes « différentes » ? Sur quels terrains (celui de la morale ou d’autres) les personnes privées de pouvoir peuvent-elles se battre contre le fait d’être enfermées par l’anti-humanisme dans des prisons de race, de couleur et de nationalité ?
D’une certaine façon, la célébration anti-humaniste de la « différence » immédiate pourra être synonyme d’une résistance à l’acceptation de la différence en tant qu’autre côté de l’égalité. Ce n’est pas un hasard si l’avènement de l’anti-humanisme correspond au déclin de l’empire colonial français, et plus particulièrement à la fin de la guerre d’Algérie (c’est à cette époque que Derrida et Foucault ont commencé à publier). Pourtant, l’anti-humanisme, en tant que philosophie, attire certaines féministes à cause de sa contestation nihiliste de toutes les contraintes (y compris morales/éthiques) qui s’exercent sur les actions et la pensée. C’est là bien sûr que se situe la raison même de son caractère dangereux dès qu’il s’agit de parler de la subjectivité des autres (pas seulement de celle des hommes mais aussi de celle des femmes). Jusqu’à quel point le féminisme occidental peut-il se passer d’une éthique de la responsabilité lorsqu’il écrit sur les femmes « différentes » ? Le sujet « femme » est-il libre de toute contrainte juste parce que les chercheurs sont des femmes ? Il ne s’agit pas non plus de subsumer les autres femmes sous l’expérience personnelle d’une d’entre elles ni de maintenir lorsqu’il s’agit d’elles une vérité séparée. Il est plutôt nécessaire de leur permettre d’être tout en reconnaissant que ce qu’elles sont est tout aussi significatif, valable et compréhensible que ce que « nous » sommes nous-mêmes. Elles ne sont pas les antithèses de « nous-mêmes » ce qui justifierait que ce « nous » les étudie selon des modalités que nous refusons d’utiliser pour mener des études sur nous-mêmes.
La lettre d’Heidegger sur l’humanisme offre un exemple des questions que l’on pourrait se poser pour réorienter notre façon de penser l’humanisme. Il nous faut nous interroger sur ce qu’est « l’humanitas de l’homo humanus ? » Quelles est la place de la femme/de l’homme dans l’histoire ? La femme/l’homme est-elle/il un spectre, un spectateur ou un créateur ? À quoi ressemblerait un « humanisme dans une nouvelle dimension » ? Pour arriver à un nouvel humanisme, il faut que l’on fasse à nouveau une expérience authentique de ce que signifie être humain. Ceci implique un processus de « remise en cause, d’étymologie et d’historicisation ». Bien que les réponses d’Heidegger soient ambigües, elles indiquent néanmoins l’importance de l’histoire, du langage et de l’éthique lorsqu’on explore, à nouveau, la pensée humaniste. Lorsqu’il est perçu comme « un processus aboutissant au mot », l’humanisme exclut toute hypothèse de domination des femmes/hommes par le mot, ce qui constitue une doctrine de l’approche discursive anti-humaniste à l’histoire.
En fin de compte, le fait d’être conscient que la femme/l’homme joue un rôle dans l’histoire - qu’il est nécessaire de préciser - révèle la composante éthique de l’activité et de la pensée humaine. En fait, lorsque les féministes refusent aux autres femmes l’humanité qu’elles revendiquent pour elles-mêmes, elles font fi de toute contrainte éthique. Elles participent à l’action qui consiste à diviser l’univers social en « nous » et en « eux », en « sujets » et en « objets ». Cette propension à appréhender la réalité sociale en termes d’oppositions binaires constitue un élément contradictoire de la pensée féministe. En effet, les féministes ont critiqué les sciences sociales et naturelles précisément en raison de leur utilisation de catégories dichotomiques qui assignent aux femmes un seul attribut ou rôle ce qui constitue une grossière simplification de la réalité beaucoup plus complexe de la vie des femmes.
La vision dichotomique du monde qui relègue les femmes non occidentales à une catégorie de rebut, qui privilégie la fantaisie plutôt que les faits, constitue une grave erreur qui se retrouve dans l’ensemble de la recherche féministe. Elle ne peut être corrigée que lorsque les féministes occidentales seront prêtes et auront envie de penser autrement les différentes façons d’être femme, y compris les leurs. Elles doivent reconnaître que la connaissance des femmes nord africaines/du tiers-monde ne peut être immédiate. Cette connaissance, comme celle des femmes des sociétés occidentales ne peut être que le résultat d’un processus consistant à séparer le vrai du faux et à rendre visible ce qui reste immergé. Il s’agit d’une connaissance historique. Elle possède sa propre rationalité accessible à la raison humaine.
En l’état actuel des choses, la différence est perçue comme une simple division. Le danger de cette vision rudimentaire se situe dans le fait qu’elle frise l’indifférence. De cette façon, on peut dire n’importe quoi au sujet des femmes issues d’autres cultures du moment que cela semble apporter des éléments établissant leur différence par rapport à « nous ». Ceci indique un manque d’intérêt pour la complexité de la différence ainsi qu’une simplification de la différence que l’on réduit au sens de « particularité » c’est-à-dire d’une singularité immédiate. Parce que les cultures nord-africaine et moyen-orientale ont pendant longtemps été stéréotypées, parce que le mouvement féministe devrait être un mouvement visant la libération de l’homme de la domination épistémologique, les femmes de ces cultures ne peuvent se satisfaire d’un simple acte de reniement lorsqu’elles écrivent sur elles-mêmes. Elles se voient contraintes à porter un double fardeau, à savoir faire l’effort de rompre sur le plan épistémologique avec le paradigme dominant et procéder à une nouvelle évaluation de la structure des relations de genre dans leurs propres sociétés.
L’histoire a joué un mauvais tour à ces femmes. Elle les a prises en otage lors des entreprises coloniales ou impérialistes et les a livrées à la fantaisie de voyageurs, de chroniqueurs, de peintres et d’anthropologistes des deux sexes qui ont fantasmé leurs vies. À présent, elles se trouvent dans une position leur permettant de reprendre possession des fragments éparpillés de leur moi et de les remettre en ordre selon des modalités dont leurs observateurs n’ont aucune idée. La tâche est énorme mais nécessaire. Si le féminisme est perçu comme un mouvement intellectuel essentiel, le féminisme « oriental » devrait tenter de provoquer cette renaissance intellectuelle que les hommes n’ont pas réussi à réaliser jusqu’ici.
Ceci demande que l’on réfléchisse aux rôles que les intellectuelles devraient réellement jouer dans la promotion des besoins des femmes. Il est essentiel à ce stade de réfléchir à l’adéquation des moyens permettant d’atteindre ces buts. Il est sociologiquement inapproprié de penser le féminisme au singulier. De la même façon, les féminismes à la française ou à l’américaine sont susceptibles de ne pas être opérationnels dans des contextes socio-économiques et politiques différents. Quelle forme devrait prendre l’effort des femmes pour atteindre l’égalité des sexes dans les différentes sociétés d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient ? Le féminisme est-il pour les femmes la seule voie possible pour changer la société ? Il est bien possible qu’aucune réponse ne soit apportée à ces questions si les féministes orientales pensent que leur public réside ici plutôt que dans leurs sociétés d’origine.
Dans un sens, le problème des femmes universitaires d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient n’est pas de savoir si les théories féministes américaines ou françaises sont applicables. Cette question est un luxe que l’on ne peut se permettre. La question est de définir un espace d’écriture critique au sein duquel les femmes qui ne font pas carrière dans les universités occidentales et qui sont les sujets de nos écrits, puissent s’identifier. Cela exige que nous résistions à la tentation de considérer les besoins actuels des femmes américaines et françaises comme notre idéal. Cela nécessite également d’explorer et de comprendre dans sa totalité le corps du savoir produit par les peuples indigènes de ces régions du monde. Le fait de déterminer soigneusement des exemples de « victimisation » des femmes, comme on le fait souvent, occulte la complexité des processus de genre et présente une image tronquée d’un héritage intellectuel dont peu d’experts ont connaissance. Si cela implique de réinventer la roue, alors pourquoi pas ! L’ancienne roue n’a pas fonctionné si bien que ça. Peut-être que la nouvelle constituera un progrès par rapport à l’ancienne.
Un échec de cette entreprise aboutira inévitablement à des mensonges. Cette aventure peut s’avérer enrichissante. Après avoir raconté son histoire plusieurs fois, Othello remarqua que Desdémone « buvait mes paroles », et « à la fin de mon récit, elle me couvrit, pour me remercier, d’une multitude de baisers ». Cependant Othello était lui aussi pris par son propre récit. À la fin, il pria Ludovic de raconter son histoire :
- Et dites en outre qu’un jour, dans Alep,
- Alors qu’un Turc malveillant et enturbanné
- Battait un Vénitien et dénigrait l’État,
- Je pris par la gorge ce chien circoncis,
- Et le frappai ainsi (il se poignarda).
Si les mots ont le pouvoir de tuer, la parole devrait alors se cantonner à la pratique de la plus simple conversation. Selon Dostoïevski, certaines « personnes sont capables de vivre dans des cellules noires pendant quarante jours d’affilée sans jamais parler mais du moment où elles rejoignent la lumière du jour et qu’elles sortent de prison, elles parlent et parlent et parlent encore »… N’est ce pas là tout ce qui importe : avoir une voix ?
Le lien pour l'article intégral avec les notes de l'auteur
Féminisme et différence: les dangers.../Partie II
Par
Meskellil
Le 31/07/2026
Féminisme et différence : les dangers d’écrire en tant que femme sur les femmes en Algérie
Marnia Lazreg
Traduction de Christine Laugier
p. 73-105
Féminisme et différence: les dangers.../Partie I
Par
Meskellil
Le 31/07/2026
Partie I
Cette étude, ce regard, ce point de vue tranchent avec ce que l'on a l'habitude d'entendre, de lire sur le féminisme, et se propose de battre en brèche, de déconstruire tous les discours, écrits ayant pour thématique le féminisme dans les pays musulmans, dans les pays arabes, plus spécifiquement en Algérie, faussés et enfermants qu'ils sont par des paradigmes et des concepts complètement aliénés par une vision ethnocentrique aux antipodes avec la réalité des femmes Nord-Africaines et Moyen-orientales.... C'est aussi l'occasion de répondre aux questions de l'ami Mourad.
En fait, le mieux, c'est de lire cet article si vous en avez le courage. Comme il est très long, et que le temps et la disponibilité manquent, je le propose en trois parties. Bonne lecture...
Féminisme et différence : les dangers d’écrire en tant que femme sur les femmes en Algérie
Marnia Lazreg
Traduction de Christine Laugier
p. 73-105
Cet article est la traduction de : « Feminism and Difference : The Perils of Writings As a Woman on Women in Algeria », Feminist Studiest, 14 :1 (1988 : Spring), p. 81-107.
Le désir de démanteler l’ordre existant et de le reconstruire pour le faire correspondre à ses propres besoins est au cœur du projet féministe, en Orient comme en Occident. Ce désir est parfaitement exprimé par le cri d’Omar Khayyam :
- Ah l’amour ! Puissions-nous conspirer avec le Destin
- Pour comprendre la marche de ce triste monde,
- Nous le réduirions en poussière – pour alors
- Le refaire, selon les désirs de notre cœur.
Cependant, les féministes, orientales et occidentales, ne sont pas unanimes sur la façon de comprendre cette « marche du triste monde » ni sur les outils qu’il convient d’utiliser pour le « réduire en poussière ». Elles ne sont pas non plus d’accord sur le fait de savoir si un processus de reconstruction est possible ou pas. En fait, les féministes académiques occidentales ont la possibilité de redécouvrir leur féminité, de tenter de la redéfinir et de produire leur propre connaissance d’elles-mêmes. Elles ne sont entravées dans cette entreprise que par ce que beaucoup perçoivent comme la domination des hommes. En fin de compte, les féministes occidentales opèrent sur leur propre terrain social et intellectuel et elles le font selon l’hypothèse implicite que leurs sociétés sont perfectibles. Dans ce sens, la pratique critique des féministes apparaît comme normale et elle semble faire partie d’un projet raisonnable (même s’il est difficile à mener), destiné à obtenir une plus grande égalité entre les sexes.
En revanche, le projet féministe algérien et moyen-oriental se déroule au sein d’un cadre de référence qui lui est imposé de l’extérieur et se déroule selon des normes qui lui sont également imposées de l’extérieur. Dans ces conditions, la conscience de sa propre féminité correspond à la prise de conscience que, d’une façon ou d’une autre, des étrangers, des femmes aussi bien que des hommes, se sont appropriés en tant qu’experts du Moyen-Orient. Ainsi le projet féministe est-il perverti et n’apporte que très rarement la possibilité d’une libération personnelle contrairement à ce qui se passe dans notre pays ou en Europe. Les formes d’expression utilisées par les féministes algériennes se retrouvent, en fait, coincées entre trois discours qui se superposent : le discours masculin sur la différence de genre, le discours des sciences sociales sur les peuples d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient et les discours universitaires (féministes ou proto féministes) qui sont tenus sur les femmes issues de ces sociétés.
Cet article est le fruit d’une réflexion préliminaire sur la nature et la spécificité de la théorie féministe américaine et sur la quête continuelle d’une épistémologie féministe. Mes incursions dans les écrits du féminisme américain, au moment où le féminisme semble subir une crise, m’ont fait comprendre que le féminisme académique doit absolument se détacher de l’héritage philosophique et théorique qu’il a si fortement contesté. Le savoir n’est pas seulement produit au sein d’un contexte socio économique et politique mais il l’est aussi au sein d’une tradition intellectuelle faite d’hypothèses explicites et implicites. Bien qu’il remette en cause les théories traditionnelles, le féminisme académique a souvent négligé d’interroger ses propres prémisses. S’il le faisait plus régulièrement, il deviendrait évident que les catégories « traditionnelles » des sciences sociales n’ont toujours pas été modifiées mais qu’elles ont plutôt changé de sexe.
Lorsque j’ai détourné mon attention de ce qui était au centre du débat sur la théorie féministe et sur l’épistémologie et que je l’ai reportée vers sa périphérie nord-africaine et moyen orientale, j’ai remarqué trois phénomènes intéressants. En premier lieu, l’intérêt des féministes américaines pour les femmes de ces régions du monde a provoqué un afflux d’écrits, qui se sont distingués par leur relatif manque d’apport théorique. À quelques exceptions près, les femmes qui écrivent sur les femmes nord-africaines et moyen-orientales ne se disent pas féministes. Pourtant c’est le besoin d’informations du féminisme académique sur leur sujet d’étude qui légitime leur travail. Ensuite, les féministes « orientales » écrivant pour des publics occidentaux au sujet des femmes de leurs pays natals sont tellement allées dans le sens de la théorie générale implicite que cela a permis l’expansion et l’installation du savoir féministe américain mais très rarement sa remise en question. Les femmes américaines issues des minorités ont, en revanche, à maintes reprises, contesté les projets féministes académiques de diverses façons. Elles ont ainsi mis en lumière des problèmes que le savoir féministe doit traiter et résoudre avant de pouvoir se présenter comme une alternative au savoir « traditionnel ». Enfin, bien que les féministes américaines (comme leurs collègues européennes) aient cherché à définir et à se tailler un espace sur lequel ancrer leur critique, les féministes « orientales » ont simplement ajusté leur recherche afin de remplir les blancs que le libéralisme féministe américain leur a laissés dans la répartition géographique. Ces observations sur le savoir féministe, occidental et oriental, m’ont amenée à chercher les liens reliant le savoir féministe occidental au sens large au savoir établi et ce par le biais de l’étude du cas concret de l’Algérie. J’ai découvert qu’il existe une continuité entre les modalités figées et traditionnelles qui sont celles des sciences sociales dans leur appréhension des sociétés nord africaines et moyen orientales telles qu’elles existent dans l’épistémologie coloniale française et l’approche qui est celle des femmes universitaires issues de ces sociétés. Cette continuité s’exprime, par exemple, dans la prédominance du « paradigme religieux » qui accorde à cette dernière un pouvoir d’explication privilégié. La plupart des pratiques académiques féministes se placent dans la lignée de ce paradigme reproduisant, par conséquent, ses présupposés et renforçant par là même sa position dominante. Ce processus se vérifie même lorsque les féministes affirment être conscientes des faiblesses de ce paradigme
J’ai également découvert une continuité temporelle et conceptuelle entre les discours des femmes (souvent proto féministes) et les discours féministes. Ce qui a été écrit par des femmes au sujet des femmes algériennes dans la première partie de ce siècle est reproduit d’une façon ou d’une autre dans les écrits des femmes françaises contemporaines et dans ceux des féministes américaines sur ce même sujet. Plus important encore, les thèmes qui ont été définis comme étant importants par le discours colonial et néocolonial français pour comprendre les femmes algériennes sont ceux que l’on rencontre aujourd’hui dans les écrits des femmes orientales.
Dans les pages qui suivent je vais décrire certaines de ces continuités et j’indiquerai de quelle façon le poststructuralisme les affecte. J’étudierai également le problème de la nécessité d’une nouvelle évaluation du projet féministe au sein d’un cadre éthico humaniste.
Les paradigmes des sciences sociales et les paradigmes féministes
L’étude des sociétés du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord a été confrontée à de nombreux problèmes conceptuels et méthodologiques ce qui a incité le sociologue anglais Bryan S. Turner à dire « qu’elle est à la traîne loin derrière les études d’autres régions, à la fois en termes de théorie et de contenu ». En effet, cette étude est « sous-développée ». Les travaux de recherche sur les sociétés nord-africaines et moyen-orientales se focalisent sur l’islam en tant que sujet de recherche privilégié qu’il soit abordé en tant que religion ou en tant que culture. De nombreuses hypothèses, qui posent en réalité problème, sous-tendent l’étude de ces sociétés. Tout d’abord, l’islam est considéré comme un système de croyance indépendant et défectueux, imperméable au changement. En sociologie, cette hypothèse trouve sa justification théorique dans le travail de Max Weber. Ensuite, on part du principe que la civilisation islamique a connu un déclin et qu’elle continue de décliner. La « thèse du déclin », parfaitement illustrée par le travail de H.A.R. Gibb and Harold Bowena incité David Waines à dire que « la naissance de l’islam constitue également la genèse de son déclin ». En général, on explique en termes de retour à l’islam les tentatives des peuples indigènes pour changer leurs institutions. Le travail de Clifford Geertz illustre parfaitement ce phénomène qu’il appelle le « scripturalisme ». Enfin, on suppose que « l’islam ne peut produire un savoir scientifique sur lui-même qui soit adéquat dans la mesure où les situations politiques des sociétés islamiques excluent tout travail de recherche autonome et critique. L’islam exige de la science occidentale qu’elle produise une connaissance pertinente de la culture du monde islamique et de son organisation sociale »
Cette science est parvenue à enfermer l’étude de l’Afrique du Nord et du Moyen-Orient dans une sorte de ghetto intellectuel dans lequel les développements théoriques et méthodologiques qui ont traditionnellement cours dans les sciences sociales sont, en quelque sorte, condamnés à être inapplicables. Par exemple, très récemment encore, on ne pouvait parler de classes sociales au Moyen-Orient mais seulement de hiérarchies sociales ou de mosaïques de peuples. On ne peut pas non plus parler de révolution mais seulement d’agitation politique et de coups d’État. On ne peut toujours pas parler de connaissance de soi mais seulement de « connaissance locale » ou « du point de vue des autochtones ».
Même lorsque des spécialistes bien intentionnés font l’effort d’adapter des développements théoriques ou méthodologiques provenant d’autres domaines, ils finissent toujours par renforcer les vieilles hypothèses qui posent problème. Par exemple, l’attention récente accordée à la « culture populaire » nourrit la vision d’un islam divisé entre l’orthodoxe et le mystique. De la même façon, l’introduction du concept de classe dans l’étude du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord a parfois fini par faire des théologiens et/ou des membres de sectes religieuses des rebelles prolétariens.
Un survol de la littérature écrite par des femmes, qu’il s’agisse de féministes ou simplement de femmes s’intéressant aux problèmes des femmes, montre que, dans l’ensemble, ces dernières reproduisent les hypothèses discutables qui sous-tendent l’étude du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord.
Le travail académique des femmes sur les femmes de ces régions est dominé par le paradigme de la religion/tradition et il se caractérise par une variante de ce que feu C. Wright Mills appela « l’empirisme abstrait » Les sujets d’étude sélectionnés sont limités par la méthode qui est choisie pour les étudier. Une fois que les chercheurs ont, par exemple, choisi une méthode fonctionnaliste/culturaliste, ils ne sont plus en mesure de traiter d’autre chose que de la religion et de la tradition. Le résultat final est une conception réductive et anhistorique des femmes. Le fait d’insister sur le paradigme de la religion/tradition, combinaison d’hypothèses orientalistes et évolutionnistes, empêche de le critiquer en les obligeant soit à parler de ses paramètres dans le respect de la tradition ou à les subir. Le voile, l’enfermement, la pratique de l’excision sont considérés dans ce cas comme des exemples représentatifs de la tradition.
Historiquement, le voile a, bien sûr, acquis un intérêt à caractère obsessionnel pour beaucoup d’auteurs. En 1829, Charles Forster a par exemple écrit Mohammetanism Unveiled et en 1967, le révolutionnaire Franz Fanon écrivit au sujet des femmes algériennes sous le titre : Algeria Unveiled. Même la colère suscitée par cette imagerie injurieuse ne parvient pas à diminuer la fascination qu’elle exerce comme le prouve le titre du livre écrit par une féministe marocaine : Beyond the Veil. La persistance du voile en tant que symbole essentiellement représentatif des femmes illustre bien la difficulté rencontrée par les chercheurs lorsqu’ils ont à faire à une réalité qui ne leur est pas familière. Elle révèle également une attitude de méfiance. Le voile permet de cacher ; il éveille les soupçons. Par ailleurs, le fait de se voiler est proche du port d’un masque ce qui induit que le fait d’étudier les femmes issues de ces sociétés où le voile existe constitue une forme de théâtre ! Certaines féministes de ces régions du monde (l’Orient) ont poussé l’imagerie théâtrale encore plus loin en faisant du voile une partie intégrante de la personne de la femme.
La tendance évolutionniste qui imprègne une bonne partie des réflexions sur les femmes du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord s’exprime à travers un préjugé radical contre l’islam en tant que religion. Bien que les féministes américaines aient tenté de concilier christianisme et féminisme ainsi que judaïsme et féminisme, l’islam est immanquablement présenté comme antiféministe. Ce qui opère ici n’est pas une simple tendance rationaliste contre la religion en tant qu’obstacle au progrès et à la liberté de pensée. Ce qui se manifeste ici c’est l’acceptation de l’idée qu’une hiérarchie des religions existe, certaines étant plus susceptibles de changer que d’autres. De même que la tradition, la religion doit être abandonnée pour que les femmes du Moyen-Orient ressemblent aux femmes occidentales. Dans cette logique, aucun changement n’est possible sans référence à une norme venue de l’extérieur, norme que l’on juge parfaite.
Bien que dans les sociétés occidentales, la religion soit considérée comme une institution parmi d’autres, elle est perçue comme le fondement des sociétés dans celles où on pratique l’islam. On a pris l’habitude de voir l’auteur utiliser la religion comme la cause de l’inégalité de genre tout comme on en avait fait la source du sous-développement dans la théorie de modernisation. De façon étrange, le discours féministe sur les femmes du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord reflète l’interprétation propre aux théologiens au sujet des femmes dans l’islam. Les féministes universitaires ont aggravé cette situation en y ajoutant leurs propres définitions équivoques. Elles ont réduit l’islam à une ou deux sourates ou injonctions telles que celles ayant trait à la hiérarchie des genres et au châtiment des femmes adultères (qui s’applique également aux hommes).
Ce paradigme finit par priver les femmes d’une existence propre, d’un être. C’est parce qu’on subsume les femmes sous la religion présentée comme fondamentaliste qu’on les considère comme évoluant dans un temps ahistorique. Elles n’ont littéralement pas d’histoire. Toute analyse du changement est donc impossible. Lorsque les féministes « font » l’histoire, on a le sentiment qu’elles participent à une contre- histoire dans laquelle le progrès se mesure en termes de compte à rebours vers l’époque où tout a commencé et où tout a commencé à être élucidé. C’est-à-dire l’époque du Coran pour l’auteur féminin tout comme il s’agit du temps du Coran et des traditions pour l’auteur masculin. Cette focalisation tenace sur la religion qui est présente dans les travaux sur les femmes du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord fait penser à la place du feu détenteur d’une fonction équivalente dans la mythologie et dans la première pensée scientifique. Une obsession/ fascination similaire pour le mystérieux pouvoir du feu a dominé l’esprit « primitif » tout comme l’esprit « scientifique » jusqu’à la fin du dix-huitième siècle.
La question qu’il nous faut à présent poser est la suivante : pourquoi le féminisme académique n’a-t’il pas dénoncé les faiblesses du discours dominant sur les femmes du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord ? Des articles, des préfaces et même des anthologies ont dénoncé ce qu’Elisabeth Fernea et B.Q. Bezirgan ont baptisé les « écrits astigmatiques » sur les femmes du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord. Certains travaux ont tenté de prendre leur distance par rapport au paradigme dominant – bien qu’ils n’aient pas réussi à le déplacer. Il est également important de rappeler que les paradigmes en concurrence sont « incommensurables » dans la mesure où les critères permettant de juger leurs mérites respectifs ne sont pas déterminés par des règles de valeur neutre mais sont l’œuvre de la communauté de spécialistes dont « l’expertise » a produit de l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient en tant que domaine de connaissance. Pourtant, aucun effort soutenu n’a été fait pour contester les présupposés épistémologiques et théoriques de la plupart des travaux sur les femmes.
La différence, en général, qu’elle soit culturelle, ethnique ou raciale a constitué un véritable obstacle pour les sciences sociales occidentales et ce, dès leurs débuts. L’ethnologie et l’anthropologie européennes du dix-neuvième siècle ont précisément été créées pour étudier les peuples différents et leurs institutions. Cependant, sans tenir compte des inadéquations et des approximations conceptuelles, théoriques et méthodologiques présentes dans les travaux de beaucoup d’anthropologues et d’ethnologues classiques, l’intérêt qu’ils manifestaient pour la « différence » ne constituait en fait qu’un outil leur permettant de mieux comprendre leurs propres institutions. Ce fut le cas du travail d’Émile Durkheim sur la religion, de celui de Marcel Mauss sur l’échange et de celui de Bronislaw Malinowski sur le complexe d’Œdipe pour n’en citer que quelques-uns. Bien que mon intention ne soit pas d’absoudre l’anthropologie occidentale de son eurocentrisme, il faut reconnaître qu’elle montra, dès son origine, une certaine capacité à identifier le dénominateur commun qui existe entre les peuples de cultures différentes, un lien humain. Les notions d’« universalisme culturel » ou de « pensée humaine », quoique problématiques, sont l’expression de ce lien commun existant entre les différents peuples.
Le féminisme académique contemporain semble avoir oublié cette partie de son héritage intellectuel. Bien sûr, le fait d’opposer les recherches féministes aux sciences sociales peut sembler sans intérêt. Les scientifiques femmes en sciences sociales ne font-elles pas partie de la même communauté et du même milieu intellectuel que leurs collègues hommes ? C’est évidemment le cas. Mais les féministes académiques ont généralement dénoncé les sciences sociales conventionnelles en raison de leurs perspectives concernant les femmes tant du point de vue théorique qu’empirique. Elles ont, en particulier, montré que ces sciences ont réduit la vie des femmes à une seule dimension (la reproduction et le travail domestique) et qu’elles ont échoué dans la conceptualisation de leur statut dans la société, en tant que statut évoluant historiquement. Le féminisme académique a donc apporté un bol d’air frais dans le discours des sciences sociales sur les femmes et a tenu la promesse d’une pratique plus impartiale et plus neutre. Il est donc surprenant de constater que les femmes algériennes sont traitées d’une façon dont les féministes académiques ne souhaitent pas être traitées.
En Algérie, on subsume les femmes sous l’expression, qui est loin d’être neutre, de « femmes islamiques », de « femmes arabes » ou de « femmes du Moyen-Orient ». Parce que le langage produit la réalité qu’il nomme, les « femmes islamiques » doivent être rendues conformes à la configuration des significations que l’on associe au concept d’islam. Les termes qui les désignent expriment ce qui devrait être considéré comme un problème. Le fait de savoir si les « femmes islamiques » sont vraiment dévotes ou si les sociétés dans lesquelles elles vivent sont des théocraties, sont des questions sur lesquelles, de fait, par cette façon de les désigner, on ne s’attarde pas.
Le parti-pris de ce discours sur la différence devient grotesque si nous renversons ses termes et si nous suggérons, par exemple, que les femmes de l’Europe contemporaine et de l’Amérique du Nord devraient être étudiées en tant que femmes chrétiennes ! De la même façon, l’étiquette « femmes du Moyen-Orient » lorsqu’on l’oppose à l’étiquette « femmes européennes », révèle son caractère trop généralisant. Le Moyen-Orient est une région géographique couvrant pas moins de vingt pays (si on le limite à l’Orient « arabe »). Ces pays montrent quelques similitudes mais aussi beaucoup de différences. Les féministes qui étudiaient les femmes à l’époque de l’Angleterre victorienne ou de la Révolution française ne se permettent pas, en tout cas peu le font, de subsumer les femmes françaises ou anglaises ou de type européen en tant que catégories de pensée sous l’étiquette très générale de « femmes européennes ». Pourtant, un livre sur les femmes égyptiennes a été intitulé « Femmes du monde arabe ». Michel Foucault avait peut-être raison lorsqu’il affirmait que « le savoir n’est pas fait pour comprendre ; il est fait pour trancher ».
Il existe une grande continuité dans la façon dont les féministes américaines traitent de la différence au sein du genre tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de la société américaine. Dans chaque cas, un attribut, soit physique (race ou couleur) soit culturel (religion ou ethnie) est utilisé dans un sens ontologique. Il faut, cependant, ajouter un élément aux modes de représentation des femmes issues d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient utilisés par les féministes. Ces modes de représentation sont le reflet des dynamiques des politiques mondiales. Les attitudes politiques des États du « centre » se retrouvent dans les attitudes des féministes envers les femmes des États de la « périphérie ». Elly Bulkin remarque avec raison que « les vies des femmes et l’oppression des femmes ne peuvent être considérées en dehors des limites des conflits régionaux ». Elle insiste sur le fait que les femmes arabes sont représentées comme étant tellement différentes qu’on les considère incapables de comprendre ou de développer une quelconque forme de féminisme. Lorsque les femmes arabes parlent en leur nom, on les accuse d’être les « marionnettes des hommes arabes ». Ceci implique qu’une femme arabe ne peut être féministe (quel que soit le sens de ce terme) avant de se dissocier des hommes arabes et de la culture qui soutient ces derniers ! En fin de compte, les politiques mondiales viennent se joindre aux préjugés fermant ainsi le cercle gynocentrique occidental qui s’est construit sur la base d’une mauvaise appréhension de la différence.
La quête du sensationnel et du primitif de la part de nombreuses féministes illustre parfaitement l’orientation politique de ces représentations. Cette quête de ce qui n’est pas recommandable, quête qui renforce la notion de différence dans le sens d’une altérité objectivée, s’effectue souvent avec l’aide des femmes du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord elles-mêmes. Le féminisme a fourni à ces femmes un espace d’expression et une occasion de se décharger de leur colère envers leurs sociétés. L’exercice de la liberté d’expression fait souvent tourner la tête des gens et finit par se transformer en confession personnelle en guise de critique sociale. Les femmes de ces régions, prises individuellement, apparaissent dans le cadre du féminisme comme représentatives des millions de femmes de leurs sociétés. Jusqu’à quel point font-elles violence aux femmes au sujet desquelles elles réclament le droit d’écrire et de parler ? Voilà une question que l’on se pose bien rarement.
Dans son analyse du problème posé par le fait d’écrire sur les femmes du tiers-monde, Gayatri C. Spivak fait remarquer que les femmes du premier-monde et les femmes formées en Occident sont complices de la « dégradation » continue de l’image des femmes du tiers-monde dont elles interprètent la « micrologie » sans y avoir accès. Même bien compris, ce point de vue occulte le fait que la complicité est en général un acte conscient qui mobilise le statut social, l’identification psychologique et les intérêts matériels. Bien entendu, le fait d’inclure dans le « nous » pluriel toutes les femmes « formées en Occident » ainsi que toutes les femmes du « premier monde », constitue une simplification grossière de ce qu’est réellement, sur le terrain du féminisme, la rencontre entre les femmes occidentales et celles qui ne le sont pas. Malheureusement, la pratique féministe académique tout comme celle de ses prédécesseurs intellectuels n’est pas parfaite. Je refuse, pour ma part, d’être identifiée, même métaphoriquement, à Senanayak, l’anti-héros indien qui met son expertise au service de la répression de la révolution incarnée par Dopti, femme révolutionnaire. Il ne suffit pas d’affirmer l’existence d’une complicité. En effet, l’acte lui-même de traduction de cette nouvelle indienne pour un public américain n’a pas permis de combler le fossé de la différence culturelle. Cela va dans le sens de ce que Gaston Bachelard a appelé « le musée des horreurs ». Cette nouvelle fait la liste des actes crapuleux commis par les hommes indiens et dresse un tableau de la persécution des femmes indiennes. Le fait d’associer les lectrices occidentales et non occidentales au processus de victimisation est une façon originale de réduire le clivage existant mais pas de le gommer. C’est précisément là que réside le dilemme des femmes du tiers-monde écrivant sur les femmes du tiers-monde.
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Meskellil
Le 31/07/2026
Des relations femme/mère/belle-mère et homme/mari/fils
… Ou la difficulté de construire un couple dans les sociétés maghrébines tant la force d’un modèle ancestral d’organisation familiale/sociétal est prégnant, pesant. Un modèle dans lequel les femmes sont enfermées dans ces rôles avant tout de mères et par conséquent indisponibles pour d’autres tâches ou pour leurs maris, et les hommes dans leur rapport avec elles sont enfermés pareillement dans un rôle de fils avant tout, certes disponibles pour l’espace public pour des activités économiques, politiques qu’ils se réservent mais indisponibles pour une femme compagne. L’homme comme la femme se retrouvent tous deux enfermés dans des rôles contraints dont ils ont le plus grand mal à sortir quand ils tentent de construire une relation de couple basée sur la confiance, la compréhension, le soutien... Et c’est tout un système de rapports dominant (homme)/dominé (femme) qui se met en place. Un système très efficace grâce au travail de socialisation où la fille apprend les limites dès son plus jeune âge, là où le garçon apprend à s’affirmer et à affirmer sa domination dès son plus jeune âge également. L’incorporation profonde de ces pratiques, de ces rapports dominant/dominé se perçoit par la suite comme naturelle, et allant de soi.
La femme perpétue elle-même son propre assujettissement en se faisant le relais et le gardien du maintien de ce modèle une fois le statut de mère de garçon ayant une bru atteint. La mère exerce ainsi son autorité, sa domination sur la femme, sa bru en toute « légitimité » et cela aussi longtemps que cette dernière n’a pas atteint ce statut tant convoité de mère de garçons dans un système patrilignagère (type de filiation où l’ascendance paternelle prime) et patriarcal où l’homme est d’abord le fils de sa mère avant d’être le mari de sa femme. La domination de la femme-mère devient aussi psychologiquement celle de la femme-mère sur l’homme-fils.
L’entrée des femmes dans la vie sociale, économique, politique bouleverse considérablement le schéma de la structure familiale traditionnelle, et provoque résistance et opposition forte. Un problème bien complexe sur lequel il faudra se pencher sans faux-fuyants. Mais, si un problème aussi complexe n'est posé qu’en termes de statut de la femme, ce serait l’amputer d’une dimension capitale, essentielle, celle du statut de l’homme qui est indissociable de celui de la femme. Il n’y a pas un problème exclusivement féminin, mais un problème de rapport entre les sexes. C’est sur la nature de ce rapport qu’il faudra s’interroger.
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Meskellil
Le 31/07/2026
Il est des mots qui ouvrent à la vie, qui donnent la vie, il est des mots qui étouffent la vie, qui tuent la vie. Il est dit que « Là où la vie est authentique, la tension existe toujours ». Les mots ne sont bien entendu pas neutres, mais situés socialement. Et dans un texte écrit donné, le sens n’est pas donné une bonne fois pour toutes, il n’est pas univoque. Un texte est construit ou plutôt reconstruit par l’interprétation, les interprétations qui peuvent en être faites en fonction de la manière dont cela résonne en chacun, selon les représentations qu’il a de lui-même, de son environnement social, culturel…,de son histoire de vie, de ses expériences, de ses connaissances…, du monde dans lequel il vit et de la manière dont il le perçoit. Les interprétations sont inévitables, et chacun interprète selon ce qu’il est. C’est là que réside tout l’intérêt, toute la richesse d’une communication. Dans un écrit, le sens n’est pas incorporé dans le mot. Chaque expression dépend de l’usage qui en est fait et de son interprétation. Comment pourrait-on sinon expliquer autrement les changements dans le sens d’un mot, ou les controverses entre les personnes qui lisent ces mots, les interprètes ?
La pensée trouve à s’exprimer par le langage qui n’est pas seulement outil de communication, mais aussi outil de réflexion. Dans l’expression de cette pensée intervient aussi un langage inscrit profondément en chacun, et qui est celui des représentations mentales, des constructions mentales, des images mentales. Lorsqu’on lit un roman, on se représente les personnages, leurs actions, les décors. De la même manière, les images matérielles que sont les dessins, peintures, photographies sont des traductions externes de l’imagerie interne. Des constructions subjectives propres à chaque personne.
À cet égard, le but de la communication n’est-il pas de réussir à mieux se comprendre ? Lorsque nous communiquons, nous sommes persuadés que ce que nous disons est compris tel que nous l’avons exprimé par les autres, de même que les autres sont persuadés que ce qu’ils ont compris est exactement ce que nous leur avons dit ! Pourtant, la réalité est bien différente pour chacun !
Peut-on éviter les interprétations d’un mot, d’un texte, d’une expression ? Oui, bien sûr ! Lorsque l’on recherche le consensus pour éviter tout achoppement, le langage devient un outil de communication neutre et indifférent aux rapports sociaux. Nous communiquons sans vraiment le faire puisque nous sommes tous d’accord ! Il ne subsiste plus aucune brèche, plus aucun espace d’interprétation ! Cela devient un langage neutre et informatif. Dans la communication consensuelle, Il n’y a plus lieu d’avoir la moindre réflexion, d’exercer la moindre critique puisque tout le monde est dans le consensus, et veille à le maintenir. Il ne subsiste plus aucune place pour une quelconque créativité !
La relation à l’autre dans tout cela ! Quelle est-elle ? Je reviens à nouveau à Carl Rogers et à ce qu’il dit concernant les trois attitudes fondamentales qui conditionnent l’entrée en relation avec l’autre :
Une compréhension empathique et exacte du cadre de références interne de l’autre avec les composantes émotionnelles et les significations qui s’y rattachent ;
Une considération positive inconditionnelle consistant à accorder une valeur positive à toutes manifestations de la personnalité de l’autre et ce, à travers une écoute attentive, dépourvue de jugement ou d’évaluation ;
Enfin, une congruence, reflet du degré d’authenticité dans la concordance entre ses propos et ses actes, l’accord entre ce que l’on ressent et son comportement manifeste.
L’empathie confirme à l’autre qu’il existe en tant que personne autonome, dotée d’une valeur propre et d’une identité.
Pour conclure ce chapitre, je dirais que les mots sont polysémiques, qu’un texte autorise une multitude de sens en fonction des représentations, des constructions, des images mentales de chacun façonnées par son contexte social, culturel, son histoire de vie, ses expériences, ses connaissances….Les mots allument la lumière dans les palais de nos cerveaux comme le dit cet auteur. Les mots peuvent nous blesser ou aussi nous aider. Les mots ne transmettent pas que des informations, mais aussi des émotions. Il est question non de « vidange émotionnelle », mais de « partage social des émotions » dont les bénéfices ne sont plus à démontrer. Nous sommes tous divers, différents, pluriels. Cette diversité, cette différence, cette pluralité devraient constituer notre force et notre richesse, et s’il y a un maître mot, une valeur maîtresse à ne jamais occulter, cela devrait être le RESPECT de l’autre à défaut de compréhension, de bienveillance, de tolérance.
Sous forme de boutade ou de caricature si on préfère, cette vidéo et son titre "Le Plaisir des Sens" (politiquement très incorrect). Surtout ne pas se laisser « piéger » par ce qui peut paraître tomber sous le sens (expression qui s’écrivait d’abord "tomber sous les sens" pour signifier "être directement perçu par les sens").
Yahli/ Orchestre National de Barbès
Par
Meskellil
Le 31/07/2026
Une chanson que je dédie à AlgerMiliana et à tous les AlgerMilianautes, aussi à toutes les Algériennes et Algériens Intra ou Extra Muros. Chacun et chacune d’entre nous y puisera ce qu’il y aura à puiser et qui lui parlera, mais que dans le positif, et encore positif. S’il n’y a rien à y puiser, il restera la chanson qui est bien agréable à écouter. Alors bonne écoute.
Bien amicalement à toutes et tous.
Par
algermiliana
Le 31/07/2026
Une vidéo « Estrellas del Bicentenario, Les Étoiles du Bicentenaire », issue d’un projet télévisuel pour la célébration en 2010 du bicentenaire de l’indépendance du Mexique vis-à-vis de l’Espagne (déclarée en 1816), et aussi du centenaire de la révolution (1910) contre la dictature de Porfirio Díaz qui s’est progressivement enfoncée dans un système féodal quasi esclavagiste pour la majorité des paysans et surtout les indiens. Pancho Villa et ses hommes se sont soulevés contre l’oppresseur au Nord, Emiliano Zapata et ses hommes au sud. Les festivités ont consisté en une série d’événements culturels ayant pour vocation la remémoration des éléments fondateurs du pays pour une meilleure compréhension des valeurs et idéaux du Mexique d’aujourd’hui.
Tous les lieux de la vidéo se trouvent au Mexique. La faune et la flore sont exclusivement mexicaines aussi. Des images somptueuses, filmées au ralenti, dégagent une impression d’irréel, un monde mystique, fantastique, initiatique. Une relation éthologique douce avec la nature, les animaux. Une beauté naturelle saisissante, une biodiversité resplendissante, une musique inspirée des langues originelles des diverses ethnies. Une invitation à la méditation, à la communion, à l’humilité face au Beau, face au grandiose…
Il y en a pour tous les goûts ou presque : version longue pour ceux qui veulent s’installer et se laisser porter, version très courte (que je trouve assez brutale sur la fin), pour ceux qui manquent de temps et qui veulent passer en vitesse.
Clandestino/Playing For Change
Par
algermiliana
Le 31/07/2026
Songs around the world
Playing For Change est un mouvement créé pour inspirer et pour relier, connecter le monde à travers et grâce à la musique.
« Clandestino » est la chanson de tous, et cette vidéo représente le cœur et l’esprit de tous ceux en quête d’un monde meilleur fait de justice, de paix, de respect, de tolérance, de fraternité et d'espoir.
Par
algermiliana
Le 31/07/2026
Lluis Llach avec quatre « L », les ailes de la liberté, les ailes du rêve engagé ! Lluis Llach est un auteur compositeur interprète Catalan dont le chant d’espoir « l'Estaca (le pieu) » deviendra l'hymne catalan de résistance au fascisme de Franco. Pourchassé par l’oppression franquiste et contraint à l’exil, il n’arrêtera pas de chanter en Catalan, obstinément et toujours, la condition humaine, la vie, la liberté, l’amour, le soleil, la nuit, la mer, le vent. C’est un rêveur inspiré, sensible, généreux, parfois cinglant, jamais tragique qui aime à se définir comme le troubadour du peuple. Un rêveur des utopies, qui espère tout, qui exige tout, « nous voulons le possible pour atteindre l’impossible ». Ses influences musicales sont toutes méditerranéennes: musique grecque dans « Viatge a Itaca », musique catalane grecque et arabe dans « un pont de mar blava ». Ce « pont de mer bleue », c'est la fraternité du bassin méditerranéen, des deux côtés de la « maremar » « bressol de tots els blaus »
Ce sublime texte « VIDA » écrit et mis en musique par Lluis Llach pourrait être ressenti comme mélancolique, triste même, pourtant c’est un formidable hymne à la vie fort, beau, puissant, passionné et tranquille. Lluis Llach a cette voix ample, généreuse, chaude, qui se déploie tout en nuances, tout en souplesse sur des mélodies magistrales, des textes sensibles, puissants et bouleversants d’émotion. J’ai eu la grande chance de me trouver au bon endroit, au bon moment pour savourer un récital dans un beau théâtre aux dimensions humaines : une composition musique et textes unique, magnifique, intense ! Communion et ferveur unissaient Lluis Llach, ses musiciens et le public. Vibrant, beau, fraternel, universel en dépit de la non compréhension du Catalan. Lliuis Llach en dit : « Comme le public ne comprend pas le catalan, je passe l'examen du langage esthétique, à travers la mélodie, la voix, l'émotion ».
Les passantes /Georges Brassens
Par
algermiliana
Le 31/07/2026
Pour rester dans le ton et l’air des derniers posts, cet hommage que Brassens, ce tendre poète, rend à toutes ces passantes qui traversent une vie.
Les passantes
Par
algermiliana
Le 31/07/2026
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Rencontre entre Rythmes Africains et Musique Classique Occidentale
Pour vous M. Mourad et pour tous ceux qui croient que mieux connaitre l’autre, l’alter ego, c’est l’enrichir et s’enrichir de lui pour entreprendre ensemble.
Par
algermiliana
Le 31/07/2026
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C’était un petit village niché haut, très haut dans les nuages. Aérien, inaccessible. Il fallait pour en trouver le chemin connaître l’un des villageois, même si parfois un voyageur égaré, fatigué de parcourir le monde échouait dans ce village par le plus heureux des hasards. Comme il était accueillant, chaleureux, hospitalier ce village ! La douceur de vivre qui y régnait gagnait aussi progressivement tous ceux qui ne s’y arrêtaient que pour une brève halte.
Il faut dire que ce village isolé était assez particulier ! Il y faisait beau à longueur d’année ! Le soleil brillait de son chaud éclat tous les jours, la brise y était fraîche, les sources pour se désaltérer très abondantes, l’eau était claire, cristalline, et étanchait la soif dès la première gorgée. On y trouvait des fleurs de toutes sortes partout, des arbres de toutes essences partout, des jardins luxuriants magnifiques partout ! Ce qui rehaussait son charme, son attractivité. Un havre de paix, un sanctuaire où l’on se retirait volontiers, et sans aucune résistance loin du monde tumultueux tout en bas sur terre. Les habitants ressentaient un agréable bien-être les envelopper au fur et à mesure qu’ils s’enfonçaient au cœur du village, soucis et tracas diminuaient en conséquence jusqu’à disparaitre complètement parfois. Il y régnait une douceur de vivre à nulle autre pareille. Les habitants permanents tout comme les visiteurs occasionnels goûtaient à ce bonheur nouveau avec beaucoup d’étonnement, et avaient toutes les peines du monde à imaginer leur vie ailleurs que dans ce village, et même s’ils étaient contraints par quelque obligation extérieure de le quitter, ils y revenaient dès qu’ils le pouvaient pour retrouver cet enchantement, cette impression d’échapper au temps. La renommée de ce village devenait de plus en plus grande, et la population du village augmentait au fur et à mesure en conséquence.
Les habitants, tout en étant très différents les uns des autres, et venant d’horizons très divers avaient réussi à trouver une sorte de consensus, d’entente harmonieuse qui les satisfaisaient tous. En apparence tout du moins. Respect, ouverture, tolérance, liberté d’être et d’agir dans la limite du consensus. Les villageois permanents ou de passage y trouvaient leur compte, et se complétaient assez bien dans la répartition des tâches et responsabilités. Le comité des sages qui veillait à préserver la quiétude du village intervenait non seulement pour alimenter, nourrir les membres de ce village chacun selon son appétit, mais également pour améliorer leur confort en aménageant de nouveaux et beaux espaces, en construisant de nouvelles maisons, en embellissant et fleurissant les moindres coins et recoins. Le village était tout le temps en mouvement, en vie. Le comité des sages organisait aussi rencontres et fêtes, informait de ce qu’il se passait dans le monde ce qui, et selon les nouvelles enflammait, enchantait ou attristait les cœurs et les esprits. Par moments, il pouvait bien sûr y avoir des petits accrocs, des malentendus très vite dissipés cependant grâce à la générosité des uns ou des autres, et le souci constant d’un bien-être collectif. La vie reprenait toujours son cours. Grouillante, créative, imaginative, bienheureuse. Un bonheur simple dont chacun avait fait son affaire. On l’alimentait et on s’y alimentait à son tour dans une saine et chaleureuse convivialité. C’était une sorte d’entreprise artisanale où chacun selon ce qu’il était et ce qu’il connaissait le mieux fabriquait des parcelles de bonheur, du sur mesure ou presque.
Le comité des sages laissait les villageois vivre comme ils l’entendaient à condition de se respecter les uns les autres et de respecter cette œuvre commune. Chaque jour, les villageois prenaient connaissance de la parole du jour du comité des sages. Il suggérait aux villageois d’une voix douce et tranquille des thèmes de réflexion qui participaient de la régulation de la vie dans ce village. Les villageois étaient sollicités pour une unique chose : donner un peu de soi, un peu de sa force et de son énergie pour entretenir la belle harmonie qui semblait exister dans ce village. Ce don de soi n’était pas borné par des critères ou des normes. Toute manifestation aussi modeste soit-elle, était accueillie avec joie, bienveillance, grand ouverture d’esprit. Mais alors, me direz-vous, c’était un véritable paradis, l’homme est finalement très vertueux, la preuve ! Oui ! On voudrait le croire ! On voulait le croire ! Hélas, l’être humain est aussi l’artisan de son propre malheur. L’harmonie qui régnait dans ce village pouvait voler en éclat et précipiter le village et ses habitants dans le chaos. Telle était la menace qui pesait sur ce village et ses habitants, le chaos et le néant. Tout le monde en était conscient, et tentait de faire de son mieux. Ce n’était pas facile tous les jours ! C’était un travail difficile, un effort de tous les instants, une vigilance douloureuse parfois ! Ainsi en est-il, et en a -t-il toujours été, à la grande infortune des villageois animés des meilleures intentions, du comité des sages si accueillant, si bienveillant si attentif au maintien de cette douceur de vivre.
Cette partie de l’histoire est hélas triste, bien triste, et il me coûte de l’évoquer. De plus en plus, les villageois, distraits qu’ils étaient par des considérations et des vues toutes étroites, toutes personnelles ne voyaient pas que cela pouvait faire voler en éclats l’harmonie du village. Chacun y allait de sa petite pierre qui pour certaines d’entre elles étaient de gros pavés qui occasionnaient fissures et lézardes dans les maisons individuelles, et dans tout le village, mais surtout, surtout dans le cœur du comité des sages abattu, désorienté, incrédule, hébété, profondément blessé par autant de légèreté, d’indifférence, d’égoïsme et d’ingratitude. Il est un fait que l’on ne peut en permanence prêter le flanc aux frondes, ni même fermer les yeux, serrer les dents, et continuer à sourire ! Et pourtant, et pourtant ! Le comité des sages a, en dépit de tout, décidé de passer outre, de s’effacer, de faire taire sa douleur pour tenter une fois de plus au profit du bien-être des villageois de préserver leur îlot. Le comité des sages aurait eu mille raisons de se détourner de ces villageois, de les abandonner à leur sort, il n’en a rien fait ! Et, l’on ne sait toujours pas, à ce jour, si les habitants permanents ou occasionnels du village ont réalisé que cette parcelle de poésie a failli s’évanouir, ont senti passer ce grand froid glaçant, le néant !
Par
algermiliana
Le 31/07/2026
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Dans les années 60, majoritairement, les jeunes filles ne se voilaient. Certaines d’entre elles portaient un treillis, une casquette, une arme, et se battaient contre l’oppresseur pour faire triompher la liberté, la justice. D’autres, voilées se servaient de leurs haïks pour convoyer argent, armes et autres documents, c’était le temps de la lutte pour que triomphe une Algérie libre. Pour d’autres jeunes filles encore, c’était une fois mariée qu’elles mettaient le haïk ou pas. Nos mères, nous les avons toujours connues avec le haïk et le 3jar (voilette). Voilées ou pas, à l’intérieur de leurs foyers ou à l’extérieur, les femmes ont été présentes, engagées, actives, pour l’atteinte d’un idéal commun : vivre dans un pays libre, indépendant, juste et équitable.
Dans les années 70, beaucoup de jeunes filles qui avaient arrêté leurs études prématurément et ce, pour diverses raisons, se voilaient dès que leurs corps s’épanouissaient et suggéraient plus la femme que l’adolescente. Elles mettaient alors une gabardine (un imperméable de couleur claire généralement) et une toute petite pointe (petit foulard) assortie, et le 3jar bien sûr. C’était plutôt les parents et en particulier les pères qui imposaient ce voile qui ne couvrait ni les jambes puisque ces gabardines arrivaient juste au niveau du mollet, voire au-dessus, ni complètement les cheveux vu que les pointes en question étaient petites, tout comme les voilettes d’ailleurs. A cette époque-là, c’étaient les maris qui autorisaient ou pas leurs femmes à enlever ce voile. Parfois cela faisait partie des « Chrouts » (conditions) sur lesquelles on pouvait s’entendre avant de conclure un mariage. D’autres femmes, celles qui n’avaient pas besoin d’être affranchies par un père, un frère ou un mari, décidaient elles-mêmes de se défaire du voile. C’étaient en général des femmes divorcées ou veuves qui suscitaient la méfiance, la défiance en raison de leur statut de femmes « seules ». Bien sûr, ce n’était pas simple parce qu’elles devaient faire face à la désapprobation, parfois au dénigrement de la famille, et du voisinage.
Dans les années 80, on commençait à voir des femmes portant des hidjabs. Cela restait assez marginal. C’était encore inhabituel, et cela surprenait un peu. Parmi les femmes qui portaient le hidjab, il y en avait qui revendiquaient timidement, discrètement leur liberté de choix, leur différence. D’autres plus offensives le revendiquaient haut et fort, et multipliaient les réunions et autres assemblées pour convaincre de la pertinence d’un retour aux préceptes de l’Islam. Celles qui ne le portaient pas, encore majoritaires en ce temps-là, affirmaient quant à elle leur choix de ne pas porter ce hidjab (le problème ne se posait même pas en fait), et n’arrivaient parfois pas même à comprendre ce qui avait bien pu motiver celles qui portaient le hidjab à faire ce choix. En ce temps, les unes et les autres se lançaient des gentillesses du genre : « yal kafrine wach rahou yastenna fikoum fi djahannam, ennar takoulkoum mane 3aynikoum ! » Les autres répliquaient : « ya les 404 bâchées, ya les frustrées ! » C’était aussi l’époque du vitriol et autres agressions physiques et verbales sur celles qui ne portaient pas le hidjab qui commençait.
Dans les années 90, les femmes portant le hidjab étaient de plus en plus nombreuses. Une pression de plus en plus forte pesaient sur les autres femmes en conséquence. Beaucoup d’entre elles ont tenté de résister à cette pression, aux intimidations, aux menaces de représailles, aux représailles effectives même. Des pères, des frères, des collègues, parfois des femmes aussi, exhortaient les femmes réfractaires à porter un hidjab, à se couvrir les bras, la tête, les mollets pour être respectées, pour qu’on les laisse tranquilles, « essentri rouhek, raki bahdeltina, ou behdelti rouhek ! ». Ou alors, essentri rouhek, walla youkoutlouk ». Ces femmes, de plus en plus minoritaires ont progressivement fini par abdiquer, « choisissant » de mettre le hidjab par manque de choix ! Petit-à-petit aussi, nos mères ont également adopté le hidjab. Elles le trouvaient beaucoup plus pratique que le haïk, parce qu’il permet une plus grande aisance dans les mouvements (le haïk tel que porté non par nos grand mères était coincé dans la ceinture de leur Serouel Mdouar, ou retenu avec une Tekka (longue ceinture tricotée), ce qui libérait leurs mains. Souvent aussi, et surtout pour les femmes de la campagne, elles le faisaient tenir autour du visage en le coinçant entre leurs les dents (si, si je vous assure). Bon, il est vrai que ça ne couvrait que le menton ! Autre moyen une épingle à nourrice en dessous du menton. La manière dont les plus jeunes, portaient le haïk était plus compliquée. Une fois le haïk mis sur la tête, elles en prenaient les deux bords, les tiraient vers le haut pour le raccourcir, et mettaient le tout sous un bras qui devait rester serré pour que le haïk ne tombe pas. Pas évident d’y arriver avec un haïk glissant tout le temps ! Il faut un minimum d’expérience pour qu’il reste en place ! Avec la main de ce même bras, elles tenaient fermement le haïk sous le menton. Elles n’avaient donc qu’une main disponible pour tenir la main d’un enfant, pour tenir un couffin, un sac… Pas très pratique ! Et je comprends bien nos mères d’avoir adopté le hidjab même si je les trouvais belles avec leurs haïks en soie, leurs haïks El Mrama ! Et c’était une partie de nous-mêmes qui partait avec ce haïk. Mais là, n’est pas le propos.
Dans les années 2000, la tendance s’est inversée, les femmes sans voile minoritaires devenaient très visibles comme l’étaient les femmes vêtues d’un hidjab dans les années 80. Les toutes jeunes filles « choisissaient » librement ou pas de mettre le hidjab. Il est à noter que les espaces déjà restreints des femmes, se rétrécissaient comme une peau de chagrin. Les sorties des femmes ont toujours été et sont toujours utilitaires. Elles vont d’un point à un autre. Leurs sorties ont toujours un but : travail, courses, hammam, coiffeuse, médecin, famille, amies. Il n’est pas question d’aller flâner, de sortir faire un tour, de trainer le pas, d’avoir l’air de na pas savoir où on va. Cela s’avère tout de suite très suspect ! Mais cela n’est pas bien nouveau ! Détail intéressant par rapport aux écrits du site : ceux des abnounettes sont plutôt tournés vers des souvenirs d’intérieur, ceux des ferroukhiens plutôt d’extérieur même si parfois il y a des exceptions.
Mais, revenons au voile. Les années de plomb ont lourdement pesé sur les femmes, mais pas que, bien sûr ! Ça me fait penser à l’Espagne franquiste. Le pays avait besoin après près de 40 années de répression et de censure de vivre et de le manifester bruyamment ! La Movida (un pais que se mueve : un pays qui bouge) un mouvement collectif d’explosion de la vie, de la création, de la joie et du divertissement. Bon, je ferme la parenthèse, décidément je n’arrive pas à ne parler que du voile qui était le thème principal ! Donc, les hidjabs ont fleuri partout. Les motivations étaient diverses et variées : la foi et la conviction, la culpabilité et une sorte de rédemption, la facilité (plus besoin de se changer, de se coiffer pour sortir), l’opportunisme…. Les hidjabs étaient sombres, austères, uniformes, semblables. Cela a duré quelques années mais, c’était sans compter sur la capacité de la femme algérienne à s’adapter, à s’aménager une petite porte de sortie, à créer (même si influencée par les flots ininterrompus de séries égyptiennes qui se sont déversées dans les foyers des années durant. Certaines jeunes filles commençaient à parler couramment l’égyptien au détriment de l’algérien !), et voilà que je sors de mon thème, ah la, la !!
A l’approche des années 2010, les hidjabs tels que décrits ci-dessus n’ont pas complètement disparu, mais ils sont devenus peu nombreux. L’air était à la couleur, à la fantaisie, à la personnalisation des hidjabs. Pour d’autres femmes, les jupes ou robes ont fait leur retour, mais en version longue, les vestes aussi sont à manches longues. Pour d’autres, ce sont des pantalons et des liquettes, pour d’autres encore ce sont les mêmes tenues vestimentaires qu’avant le hidjab. Les femmes ont retrouvé une certaine coquetterie, une envie de plaire et d’abord à elles-mêmes, prenant la main pour reprendre un peu les choses en mains, ne serait-ce que sur leur apparence. Comme tout un chacun et à-fortiori les jeunes, les jeunes filles aiment la vie, ont besoin d’exister, d’être vues et reconnues. Elles sont en « conformité » avec la tendance générale de la société qui va vers plus de contrôle, mais Il semble y avoir plus de tolérance dans les choix faits par les unes et les autres. Dans quel contexte ont grandi ces jeunes filles, et qu’ont-elles connu ? Et quel projet de société leur a-t-on proposé ? C’est la génération des années 90 !! Et ça recommence, je m’éloigne du sujet, bon je reprends l’histoire du voile.
Les contextes socio-politico-économiques qui prévalaient en arrière plan de ces différentes périodes de mon histoire du voile sont volontairement tus. Je souhaitais surtout rendre hommage à la femme algérienne, la femme courage, qui a toujours su reprendre la voix qu’on a de tout temps essayé de lui confisquer, qu’on essaie toujours de lui confisquer, une voix de la résistance qui a toujours été au cœur de son combat face à ses détracteurs de tout acabit. Une voix de la résistance de tous les temps, de toutes les époques de son histoire, et de celle de l’Algérie. Cette fois-ci, je sors bel et bien du thème du voile, mais c’est volontaire ! Respect et admiration pour la femme algérienne voilée ou pas, là n’est pas la question !
Biya dhaq el mour/Blaoui el houari
Par
Meskellil
Le 31/07/2026
Biya dhaq el mour
Tout comme « Bakhta », « Bia Dak El Mour » est une œuvre poétique-phare du chant Bedoui oranais. Son géniteur n'est autre que le Cheikh El Hachemi Bensmir qui a légué à son digne successeur, Blaoui Houari, le soin de pérenniser, à travers une très belle mélodie, ce standard Wahrani.
Bensmir, en maître incontesté du genre Baladi, est né en 1877 à Oran , à M'dina Djdida exactement. Il est issu d'une vielle famille, oranaise originaire de Mascara. Après avoir appris le Coran à Sidi El Houari, auprès de Cheikh Mustapha Ben Chérif, le barde se lancera, dès son jeune âge, dans le Chiire El Melhoune. « Bia Dak El Mour », pur lyrisme conciliant foi divine et sentiment d'amertume à l'endroit de l'ordre colonial, vaudra au poète, durant les années vingt, un séjour en prison. Car en fait, les cinquante deux vers de cette sublime inspiration « subversive » renvoient à un dialogue qu'entreprend le poète dans un cimetière avec une femme éplorée à la suite du décès de son frère qui n'est autre que Houari Ould El H'biche. L'endeuillée, à l'image de la grande poétesse arabe El Khanssa, étale dans ses pleurs tous les mérites de son frère qui était un réconciliateur (Jah) célèbre sur la place d'Oran. La rengaine du poème et du poète, prédication et consolation, revient entre chaque strophe pour rappeler dans la résignation « qu'il est écrit que l'homme peut être vaincu et que ses malheurs augmentent ». Et dans une longue litanie, l'affligée entend dire « que peut représenter ton malheur face à celui de tous ces hommes qui, humiliés et fouettés, s'en vont, boulets aux pieds, dans les bateaux du non-retour ». Ici, l'allusion est faite au « bateau blanc » qui emmenait les rebelles avant l'heure vers le bagne de Cayenne. Bensmir a chanté « Wahrân Ki Kounti », une autre œuvre moins connue mai qui chante la splendeur de la ville d'Oran avant la colonisation Française. Il mourra subitement au mois de juin de l'année 1938.
Il laissera une lignée de Chanteurs à l'image de son fils Bensmir Missoum, encore vivant de nos jours. Ce qui est perceptible dans cette œuvre, c'est l'isotopie de la résignation et de l'abandon face à l'hégémonie du colonisateur, la même qui caractérisera toute la production littéraire algérienne et politique du début du siècle, jusqu'aux années quarante.
(Source El Watan 14 déc. 2005)
ONB/Jarahtini-Marhba-Jibouhali
Par
Meskellil
Le 31/07/2026
"Rendez-vous Barbès" Orchestre National de Barbès
Jarahtini / Marhba/Jibouhali
Dans cet album « Rendez-vous Barbès », l’ONB revient à ses origines et à ce qui a fait sa notoriété : un savant mélange de musique Gnawa, Chaâbi, Allaoui, Raï. Festifs, enthousiastes et débordants d’énergie, les musiciens nous entraînent dans leur tourbillon à notre grande joie !
Ce morceau juste pour le plaisir de reprendre les foulards (pas vraiment appropriés) et de se laisser entrainer par la musique. Certains passages faisaient partie du répertoire que les femmes chantaient dans les mariages à Miliana avec derbouka, tar et clappement des mains. Ah, la, la, la, la, nostalgie, nostalgie… Nous lâcheras-tu jamais !!!
Par
Meskellil
Le 31/07/2026
Nina Simone dans FEELINGS
Auriez-vous oublié vos sentiments ? Ceux qui ouvrent à la poésie, au rêve, à l’autre, aux autres, au monde, à l’univers ? Alors Respirez à fond, lâchez prise, et accueillez vos "Feelings, nothing more than Feelings..." Nina Simone dans une interprétation de « Feelings » profondément humaine, foncièrement universelle. Magistrale, Sublime Nina Simone !
Quelques extraits de son intervention propre auprès du public, le texte original n’étant que prétexte pour amener ce dernier à se détendre, à quitter la surface pour aller au fond de soi et se reconnecter avec ses sentiments. Vous allez voir, c’est loin d’être facile ! Le texte original et l’histoire qui le sous-tend deviennent secondaires, ce n’est plus du sentiment amoureux qu'il est question, mais de l’univers des sentiments ... Seuls les sentiments et rien de plus que les sentiments...
-...Feelings of love, you know that ?... together, and we do it ! We get to the mirror( ?) where we have forgotten our feelings of love. You will help, hee !
-...We have forgotten our feelings of love
-Damn ! You know what ? What a shame we have to write a song like that !... I do not believe the conditions that produced a situation that demanded a song like that !
-Well come on, clap... Damn it, what’s wrong with you ?
-Come on, let’s hit the climax, you know the song, man !
-...I’ll let you go, so soon, ...and so embarrassingly soft
-So let’s please do the choirs.. Feelings...
-Come on...
-Feed me, feed me, feed me
-No matter what....
-I’ll always have my feelings, nothing can be stopped...

