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Le coin de Meskellil

Une année qui s'en va...

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Emportée sur les ailes des temps immuables, voilà une année qui s’en va emboitant le pas des faits et des événements cumulés tout au long des chroniques du jour et de la nuit.

Imprégnée de la marque et du sceau d’un instant solennel voilà une autre année qui s’en va, qui se faufile et se perd insouciante dans les méandres; loin devant nous.

Cependant, ni les longues promenades parmi les Boileaux et les cris des oiseaux, ni les instants passés à regarder le somptueux déclin vers le zénith ou cette aurore et son légendaire chant du coq n’ont pu freiner le formidable élan aux couleurs panachées avec les meilleurs vœux d’une existence qui se recherche depuis des lunes.

Big-ben encore une fois avait retenti et depuis les pagodilles de la vieille et lointaine Chine, des millions d’étoiles se sont alliées pour exprimer un seul vœu et une pensée unique, tissant ensemble une irréelle farandole de bonheur et de gaieté.

Une année, une nuit et une ultime seconde ont suffi pour faire trembler le jet immense d’une lumière qui, frisant le surnaturel, avait ramené la main dans la main, l’illusion et l’espoir.

La plume du navigateur à l’image d’un albatros aux ailes blessées usant d’une encre trempée dans le jeu des approches et des incertitudes retracera d’ici peu une page fulgurante dans les annales d’un monde qui s’entredéchire pour le pire et pour le meilleur.

L’illustre poète, emporté dans une tempête fouettant à la fois l’âme et le corps avait imploré le temps de suspendre son vol.

La terre tant chantée et tant clamée dans la fureur des rimes et des vers arrachés des bougies larmoyantes, ressemblait dès lors à un paradis artificiel.

Parmi les cris et les holà, l’existence entière s’était vouée à l’implacable raison du temps.

Dans le corridor de tous ces âges qui se suivent et se bousculent, la roue de l’histoire, dans une marche victorieuse n’a jamais cessé de hurler, jetant le désarroi et l’inquiétude dans un monde pourtant solide et dominant.

Il l’est pour ces âmes baignant dans l’angoisse et livrées à des lendemains incertains.

Il l’est pour ces créatures écœurées qui partent en silence. Il l’est aussi pour ces femmes que l’on étouffe à coups de doctrines alléchantes, tonitruantes, aux voies impénétrables.

Il l’est également pour toutes ces carcasses qui voyagent dans l’indifférence et dans l’anonymat.

Une nuit qui s’en va emportant avec elle un profond émoi en regardant ces enfants qui triment pour la gloire et l’honneur des aînés.

Dans une épreuve inégale, la sueur et la morsure humaine se partagent le gain amplement mérité, largement motivé et fort bien justifié.

Pourtant notre monde est épatant, et si les yeux du monde entier ébahis par l’éclat éblouissant des millions d’étoiles ont pu voir en direct le super élan des temps modernes, beaucoup d’autres larmes furent arrachées par les feux du métal et la senteur des poudres.

Aux États-Unis, terre de science et des libertés, la nation se confronte avec ses propres idéaux.

Dans les classes, les élèves sont ciblés à mort. Dans les taudis et dans les gratte-ciel on est persuadé que le tableau et la craie ne peuvent à eux seuls fermer une prison.

Loin de consoler, le building monétaire s’enlise davantage dans des comptes et des calculs amadoués à coups de statistiques et de surenchères.

Pourtant notre monde est une grande œuvre architecturale.
Véritable don du ciel, on y trouve énormément de belles choses.
Il y a également du bonheur, il y a des vœux et des souhaits.

Dans l’attente d’une nouvelle aurore.

Dans l’attente d’un jour meilleur.

Notre monde vivra son temps. Tout son temps.

Alors autant lire du même livre en nous touchant du front.
Ainsi disait le père de la légende des siècles.

Et c’est peut-être là, le plus beau souhait pour une année qui s’en va et une nuit qui nous ouvrira ses bras et son cœur pour exécuter la valse de tous ces temps qui s’enfuient loin devant nous.

Abderrahmane Belfedhal, janvier 2013

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Istanbul

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Sezen Aksou dans Istanbul l'ancien, celui de nos rêves qui rejoignent Istanbul actuel qui garde son cachet, toute son âme, toute sa magie malgré les changements et donc en écho avec vous Mohamed Midjou pour votre bel article.Merci !

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El Hanoute / Anti Raki Hania

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Bonjour à tous, bonjour Abderrahmane et Saïd Belfedhal
J’ai cherché et au bout d’un long temps, j’ai trouvé ce texte que j’ai beaucoup apprécié et que je ramène sur le site algermiliana pour partager la nostalgie dont il est pétri, tous ces souvenirs que vous évoquez Abderrahmane et qui résonnent aussi en nous. D’abord j’ai trouvé le texte « le coiffeur » qui est plutôt l’univers des hommes et que nous, femmes, on ne connaît pas vraiment, puis il y a eu El Hanoute et là le globo, le coucoumani…., et la multitude de détails, l’atmosphère si bien rendue, éveillant mes propres images d’un temps d’il était une fois comme vous le dites m'a fait craquer, je n’ai pas hésité, c'est le Hanoute que je choisis! Merci beaucoup Abderrahmane!.


  El Hanoute
    -Wech naatilek ya weldi ?
    -Habba meska ya ammi .
    -Habba globo ya ammi .

Par la tendresse et la main de petit enfant,
par la grasse des nuits et des jours qui s’envolent paisiblement, baignant dans les arômes du livre des temps, rehaussant le blason d’il était une fois , nous allons d’ici peu reprendre le chemin des cartables en bandoulière.

Chemin faisant, on prenait grand soin de serrer nos poches afin de s’assurer que le fabuleux doro est bel et bien portant.
Nous y voila, face au grand bazar, le bazar du bonbon caramel, du coucou et du chewing-gum globo.

Si ahmed, usant de ton expression, nous accompagnerons le berceau commun jusqu’à la limite du bon accueil.
    -Wech naatilkoum yawladi ?
    -Habba meska, habba nougua, wahda rigliz
.
Ya ammi ya ammi …..il ya de cela plus de cinquante ans.
Les hanoutes offraient dans leur modestie le quart de pain, le quart de lait de vache, le petit gloria compagnon Fidel et serviteur infaillible du diner de tous les soirs : le fameux taam, ce grand couscous traditionnel.
Enfant, avec mes yeux de petit client, souvent je portais mon regard sur une étrange bande imbibée de quelque chose de collant qui, suspendue au plafond, sans crédit aucun, arpentait les espèces volantes hasardeuses et imprudentes.

En s’approchant pour y gouter de cette pâte brillante, les ailes et les pattes s’immobilisaient sans appel. Le redoutable attrape-mouches apposait avec force le cachet de la marque déposée.

Le hanoute de ammi aek vivait sa tranche de vie en exposant fièrement une illustration fort remarquable.

Suivons de prês le dessin et l’énoncé.
Un commerçant gai et souriant, assis sur une chaise à l’entrée du hanoute, tenait par la main droite une tasse de café fumant tandis que la main gauche acquiesçait l’emblème de la bienvenue.

Une dame soigneusement enveloppée dans son haik, portant un couffin garni de denrées alimentaires s’apprêtait à sortir du hanoute.
Ammi aek par la manière la plus civile annonçait la couleur : Au comptant toujours content, je vends des produits de marque.
Approchons-nous davantage du dessin et de son énoncé.

Changement de décor : Cette fois-ci l’on est en face d’un commerçant aux côtes visibles à l’œil nu Il dégageait des poches cruellement vides, laissant à l’abandon des étalages en désarroi entièrement assiégées par les toiles d’araignées. Au seuil de la porte, un pauvre chat en quête d’illusions évanouies pointait sans grand espoir de trouver une quelconque petite chose à mettre sous la dent.

Le hanoute par la manière la plus désolante criait sur tous les toits du village "à crédit pas un radis"

L’écho par la façon la plus rigide se faisait entendre terne et impassible :" il vendait des produits anonymes".

Enfant, perdant de vue le sens et la portée de cet énoncé, bien souvent la bouche bien calée dans un joli globo, je courais tout en chantant :"au comptant toujours content, à crédit pas un radis, la la la la, a crédit pas un radis, au comptant toujours content"

L’illustration découvre enfin l’objectif tant convoité
Spigol spécialité aromatique algérienne
Poivre, girofle, cannelle, cumin, muscade, vanille, piment rouge, quatre épices et vanilline

Ammi aek baignant dans la quiétude affichait les produits avec le prix d’achat et le prix de vente.

On y trouve en sus de l’alimentation générale, du pétrole, de l’alcool a brûler, du charbon, de l’huile d’olive, de l’huile en vrac, de l’huile Lesieur avec en prime une assiette en verre, des aiguilles pour coudre, du café Nizière, des piles Mazda, des piles Wonder qui ne s’usent que si l’on s’en sert, des aiguilles pour déboucher le réchaud à pétrole made in USSR, du bonus avec ses surprises, de la tomate concentrée servie à la boite ou à la cuillère selon le besoin exprimé. Le tout emballé dans le meilleur accueil.

Avec un doro, on est partie prenante pour un succulent caramel.
Je vends des produits de marque
Il vend des produits anonymes

Le monde de nos jours vit une époque de grande avancée dans les domaines de la science, de la technologie et de la performance.
Le monde de nos jours vit dans les mêmes conditions une autre avancée dans le mode des ventes et des achats, balançant sans répit, entre deux nébuleuses rivales, aux facettes multiples.

Deux concurrents de taille, deux géants dans les spots et la sponsorisation, entièrement disponibles là où le besoin se fait sentir. Je vends des produits de marque.
Il vend des produits anonymes

Le monde de nos jours vit le spectre de la limitation sans bornes.
Un constat et un verdict qui nous reviennent depuis les âges enfantins.
Il faut bien croire que l’enseignement était en avance par rapport à son temps.

Je vends des produits de marque
Il vend des produits anonymes

En regardant encore une fois le faciès de cette époque révolue
avec une note de fierté j’étale ma plume et celle de tous les temps glorieux sur les deux commerçants et la femme au haik.
Leur dénominateur commun étant l’habit traditionnel
Ils relèvent d une grande marque déposée

En évoquant la saga des hanoutes, on se rappellera toujours cette relation en or qui existait entre les ammi et les wladi, une relation qui en tout temps s’est inspiré des fondements propres d’une société bien distincte.

L’émancipation, le bien être et le confort constituent un atout majeur, leur implication dans la vie de tous les jours nous renvoie sans réserve au patrimoine légué par les anciens, par les ammi, par les wladi et par ces merveilleux bazars qui ont accompagné nos sensations mesurées aux tintements des doros et les anciens francs.

 Wech naatilek ya weldi?
 Habba meska ya weldi.
 Habba globo ya weldi.

Ya hasrah alik ya hwenti tu ne cachais point ta kanaa.
Une auto satisfaction acquise depuis des lustres tirant sa révérence d’un environnement simple mais fort bien soudé.

Ammi said, ammi salah, ammi zambli, ammi, AEK, ammi Sadek, ammi, ammi,ammi, de nos jours beaucoup de choses ont changé.
La kanaa s’est enlisée dans les sables mouvants de la concurrence déloyale et l’enrichissement sans cause.

Nos enfants s’expriment encore en terme de doro sans avoir eu l’occasion de l’avoir touché ou gardé en poche.

Un doro plus un doro et neuf fois sur dix sbah el kheir si lahcene, bonjour monsieur koucou et voila le bonheur a portée de mains
Un clin d’œil fraternel en direction du berceau commun soutenu et entretenu par deux petits enfants si doux :
si Laid,
si Ahmed,

Belfedhal Abderrahmane.

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La Casbah rêvée

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Un bijou précieux brillant de mille éclats, la Casbah! Une ballade exquise, toute en émotions, qui nous plonge non pas dans les souvenirs de son très talentueux auteur qui signe B.S, mais dans la mémoire ancienne palpitante de vie, et chatoyante de couleurs de la Casbah. La Casbah, qui échappe au temps mais pas à notre mémoire, à moins que ce ne soit l’inverse ? Un texte rare à lire doucement pour s’en imprégner pleinement et en goûter toute la saveur. Merci à son auteur !

Chaou qui est présent, heureux hasard, dans sa grande générosité nous prend délicatement par la main (normal après la chute un peu brutale), et nous porte à nouveau, de sa belle voix chaude, mélodieuse, et combien nostalgique au cœur de la Citadelle, pour notre grand bonheur, pour nous plonger, lui, dans ses souvenirs… dans nos souvenirs…

La Casbah rêvée

Puisqu'il est permis de rêver, prenons le temps de le faire. Et pour réaliser ce rêve, nous replongeons dans la première moitié du siècle dernier.


Café des sportsLe soleil matinal se fraye un chemin pour illuminer les ruelles et les venelles de la Casbah d'Alger toujours prêtes à vivre des moments très animés. On évite de programmer un itinéraire à nos pas et on se retrouve vite du côté haut de djamaâ Ketchaoua pas loin de «Dar Essadaqa».

La voix de petits enfants répétant à haute voix des versets coraniques nous attire vers la fenêtre d'un petit local. Les élèves plongés sur la «louha» récitent la «Fatiha» sous la menace du long bâton du cheikh. A quelques mètres de là, nous nous arrêtons devant le café des Sports tenu par Hadj Mahfoudh qui nous invite à repasser en soirée pour assister au concert de la jeune débutante Fadhila Dziria.

L'odeur du jasmin
Les petites vendeuses de jasmin passent de maison en maison pendant qu'à Sidi Ramdhane, le dernier des tisserands Mohamed Hamlat tape de ses pieds sur les pédales pour dessiner et aligner les couleurs du haïk commandé par une mariée de La Casbah ou une ceinture en soie de style «damma» pour un Casbadji.

Certaines femmes se préparent déjà pour aller à hammam Sidna ou hammam Fouta. Les hommes habillés en «bedîya», «seroual testifa» et «chechia kalabouch ou stamboul» se dirigent quant à eux vers «djamaâ Safir» ou «djamaâ Berkhissa» pour la prière du vendredi.
La veille, ils se sont déjà rencontrés en soirée à Sidi Abderrahmane où les «qessadine» ont mis de l'ambiance en chantant des textes religieux sur des rythmes et des airs andalous. Le petit Mahieddine Bachtarzi, qui n'a pas encore été contacté par les juifs Mouzino et Yafil, a acquis une place parmi les meilleurs «qessadine» grâce à sa belle voix. Quelques années plus tard, c'est Ahmed Serri qui passera par cette école de chant et de religion.

Mienne Casbah
Momo, le philosophe, comédien et poète passe par souk El M'kasser pour plaisanter avec les handicapés avant de lancer son inimitable et légendaire éclat de rire. Momo, qui a écrit son premier poème Mienne Casbah en 1949 ira quelques années après à Paris pour battre le record du monde de plongée en apnée. La vie de ce comédien, romancier et poète sera liée à La Casbah qu'il a tant aimée.
Il ne quittera jamais son couffin qu'il portait pour aller à «souk El M'kasser» et à «djamaâ El Yhoud» comme il ne quittera jamais sa Casbah. A «souk El Djemâa», le pianiste Skandrani assiste à la vente aux enchères qui se tient sous l'œil vigilant de «amine eddellaline». Sur la terrasse de sa maison turque, cheikh Bendebbagh donne les dernières retouches à une miniature représentant Bir Djebbah.

Lakhal El Kezadri, qui deviendra le dernier muezzin de Bouzaréah à faire l'appel à la prière sur un air andalou, donne le dernier coup de marteau sur une «qezdira» pour le transport du lait. Hamid Koptan est quant à lui dans son atelier d'ébénisterie, occupé à sculpter la porte d'une bibliothèque de style arabe.

Il profite d'un moment de repos pour offrir un «m'rioued de khol» à la petite fille de Sid Ali Ben M'rabet, le musicien qui consacrera sa vie à l'association El Mossilia.

Le méticuleux cheikh Sfaxi (Bouakkaz) regarde avec passion «sendouk el araïs» (coffre pour mariée) qu'il vient d'embellir par de jolis dessins colorés.

Invité à s'installer au village des artistes de Ryadh El Feth en 1984, Sfaxi avait refusé de quitter sa Casbah pour l'atelier moderne construit par les Canadiens. Koptan et Hamlat, qui avaient été convaincus, ont également fini par retourner à la citadelle car ils en font partie et La Casbah sans ses artisans et ses hommes n'aurait jamais été ce qu'elle fut et ce qu'elle est.

Adhan sur un air andalou
Que le temps passe vite à La Casbah. L'appel à la prière vient de tous les côtés sur des airs andalous et la plupart des muezzins dont le miniaturiste Omar Racim préfèrent lancer l'«adhan» sur les modes «ghrib» et «zidane». Il faut noter que Omar Racim n'a pu accéder à la célébrité au niveau mondial rien qu'à cause de son militantisme contre l'occupant français.
On rappellera aussi que la plupart des grands chanteurs andalous tels que Mohamed Kheznadji sont passés par l'école coranique où l'on psalmodiait sur des airs andalous.
Il est dommage que la Radio n'ait enregistré que le Blidéen Abdelkader El Bouleidi pour le Coran et Omar Racim et Ahmed Serri pour l'adhan. D'ailleurs, on ne sait même pas si l'enregistrement de Baba Amer qui est enterré à Sidi M'hamed Bouqabrine, à Belouizdad, existe toujours à la radio et à la télévision. Portant un burnous blanc, chéchia entourée d'un turban et un seroual testifa, le professeur Mohamed Benchneb s'apprête à quitter la medersa Ethaâalibia construite au début du siècle dernier pour rejoindre l'université d'Alger où il doit donner un cours aux doctorants.

Le duo Allalou-Dahmoune
Des femmes habillées en haïk quittent les mausolées de Sidi Abderrahmane et Sidi Bougdour après l'habituelle ziara de ces walis. Plus haut, dans une maison mauresque, des femmes assises sur une boukkana (banc) discutent du dernier mariage de leur voisine tout en brodant des karakous en fetla (dorure) et en écoutant une chanson de Yamna Bent El Mahdi sur un disque 78 tours tournant sur la «ghennaya» (tourne-disque à manivelle).

Au même moment, le sketch de Rachid Ksentini et Marie Soussan And el guezzana et la chanson C'est le chômage enregistrés chez Polyphone passent sur le tourne-disque de «qahouet El Ärayech». L'un des clients habitué des lieux propose d'écouter le sketch Sayyad essbaâ que jouent en duo Allalou (Sellal) et Dahmoune, disque sorti en 1928 aux éditions Columbia.

Un autre Casbadji invite les présents à venir le soir assister à la fête de mariage qu'animera le chanteur Qhiwdji, le demi-frère de Hadj M' rizek et Rouiched. Un autre les informe qu'à «Aïn M'zewqa» il y aura une autre soirée avec cheikh Nador. Après la prière du Maghreb, les travailleurs devant passer par les rues d'Alger pour allumer les lampadaires prennent le dernier café au jasmin à «qahouet El Fnardjia» avant de se disperser afin d'illuminer tout Alger.

Un fort coup de klaxon et une insulte nous ramènent au présent pour découvrir que K'hiwdji et son guenber n'est plus là. Yamna, Dahmoune, Ksentini, Mohamed Lakhal, Benm'rabet, Momo, Sfaxi et Koptan ne sont plus de ce monde. Il n'y a plus de disques de Ksentini, Allalou ou Mahieddine.

A Sidi Abderrahmane, il y a plus de mendiantes que de «zayrate» et Mohamed Bencheneb n'est plus là pour embellir par ses habits et son allure l'entrée de la medersa. Les cafés sont devenus tristes, même les soirées de Ramadhan. On n’y entend plus les belles musiques d'antan et on n'y sent plus l'odeur de jasmin. On n'a plus que le droit de rêver.

Par B. S. Publié dans Le Temps d'Algérie le 07/09/2009

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Karima Nayt l'artiste aux multiples talents

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Quand Karima Nayt, artiste algérienne aux multiples talents, entre en scène, c’est la promesse d’une expérience musicale unique ! Karima remplit l’espace de sa présence et exerce une sorte de fascination sur le public qui se retrouve tout simplement envoûté par sa voix belle, puissante, riche et modulée qui lui permet de s’adapter à divers répertoires et genres musicaux y compris l’opéra, par son langage corporel maîtrisé qui interprète de son côté chacune des modulations de sa voix, des variations musicales qui l’accompagnent formant un tout qui n’est que grâce, sensualité et harmonie, par ses textes aussi qu’elle écrit elle-même et qui traduisent sa profonde sensibilité. Karima est portée par l'amour de la vie, l'amour de l'art, l'amour de l'autre.

Spontanée et naturelle, Karima accueille avec une grande ouverture les diverses influences musicales, avec lesquels elle fusionne superbement et sans le moindre accroc. Qu'elle verse dans le classique oriental, le hawzi algérien, le fado portugais, les musiques ouest africaines, la chanson populaire française, ou le tango subtile, ce n’est que plaisir et émotion. Karima danse l’abstrait, le contemporain et l’art engagé et en arabe dialectal, en arabe classique, en français, en anglais ou encore en wolof chante l’amour, la quête spirituelle, la jeunesse marginalisée, les harragas, les injustices du monde, et tout ce qui mine le monde arabe. La manière dont Karima se présente est belle, originale, et ne fait que mettre joliment en relief sa créativité, sa plasticité, sa personnalité rebelle et combien attachante.

Je vous propose de découvrir ou redécouvrir deux pièces musicales parmi beaucoup d’autres toutes aussi belles les unes que les autres s: un premier morceau «El Djezaïr» dans lequel Karima célèbre l’Algérie où elle s’est produite en octobre 2017 à l’Opéra d’Alger, son histoire et patrimoine séculaires, ses héros et héroïnes, son peuple et leurs luttes et combats pour une Algérie libre et indépendante; un deuxième morceau intitulé «Salam» où l’on voit Karima interpréter brillamment et en véritable tragédienne l'histoire d’un fils dont la mère lui est apparue en rêve, et qu’il essaie désespérément de saisir en vain. Magnifique ! Bonne écoute.

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La Grande Bleue

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Bien sûr Zorba le Grec reste lié au film sorti en 1964. Le Sirtaki dont la musique est de Mikis Theodorakis a été composé pour les besoins du film, mais est devenu, contre toute attente, l’emblème de la Grèce aux superbes paysages, et de son peuple attachant, accueillant, chaleureux. La vidéo musicale que je vous propose nous sort du drame narré dans le roman, du film qui en fut l’adaptation, des malheurs multiples qui ont endeuillé la Grèce, pour nous offrir la saveur d’un plongeon rafraîchissant dans la Méditerranée et sa beauté unique, magique, juste histoire de prolonger en musique et en bleu azur encore un peu les vacances, encore un peu ces beaux instants d’évasion…On n’oubliera pas de noter les similitudes avec les paysages de la Belle Algérie avec sa Casbah, ses bouquets de lauriers de toutes couleurs, ses bougainvilliers qui tranchent joliment sur la blancheur des murs, l’immensité bleue de la mer qui se confond avec son ciel, et bien évidemment la chaleur de son peuple qui n’a rien à envier à celui de la Grèce ou d’ailleurs en Méditerranée…
 

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Cremilda Medina / Raio de Sol

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La musique a toujours bercé les rêves de Cremilda Medina la chanteuse cap verdienne qui a été plusieurs fois récompensée pour ses performances. Elle n’a cependant commencé à vraiment percer qu’en 2016 avec son premier single que je vous propose d’écouter. Dans cette chanson, Cremilda rend hommage à sa grand-mère (dont certaines prises de vue ressemblent à s’y méprendre à Cesaria evora) avec beaucoup de grâce, de charme et une très belle voix profonde, modulée, douce aux tendres intonations. C’est une voix jeune mais au potentiel très prometteur. Imaginer Cremilda suivre les pas de la grande diva cap verdienne Cesaria Evora n’a rien d’improbable, même si la concurrence est rude. Du style, du talent et de la fraîcheur Cremilda en a, et elle pourrait bien y arriver un jour pas trop lointain, elle chante déjà pieds nus comme la diva, alors souhaitons lui bonne chance !!

Bonne écoute !

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La Touiza de retour?

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Des initiatives heureuses qui ne sont pas sans rappeler la fameuse tawsa pratiquée dans le temps pour les nouveaux mariés par exemple. Il est bon de voir le retour de ce système traditionnel d’entraide et de solidarité presque disparu, sous forme d’associations structurées, et soutenues humainement et financièrement. Les retombées nombreuses des projets réalisés ne peuvent qu’être bénéfiques à mon sens, pour les jeunes (hommes ou femmes), pour les moins jeunes, pour la société en général, pour l’environnement. Une vitalité, une dynamique, une envie de créer, d’entreprendre salutaires pour une partie de la jeunesse désœuvrée, qui pourrait trouver à se réaliser tout en servant la communauté, des initiatives à initier, à développer, à généraliser à tous les coins d’Algérie. Peut-être est-ce une utopie, peut-être que les partenariats ont-ils un effet pervers, peut-être…, peut-être…, toujours est-il que ça me semble être un appel d’air pour la jeunesse algérienne, et ce n’est pas rien.

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Le patio / Sahra mahdoufa

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Bonjour à toutes et à tous avec une pensée spéciale à l’ami et grand frère Ferhaoui,

Aujourd’hui, j’ai décidé de vous emmener voir le patio d’une maison mauresque quelque part à Miliana. Nous y déjeunerons chez Lala Zoulikha et je ne vous dis que ça ! Nous irons ensuite aux « Variétés » à Miliana toujours, voir une comédie musicale tendre, drôle, spontanée, simple avec à l'affiche une brochette prestigieuse d'artistes bourrés de talent, de naturel, d'aisance et d'humour aussi. Si ça vous tente, alors allons-y! Ne faisons pas attendre cette adorable Lala Zoulikha!

Dans le patio…

Peu après le départ des hommes au travail, les femmes de la maison mauresque reprennent possession de leur territoire, wast eddar. Les murs blancs ornés de frises en zellige et de plinthes aux jolis motifs fleuris bleus, verts et jaunes sont baignés de la lumière matinale. Les portes s’ouvrent, les rideaux se lèvent, le linge de maison se secoue, les va-et-vient à la fontaine deviennent incessants, les seaux, bassines, et divers récipients se remplissent, se vident, se remplissent à nouveau… On lave à grande eau, on récure, on brique, on traque la moindre poussière, on prépare la pâte à pain, le repas…. C’est l’effervescence matinale habituelle faite des sons des ustensiles qui s’entrechoquent, des voix qui se saluent, demandent des nouvelles du mari, de la famille, des enfants qu’on envoie aussitôt faire des courses au marché arabe. Les femmes s’interpellent, rient, pleurent, chantent, échangent les derniers potins, se critiquent à voix basse, s’invectivent parfois, demandent à l’une ou l’autre un peu d’huile, de café, de sel… en attendant des jours meilleurs, les temps sont durs…
les marmites en terre cuite mijotent doucement sur des braseros ardents. Elles exhaleront bientôt leurs arômes irrésistibles qui viendront sournoisement titiller les odorats, faire saliver les papilles : fritures diverses de sardines, de poissons, de foie, chorba mqatfa délicieusement agrémentée de qosbor fraîchement cueilli, couscous parfumé à la cannelle, poivrons et tomates grillés, patates au flyou, berkoukess bel bergheniss, de toutes petites pâtes rondes préparées avec cette plante odorante cueillies dans les Monts du Zaccar ! Oh ! C’en est trop pour les plus gourmandes qui finissent par craquer ! « Je peux en goûter, juste goûter ? » ! Lla Zoulikha, la voisine qui habite un appartement de deux pièces à l’étage, est celle qui cuisine le mieux. Sucré comme salé. De la sfirya à la rechta, en passant par les délicieux salamoun spécialité de confiture de coings typiquement milianaise, ou des baqlawa fines et croustillantes. Wehd el benna ! Tout n’est que délicatesse et raffinement. Hlima, la jeune mariée, a bien de la chance, elle goûtera à tous les plats pour peu qu’elle en ait envie. Elle est enceinte et une femme qui attend un bébé ne doit jamais connaître de frustration, l’enfant en porterait les stigmates. Au milieu de cette effervescence, on entend soudain un toussotement dans la sqifa. Qui cela peut-il bien être ? C’est assez inhabituel à cette heure matinale, les hommes sont tous partis au travail. Le silence se fait, on tend l’oreille… un bruit de pas qui s’arrête, puis une voix masculine grave se fait entendre « Triiiig ». Yamna, Aïcha, Zohra, Khedidja, Houria, Tamani, Zoulikha se précipitent chez elles, ferment portes et fenêtres. Le patio est à nouveau silencieux, désert… Le voisin peut l’emprunter pour rentrer chez lui. C’est Amar, le mari de Khedidja qui est revenu pour repartir aussitôt sans oublier de toussoter à nouveau.

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