Facebook the green dressing 3 Images 4

Le coin de Meskellil

Cremilda Medina / Raio de Sol

______________________________

La musique a toujours bercé les rêves de Cremilda Medina la chanteuse cap verdienne qui a été plusieurs fois récompensée pour ses performances. Elle n’a cependant commencé à vraiment percer qu’en 2016 avec son premier single que je vous propose d’écouter. Dans cette chanson, Cremilda rend hommage à sa grand-mère (dont certaines prises de vue ressemblent à s’y méprendre à Cesaria evora) avec beaucoup de grâce, de charme et une très belle voix profonde, modulée, douce aux tendres intonations. C’est une voix jeune mais au potentiel très prometteur. Imaginer Cremilda suivre les pas de la grande diva cap verdienne Cesaria Evora n’a rien d’improbable, même si la concurrence est rude. Du style, du talent et de la fraîcheur Cremilda en a, et elle pourrait bien y arriver un jour pas trop lointain, elle chante déjà pieds nus comme la diva, alors souhaitons lui bonne chance !!

Bonne écoute !

Lire la suite

La Touiza de retour?

__________________________

Des initiatives heureuses qui ne sont pas sans rappeler la fameuse tawsa pratiquée dans le temps pour les nouveaux mariés par exemple. Il est bon de voir le retour de ce système traditionnel d’entraide et de solidarité presque disparu, sous forme d’associations structurées, et soutenues humainement et financièrement. Les retombées nombreuses des projets réalisés ne peuvent qu’être bénéfiques à mon sens, pour les jeunes (hommes ou femmes), pour les moins jeunes, pour la société en général, pour l’environnement. Une vitalité, une dynamique, une envie de créer, d’entreprendre salutaires pour une partie de la jeunesse désœuvrée, qui pourrait trouver à se réaliser tout en servant la communauté, des initiatives à initier, à développer, à généraliser à tous les coins d’Algérie. Peut-être est-ce une utopie, peut-être que les partenariats ont-ils un effet pervers, peut-être…, peut-être…, toujours est-il que ça me semble être un appel d’air pour la jeunesse algérienne, et ce n’est pas rien.

Lire la suite

Le patio / Sahra mahdoufa

_____________________________________________

Bonjour à toutes et à tous avec une pensée spéciale à l’ami et grand frère Ferhaoui,

Aujourd’hui, j’ai décidé de vous emmener voir le patio d’une maison mauresque quelque part à Miliana. Nous y déjeunerons chez Lala Zoulikha et je ne vous dis que ça ! Nous irons ensuite aux « Variétés » à Miliana toujours, voir une comédie musicale tendre, drôle, spontanée, simple avec à l'affiche une brochette prestigieuse d'artistes bourrés de talent, de naturel, d'aisance et d'humour aussi. Si ça vous tente, alors allons-y! Ne faisons pas attendre cette adorable Lala Zoulikha!

Dans le patio…

Peu après le départ des hommes au travail, les femmes de la maison mauresque reprennent possession de leur territoire, wast eddar. Les murs blancs ornés de frises en zellige et de plinthes aux jolis motifs fleuris bleus, verts et jaunes sont baignés de la lumière matinale. Les portes s’ouvrent, les rideaux se lèvent, le linge de maison se secoue, les va-et-vient à la fontaine deviennent incessants, les seaux, bassines, et divers récipients se remplissent, se vident, se remplissent à nouveau… On lave à grande eau, on récure, on brique, on traque la moindre poussière, on prépare la pâte à pain, le repas…. C’est l’effervescence matinale habituelle faite des sons des ustensiles qui s’entrechoquent, des voix qui se saluent, demandent des nouvelles du mari, de la famille, des enfants qu’on envoie aussitôt faire des courses au marché arabe. Les femmes s’interpellent, rient, pleurent, chantent, échangent les derniers potins, se critiquent à voix basse, s’invectivent parfois, demandent à l’une ou l’autre un peu d’huile, de café, de sel… en attendant des jours meilleurs, les temps sont durs…
les marmites en terre cuite mijotent doucement sur des braseros ardents. Elles exhaleront bientôt leurs arômes irrésistibles qui viendront sournoisement titiller les odorats, faire saliver les papilles : fritures diverses de sardines, de poissons, de foie, chorba mqatfa délicieusement agrémentée de qosbor fraîchement cueilli, couscous parfumé à la cannelle, poivrons et tomates grillés, patates au flyou, berkoukess bel bergheniss, de toutes petites pâtes rondes préparées avec cette plante odorante cueillies dans les Monts du Zaccar ! Oh ! C’en est trop pour les plus gourmandes qui finissent par craquer ! « Je peux en goûter, juste goûter ? » ! Lla Zoulikha, la voisine qui habite un appartement de deux pièces à l’étage, est celle qui cuisine le mieux. Sucré comme salé. De la sfirya à la rechta, en passant par les délicieux salamoun spécialité de confiture de coings typiquement milianaise, ou des baqlawa fines et croustillantes. Wehd el benna ! Tout n’est que délicatesse et raffinement. Hlima, la jeune mariée, a bien de la chance, elle goûtera à tous les plats pour peu qu’elle en ait envie. Elle est enceinte et une femme qui attend un bébé ne doit jamais connaître de frustration, l’enfant en porterait les stigmates. Au milieu de cette effervescence, on entend soudain un toussotement dans la sqifa. Qui cela peut-il bien être ? C’est assez inhabituel à cette heure matinale, les hommes sont tous partis au travail. Le silence se fait, on tend l’oreille… un bruit de pas qui s’arrête, puis une voix masculine grave se fait entendre « Triiiig ». Yamna, Aïcha, Zohra, Khedidja, Houria, Tamani, Zoulikha se précipitent chez elles, ferment portes et fenêtres. Le patio est à nouveau silencieux, désert… Le voisin peut l’emprunter pour rentrer chez lui. C’est Amar, le mari de Khedidja qui est revenu pour repartir aussitôt sans oublier de toussoter à nouveau.

Lire la suite

Kajeem / Bafaman

____________________________________

Kajeem est un artiste ivoirien militant (pour changer !!) s’exprimant en français, en anglais, en espagnol et en baoulé, sa langue maternelle pour dire ses textes à la portée universelle. Promis à une carrière diplomatique, il s'engage plutôt sur la musique pendant ses études, et une fois sa Maitrise de Lettres en poche, il s'y consacrera complètement. Ses textes portent le déchirement de son pays, mais aussi les maux de notre société.

Outre son implication forte dans le tissu associatif abidjanais dans divers projets d'éducation et de développement, il anime aussi des ateliers d’écriture musicale axés sur le Rap en direction des jeunes en difficulté. En 2007, il apparaitra sur la compilation « Décolonisons ! », soutiendra le projet de l’association "Survie" qui se positionne contre la Françafrique (on remarquera le « F » majuscule pour un pays et le « a » minuscule pour tout un continent !), et donnera à cette occasion un concert mémorable à Paris. Kajeem est de toutes les luttes, de tous les combats, les titres de ses albums en sont l'illustration. « Qui a intérêt ? » sera présenté comme l’album le plus abouti par les spécialistes, et sacré "meilleur album reggae 2008" en Côte d’Ivoire.

La très belle vidéo Bafaman que je vous propose d’écouter et de regarder est extraite de son album "Gardien du feu" sorti en novembre 2016, et a été tournée sur le site de l'ex village rasta de Vridi en Côte d’Ivoire. Kajeem nous offre un reggae digne de Marley! Il met tout de suite du soleil au cœur en dépit de la misère...

Lire la suite

Yal El Moutchou...!

_____________________________________

Un texte succulent qui nous plonge sans égards dans bit skhoune et toute l’effervescence qui y règne. C’est plutôt le hammam côté hommes, que l’on ne connait pas très bien nous autres femmes, et donc grand merci à son auteur Abderrahmane Belfedhal d’avoir ouvert la lourde porte en bois, qu’une grosse boule en fer referme vite pour garder la chaleur de bit skhoune et éviter les courants d’air! Un système simple et très ingénieux du reste !

Un texte vivant, énergique, qui restitue superbement et avec beaucoup d'humour, de tendresse, et de nostalgie aussi cette atmosphère feutrée, estompée de bit skhoune dont nous avons tous de fidèles répliques. Yal moutchou, djibenna gouizza barda, yerham echikh !

Bonne lecture!


A tous ceux qui, un jour, avaient franchi le seuil de Bit Skhoune, usant de Karkabou et de Dkhoul

A tous les moutchous et les kayesses pour avoir au fil des temps soutenu, tambour battant, la saga des bains mauresques.

Je dédie ce passage.

Trézel, Sougeur c’est revivre avec le baroud d’honneur la longue traversée des bains mauresques dans leur architecture typique et les lampes étanches qui dévoilaient à peine les fronts et les visages ruisselants, noyés dans un brouhaha confus et indéfini.
Les voix se succèdent, se confondent et s’entremêlent dans une atmosphère rappelant somme toute l’ambiance des galères des matelots en furia. Il vous arrive, en pareille situation, d’intercepter un SOS se profilant sur le sol brûlant, maquillé d’une vapeur compacte à couper le souffle. Prenez mes chers amis votre patience en gaieté de cœur et traduisez ces sms tirant leur trait d’union de la tragédie cornélienne :

-"yal moutchou , yerham waldik chwiya ma bared"

-“yal moutchou , belaa el bab , jib dop , jib dkhoul

- yal moutchou ayat lel kayess”

Une voix au timbre presque suppliant:

-" yal moutchou , sadaka ala el walidin , jib elkarkabou, karaya tabou "

Une autre voix à peine audible, une autre encore de quelqu’un bien que frappant le sol à l’aide d’un Kotti, donnait l’allure d’un égaré dans une île déserte. En pareille situation, la force n’est désormais qu’une toute petite flamme.

La porte donnant accès sur Bit Skhoune, à chaque ouverture laissait pivoter une boule de fer massif fixée à une poulie qui, mise en mouvement, remettait la porte dans sa position initiale et empêchait de la sorte l’infiltration de courant froid. Enfant, je ne cessais pas de porter mon regard sur cette boule étrange qui renvoyait mon imagination de façon franche et directe sur les époques Grecques et Romaines, là ou les cachots assommés par les ténèbres et les bruits de chaînes ne manquaient pas de loques humaines.

El moutchou , les bras chargés de longues serviettes , d’un geste mécanique et décidé, s’empoigne de son client, rouge-vif, l’engouffre dans le Dkhoul et dans une galanterie parfois peu singulière, le prie illico-presto de regagner le lit royal.

Le lit royal est une sorte de plan dur réalisé à partir de planches de bois assez serrées, couvert d’un tissu permettait au sortant de Bit Skhoune de sécher et de goûter le plein repos dans une attitude de grande relaxe , de détente et de sérénité. La grande salle, disposant de plusieurs lits alignés tout autour du périmètre intérieur du bain, tenait lieu de cafeteria. Café au chih et thé Bounejma, engorgés d’arome, s’ajoutaient gaiement au repos du Corps et de l’esprit.

Les bouteilles de limonade plongées dans un grand couffin, baignant en douce au milieu des pans de glaces, se rafraichissaient au mieux dans l’attente d’être servies. Judor, à la pulpe d’or, était incontestablement la plus convoitée.

A cette époque, Trezel comptait dans son patrimoine foncier deux bains maures. Le plus vieux, vivant a ce jour, est exploité par les Ouled Belkheir. Le deuxième ayant passé l’arme a gauche était exploité par les Ouled Khelif. De nos jours et bien que les coups de la concurrence soient tenaces, le vieux bain continue à braver les temps en s’accrochant énergiquement à la Baraka des anciens. Les deux bains, en cette frange de temps que nous citons, servaient aussi à dégraisser les Lhoufs et les Jridis que ramenaient les Trézeliennes à l’occasion de leur mise en beauté.

L’après -midi, rayonnantes, elles rentraient chez elles, avec le linge propre, sec et admirablement repassé à la main, sans alliance aucune avec quelque appareil que ce soit. Ce fut un temps. Un temps merveilleux.

Si Laid, Si Ahmed, Si Taher, Si Driss (un clin d’œil à mon ancien collègue de travail) et toutes les plumes Ain-dzaritoises, allons de ce pas saluer l’honorable MOUTCHOU pour les tâches accomplies tant il était exposé aux chocs thermiques.

De Bit Skhoune au lit royal, c’est là, l’une des plus belles romances baignant entre le chaud et la fraicheur . Bared w skhoune ya hawa, c’est plus que le titre d’une chanson aux sentiments controversés, c’est un label. C’est une philosophie. C’est un acte et une référence.

El Kayasse bonjour

C’est en fait le personnage le plus influant dans l’équipe du bain. Il l’est beaucoup plus par le gant qu’il utilise dans son œuvre de lavage. Le gant est rude, le gant est sec, le gant est foudroyant. A juste cause et à juste titre on l’appelait "El Harcha". EL kayasse, calme et serein, dans une attitude de grand fakir, abordait son travail sans trop de peine. Les gestes et les mouvements dans un rythme cadencé relevaient d’une véritable symphonie mesurée aux trois temps:

-Vlan la tête
-Vlan le corps
-Hop hop et voilà les pieds au flan.

Éreinté, rescapé à moitié, le baigneur baignant baigné est aussitôt recommandé à la grâce du moutchou qui, pour les commodités du séchoir le remet à son tour aux bons soins du masseur Ce dernier en véritable maitre du Yoga marquera la fin du parcours.

Par ces motifs et pour ces raisons justifiables et justifiées, il m’arrivait de dévier le sens des aiguilles. Sitôt prémédité, sitôt exécuté, j’entamais alors une plaidoirie fracassante en l’honneur du bain. J’insistais particulièrement sur ces moments entachés de grande extase une fois entouré par les gai-lurons El moutchou, El kayasse et El masseur, sans toutefois oublier cette sensation inouïe propulsée par la kyassa. Ces avantages en réalité ne sont plus à démontrer tant cette plaidoirie était de forme, relevant totalement de la fiction. Le fond des choses, le réel des choses, le naturel des choses étant finalement une autre chose. Il s’agissait de récupérer coûte que coûte les quelques centimes réservés en principe à la caisse du bain et s’envoler sans tarder vers l’obscurité la plus attrayante dans la salle la plus romanesque: Silimet Lahcen, haut lieu d’évasion et d’exploration des temps nantis. Cependant, cela ne réussissait pas à tous les coups.

Par une belle nuit étoilée, de retour à la maison, simulant une fatigue bien appliquée en apparence, je me retrouvais nez a nez avec mon frère AEK, les mains bien fixées sur les hanches, exhibant des yeux en parfaite ébullition, relevant un front porteur des trois plis de la colère et me dit en substance :

-YA SIDI BSAHTEK TAHMIMA !

Lire sans détour: diable mais où est donc ce maudit bain ?

Jouant l’étonné, face a un subterfuge démasqué à l’avance je répondis :

-Mais bien sur que j ai été au bain.

Au fond de moi-même, je me rendis à l’évidence qu’acquérir une place de soleil au cinéma, ou pulvériser sa crasse, il ya quand même une nette distance ! L’absence de propreté apparente et l’inexistence de la moindre odeur susceptible de rappeler un passage via bit skhoune furent un alibi solide, pour que je sois franc candidat a une correction en règle. Enfant, je n’ai jamais regretté ces audaces de jeunesse car jugeant en dernier ressort que l’enjeu en valait les prunes et la chandelle.

Il y a de cela une bien bonne trotte de vie… et viva le ciné-Nador.

Abderrahmane Belfedhal

Lire la suite

Khadja Nin / Wale Watu

__________________________

A l’aune de la fusion Monsanto et Bayer ou la création de la plus grande entreprise intégrée au monde dans le domaine des pesticides et des semences. Les noces les plus funestes du siècle ou l’échec patent du système agro-alimentaire actuel « qui avait abandonné une agriculture durable, rurale, axée sur la production d’aliments sains, locaux, diversifiés et saisonniers. » et qui est la cause principale de la violation du droit des hommes à l’alimentation.

L’annonce de cette fusion sonne comme l’aval à une surexploitation encore plus féroce des ressources naturelles pour le bénéfice de quelques-uns. Monsanto est en effet une multinationale qui « défend un modèle insoutenable d’abus, de redevances, de dépendance aux produits agrochimiques, socialement pervers, et nuisibles à la santé et à l’environnement » rappellent les opposants à cette fusion. « Du berceau au tombeau, ceux qui nous empoisonnent nous vendront aussi leurs médicaments pour nous guérir » comme le souligne avec ironie José Bové du mouvement Écologie. et combien il a raison !!

Lire la suite

Hommage aux mamans

_______________________________________

En cette journée qui célèbre les mamans, cette qaâda avec Fadhila et Meriem accompagnée de mes pensées les plus profondes, les plus tendres, et les plus affectueuses à ma mère qui aime tant les chansons d’antan...

Bonne fête à toutes les mamans jeunes ou moins jeunes, une longue vie avec beaucoup de joies, de bonheurs, de santé, de sourires et de rires. Une pensée triste pour celles qui sont déjà parties Allah yerhamhoum we iwassa3 .lihoum.

Lire la suite

Henri Dikongué / C’est la vie

________________________________

A son apparition sur la scène musicale, Henri Dikongué est célébré par tous comme un auteur compositeur d’une rare finesse. Aussi bien sa voix, ses textes que ses mélodies l’inscrivent dans une tradition folk africaine qui revisite avec talent les cultures ancestrales des chants de pêcheurs ou des musiciens-voyageurs. Henri Dikongué est camerounais, issu d’une famille de musiciens dont il apprend les rudiments auprès de son oncle pour la guitare son instrument de prédilection et auprès de sa grand-mère dans une chorale protestante. Il s’est inscrit à l’école normale de musique à Paris alors que ses parents l’avaient envoyé faire du droit. N’arrivant pas à percer en musique, il créé une troupe théâtrale Masques et Tam-Tam, ce qui lui permet de faire du théâtre et de la musique. D’un musicien à l’autre et d’une troupe à l’autre, Henri Dikongué finit par choisir de s’installer à Paris carrefour de la musique africaine et la World Music. Il travaille aux côtés de grands noms tels Manu Dibango ou Papa Wemba. Henri Dikongué continue à écrire des textes. Tenace, Henri Dikongué qui continue à écrire des textes, ne désespère pas d'arriver à sortir son disque.

L’album "C’est la vie" fut classé premier au World Music Chart Europe en janvier 1998. C’est Jean-Michel Blanc, artiste peintre qui a écrit le texte de la chanson « C’est la vie », qui fut classée vingtième meilleure rotation dans le monde francophone en 1997/1998.

Lire la suite

LES TRABENDISTES

 

_________________________° ° ° ° ° ° ° ° ° ° ° _________________________

Un texte lumineux, succulent que je souhaitais partager. Des personnages ordinaires, pris dans la tourmente de l’Histoire de l’Algérie, des Histoires de l’Algérie. Magnifique, sublime de justesse, de tendresse, de sensibilité, d’amour, de souffrance, de tristesse, de combat, mais d’espoir aussi. Bonne lecture si le cœur vous en dit !

Les trabendistes

« Un texte de 2001 sur Alger et ses dilemmes identitaires et culturels »
« Texte sur Alger écrit en 2001 pour La pensée de Midi, tel que je sentais la ville et son passé dramatique à cette date et face, déjà, au retour de la vieille thèse d’un Autre qui nous rejette plus dans une humanité différente, qu’elle n’accepte la réalité d’une même mais si diverse humanité. La suite vous la connaissez par le retour triomphal de l'essentialisme de pacotille des philosophes cathodiques. »

Mohamed Bouhamidi.


Notre rencontre se déroula dans l’aléa absolu d’un lieu sans mémoire et d’un temps déchiré.

Bien peu se souviennent encore que le lieu (la Maison de la presse) fut une caserne.

A mi-parcours, le mois de jeûne soumettait les hommes à des calendriers et des horaires somnambules. Il fallait qu’il adapte son activité aux horaires du ramadan, mais continuait à vivre en décembre. Il voulait rencontrer des Algériens sur leur terrain et ne se retrouvait que sur des lieux construits par les Français.

En recevant l’ami d’Alger, je me rendais compte qu’elle n’était plus forcément ma seule demeure et que je n’y avais rien que je tienne en propre à lui offrir. Ici, se dressait une caserne, adossée à une autre caserne et reliée, sur une longue ligne qui montait de Belcourt vers El-Biar, à d’autres casernes ; l’une détruite pour laisser place à la piscine du 1er-Mai et au Bazar, l’autre cédée à l’Institut de médecine. Le tout, à l’époque, entourait, près de l’hôpital Mustapha-Bacha, un espace vide où les soldats exécutaient leurs manœuvres. Champ de Manœuvres, qui ouvrait ou couvrait la zone industrielle et un important accès au port : le canon près des ouvriers et des marins, cela sentait plus l’urbanisme français échaudé par les insurrections parisiennes, que notre héritage turc et berbère livré aux ruelles lascives. Cette ligne annonçait le quartier de Belcourt, immense espace d’usines et d’ateliers que coupait la fraîcheur du Jardin d’Essai et que clôturaient les abattoirs du Ruisseau. Quartier partagé, presque côte à côte jusqu’à l’indépendance, par Pieds-Noirs et Algériens. Ma mémoire n’est plus hantée que par les souvenirs des ateliers ou des Halles aujourd’hui disparus, et avec eux les slogans syndicaux sur lesquels j’apprenais à lire sans comprendre "nos 3 000 francs" et dont, pour cette raison paradoxale, j’allais me souvenir.

Tout à l’heure, Thierry parti à ses occupations coincées par l’horizon de la prière du couchant qui nous autorisera à manger, je repasserai devant le Bazar. La lune du ramadan en est à sa deuxième moitié, et le mois de jeûne, rituel et profond renouvellement de la soumission du musulman à la Loi, se termine par un don de vêtements neufs aux enfants. Il est temps pour les achats. Pour l’heure, les pères regarderont les produits. Certains achèteront tout seuls, d’autres reviendront avec femme et enfants, d’autres encore, mais bien rares, laisseront la tâche aux seules mères. Pères, mères ou enfants vont passer devant une invraisemblable et interminable exposition de tissus, de chiffons, de vestes, de pantalons et, par-dessus tout, d’adorables robes de fillettes, d’irrésistibles ensembles de garçonnets, et devant une profusion de souliers, de tous genres, de tous pays, de toutes qualités. Les vendeurs seront là à vous préciser leur provenance dans cette pacifique jungle de produits suspendus à des tringles mobiles, à des cintres, posés sur des étagères très pratiques, dans une compétition d’agencements artistiques, presque chatoyants, n’étaient-ce les couleurs mates des jeans ou des effets d’adultes. Ils ne rivalisent pas moins dans le bagout, l’art d’annoncer le prix et le sacrifice que vous leur ferez faire en obtenant une réduction qu’ils vous consentent déjà : le plaisir des enfants, n’est-ce pas, ils savent ce que c’est. Nouvelle race de marchands pugnaces et s’assumant. Ils nous guérissent tous les jours de ces années de magasins tristes que tenaient mal des commerçants nés du hasard des commerces laissés vacants par les Français. Chaque année passait comme une érosion des vitrines, des façades, des savoir-faire, des produits, des visages et de l’accueil. Immense et si blessante arrogance d’arrivistes sortis du Loto, assumant mal les petites servitudes du métier de commerçant. Tout avait fini par ressembler à de la grisaille sur les devantures et les vitrines, la pression de la demande exemptant les commerçants de tout effort. Même les cafetiers avaient fini par gâcher le métier, et partout disparaissaient les tables et les chaises pour laisser place à d’immenses salles hostiles, aménagées pour faire du soda ou du thé une expéditive satisfaction du besoin. Il fallait avoir vraiment besoin d’un café ou d’un soda pour entrer dans ces halls agressifs et inhospitaliers. Nous n’avions plus que la nostalgie des longues palabres et le souvenir d’une antique et chantante devise : "Le cafetier te vend son eau, son bois et sa parole sucrée."

Tout semblait voué à cette grise médiocrité. La suppression de la nécessité d’une autorisation de sortie, accompagnée de l’octroi d’une allocation touristique en devises, aux orées des années quatre-vingt, n’allait pas améliorer les choses. Les jeunes, enfin libres de faire leur premier voyage avec un vrai pécule et avant que le visa vienne leur fermer l’espace au nord de la Méditerranée, rassemblèrent des sous comme ils purent et firent la traversée. Sur le bateau, des pères de famille, plus futés que d’autres, embarquaient avec eux femmes et marmaille pour prendre leurs parts d’allocation. A Marseille, les enfants et les mères rembarqueront, laissant aux pères la cagnotte et une interminable liste d’achats. Certains prenaient l’avion, mais à l’usage, le bateau s’avérait très commode. La pleine journée du voyage laissait le temps de nouer une conversation, de repérer un voyageur qui pouvait leur sortir un cabas, les émigrés refusaient rarement de rendre service.
Très vite, ces premiers voyages leur donnèrent l’idée du commerce. Ils s’organisèrent. La suppression de l’allocation devises et plus tard l’instauration du visa ouvrirent toute grande la porte à une sorte de professionnalisation de ce petit négoce. Il fallait juste inventer le nom du nouveau métier et il arriva plutôt d’Oran : le trabendo, curieuse contraction du mot "contrebande". Les plus intelligents des jeunes happés par le chômage allaient pénétrer tous les secrets de l’échange, du taux des monnaies aux coûts du transport, de la géographie des places commerciales à la guerre des prix. Dix ans durant, ils se firent la main à passer les douanes, à se faire la concurrence, à élargir leurs zones d’achats et de voyages. Ils restaient de sympathiques pionniers sans soutien et sans piston, des self-made-men d’un genre nouveau ; et si, parfois, certains perdirent beaucoup dans un passage de douane, en gros ils tinrent le coup. Ils devinrent pour moi une intense curiosité, ces gosses pacifiques qui poussaient à des cimes leur art de ne pas se faire d’ennemis. Ils créèrent un langage nouveau et expéditif, tournant autour de quelques mots essentiels, dont la finalité était d’éloigner les malentendus ou toute raison de dispute. Mais leur plus belle invention, celle qui résume leur métier, reste le terme de t’chipa, qui désigne la part qui doit revenir à un quelconque des protagonistes ou intervenants. T’chipa désigne le jeton qu’achètent les joueurs de poker en début de partie ; leur métier est à risque et souvent ils jouaient leur passage au hasard des dés.

Pendant dix à douze ans, leur travail resta complètement souterrain, underground, comme le raï ou les chansons de Dahmane el-Harrachi. Autour de l’année 1992, dans mon vieux quartier bouffé par la grisaille des vitrines et à moitié détruit pour un rêve de gouvernants, le rêve d’un grand centre d’affaires, timidement des magasins fermèrent, le temps d’une réparation. Tout était gratté, puis les murs se couvrirent de faïences, les dalles de sol remplacèrent les antiques carrelages, les vitrines s’embellirent et la menuiserie métallique permit quelques audaces. Le mouvement mit du temps à s’accélérer, mais, pendant que le pays s’enfonçait dans des décomptes macabres et les pires massacres, des jeunes trabendistes qui avaient amassé quelque argent achetaient ou louaient des magasins qu’ils rénovaient. Il faut que je le dise à Thierry, que ce mouvement de retrouvailles avec le métier du commerce, je ne l’ai compris que sur le tard, quand il devint évident pour tous que la bonne tenue des locaux jouait un rôle d’appel. Ils avaient ainsi assimilé plus que les coûts et les profits, ils ramenaient une citadinité toute fraîche, qui rend leur plaisir aux souks et aux vitrines, une vie qui mit longtemps à prendre forme, de la pizzeria de Mac Nounou [1]aux petits cafés où vous servaient à table des jeunes filles, des magasins complètement tenus par des femmes à ceux que tiennent, ensemble, frères et sœurs. Des lieux où ils ont tout fait eux-mêmes juste en passant d’un pays à un autre ; et si, sur quelques trottoirs de la ville, d’autres jeunes, sans chance de visa, ont installé sur le sol des livres à vendre, le tout commence à donner une identité à la ville qui a failli se trouver en déshérence.

Ni ce soir, ni demain, Keltoum, que j’ai laissée derrière moi à la Maison de la presse, ne viendra acheter de vêtements pour la fête. Elle avait donné à Zinou les parfums de sa peau au sortir du bain, quand, dans l’affolement des senteurs, l’homme se perdit entre l’odeur de la femme aimée et celle du jasmin ; lui avait offert les essences de la mer dans le sel encore iodé et la lumière du soleil accrochée à ses teints bronzés. Et ils se perdirent à deux dans les teints de grand vent de cette femme héritière de l’air diaphane de la montagne qui a vu naître ses parents. Keltoum portait à peine son regard sur leur amour, elle dont les yeux au vert profond d’olive au grand soleil d’été s’attendrissaient aux lumières plus douces, pour tourner au noisette effrayé d’un écureuil en hiver.

Elle lui avait tendu sa main de sportive entre un entraînement et un match, et rien ne comptait pour elle, à l’époque et à son âge, que le trouble profond du sentiment naissant qui l’agitait, que cette vie à deux choisie et voulue en dehors des règles rassurantes des ancêtres. Ils en étaient à inventer leur couple et à le bâtir sur les valeurs de l’amour encore mal explorées dans notre société, quand Zinou bifurqua vers le journalisme par goût pour le sport. Rien, absolument rien, dans cette célébration de la vie ne pouvait appeler à la haine ; pourtant, en sortant d’un logement qu’ils avaient trouvé à Blida, si loin de leur ville natale, Alger, des hommes tirèrent sur Zinou. Keltoum le pleura, et, sur la terre où on l’a mis, elle se mit à le rechercher dans les ombres, les formes, les couleurs, les lumières, et chaque pas lui rappela ses traces. Elle resta longtemps, la nuit, à le chercher à ses côtés avant de s’habituer à sa définitive absence, et des mois durant, il lui arrivait d’oublier, elle se surprenait à le chercher derrière les portes et au bout des chambres ou l’appelait et s’en mordait les lèvres.

Zinou n’était plus là. Et dans sa souffrance, sa terrible souffrance, dans son âme déchirée, elle le prenait dans ses bras pour une dernière caresse, une dernière consolation, un dernier secours à son aimé. Lui revenait, comme le torrent du feu, le bonheur qu’elle connut à le nommer, à le toucher, à le regarder, à l’écouter, à fermer ses yeux sur son image, à le mouiller de son eau de mer, à le voir abandonné au sommeil. Le coup ressembla à un coup du sort, pour elle comme pour des milliers d’Algériens torturés par la question de savoir pourquoi eux, pourquoi la mort.

Au plus profond de la douleur – quand il ne reste que le goût du sable et de la terre au fond de la bouche, quand les yeux se fatiguent de leurs propres larmes et qu’elles resurgissent abondantes, que seul le désir de la mort vous permet d’espérer l’oubli – Keltoum se leva. Elle rendit visite à la tombe et rejoignit les hommes et les femmes qui avaient perdu les leurs et ne voulaient pas de leur mort. Elle se mit à se battre pour la mémoire de Zinou, pas celle qui fleurit seulement les tombes, mais celle qui célèbre le souvenir. Et cette femme, dont chacun de ses traits racés lui construit une beauté paradoxalement évidente et discrète, pour crier justice, occupa alors la rue, espace interdit aux femmes, condamnées à n’y passer qu’en fantômes enveloppés de blanc ou de noir. Alors, Keltoum et les autres femmes, mères, épouses, sœurs, filles, arrachent Alger à son passé et lui construisent une féminité de l’espace, une mixité de l’amour et du combat, dernière défaite des assassins qui leur déniaient jusqu’à leur humanité.

Les passants jetaient un regard. Cette présence des femmes leur était devenue ordinaire. Vers la rue des Libérés, des jeunes filles, cheveux dénoués au vent, en jean affolé sur leurs hanches, aux poitrines arrogantes, marchaient en riant. Ne me rendez surtout pas Alger de mon enfance, j’aime cet Alger-là, de Keltoum et des trabendistes, des filles rieuses et provocantes, car enfin il me semble que j’ai un lieu où te recevoir, Thierry, qui ne soit ni croisé ni chargé de notre histoire ; qui ne soit ni évanescent sous mes pas ni passif sous les coups du sort.
Alors je m’accroche au train de ces jeunes et de ces femmes pour passer les portes que m’ouvrent leurs clés, passe-partout de l’histoire qu’ils dérobent aux regards glauques des pouvoirs.

Car, vois-tu, aimer en cette ville ou en faire l’histoire, c’est toujours passer la vie en contrebande, sous le nez des puissants et des vigiles.

Et par la grâce de ces cheminements souterrains, j’ai enfin un lieu où te recevoir pour célébrer notre tellement diverse et si semblable humanité.

Réédité en mai 2016

BDS et Fleurs d’amandier

__________________________________________

BDS le mouvement de Boycott Désinvestissement et Sanctions a été officiellement nominé pour le prix Nobel de la Paix 2018. Bien sûr, cela ne signifie pas que la paix revient au Moyen Orient, ou que le peuple Palestinien jouira de ses droits humains les plus élémentaires et plus encore, ou d’une paix juste et digne. Cette nomination réjouit cependant les cœurs et les esprits par sa symbolique, une brise légère d’espoir pour le peuple Palestinien, pour tous les peuples en lutte pour leur liberté, leur dignité. C’est également une grande réjouissance que les citoyens Palestiniens et les citoyens du Monde soient nominés à ce prix Nobel de la Paix grâce à leurs actions pacifiques mais néanmoins très actives, un mouvement qui s'amplifie de jour en jour. Ce n’est certes pas une lame de fond, mais tout de même des flots suffisamment tumultueux pour qu’Israël, les États-Unis et d’autres tentent d'endiguer en criminalisant BDS. Le prix Nobel de la Paix n’est pas encore gagné et la route de la lutte et de la résistance demeure longue, très longue… seulement le chemin de la lutte, de l’espoir bien qu’escarpé, accidenté est bien là aussi. Mahmoud Derwich, le poète Palestinien disait que la poésie de la résistance n'est pas uniquement militante, elle est aussi une poésie qui parle de vie, d’humanité, d’amour, de beauté, de liberté, de rêve, de fraternité, de solidarité, des choses simples de la vie dont le peuple Palestinien est privé…

Une réponse à la guerre parce que cette poésie est résistance aussi, est une attente ardente du peuple Palestinien auquel le poète a répondu parce qu'"une poésie sans rêve tombe dans l’immédiat ". Et une belle rencontre entre Mahmoud Darwich et son peuple a fleuri, comme fleurit le symbole, l'espoir que fait naître cette nomination de BDS au prix Nobel de la Paix.

Je vous propose une de ces magnifiques poésies, extraite du recueil « Comme des fleurs d’amandier ou plus loin » de Mahmoud Derwich, traduite de l’arabe par Elias Sanbar. Les amandiers sont en fleurs aussi en Algérie, à Miliana... amandiers, oliviers, cerisiers…. Fragilité et robustesse, beauté et délicatesse. Un univers de poésie, des vagues d'émotions, et la profondeur d’une sensibilité à fleur de peau, à fleur de vie. Tel était et tel restera Mahmoud Derwich avec sa sublime poésie.

Lire la suite