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Brève histoire du voile

0207 voileDans les années 60, majoritairement, les jeunes filles ne se voilaient. Certaines d’entre elles portaient un treillis, une casquette, une arme, et se battaient contre l’oppresseur pour faire triompher la liberté, la justice. D’autres, voilées se servaient de leurs haïks pour convoyer argent, armes et autres documents, c’était le temps de la lutte pour que triomphe une Algérie libre. Pour d’autres jeunes filles encore, c’était une fois mariée qu’elles mettaient le haïk ou pas. Nos mères, nous les avons toujours connues avec le haïk et le 3jar (voilette). Voilées ou pas, à l’intérieur de leurs foyers ou à l’extérieur, les femmes ont été présentes, engagées, actives, pour l’atteinte d’un idéal commun : vivre dans un pays libre, indépendant, juste et équitable.

Dans les années 70, beaucoup de jeunes filles qui avaient arrêté leurs études prématurément et ce, pour diverses raisons, se voilaient dès que leurs corps s’épanouissaient et suggéraient plus la femme que l’adolescente. Elles mettaient alors une gabardine (un imperméable de couleur claire généralement) et une toute petite pointe (petit foulard) assortie, et le 3jar bien sûr. C’était plutôt les parents et en particulier les pères qui imposaient ce voile qui ne couvrait ni les jambes puisque ces gabardines arrivaient juste au niveau du mollet, voire au-dessus, ni complètement les cheveux vu que les pointes en question étaient petites, tout comme les voilettes d’ailleurs. A cette époque-là, c’étaient les maris qui autorisaient ou pas leurs femmes à enlever ce voile. Parfois cela faisait partie des « Chrouts » (conditions) sur lesquelles on pouvait s’entendre avant de conclure un mariage. D’autres femmes, celles qui n’avaient pas besoin d’être affranchies par un père, un frère ou un mari, décidaient elles-mêmes de se défaire du voile. C’étaient en général des femmes divorcées ou veuves qui suscitaient la méfiance, la défiance en raison de leur statut de femmes « seules ». Bien sûr, ce n’était pas simple parce qu’elles devaient faire face à la désapprobation, parfois au dénigrement de la famille, et du voisinage.

Dans les années 80, on commençait à voir des femmes portant des hidjabs. Cela restait assez marginal. C’était encore inhabituel, et cela surprenait un peu. Parmi les femmes qui portaient le hidjab, il y en avait qui revendiquaient timidement, discrètement leur liberté de choix, leur différence. D’autres plus offensives le revendiquaient haut et fort, et multipliaient les réunions et autres assemblées pour convaincre de la pertinence d’un retour aux préceptes de l’Islam. Celles qui ne le portaient pas, encore majoritaires en ce temps-là, affirmaient quant à elle leur choix de ne pas porter ce hidjab (le problème ne se posait même pas en fait), et n’arrivaient parfois pas même à comprendre ce qui avait bien pu motiver celles qui portaient le hidjab à faire ce choix. En ce temps, les unes et les autres se lançaient des gentillesses du genre : « yal kafrine wach rahou yastenna fikoum fi djahannam, ennar takoulkoum mane 3aynikoum ! » Les autres répliquaient : « ya les 404 bâchées, ya les frustrées ! » C’était aussi l’époque du vitriol et autres agressions physiques et verbales sur celles qui ne portaient pas le hidjab qui commençait.

Dans les années 90, les femmes portant le hidjab étaient de plus en plus nombreuses. Une pression de plus en plus forte pesaient sur les autres femmes en conséquence. Beaucoup d’entre elles ont tenté de résister à cette pression, aux intimidations, aux menaces de représailles, aux représailles effectives même. Des pères, des frères, des collègues, parfois des femmes aussi, exhortaient les femmes réfractaires à porter un hidjab, à se couvrir les bras, la tête, les mollets pour être respectées, pour qu’on les laisse tranquilles, « essentri rouhek, raki bahdeltina, ou behdelti rouhek ! ». Ou alors, essentri rouhek, walla youkoutlouk ». Ces femmes, de plus en plus minoritaires ont progressivement fini par abdiquer, « choisissant » de mettre le hidjab par manque de choix ! Petit-à-petit aussi, nos mères ont également adopté le hidjab. Elles le trouvaient beaucoup plus pratique que le haïk, parce qu’il permet une plus grande aisance dans les mouvements (le haïk tel que porté non par nos grand mères était coincé dans la ceinture de leur Serouel Mdouar, ou retenu avec une Tekka (longue ceinture tricotée), ce qui libérait leurs mains. Souvent aussi, et surtout pour les femmes de la campagne, elles le faisaient tenir autour du visage en le coinçant entre leurs les dents (si, si je vous assure). Bon, il est vrai que ça ne couvrait que le menton ! Autre moyen une épingle à nourrice en dessous du menton. La manière dont les plus jeunes, portaient le haïk était plus compliquée. Une fois le haïk mis sur la tête, elles en prenaient les deux bords, les tiraient vers le haut pour le raccourcir, et mettaient le tout sous un bras qui devait rester serré pour que le haïk ne tombe pas. Pas évident d’y arriver avec un haïk glissant tout le temps ! Il faut un minimum d’expérience pour qu’il reste en place ! Avec la main de ce même bras, elles tenaient fermement le haïk sous le menton. Elles n’avaient donc qu’une main disponible pour tenir la main d’un enfant, pour tenir un couffin, un sac… Pas très pratique ! Et je comprends bien nos mères d’avoir adopté le hidjab même si je les trouvais belles avec leurs haïks en soie, leurs haïks El Mrama ! Et c’était une partie de nous-mêmes qui partait avec ce haïk. Mais là, n’est pas le propos.

Dans les années 2000, la tendance s’est inversée, les femmes sans voile minoritaires devenaient très visibles comme l’étaient les femmes vêtues d’un hidjab dans les années 80. Les toutes jeunes filles « choisissaient » librement ou pas de mettre le hidjab. Il est à noter que les espaces déjà restreints des femmes, se rétrécissaient comme une peau de chagrin. Les sorties des femmes ont toujours été et sont toujours utilitaires. Elles vont d’un point à un autre. Leurs sorties ont toujours un but : travail, courses, hammam, coiffeuse, médecin, famille, amies. Il n’est pas question d’aller flâner, de sortir faire un tour, de trainer le pas, d’avoir l’air de na pas savoir où on va. Cela s’avère tout de suite très suspect ! Mais cela n’est pas bien nouveau ! Détail intéressant par rapport aux écrits du site : ceux des abnounettes sont plutôt tournés vers des souvenirs d’intérieur, ceux des ferroukhiens plutôt d’extérieur même si parfois il y a des exceptions.

Mais, revenons au voile. Les années de plomb ont lourdement pesé sur les femmes, mais pas que, bien sûr ! Ça me fait penser à l’Espagne franquiste. Le pays avait besoin après près de 40 années de répression et de censure de vivre et de le manifester bruyamment ! La Movida (un pais que se mueve : un pays qui bouge) un mouvement collectif d’explosion de la vie, de la création, de la joie et du divertissement. Bon, je ferme la parenthèse, décidément je n’arrive pas à ne parler que du voile qui était le thème principal ! Donc, les hidjabs ont fleuri partout. Les motivations étaient diverses et variées : la foi et la conviction, la culpabilité et une sorte de rédemption, la facilité (plus besoin de se changer, de se coiffer pour sortir), l’opportunisme…. Les hidjabs étaient sombres, austères, uniformes, semblables. Cela a duré quelques années mais, c’était sans compter sur la capacité de la femme algérienne à s’adapter, à s’aménager une petite porte de sortie, à créer (même si influencée par les flots ininterrompus de séries égyptiennes qui se sont déversées dans les foyers des années durant. Certaines jeunes filles commençaient à parler couramment l’égyptien au détriment de l’algérien !), et voilà que je sors de mon thème, ah la, la !!
A l’approche des années 2010, les hidjabs tels que décrits ci-dessus n’ont pas complètement disparu, mais ils sont devenus peu nombreux. L’air était à la couleur, à la fantaisie, à la personnalisation des hidjabs. Pour d’autres femmes, les jupes ou robes ont fait leur retour, mais en version longue, les vestes aussi sont à manches longues. Pour d’autres, ce sont des pantalons et des liquettes, pour d’autres encore ce sont les mêmes tenues vestimentaires qu’avant le hidjab. Les femmes ont retrouvé une certaine coquetterie, une envie de plaire et d’abord à elles-mêmes, prenant la main pour reprendre un peu les choses en mains, ne serait-ce que sur leur apparence. Comme tout un chacun et à-fortiori les jeunes, les jeunes filles aiment la vie, ont besoin d’exister, d’être vues et reconnues. Elles sont en « conformité » avec la tendance générale de la société qui va vers plus de contrôle, mais Il semble y avoir plus de tolérance dans les choix faits par les unes et les autres. Dans quel contexte ont grandi ces jeunes filles, et qu’ont-elles connu ? Et quel projet de société leur a-t-on proposé ? C’est la génération des années 90 !! Et ça recommence, je m’éloigne du sujet, bon je reprends l’histoire du voile.

Les contextes socio-politico-économiques qui prévalaient en arrière plan de ces différentes périodes de mon histoire du voile sont volontairement tus. Je souhaitais surtout rendre hommage à la femme algérienne, la femme courage, qui a toujours su reprendre la voix qu’on a de tout temps essayé de lui confisquer, qu’on essaie toujours de lui confisquer, une voix de la résistance qui a toujours été au cœur de son combat face à ses détracteurs de tout acabit. Une voix de la résistance de tous les temps, de toutes les époques de son histoire, et de celle de l’Algérie. Cette fois-ci, je sors bel et bien du thème du voile, mais c’est volontaire ! Respect et admiration pour la femme algérienne voilée ou pas, là n’est pas la question !

Par Meskellil

Commentaires (10)

Meskellil
  • 1. Meskellil | 14/07/2014
Bonjour à toutes et tous
Je vous remercie beaucoup de vos commentaires enthousiastes et bienveillants aussi je crois. Merci Noria d’avoir mis ta touche personnelle. Merci cher ami et grand frère Ferhaoui je vous espère en meilleure forme et en pleine effervescence créatrice, merci Kéryma, veille à emmagasiner des tonnes de tendresse maternelle, merci Djamel (grand plaisir de vous revoir sur le site !). Promis, si au fil de mes vagabondages, j’ai des coups de cœur, je vous les ferai partager. A nouveau, grand merci à Miliani2Keur, Djillali, Chantal, Mourad
Un petit morceau de cha3bi pour prolonger un peu cette atmosphère rappelée par le haïc (c’est ce que ça évoque pour moi) que je dédie à tous ceux et celles qui ont gardé intacte (ou presque) la fraicheur de leurs émotions. http://www.youtube.com/watch?v=S7Fgd5WAIDc

Saha Ftourkoum
kéryma
  • 2. kéryma | 13/07/2014
Ma Meskellil bonjour,
Quel talent ma très chère amie!
L'époque que je préfère est celle du haïk agrémenté d'un serwal e'chelqa!
Je salue la femme Algérienne qu"elle soit : Enhidjabée, enhaïkée ou autre.
Bisous, Kéryma,
DTouat
  • 3. DTouat | 13/07/2014
Bonjour toute la communauté d'algermiliana.
heureux de vous retrouver en ce mois de pièté.j'ai trouvé un réel plaisir a passer en revue vos coms,vos articles qui ont meublé un peu de mon temps en cette période.La dernière que j'ai eu l'opportunité de lire c'est Meskellil.Hé bien chapeau bas pour cette introspection dans les profondeurs d'un passé tout froufrou ,tout immaculé de cette blancheur qui renvoie sa lumière vers le ciel en guise de remerciements vers le créateur.Oui le haik reste un élément ,que dis-je un tesselle de cette mosaique d'Algerie.et Meskellil a bien fait de le rappeller avec sa façon propre à elle. Son imagination vagabonde allait bifurquer sur autre chose mais voilà que Meskellil se rappelle à l'ordre pour rester dans son sujet.moi ,j'avoues j'aurai aimé vous voire quitter un peu votre sujet pour nous encenser encore avec d'autres sujets tout aussi agréables que le haik.En ce mois de careme l'esprit sévré s'évade plus facilement de son enveloppe. Et à tout ce qu'il touche ,il le rends plus poétique ,plus attractif.C'est ce qui est entrain de se passer dans la tete de Meskellil.alors continues à nous gater à l'instar des autres internautes que je salues.
Clin d'oeil a cheikh Ferhaoui, Keryma,Chantal,Bradai, Miliani2keur,,Abbas,Djillali Deghrar,ZOUM,Slemnia,ohla la ,qui m'a dit de commencer a citer des noms et des pseudos.j'espere qu'ils ne m'en voudront pas ,ceux qui ne se voient pas dans cette liste.
promis la prochaine fois ce sera leur tour,n'est-ce pas NORIA que votre site est merveilleux et qu'il continue à faire des jaloux.!!
aller à tres bientot et saha ftourr el djamiy3.
ferhaoui
  • 4. ferhaoui | 13/07/2014
bonjour les amis (e)(s) chère p'tite soeur meskellil, un texte qu'on lit (et relit) le haik a fait couler beaucoup de peinture en son temps chez les artistes en tout cas, moi je suis un fan du haik a ce jour...et il deumeurera à jamais dans le coeur et l'esprit des personnes qu'ils l' ont vu et aimé dans ces années bonheur (60,1970...bravo! bravo!pour ce texte charmant. l'ami ferhaoui, oran.
Meskellil
  • 5. Meskellil | 12/07/2014
Contente Chantal et Zoum que ce texte ait été le prétexte pour l'évocation de souvenirs si doux et si chers à vos, à nos cœurs. Merci de vous y être arrêtés.
Zoum
  • 6. Zoum | 12/07/2014
Merci Meskellil pour ce beau texte !!
L interet de ton texte est d avoir généré tout un discours sur la tenue des femmes dans notre pays et ce ,peu aprés l indépendance .......
D aprés mes maigres connaissances,je pense que le christianisme a été la 1ere religion monotheiste à imposer le voile aux femmes tout en avançant des arguments religieux càd en incluant le voile dans une démonstration théologique.....
Chez nous,le haik et le " seroual echolka" faisait partie de l élégance et la coquetterie de nos femmes d avant l indépendance .....
j en garde d excellents souvenirs de cette belle époque...
mourad
amicalement,
Chantal
Bonjour Meskellil,

J’ai trouvé passionnante ta « brève histoire du voile » et je te rejoins complètement dans l’hommage rendu à la femme algérienne.

Dans ton récit, lorsque tu parles du haïk tel que le portaient les femmes algériennes autrefois (c’est à dire lorsque j’habitais Miliana entre 1954 et 1962) tu m’as rappelé une anecdote de mon enfance que j’avais totalement oubliée. Je me souviens de cette femme que j’adorais. Elle s’appelait Khedidja Laabidi. J’étais ébahie par la rapidité de son geste lorsqu’elle mettait son voile et le retirait. Parfois, elle s’était déjà voilée et elle s’apprêtait à sortir mais, se rendant compte qu’elle avait oublié quelque chose, pour pouvoir libérer ses mains, elle coinçait son voile entre ses dents et vaquait à ses dernières occupations avec une dextérité incroyable. Elle me subjuguait littéralement. Je me souviens de son sourire, le voile entre les dents. Elle est « partie » depuis vingt ans déjà sans que je n’ai jamais pu la revoir et je suis toujours aussi émue en évoquant sa mémoire.

Merci Meskellil d’avoir fait ressurgir de mon passé non seulement cette anecdote mais également le souvenir de cette femme remarquable tant par son courage, sa patience, sa gentillesse et son humilité. Elle est ancrée dans ma mémoire et jamais je ne l’oublierai.

Cette femme, comme beaucoup d’autres femmes algériennes, mérite tous les hommages.
Meskellil
  • 8. Meskellil | 12/07/2014
Merci Miliani2Keur et M. Djillali pour vos sympathiques commentaires. ça me fait plaisir.
Deghrar Djilali
  • 9. Deghrar Djilali | 12/07/2014
Chère Meskelil,

Merci de nous avoir fait voyager dans le passé, cela a fait sortir une certaine nostalgie. Avec des détails pointus allant jusqu'à faire parler la gabardine et le voile et le foulard.Un tour d'horizon, avec la tenue d'antan, réussi, le voile, en question, fait brûler les étapes de par sa simplicité et aussi de par son coté pudique et merci beaucoup

Djilali
Miliani2Keur
  • 10. Miliani2Keur | 12/07/2014
Trés beau baptéme de la plume de MesKEllil
j'avais oublié la Gabardine-3Jar. Trés authentique regard de dérriére le Haiek
Merci de ce sincére témoignage

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