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Par Meskellil

Elan, Paix et Pardon

Bonsoir Noria, à tous, et à toutes,

Je ne pensais pas revenir à nouveau sur le site, il me semble cependant devoir le faire à ce stade, si tu le permets Noria. A toi de voir...

Noria, je te renouvelle l’hommage qui, je l’ai dit et c’est sincère, n’a d’égal que mon attachement à Miliana, et tu sais combien il est grand. Je réalise que tu es en souffrance autant que je le suis. Une conjoncture, des circonstances qui nous ont tous, toutes dépassés, débordés. Je viens par ce présent mot renouveler mon attachement à ce que représente ce site, qui bien au-delà de mon ressenti personnel, demeure ce moyen d’expressions diverses, variées, riches et enrichissantes, ouvertes sur nos différences et toutes aussi précieuses les unes que les autres, une superbe toile à multiples artistes dans la conception du site lui-même, comme du pinceau, de la plume, ou de toutes autres richesses que recèle chacun et chacune d’entre nous, et qu’il, qu’elle offre souvent avec beaucoup de générosité de cœur, sentiments, émotions, joie, plaisir, tristesse... C’est vivant, c’est dynamique, et Quoi de plus précieux que ce mouvement spontané de partage, de fraternité, d’altérité

Le site, je le crois, reste cet élément fédérateur, mobilisateur, ce lien précieux parce que rare, et rassembleur de personnes aux horizons divers, aux sensibilités diverses, aux regards et perceptions multiples. Le « vivre ensemble »dont il a tant été question n’est pas une vaine expression pour moi. En ce qui me concerne, les intérêts de la communauté algermilianaute élargie se doivent d’être au centre et en dehors de toute autre considération. J’ai beaucoup parlé de nos déterminismes et autres représentations, de nos grilles de lecture propres pour lire les autres, le monde, l’univers. Nous pouvons être guidés ou conduits par ces mêmes déterminismes. Nul n’en est exempt.

Je viens par ce mot prendre ma part de responsabilité dans la direction qu’a pris le site depuis mon hommage, il y a de cela plus d’un mois maintenant. Je vous prie de croire qu’il n’a jamais été question pour moi de diviser la communauté algermilianaute, ni de faire du mal à qui que ce soit. Tu es en souffrance Noria, je le suis aussi, d’autres aussi, peut-être aussi les personnes que je considère comme proches par leurs sensibilités, idées, croyances, humour..., les amis. Et cela me touche beaucoup. Je ne peux y rester insensible, indifférente, peut-être est-ce juste ma propre projection ? Je n’en sais rien. Je suis ainsi faite, on ne se refait pas. J’essaie de prendre ce recul nécessaire, salutaire pour sortir de cette impasse qui nous fait du mal à tous finalement pour diverses raisons. Nous sommes tout simplement... humains. C’est peut-être une petite crise qu’il incombe à chacun, chacune de surmonter, et de dépasser.

Dans cet esprit, je présente mes sincères et profondes excuses à toi Noria, ainsi qu’à tous ceux et celles qui se sont sentis offensés par moi. Je le répète, mon expression ne visait pas les personnes, n’a jamais visé les personnes ni dans leur intégrité physique, ni dans leur intégrité morale. Je n’ai jamais considéré les usagers du site comme virtuels. Pour moi, il y a derrière chaque écran une personne au même titre que moi, avec son histoire de vie, sa sensibilité, ses croyances, ses sentiments, ses codes de conduite, ses espoirs, ses tristesses, ses coups de blues, ses joies…, des personnes vivantes et bien réelles même si je ne les connais pas. Je vous respecte toutes et tous, et je pense l’avoir toujours fait même lorsque nos points de vue étaient divergents.

Alors à nouveau, vous avez chacune, chacun tout mon profond respect, et je présente à chacune, chacun mes excuses si tant est que vous les acceptiez. Que le site reste la priorité de toutes et tous. A quelques jours de l’Aid, le pardon réciproque est sollicité, et je fais le pas. Pardonnez comme je pardonne. Et cela est sincère et vient du fonds du cœur. Je vous prie de le croire.

Bonne continuation à toutes et tous, et merci Noria d’avoir publié ce mot si c’est le cas. Mon cœur est ouvert, tolérant, accueillant en cet instant, dans cette démarche que je fais, et qui n’est pas facile. Je n'attends pas de retour.

Avec mes sincères pensées et sentiments à toi Noria, à tous et toutes, et longue vie et plein épanouissement au site algermiliana, il y a encore beaucoup de choses utiles et constructives à y faire. Essayons de retrouver toutes et tous cette voie du pardon de soi et des autres, cette pacification, cette paix, cette sérénité avec soi et avec les autres, même si nos chemins de vie ou parce que nos chemins de vie sont divers, multiples, nous sommes pourtant tellement proches…

Saha 3idkoum à toutes et à tous.

Bien à vous avec mes sincères et profondes pensées

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Hommage, suite et fin.

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Ma postface à « Taleb Abderrahmane guillotiné le 24 avril 1958″ Ma postface à « Taleb Abderrahmane guillotiné le 24 avril 1958″ 13 Mai 2016 M. Bouhamidi

Un silence éloquent enterre les sens, les symboles et les contenus du 60ème anniversaire, millésime signifiant s'il en est, du 19 mai 1956 et l'appel à la grève des étudiants. En face se multiplient les réussites néocoloniales dans la reconquête par la culture, dans la fabrication d'"idoles" et de créatures-relais, dans l'influence française multipliée au sein des élites, et dans l'encadrement révisionniste de l'écriture de notre propre histoire.

En hommage à nos étudiants martyrs, en résistance à cette reconquête coloniale, en dénonciation de la complicité massive et explicite des pouvoirs publics algériens dans la réalisation d'un divorce aggravé entre la jeunesse studieuse et les attentes de notre peuple, je vous propose la lecture de ma postface au livre « Taleb Abderrahmane guillotiné le 24 avril 1958″, figure symbole et synthèse de cet engagement des intellectuels algériens révolutionnaires avec leur peuple, pour l'indépendance et pour l'Algérie promise par la proclamation du 1er novembre 1954.

Le nom, la personnalité et le parcours de Taleb Abderrahmane portaient une charge si puissante que les étudiants algériens les prirent spontanément, en 1962, pour symbole de l’engagement et du sacrifice. Les étudiants post indépendance lui reconnaissaient ainsi qu’il a joué un rôle d’idéal social et politique pendant la guerre d’indépendance, un rôle de modèle de combattant. Les étudiants des premières années de l’Algérie indépendante trouveront en lui la figure historique la plus indiquée pour perpétuer l’image que le peuple algérien se faisait de ses enfants intellectuels, étudiants et collégiens pendant la nuit coloniale : des champions qui devaient mettre leur science « arrachée » aux colons au service de leur peuple et de ses luttes.

Pourtant Taleb Abderrahmane ne domine pas la scène morale et politique comme figure isolée. Il fait partie de tous ces champions, ces élites, que la société algérienne a produites dans ses luttes pour sa survie entre cadres politiques, syndicaux, culturels, artistiques, sportifs, religieux etc. Mohamed Rebah a parlé de ces différentes élites en d’autres occasions et a montré leur apport à la maturation des idées nationales puis à la guerre elle-même. Il a montré comment en différents ruisseaux leurs activités ont préparé physiquement, moralement et politiquement les futurs combattants à assumer les écrasantes nécessités du combat. Ces élites se sont forgées à différents degrés dans la lutte contre les différentes formes de l’exploitation coloniales. Il est frappant qu’à la naissance de Taleb Abderrahmane, en 1930, ces élites nouvelles qui se sont forgées dans la lutte contre les diverses formes de l'exploitation coloniale, se sont distinguées essentiellement de celles qui ont mené les grandes luttes du dix-neuvième siècle et qui se structuraient autour des tribus, des zawias et des tolbas. Nous pouvons en trouver une belle illustration dans « La tête dans un sac de cuir », le livre que Sid Ahmed Mebarek a dédié à son ancêtre Ben Allal Mebarek acteur essentiel puis chef de la résistance dans la Mitidja-Ouest et dans les régions autour de Miliana, Khalifa de l’Emir Abdelkader dans la même ville.

Taleb Abderrahmane naît dans un monde en mutation dans lequel la figure du militant politique, du syndicaliste, du réformateur religieux, de l’animateur associatif dans le sport et dans les arts vont apparaître, accompagner les anciennes élites et exercer une influence sociale parallèle puis dominante. Mieux, Taleb Abderrahmane naît au cœur même du territoire, la Casbah d’Alger, dans laquelle se déroulent ces mutations entre le décor immuable d’un héritage prestigieux et les nouvelles catégories sociales et leurs propositions hiérarchiques.
Les mots n’ont pas que des résonances. Travailleur occasionnel, ouvrier professionnel, ouvrier spécialisé, travailleur permanent, ces termes commencent à structurer un rapport des indigènes au monde de l’économie coloniale et à les situer face au dispositif colonial, en première ligne. Il n’est pas question bien sûr d’ouvrier indigène hautement qualifié, encore moins de technicien ou d’ingénieur même si existent déjà, en quelques exemplaires, des instituteurs, des médecins, des pharmaciens et des avocats d’autant plus remarquables par leur rareté.

Sur le plan social, dans ces années trente, les jeunes commencent à abandonner les habits traditionnels qui sont autant des signes de la positon sociale du passant et qui servaient à faire reconnaître le statut des personnes qui les portaient. Mais dans cette mutation gigantesque une tendance générale dominait : les politiques coloniales précipitaient les Algériens dans une misère noire. De séquestre en dépossession, ces politiques jetaient des dizaines de milliers d’Algériens dans l’exode et dans d’innommables bidonvilles autour des grandes villes. Cet exode affecta aussi la vieille Casbah et modifia sa composante humaine le plus souvent à partir des anciens courants d’échange de la vieille cité avec des régions qui lui fournissaient certains services et certains corps de métiers. Pour ces raisons la Casbah gardera intactes des traditions citadines et urbaines et continuera d’offrir un cadre social et moral préservé malgré les dégradations subies du fait colonial. Cet équilibre partout présent en Algérie entre la préservation d’un « ordre social » et donc moral vital à la résistance et à l’adaptation combative à l’ordre/désordre colonial atteint dans cette Casbah un point culminant.
Ce livre de Mohamed Rebah montre bien que les algériens n’ont pas fait que subir ces mutations. Ils créent leurs organisations sociales, culturelles et politiques. Ils font plus que s’adapter, ils luttent. Dans l’aveuglement de leur centenaire, dont parle si bien ce livre, les colons ne voient pas que les algériens ont récupéré de leurs insuccès et de leurs insurrections inabouties. Ils repartent au combat, ont repris confiance. Ils créent une atmosphère nouvelle à partir de l’idée d’indépendance que répand le mouvement national et qui agit comme une retrouvaille avec l’identité algérienne. En de nombreuses occasions Mohamed Rebah a qualifié ces organisations sociales et politiques d’écoles. Ecoles du nationalisme, écoles politiques, écoles sociales, écoles du courage etc. etc. Je retiendrais à jamais cet exemple de l’équipe de football du Mouloudia de Cherchell dont tous les membres prirent le maquis et qui m’a permis de comprendre en profondeur la notion d’école dans les luttes politiques.

Mais si ces écoles avaient pour but d’éveiller la conscience nationale et de préparer avec les moyens du bord les élites qui devaient mener et diriger les luttes pour l’émancipation nationale, ce n’était pas l’objectif de l’école française pour indigène. Bien au contraire elle avait pour but officiel d’intégrer les rares enfants indigènes admis à l’école aux fonctions nécessaires à la bonne marche des affaires coloniales. En 1929, un an avant la naissance de Taleb Abderrahmane, un chiffre insignifiant de 60.644 (dont 6712 filles) algériens ont accès à l’école dans 564 écoles dont 23 pour filles. (in Eliaou Gaston GUEDJ « L'ENSEIGNEMENT INDIGENE EN ALGERIE AU COURS DE LA COLONISATION -1832-1962). Auparavant, le peu d’Algériens en situation de le faire refusaient plutôt d’envoyer leurs enfants à l’école française. Ils se méfiaient de cet enseignement qui risquait de dépersonnaliser leurs enfants et leur crispation était une forme de résistance.

Pourquoi changent-ils d’avis et deviennent justement demandeurs dans ces années 1930 ? La réponse se trouve dans la description que fait Mohamed Rebah des dispositions d’esprit du peuple algérien qui veut désormais tout à la fois pousser les enfants à « s’en sortir » par la « langue du pain » mais aussi « dérober sa science à l’adversaire ».
La naissance des partis politiques algériens a joué un grand rôle dans cette confiance en soi nouvelle qui a permis d’aborder l’idée scolaire différemment. Nous en retrouvons une expression esthétique dans l’histoire d’un petit kabyle que son grand-père décide d’envoyer à l’école des français concomitamment avec l’apparition du PPA. Nous trouvons trace de ce renversement dans plusieurs autres textes dont une de très grande beauté bien que tardive dans « La baie aux jeunes filles » de Fatiha Nesrine.

C’est une situation très paradoxale qu’une société agressée, carencée sur tous les plans, repliée dans ses dernières défenses, préoccupée par sa sauvegarde et par les moyens de reconstituer ses élites pense à prendre chez l’adversaire ce qu’elle peut prendre pour le combattre. C’est bien sûr une situation unique que de chercher les instruments de son émancipation au cœur même de l’institution le plus ouvertement vouée à la domestication par la culture. Cette situation paradoxale ne concernait pas tous les enfants indigènes : les 60.644 enfants représentent à peine six pour cent des enfants en âge scolaire.
Leur écrasante majorité n’arrivera même pas au niveau du cours de fin d’études qui permettait avec beaucoup de difficultés, à quelques uns d’accéder à un enseignement professionnel. Ils seront encore plus rares ceux qui accéderont au collège d’enseignement général et encore plus rares ceux qui comme Taleb Abderrahmane « pousseront » plus loin leurs études.

C’est cette frange limitée d’adolescents qui vivra cette expérience unique de la dualité. Car le discours nationaliste n’occupe pas seul le terrain social. Le discours assimilationniste spontané des indigènes conseillait aux jeunes en succès scolaire de penser à leur avenir et de se sortir au plus vite de « cette misère des Arabes », et le faisait aussi bien que le discours assimilationniste élaboré qui ménageait à ces nouvelles élites indigènes la fonction de courtier entre deux mondes incompatibles. À distance nous pouvons mesurer grâce à ce travail de Mohamed Rebah le parcours de Taleb Abderrahmane tout à la fois singulier et exemplaire d’une époque. Car n’oublions pas l’engagement de ces centaines de collégiens et de lycéens qui ont rejoint les maquis et la guerre de libération.

Taleb Abderrahmane en est devenu le symbole, car il a élevé au plus haut point le sens de l’engagement patriotique, mais l’expérience de la dualité leur a été commune.

Quelques uns sont encore vivants. Pour les jeunes ou les moins vieux qui n’ont pas connu directement ou par contact générationnel ces années de transformations sociales, ce texte les dépeint avec une grande vigueur. Par contre, de ce récit, pour ceux qui ont connu cette période, émane une profonde émotion et une grande force d’évocation. Au-delà de la netteté et, disons-le, de la sécheresse des faits cette évocation travaille le vécu, le subjectif ; ce qui ne relève pas du travail de l’historien, mais du narrateur, du romancier, du cinéaste que malheureusement l’Algérie indépendante n’a pas su ou voulu mobiliser au service de la mémoire.

Dans ce registre, comment à partir de cette simple, et si narrative, image de Taleb Abderrahmane révisant ses cours à la lumière d’une bougie, ne pas se souvenir de la condition misérable que nous avait fait le colonialisme et surtout ne pas se souvenir de cette course contre la montre qu’a été notre rapport à l’école ?

Le souvenir ne sera pas exactement le même pour les enfants que nous fûmes selon que nous étions citadins ou ruraux mais la dualité était identique.

Nous devions courir dès l’aube vers l’école coranique avant d’aller à l’école française – école française pour indigènes dans notre écrasante majorité – et souvent d’y retourner le soir. Courir sur un sentier de campagne ou sur les pavés de la Casbah ou de toute autre ville d’Algérie n’y changeait pas vraiment grand-chose sur le fond. À six ans déjà nous étions dans un monde scolaire duel, dans un entre deux de la langue et de la culture, en attendant de découvrir que nous étions tout simplement entre deux mondes. Non pas un monde double, un monde unique avec deux faces, un monde à la Janus, mais vraiment deux mondes différents.

Nous devenions avec l’entrée en sixième des sortes de contrebandiers ; et l’école coranique aux premières lueurs – et en décembre elles sont froides - nous ne le rappelait constamment de quels territoires nous tenions. Nos parents ne nous disaient pas les choses ainsi. Le plus souvent, ils ne disaient rien.

C’est un ensemble qui le disait. Nous étions des valseurs des frontières et c’est pour ne pas rester de l’autre côté, que, chaque matin, nous allions à l’école coranique ressourcer notre identité. Quelques uns parmi les plus vieux se souviennent-ils encore du blâme social, voire du soupçon de trahison, qu’encourait celui qui s’oubliait à parler en français en dehors de l’école ? Étrange – ou juste – retour des choses à l’endroit d’une école française qui nous interdisait l’usage de notre langue maternelle ou conscience aigue que la langue c’est aussi l’identité ?

Aller à l’école, sur un sentier de campagne ou en zigzaguant dans les ruelles d’une Casbah ou entre les derbs d’une médina, ne jette pas sur les épaules des enfants les mêmes charges sociales et symboliques.
Que dire de la diversité des perceptions sociales qui stimulent Taleb Abderrahmane et tous ces enfants et préadolescents dans la densité démographique de la Casbah.

Pas seulement le nombre, autour de soixante-dix mille vers 1930, quatre-vingt mille en 1954, mais la densité qui renforce tout à la fois le maillage et le lien social. Il n’est pas indifférent, dans la formation, qu’un enfant côtoie, dans des espaces contigus, les scouts musulmans, le club sportif, l’école coranique, l’association des Ulémas, les sigles des syndicats et des partis politiques.

En soi, les rapports sociaux, qui enserrent l’enfant, agissent plus fortement pour la préservation de son identité. Ils le poursuivent quasiment à l’intérieur de la classe. Tout devient un champ de confrontation au cours de l‘enseignement, dans une recherche obstinée des points de comparaison de la longueur des fleuves à la hauteur des montagnes.

Il y a un intérieur de l’élève, une lutte qui s’est glissée du champ social au champ de l’individu. Cela fera la différence entre une école française conquérante face aux possibilités réduites d’un village isolé du monde rural et une école française pour indigènes dans une cité millénaire vaincue mais pas défaite, encore immune par sa langue, sa culture, ses arts, ses traditions etc.

En elle-même, cette vieille Casbah contrariait les missions de l’école coloniale. Les chefs ottomans l’avait livrée sans vraiment combattre contre la vague et trompeuse promesse d’emporter leurs trésors dans leur débandade. Les Français avaient détruit ses remparts, son accès à la mer, ses portes, toute sa partie Nord. Il restait quand même cette Alger-là, cette preuve par la splendeur architecturale de notre civilisation ancestrale, qui ruinait le mythe colonial d’une Algérie barbare.

Ce n’est pas rien de vivre à l’intérieur d’une splendeur comme mémoire. Et cette mémoire n’était pas seulement dans les pierres. Malgré un exode dévastateur des anciennes élites, un artisanat émérite, une musique savante, une cuisine et un mode vestimentaire raffinés, des mosquées et des zawiyas rebelles actives dans la survie de la langue affectaient aux pierres du sens historique.

A plusieurs occasions –conférences, émissions radio, animations, conversations ou débats avec tous les types de public - Mohamed Rebah a souligné l’interaction contradictoire entre les changements imposés par les politiques coloniales et ceux que les organisations anticoloniales vont apporter dans le mode de vie et dans les formes de luttes, notamment dans la formation de la conscience nationale.
Son livre « Des Chemins et des Hommes » reste une référence sur ces interactions. Aucune de ces interactions n’explique le caractère trempé de Taleb Abderrahmane, ni son courage, ni la froide détermination à combattre le colonialisme en mettant sa vie dans l’équation. Taleb Abderrahmane est un héros exceptionnel. Le livre le montre avec un grand talent. L’autre mérite de ce livre est de nous rendre intelligible l’engagement massif des autres étudiants et lycéens qui furent aussi des héros. Certains de grands héros.

Alors cinquante ans après, ce livre refermé, je me suis rappelé mes années au collège avec une poignée de camarades algériens au milieu des nos condisciples pieds-noirs, l’intérêt de tous les voisins pour nos études, leurs encouragements incessants, leur métalangage qui nous assignait la mission d’être meilleurs que les jeunes pieds noirs.
Je me rappelle que le collège avait modifié même le comportement de nos camarades de quartier, cireurs, porteurs, vendeurs à la sauvette, coursiers qui rêvaient d'en découdre avec l'école et battre les pieds- noirs sur le terrain de l'intelligence et du savoir dans leurs propres murs.
Nous étions en mission de réparer notre image à tous face au racisme odieux et omniprésent.

Eux, ils devaient être champions de foot, de boxe, de course à pied, de quelque chose et de n’importe quoi mais champions. Rater sa mission d’être champion, c'est-à-dire premier de la classe ou au moins dans une matière, n’était pas sans risque. Nous aurions perdu toute considération.

Mais, pour moi, ces souvenirs restaient des souvenirs jusqu’à la lecture de ce livre. En le refermant, j’ai compris qu’on nous préparait à être des champions d'abord pour être utiles à nos frères de condition, car à quoi sert un intellectuel s’il ne sert pas ses frères ?

J’ai surtout compris ce que je devais à cette atmosphère de lutte que je ne connaissais pas, qu’à mon âge je ne pouvais connaitre à part celle de la grande lutte qu’avait allumée une nuit rebelle de Novembre qui avait pris pour moi les allures du murmure quand on chuchotait les noms de ceux qui étaient montés au maquis, de ceux qui avait plongé dans la clandestinité ou les larmes pour dire les morts ou les prisonniers.

C’était assez pour me rendre presque impossible de parler de ce texte dont la densité reflète celle de la détermination de Taleb Abderrahmane.
L’école française a échoué à nous domestiquer par sa culture car une puissante dynamique sociale, animée par des partis ancrés dans le peuple, lui fermait le champ. C'est toute notre société tendue dans son effort de libération qui préparait ses champions pour cette lutte qu'elle savait, d'expérience, sans merci. Elle fut sans merci, et, grâce à cette longue préparation, les sportifs du Mouloudia de Cherchell comme les étudiants et collégiens de 1956 surent supporter la charge inouïe du combat.

La leçon vaut pour aujourd’hui, alors que, de toutes parts et sur tous les supports, déferle, sans digues officielles pour la contenir, une narration de notre guerre qui en fait une erreur et de notre indépendance une inutile vacuité.

Ce livre brise un peu l’encerclement des silences complices de ce révisionnisme triomphant et nous restitue une des plus belles parts de notre histoire que nous pouvons offrir comme mémoire à nos enfants.

"Taleb Abderrahmane guillotiné le 24 avril 1958″
De Mohamed Rebah. Editions APIC - Alger.

 

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Notre mémoire / Mon hommage

Un hommage entier, total, puissant à l’Algérie, aux Algériens et beaucoup plus spécifiquement à Miliana et à ses enfants, tous ses enfants y compris ceux accueillis, adoptés avec ouverture, tolérance, chaleur, à ses enfants du temps passé, du temps présent et du temps futur, dignes et fiers, inébranlables dans leur foi, leur courage, leurs résistances, leurs luttes, leurs combats passés, actuels et à venir. Un hommage appuyé à tous ses héros, ses martyrs de tous les temps devant lesquels je m’incline très respectueusement.

Miliana, Milianais, Milianaises, vous avez toute ma reconnaissance, tout mon respect, toute ma sensibilité et ils n’ont pas de limite. Miliana, Milianais, Milianaises de tous les temps, je vous dédie ce magnifique, ce sublime soliloque, une voix si profonde, si chargée de mémoire, d'émotions. Merci.

Alger plein la gueule du cinquantenaire.

Mohamed Bouhamidi 21 Avril 2016

Texte écrit pour le cinquantenaire de l'indépendance de l'Algérie, en pleine polémique provoquée par l'annonce d'A. Juppé d'un accord algérien pour sa célébration "modérée" et par le procès instruit et de l'ALN et de l'indépendance. Alger vers novembre / décembre 2012

(http://www.humanite.fr/monde/quand-alain-juppe-donne-des-consignes-l%E2%80%99algerie-488069)

J’avais choisi le costume... Restait la chemise...

Le col ne devait pas me maigrir… Les rides suffisent à ma vieillesse…. Pas la peine de rajouter un air de vieillard fragile…. Les flics seraient capables de me ménager…

Les cravates sont d’un autre âge. ..Etonnamment belles. Comme les robes de l’entre-deux guerres… Pourquoi les cravates font-elles penser aux femmes ? La grise, en soie, aux soupçons bordeaux, elle irait bien. Si on m’arrête on me demandera de l’enlever. D’enlever la ceinture. D’enlever les lacets. Je vais prendre les souliers à lacets. Des Richelieu. Cela s’écrit avec un « s » et une majuscule des Richelieu ? Zakad n’aimera pas mais je m’en fous. Lui, n’achète que des souliers algériens, des Sonipec de l’usine de Chéraga – ou de Tiaret ? - confortables et increvables. Des tracteurs. Moi, je ne les trouve plus. Hors circuit, depuis trop longtemps.

Et puis cela ne collerait pas avec mon idée. À défaut de force pour bousculer les flics, faut que je leur en mette plein la vue à leurs chefs. Je veux dire aux chefs de leurs chefs. Les types qui sapent en milliers d’euros et se baladent endimanchés. ..

L’élégance. Le port du costume. De souliers cirés, impeccables, smart. Alger se porte sur le dos.

[…] Rien que des vêtements propres et tout dans la démarche. Et les petits blancs, dans leurs quartiers, dans leur ville, saisissaient l’air de défi… Au pli de la chemisette… Au maintien… A ces riens qui font la différence entre la tête haute et le mimétisme.

Des bicots qui sapaient, ça sentait les armes. Le harnachement du goum(1)… L’élégance comme marque du guerrier. Les bottes brillantes, la selle brodée, la crosse ciselée, les burnous impeccables, l’épée comme un bras et le cheval comme l’écho nerveux de nos désirs. Les goums d’avant la défaite. D’avant les bureaux arabes. D’avant 1847… d’avant… d’avant…

Ceux qui tiennent le pétrole et le conteneur n’ont pas ce métalangage de la sape… Ils n’ont pas besoin de gouverner nos têtes. L’Anti cher (2) n’aurait pas marché. C’est trop clin d’œil, trop codé, trop « entre algérois ». Trop El Badji (3), trop « épervier mon frère » moins sa tendresse, moins le déluge et la tempête, moins un chant désespéré.
Faudra aller sur leur terrain pour leur dire les choses. Pour vendre les livres de Zakad à la criée. Et pour hurler le nom de Belardiouh… Si des gens viennent à la manif pour Belardiouh (4).

C’était pas en Une des journaux. Même pas celle de la presse qui travaille à l’émeute et à l’huile sur le feu. Juste le bouche à oreille. Faudra creuser pour comprendre. Ceux qui ont poussé Belardiouh à la mort, ils aiment les mêmes choses que la presse… l’économie de marché et le climat des affaires... Le climat des affaires, tu parles !... ils savent trouver les mots pour dire on s’arrange autour d’un verre ou d’un poisson... Ça ne va pas marcher, cette manif. Mais je veux en être. Jusqu'à la matraque. Jusqu'à la cellule… Pour un journaliste oublié comme un kleenex. Le pli du pantalon est honnête. L’ourlet à l’ancienne. Juste cassant. Comme j’aime les voir tomber et faire des jambes allongées... Même aux petits gros... L’Anti cher restera sur le cintre.

Ce sera costume-cravate contre costume-cravate et le port fera la différence.

Le port faisait la différence. Nous n’avions plus que la silhouette et nos mères s’acharnaient sur les tissus. Qu’importait la pièce sur le pantalon ou la chemise ? Ils étaient propres. Et nous les « portions si bien ». C’était cela la clé : porter des vêtements propres et les porter « si bien ».

La faim quotidienne et nos courses de vitesse sur les escaliers et les pentes d’Alger nous « raçaient ». Il fallait juste échapper à la gale, à la pelade, à la teigne, à la dartre, au trachome, à la tuberculose et aux « eaux glaciales de l’aube » (5) qui nous laissaient les gerçures en feu…
J’ai envie de faire le tour de la ville et parler aux jeunes. Le colonialisme de rêve qu’on vous raconte […], c’est de la fable pour la reconquête... par la tête. Le souvenir du colonialisme ? La faim, le froid, la maladie, la honte du dénuement, la honte de nos propres frères en haillons, les enfants cireurs agenouillés.

Et puis le racisme. Vous connaissez le racisme ? Intolérable, insupportable ? Qui tue l’âme. Qui vous tue dans votre « en dedans » ? Qui tue tout en vous ? La dignité. Le respect de soi. [..].

Mais pour moi, le premier souvenir qui me revient, c’est le froid. Il habite les flancs, les os, découpe les mains. S’installe dans vos frissons et entre les côtes. Le froid qui vous poursuit à jamais de sa mémoire.

Les vêtements propres c’était cela. Ne pas flancher. Tenir debout. Se relever toujours... Les vêtements c’était une parole des mères pour nous tenir debout. Une métaphore de la résistance.

J’en ai pas parlé à Zakad. Il doit en avoir la mémoire lui aussi. Il a fait le maquis. Il a vécu à Alger. Cette mémoire devrait l’intéresser puisqu’il écrit des romans... La lutte pour la dignité... L’éducation dans le devoir de dignité… Ça vous prépare de sacrés lutteurs.

Et de sacrés militants.

Même s’il en tombait,

même s’ils en flanchaient,

il en restait beaucoup sur les crêtes.

Ça prépare au courage d’avoir faim et de rester digne.

On trouvait déjà tout cela dans Dib. La faim, le froid, la lutte contre la déchéance, la dignité en serrant les dents, la militance, la grève des saisonniers agricoles, la lutte pour la terre, l’alliance de l’administration et des néo-koulouglis (6). Les ressorts de la violence...

Cinquante ans après, il n’y a pas mieux encore... en tout cas pas mieux que dans le roman pour dire la condition coloniale... […]

La condition coloniale, ce n’est pas que la faim de Omar… Le bout de pain obsédant… Et le froid et les miettes de charbons dérobés près des rails. La condition coloniale, c’est la violence… La violence, partout…
La violence tout le temps… [...]

Je n’en ai pas parlé à Samia.

Pas eu le temps.

Pas eu l’occasion...

Fanon lui mangeait son temps avec ce Colloque de juillet... Un colloque comme une constellation polyglotte...L'Esprit Fanon dans son explosion planétaire... Un miracle de guérilla culturelle... un miracle de la volonté contre les moyens… comme pour la caravane… ça me tient à cœur depuis un moment de lui parler de cet autre côté de la violence…

comme avilissement de soi.

Comme naufrage.

Comme suicide inaccompli.

Comme trou noir du sens.

Elles savaient les femmes d’Alger, ce trou noir.

Elles en savaient les ruses. Les femmes d’Alger, les indigènes, nos mères. Pas les filles de Delacroix. Elles savaient quel vertige de la déchéance saisissait leurs hommes revenus des docks les mains vides.

Et ce vide dans leur regard d’une force inutile. Cette fureur de leurs muscles impuissants. Le naufrage devant la faim des enfants.

Le naufrage de tout.

De leur dernier refuge.

Quel père peut-on être si on n’assure pas le pain ?

Quelle règle représenter, quelle morale ? Elles les sentaient, ces hommes revenus les mains vides, en proie à leur sentiment de déchéance et ce désir de se tuer. De noyer jusqu’au souvenir de leur dignité d’hommes dans les coups. Les coups comme une transe maléfique.

Les coups pour en sortir hébétés.

La tête brumeuse.

Ravalés à toutes les impuissances. Et cette mort de leur humanité vidée de son sens dans ce sang versé des femmes, dans leurs tuméfactions. L’avilissement définitif duquel les femmes devaient encore les sortir. Encore une fois. Une fois de plus.

Chaque jour elles nous poussaient à sortir de la fange coloniale. A retrouver le chemin de notre humanité.

A nous redresser.

A nous empêcher de sombrer.

A échapper à l’abaissement. Les femmes ne rapiéçaient pas que les vêtements...

Le métalangage du redressement… J’en ai parlé à Abdelatif. Un jour. Je ne sais plus quand ? Je voulais lui dire qu’avant le PPA, le PCA, les Ulémas, les syndicats, c’étaient les mères qui nous poussaient à résister... Qui nous donnaient l’esprit de la résistance. L’âme de la résistance.

Les partis nous donnaient juste les mots pour dire les circonstances.

J’ai su lui dire ? Lui, il le dit si bien. Juste un e-mail. Et cette mémoire comme un surgissement. Une grenade qu’on dégoupille pour souffler le temps.

« Mohamed je crois que le défi vestimentaire c'était aussi "costume croisé et « chéchia stamboul"(6) et cette inaccessible beauté des femmes, fière et majestueuse, déployant son éclat dans le soyeux ondulé du haik (8) ou cet espace public inamical, hostile et méprisant qui s'étouffait, impuissant, par la grâce du sucrier parfumé au jasmin et au fel (9), estampe imprimée dans la trame imprenable de notre regard, des volutes de café aspergé de mazhar(10) qu'on emportait dans nos narines, tel un élixir du bonheur, du châle, blanc immaculé, enroulant les aiguilles, posé délicatement sur le pouf brodé farouzi (11), de l’inconsolable sanglot de la kouitra (12) étreint par la fascination d'un stikhbar 'arak (13) , de la poésie naïve et désarmante des berceuses de nos mamans, une infinité de gestes menus et de murmures intimes dispersés dans notre mémoire qui tissaient la toile invisible de notre espace et d’où montait comme une voix de l’espoir qui nous répétait, irrépressible, vas-y, n’aie crainte, va de l’avant tête haute... et je n'en dis pas plus comme dirait Pablo le grand poète andin...".

Il était ainsi aussi notre poète. Notre musicien... El Anka (14) qui a posé avec d’autres la trame sur laquelle s’est tissé notre âme… Costume cravate... Ou veston cravate… Ou les grandes tenues traditionnelles.
Toujours tiré à quatre épingles. Comme un devoir. Pas qu'El Anka. Les autres aussi dont les photos repassent dans ma tête. Si Ahmed Belarbi et sa haute stature. Si Ahmed Akkache. Aïssat Idir. Rebah Nourredine. Avec cet allant dans leur allure, dans leur regard, dans leur aisance.

Goumen.

Ils étaient les goumens (15) modernes. La métamorphose des cavaliers... les précurseurs de l’épopée. Je croyais inventer quand je mettais mes pieds dans leurs pas...

Cinquante ans d’indépendance, quand même. Quelle avalanche. Tout le monde s’y est mis. Là-bas et ici. Je lis. J’entends. Mais c’est la même histoire qu’on nous serinait déjà avant la guerre. Jamais des bicots ne dirigeront un pays. C’est drôle. Celui qui disait ces mots était un bicot. Un tirailleur de 14/18.

Avec sa médaille.

Il disait aussi que jamais on ne battrait la France. Et il nous racontait Pétain et les canons et les bateaux. Oui, c’est drôle que toute cette alliance de diplômés ne dise pas mieux que le vieux caporal qui avait adopté la saharienne et le casque colonial.

J’en parlerai à Zakad. Tout est en ordre.

J’aime la cravate. Elle est belle. Il est temps d’y aller... Zakad doit déjà y être. La manif pour Belardiouh lui plaisait aussi. Avec le titre de son roman, il serait verni devant un juge… […] Un jour de manif pour Belardiouh…

Quelque chose tourne dans la tête de Zakad .... Il lit ses poèmes à la cantonade… Il s'édite à compte d’auteur... Il vend ses livres à la criée... il ne veut plus attendre les éditeurs ... Il a envie de bouger ... son âge lui pèse-t-il ?... je ne pouvais pas le laisser seul... Le policier avait l’air désolé de ma déception… non, il n’y a pas de manifestants… …il me restait les livres à vendre…Là sur ce bout de place et de jardin… au milieu des bouquinistes... et ce costume, ces "Richelieu" et cette cravate pour me manifester… pour ressembler aux éclaireurs…Sid Ahmed Belarbi (16)… Ahmed Akkache(17)… Aïssat Idir(18)… Rebah Nourredine(19)… El Anka… l’épervier mon frère… à qui j’ai envie de crier au-dessus du 5 juillet Ici, c’est la vente exceptionnelle d’un livre par son auteur. Et par son ami. ..au souk improvisé du livre indigène … sur la place qu’on traversait comme des ombres écrasées, furtives et glissantes ... Achetez le livre de Zakad...achetez le livre... vous ne le trouverez pas en franchise...achetez le livre...

1. Goum : formation de base des cavaleries tribales algériennes, dont nous connaissons encore la forme festive de Fantasia. Tribales, car il n‘existait pas de formations militaires permanentes. Les tribus se chargeaient de défendre le territoire en cas de besoin.
2. Anti Cher marque d’un costume en coton fin, bleu, léger, dit « bleu de Chine » porté par les algérois comme signe distinctif de leur identité citadine, «d’enfants d’Alger » et de leur proximité avec la mer et le port.
3. El Badji, ancien condamné à mort, poète, compositeur et interprète algérois, adoré des algérois qui trouvaient dans sa verve et sa gouailles une philosophie de la résistance. A laissé, à côté de bien d’autres, deux œuvres profondes de compassion et d’amour connues et aimée de tous les algérois et algériens : « ô charmant chardonneret » et « Mer des tempêtes ». Les algérois lui ont gardé en surnoml’expression « khouya el baz », « Mon frère l’épervier », clin d’œil à une autre œuvre poétique qui parle de l’épervier perdu à la chasse et de la douleur de la perte.
4. Journaliste algérien persécuté par les barons de la contrebande et de la corruption et abandonné à ses seules forces, suicidé par désespoir
5. Vers d’un poème de Bachir Hadja Ali dirigeant du PCA (Parti Communiste Algérien) et du PAGS
6. Koulouglis : désigne les algériens nés d’ascendants turcs et indigènes mêlés
7. Chéchia stamboul (d’Istamboul) : coiffe rouge appelée aussi Fès hérité des ottomans dont la taille et la forme correspondait à un statut social. Le costume croisé (européen) et la chéchia stamboul autochtone contradictoires, marque d’une transition historique, se portaient par des citadins aisés socialement, culturellement et politiquement actifs et qui formèrent le terreau des luttes nationales.
8. Voile blanc dont se couvraient entièrement les algéroises pour leurs déplacements dans l’espace public.
9. Une espèce proche du jasmin.
10. Eau de fleur d’oranger
11. Un ton de rose très prisé des algéroises et probablement marque du « bon goût » algérois ancestral.
12. Instrument traditionnel à cordes de la musique andalouse (luth à manche courte)
13. Un de ces préludes ravissants de la musique andalouse
14. Immense acteur culturel algérien, poète, interprète et compositeur algérois, créateur d’un genre musical qui alliera modernisation de la chanson religieuse (Medh ou louanges), héritage andalou, musique noire américaine, rythmes confrériques berbéro-africains dont l’œuvre a quasiment créé un contre feu national au travail colonial de déculturation des algérois en particulier et des citadins des autres villes en général.
15. Membre d’un goum dont l’habit, le maintien, le port étaient synonymes de prestance et d’allant.
16. Belarbi Ahmed, précurseur du mouvement communiste en Algérie.
17. Ahmed Akkache, dirigeant du PCA
18. Aissat Idir militant du PPA, puis fondateur et premier Secrétaire Général de l’Union Général des Travailleurs Algériens, morts sous la torture.
19. NourreRebah, dirigeant des jeunesses communistes algériennes, mort au maquis.

 

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FASCINANT ISTANBUL !

 

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Fascinant Istanbul !

Essoufflées par la montée un peu abrupte, et la charge de nos sacs à dos ! Aysu (Eau de lune) mon amie appuie sur la sonnette et la porte s’ouvre sur visage avenant, des yeux couleur noisette, un regard doux et chaud, un sourire large, franc. « Merhaba, hos geldiniz ! » (bienvenue) nous dit-elle, en s’écartant pour nous laisser entrer. Nous nous défaisons de nos sacs à dos et les calons contre le mur. Enfin ! Aysu fait aussitôt les présentations. Gülnar (Rose de grenadier), et Güven (confiance) son mari. Comme je me trouve tout à côté de Gülnar, elle me prend spontanément dans ses bras, m’embrasse. Elle se tourne vers Aysu, ouvre grand ses bras et la serre très affectueusement contre elle. Elles ne se sont pas vues depuis longtemps. Güven moins démonstratif, arbore un sourire timide, un peu hésitant. Son regard s’attarde sur sa femme. Il semble ému, attendri par l’expression de sa joie, de son débordement affectif. J’apprendrai que Gülnar, originaire de la partie turque de Chypre revendiquée par Chypre comme sienne, occasionnant conflits et déchirements entre Chypriotes et Turcs, a perdu sa mère de manière brutale depuis peu à Chypre. Elle en est très affectée parce qu’elle ne l’avait pas vue depuis quelque temps.

Un flot dense et indiscipliné de paroles fuse de part et d’autre entre Gülnar et Aysu. Echange un peu décalé, désordonné du à l’émotion. Elles finissent par s’en rendre compte, et éclatent d’un rire joyeux, spontané.... Je ne comprends que de rares bribes à ce qu’elles se disent, mais cela ne me gêne pas, la langue maternelle affective est universelle. Güven toujours réservé me fait la bise, réitère ses mots de bienvenue « Merhaba, Hos geldiniz ». Je lui réponds en Turc aussi «Merhaba, Hos boldok ». Aysu m’a appris quelques mots et expressions usuels. De tous les accents turcs, je préfère le parler Stambouliote doux et très raffiné. Les plus puristes d’entre les Turcs et particulièrement les Stambouliotes de souche, appartenant souvent à la classe bourgeoise, mettent un point d’honneur à tenter d’évacuer de la langue turque ses influences linguistiques arabes. Exercice bien difficile ! Sans les mots arabes en totale fusion avec le Turc et souvent non identifiés par les Turcs eux-mêmes, ces derniers auraient bien du mal à se faire comprendre. Il est vrai qu’écouter attentivement parler le Turc donne cette impression de comprendre le sens général d’une conversation, mais souvent c’est un leurre parce que les mots éparpillés ici et là ne font pas forcément sens. Aysu se tourne vers Güven, et se perd dans ses bras. Ces effusions sont très touchantes. Gülnar et Güven, amis de longue date des parents d’Aysu n’ont pas d’enfants, mais ils ont grandir Aysu et la considèrent un peu comme leur fille. Depuis qu’elle poursuit ses études à Paris, Aysu revient en Turquie chaque été, et elle passe d’abord les voir à Istanbul avant d’aller chez ses parents dans le sud de la Turquie. Cette année, Aysu m’a proposé de venir passer mes vacances d’été avec elle en Turquie, ce que j’ai volontiers accepté ! Nous projetons de visiter quelques endroits de la belle Turquie, de passer quelques jours chez ses parents, puis de rendre visite à la famille d’une amie restée à Paris.

Aysu entreprend d’enlever ses sandales. J’en fais autant. Comme en Algérie, bien que moins pratiqué de nos jours, on n’entre pas dans une maison avec ses chaussures qui sont laissées à l’entrée. Gülnar attrape deux paires de mules dans un petit meuble, nous les met devant les pieds. Gênée, je me contente de la remercier « çok tesekürler », ne connaissant pas la formule d’usage. Gülnar me sourit. Je souris à mon tour, et enfile mes mules. Elles sont moelleuses et reposantes. Gülnar nous précède joyeusement dans un salon spacieux très lumineux, meublé simplement et avec beaucoup de goût. Le canapé couleur sable du désert est confortable et douillet, et nous soulagées de pouvoir enfin nous asseoir. Güven disparait pour reparaitre presqu’aussitôt avec un saladier débordant de tranches de « karpus » (pastèque), des assiettes et des fourchettes. Je suis un peu surprise, mais j’aurai l’occasion de noter qu’en Turquie, lorsque c’est la saison, on offre de la pastèque en guise de rafraichissement, le thé étant présent en toute saison et à tout moment. Cette dernière est juteuse, délicieusement sucrée, et très rafraichissante en effet ! J’en reprends encore tandis qu’Aysu, Gülnar et Güven discutent. Nos hôtes parlent un français très hésitant, et préfèrent s’exprimer en anglais que nous pratiquons tous. Gülnar et Güven qui sont tous deux architectes, m’apprennent qu’ils aiment beaucoup Alger où ils ont séjourné plusieurs fois dans le cadre d’un projet architectural, et qu’ayant beaucoup aimé Alger, l’accueil et la compagnie chaleureuse de leurs hôtes algériens, ils adoreraient y retourner ! Cette proximité avec l’Algérie me remplit d’aise, et finit par me détendre complètement.

Leur maison est nichée sur les hauteurs d’Istanbul, dans un quartier résidentiel calme, agréable, très vert. De la terrasse joliment fleurie s’offre un panorama grandiose sur le Bosphore! Magnifique de jour avec son bleu azur éclatant comme de nuit avec les lumières de ses bateaux! C’est l’heure du déjeuner et tout est déjà disposé sur la table de la terrasse. L’air est doux, l’atmosphère légère et détendue, et le déjeuner riche de diverses spécialités succulentes. Un vrai cordon bleu Gülnar ! Güven met aussi très volontiers la main à la pâte ! Adorables tous les deux !

Pour ce début d’après-midi, Gülnar nous emmène visiter quelques quartiers d’une commune voisine dans laquelle les maisons traditionnelles en bois, précieux patrimoine de l’ancien Istanbul, ont échappé aux incendies et aléas fréquents ayant tristement jalonné l’histoire de la cité. Chargée du projet de rénovation et de sauvegarde de ces maisons, la préservation de l’architecture originale de l’ancien Istanbul la passionne, l’accapare entièrement, et c’est bien compréhensible ! Elle nous explique, avec un plaisir non dissimulé qu’auparavant, les maisons, échoppes, ateliers, caravansérails se faisaient exclusivement en bois, la pierre étant réservée aux édifices religieux, telles les mosquées, medressés (medersa) ou toute autre construction à visée religieuse. Ces maisons en bois, de vrais chefs d’œuvre d’architecture, tombent en ruine et menacent de disparaître emportant avec elles tout un style architectural, tout un mode de vie, toute une culture. Certains autres quartiers d’Istanbul dont celui de Zeyrek, l’un des plus anciens, mais aussi le plus pauvre, nous précise-t-elle, concentrent le plus grand nombre de ces maisons joliment bordées d’un réseau complexe de ruelles étroites qui rappelle la Casbah d’Alger qu’elle a visitée lors de son passage à Alger.

Gülnar sait l’art de conter ces maisons. Poésie, émotion et nostalgie. Le cœur du vieil et pittoresque Istanbul nait de ses mots, de ses émotions, de sa passion et prend vie, palpite, bat au rythme captivant de sa narration. Fascinant Istanbul ! Le konak est la forme de construction la plus ancienne, une maison individuelle citadine bourgeoise entourée d’un jardin fleuri agrémenté de fontaines et de pergolas, constituant la partie essentielle de l’organisation spatiale, le lieu de vie et de détente pendant la belle saison. Les appartements privés se trouvent quant à eux toujours à l’étage, préservés des regards indiscrets. Plus modestes que les Konaks, mais mieux préservées parce que plus récentes, les Yali, des maisons d’alignement dissimulant jalousement derrière leurs hauts murs des jardins luxuriants, parfois des puits. De véritables petits paradis de verdure insoupçonnés ! Les quelques maisons visitées sont superbement et fidèlement restaurées. Les fenêtres en saillie, les portes, les corniches, les encorbellements sont richement sculptés, très finement ciselés, exprimant toute la sensibilité artistique, toute la fantaisie de leurs anciens propriétaires, et notamment des plus riches d’entre eux. Nous déambulons au gré des mots de Gülnar et de notre imagination au cœur d’Istanbul, empruntant des ruelles étroites, entrant dans les maisons, humant des parfums de fleurs dans leurs jardins…. Naime, jeune héroïne d’un roman lu adolescente surgit des méandres de ma mémoire. Mystérieux et féerique était le monde de Naïme qui vivait dans un palais Ottoman à Istanbul dans un univers enchanteur fait de sultans et de sultanes évoluant dans de somptueux et riches décors.

Ces maisons, en authentiques œuvres d’art, sont rayonnantes, et nous restituent un peu de cette âme profonde du vieil Istanbul. Des ilots du passé, témoins impuissants du développement anarchique, bruyant et clinquant de l’Istanbul moderne. Le bénéfice du classement de ces sites comme zones protégées sans moyens financiers suffisants pour leur conservation, reste anecdotique. L’Algérie et ses tragédies ! Similaires à celles de ces maisons en bois. Tant de merveilles délaissées ou disparues, ne subsistant que dans les souvenirs et les imaginaires des nostalgiques des temps anciens. Le chemin du retour est silencieux, pensif, un peu terne.

Les mets qui composent le repas du soir sentent si bons ! Gülnar secondée de Güven, a commencé la préparation des plats dès le matin ! Des aliments riches et variés, délicats et raffinés dont la saveur et le moelleux sont admirablement conservés. Plusieurs spécialités chaudes et froides sont servies toutes en même temps. Des Mezzés que l’on retrouve aussi au Liban, en Syrie ou ce qu’il en reste ! Libre à chacun de se servir ici ou là selon ses goûts ! Des Böreks fins au fromage et à l’aneth, des Dolma, feuilles de vigne farcies au riz accommodé d’épices, de pignons, et de raisins secs, du cacik (prononcé djadjik), une entrée à base de yoghourt, de concombres coupés très fins, arrosée d’un filet d’huile d’olive et relevé d’une pointe d’ail, des aubergines en purée à la crème de sésame, des köfté, boulettes de viande hachée au mélange d’épices savamment équilibré, un vrai régal, des haricots verts très goûteux, des bamya (gombos) en sauce rouge délicieusement mijotés…, du pain traditionnel aussi. Le dessert n’est pas en reste, des fruits gorgés de soleil, des baklavas fraiches et croustillantes aux pistaches, et des kunefés tièdes, un dessert aux « cheveux d’ange » fourré de fromage blanc fondu, similaire au qtaïf fourré aux amandes en Algérie. Exquises ! De vrais, bons et beaux moments de partage, et de convivialité !

Aysu et moi nous sommes levées tôt après une nuit calme et reposante. Le petit déjeuner est très copieux ! Tomates et concombres coupés, tranches de fromages blanc frais et aussi cuit, des olives, des confitures de pétales de rose, et de figues, du miel accompagné de l’incontournable yoghourt servi à tous les repas, du Pekmez sirop très épais à base de raisin cuit (l’équivalent du Rrob en Algérie, je crois) mélangé à de la crème de sésame et dégusté, étalé sur du Pidé, pain traditionnel très moelleux, ou du Simit, sorte de petites couronnes de pain au sésame, si gourmandes, si savoureuses chaudes, et elles le sont justement ! Le samovar fume joyeusement et diffuse un arôme de thé vigoureux un peu âpre. Gülnar remplit mon verre au quart de thé très concentré, et me demande si je le préfère fort ou léger. Elle rajoutera de l’eau bouillante en conséquence. Le thé ! Loin devant le café turc, il se boit matin, midi et soir, et à tout moment de la journée. Concentré ou plus dilué selon les goûts et les moments, il désaltère, délasse, détend, apaise, réchauffe, requinque, redonne du cœur à tout. Le thé est un des aspects de la culture turque, et est un plaisir qui ne se refuse pas. « Afyat olsun » (bon appétit) nous dit Güven. Et l’appétit est là ! Tout est délectable y compris les tomates que je n’ai pas l’habitude de manger le matin. Toute une palette de nouvelles et fines saveurs !

Pour aller à Istanbul, nous reprenons le bateau. La rue qui serpente un peu est plus facile dans ce sens et sans sacs à dos ! Le temps est radieux, et le Bosphore d’un bleu intense zébré de longues trainées blanches que les bateaux qui le sillonnent, laissent derrière eux. Très agréable la traversée ! Beaucoup de passagers commandent du thé, des Simit. D’autres lisent le journal, d’autres encore discutent pendant que d’autres somnolent, c’est un peu le métro Parisien en beaucoup plus agréable, plus aéré, plus ouvert, plus convivial. Nous quittons l’Asie, pour aller sur l’autre rive du Bosphore, en Europe !

Byzance, Augusta Antonina, Constantinople, Istanbul, à la croisée des chemins entre Orient et Occident, capitale millénaire de plusieurs grandes civilisations, et cité prestigieuse inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO. Tolérante et ouverte, Istanbul a su merveilleusement et en toute harmonie intégrer les divers et riches apports des différentes périodes de son histoire : Grecque, Romaine, Ottomane Musulmane et Chrétienne, et y a imprimé son âme profonde. Istanbul ! Grouillante, trépidante, débordante d’énergie, de vitalité, de joie, fatigante pour peu qu’on se laisse entrainer par son rythme soutenu ! Istanbul ! Sublime et fascinante cité ! Un vocable si chargé d’histoires, de fantaisie, de rêves, de mystères, et de magie !

Le marché aux épices ou l’orient aux mille et une lumières ! Un extraordinaire dégradé de nuances et de tons expansifs, vigoureux, intenses de leur rayonnement irradiant, accrochant le regard, illuminant les lieux comme les palais de l’imaginaire. Un incroyable éventail de senteurs et de saveurs fortes ou plus subtiles fruitées ou acidulées, chaudes, douces, enveloppantes, sucrées ou épicées, toniques, citronnées ou florales, ou complètement inédites. Un voyage sensoriel riche au cœur des couleurs, des arômes et des saveurs.

Le marché aux épices est à la hauteur de tous les défis ! Tout, mais alors tout, connu comme inconnu, y est disponible ! Des innombrables épices safran, paprika, cannelle, curcuma, sumac, coriandre, gingembre…, aux herbes, racines, écorces ou poudres… médicinales aux vertus « miraculeuses » improbables, des eaux florales ou huiles agréablement parfumées, aux innombrables fruits séchés, aux légumes séchés aussi et enfilés en énormes chapelets suspendus en hauteur, aux olives de tous calibres et de toutes couleurs, amandes, pistaches, effluves de café irrésistibles ; douceurs à la vanille, au caramel, pâtes de fruits multicolores, nougat aux amandes, cacahuètes ou pistaches, loukoums et helva…. Pas de répit pour les sens, tout est enchantement. Les vendeurs aimables, un peu zélés mais sans agressivité nous sollicitent, nous interpellent, nous vantent leurs produits, nous proposent de les goûter, juste pour le plaisir de goûter ! « Innocents » vendeurs, et irrésistibles loukoums ! Trop tentants ! Nous nous arrêtons. Le vendeur choisit un beau loukoum et me le tend. Tendre, moelleux, fondant. Une douceur infinie parfumée à la rose dont le goût se prolonge délicieusement. Il coupe un morceau de nougat à la pistache, et le tend à Aysu, qui le déguste doucement les yeux brillants de gourmandise. Sacrés vendeurs ! Nous leur achetons des loukoums richement parfumés, du nougat, et quittons à contrecœur le marché aux épices.

Nous voilà aux portes du Grand Bazar ! L’un des plus vastes et des plus anciens marché couvert du monde ! Un immense labyrinthe fait de croisements et d’entrecroisements impressionnants d’allées larges, de ruelles étroites, de passages, d’impasses. Son organisation par secteurs regroupe différents types d’artisanat. Voûtes hautes, et grandes arcades surmontées de colonnes souvent ornées de faïence aux motifs simples, bleus en général, suggèrent cette impression d’être dans un grand palais ! Tout comme le marché aux épices, le Bazar est effervescent, bouillonnant, une véritable fourmilière ! Un brouhaha sourd et continu, entrecoupé de temps à autre d’éclats de voix, enveloppe le bazar, et me rappelle, celui, lointain de « bit eskhoun » (pièce chaude) dans les hammams de Miliana, et plus spécifiquement Hamam Edjedid saturé de femmes de tous âges venues se purifier les tout derniers jours de Cha3bane pour accueillir Ramdhane.

Des boutiques chatoyantes de couleurs, blotties les unes contre les autres offrent des dégradés de tons brillants, éclatants. Et l’imagination de s’échapper à nouveau pour se perdre dans les palais somptueux, les échoppes, les caravanes, les prestigieux caravansérails. Tout suggère l’univers féérique des contes de l’enfance, des Mille et une nuits. Richesse et opulence des allées du quartier des bijoutiers ruisselantes d’or et d’argent, ou celui du cuivre joliment ciselé brillant de mille feux, celui des lampes de toutes tailles, de toutes formes, de toutes couleurs, celui des Kilims, tapis tissés aux tons et motifs si fins, si beaux, celui du bois et de ses sazs instruments à cordes à longs manches au son très typique que l’on retrouve dans toutes les musiques traditionnelles turques, … des Tasbih (sebha, chapelet) pour le « dhikr », très populaires en Turquie, des Nazar boncuk, amulettes composées de plusieurs cercles en pâte de verre, superposés et préfigurant un œil avec à son centre un rond noir, la pupille, porté comme bijou, suspendu à l’entrée d’une maison, intégré au mur ou au sol sur le pas de la porte pour conjurer les mauvais esprits, le mauvais œil. Aysu m’explique que dans les croyances populaires, un regard bleu est porteur de malheur à la personne qui le croise, à sa famille, à ses biens. La couleur bleue dominante du Boncuk est sensée le neutraliser. Dans le secteur des tissus, la richesse des étoffes affolerait plus d’une couturière, plus d’une promise ! Epaisses ou fines, unies ou bariolées mates ou brillantes, il y en a pour tous les goûts, toutes les bourses. Les tissus fleuris sont très prisés des femmes de la campagne qui en font des « serouel mdouer » (pantalons larges bouffants) quasi identiques à ceux portés dans les campagnes algériennes et qu’on appelle aussi « serouel ettekka ». Tellement proches les gens mais aussi les intérieurs des maisons des campagnes turque et algérienne que l’on pourrait les confondre n’était-ce la langue !

Les livreurs de thé sont nombreux au Bazar, on en croise souvent. Pressés, ils se faufilent entre les gens avec une aisance et une légèreté déconcertantes, les frôlant à peine ! On pourrait penser que les mouvements amples qu’ils font faire à leurs plateaux chargés de verres de thé, feraient déborder ce dernier, mais pas du tout ! Pas une goutte n’est renversée ! Ces livreurs se savent observés du touriste épaté par leurs prouesses, et s’en amusent eux aussi. « Sssimiiiiiiiiiiiit !!! », crie un vendeur ambulant portant en équilibre sur sa tête un énorme plateau de Simit disposés en pyramide. Plus loin, c’est un vendeur de jus de cerises en tenue ottomane traditionnelle que l’on croise. Je suis ravie par toutes ces découvertes insolites, charmantes, émouvantes. Au détour d’une allée, nous tombons sur une magnifique fontaine en marbre ! Nous y faisons une halte rafraichissante, il fait si chaud ! Dans une autre petite allée paisible, nous nous installons dans un petit café sympathique et accueillant pour y boire un thé. Cette trêve, à l’abri du tumulte étourdissant du Bazar, estompe quelque peu son ardeur, son déluge de couleurs, de parfums, de saveurs. Le Bazar et son ambiance orientale, débordante de chaleureuse et joyeuse hospitalité !

Contrairement au Grand Bazar, le marché populaire attire peu les touristes, et rares sont ceux qui s’y aventurent hormis quelques Soviétiques et parmi eux des marins en escale à Istanbul. Certains d’entre eux charrient d’impressionnants ballots de marchandises, d’autres, plus fauchés, font du troc, des poupées russes, des gravures sur bois, des cuillères, des boîtes en bois sculptées de motifs fleuris à dominante rouge, contre des souvenirs d’Istanbul. Nous sommes au temps de l’Union Soviétique, et la précieuse devise est parcimonieuse, voire absente. En Algérie, l’allocation allouée, une fois l’autorisation de sortie du territoire obtenue, s’élevait je crois à quelques 300 francs. Somme bien dérisoire même à cette époque, mais cela n’empêchait pas les allocataires de ramener des valises et ballots de marchandises impressionnants, et en particulier tout ce est qui habillement. Les négociations entre les marins et les vendeurs de souvenirs turcs sont âpres, chaque partie voulant s’assurer de faire la bonne affaire !

Dans ce marché, le commerce en gros, demi-gros et au détail draine la multitude. Un bric-à-brac indescriptible de marchandises des plus hétéroclites ! Tout s’y vend et tout s’y achète : literies, ustensiles de cuisine, objets divers en métal, outils, bascules, ferraille, jouets, vêtements, tissus d’ameublement, linge de maison, bonbons, charcuterie, légumes, fruits…. La fracture est très nette entre ce quartier populaire, pauvre et délabré, et le centre touristique si bien entretenu. Extraordinaire et paradoxal Istanbul où le moderne et l’ancien, l’authentique et le faux, l’opulent et le misérable se côtoient à quelques rues près. Des « boyaci », (cireurs), il y en a beaucoup ! Des enfants surtout ! Trop d’enfants tout barbouillés de cirage se disputent les chaussures passantes. Ces enfants cireurs triment à temps plein ou partiel selon qu’ils vont ou pas à l’école. Hauts comme trois pommes, leur regard ne va guère au-dessus des genoux de leurs clients. Un enfant lève les yeux, rencontre mon regard, l’accroche, me sourit timidement, regarde mes chaussures. Dilemme ! Je lui souris de toute ma tristesse. Très mal à l’aise, je lui tends un peu d’argent, consciente que je lui fais l’aumône alors qu’il demande à être rétribué pour le travail qu’il fait. Derrière le vernis touristique, la vie est dure, si injuste, si implacable ! Aysu, habituée à ces scènes, ne les « voient » plus. Elle continue à bavarder, s’agaçant parfois de mon mutisme, ne comprenant pas cette gravité, cette tristesse profonde dans laquelle je suis plongée. Et de ce moment, les chaussures des hommes s’imposent à mon regard. Toujours brillantes, impeccablement entretenues y compris dans les lieux poussiéreux et encombrés de gravas ! Aucune gêne, aucun embarras à se faire « briller », par des mômes de surcroit ! Je verrai d’autres enfants proposant divers articles à la vente, dans des petites caisses de fortune : cigarettes, peignes, piles, billets de loterie, barrettes pour cheveux, épingles à nourrice…. Tout comme la richesse, la misère est aussi ruisselante de ce côté-ci.

« Limooooon » crie ce limonci, marchand ambulant de jus de citron. « Siiimiiit » lui répond le simitci. « Missiiiiir » renchérit le vendeur de maïs grillé. Des métiers de la rue. Du rémouleur le « Bileyici », au fripier « Eskici », qui sillonne les rues avec sa charrette débordante de vaisselle à échanger contre des vêtements, au « Balikçi », marchand de poisson, au « Sebzeci », marchand de fruits et légumes, au « Çiçekçi », marchand de fleurs... Des rues très animées, foisonnantes de vie. Aysu m’explique que la terminaison « ci » qui se prononce « dji » signifie « métier de… ». Et me voilà reprojetée dans mon enfance ! Certains métiers « qahwadji » (cafetier), « sfendji » (marchand de beignets) prennent donc leurs racines ailleurs…. Je suis étonnée, émue par les affinités culturelles et linguistiques que je découvre, par ces marchants qui m’évoquent Miliana et ses rues ponctuées aussi des cris de ses vendeurs ambulants. Je me rappelle avec beaucoup de tendresse et de nostalgie ces précieuses tranches de vie perdues. L’impression d’un voyage dans le temps. Une sorte de flottement quelque part dans une dimension aux contours imprécis, évanescents, ou la rencontre de personnages pittoresques inattendus, insaisissables, intemporels, ceux de mon Algérie d’autrefois, et ceux d’une autre contrée, d’une autre histoire, ancienne, très ancienne mais liée. Pour les uns perdus dans les dédales de ma mémoire, et pour les autres, réels, arpentant les rues d’Istanbul en costumes Ottomans d’époque, portant ou poussant des contenants traditionnels remplis des produits qu’ils proposent aux passants ! Surprise et émotion encore, que la découverte plus tard de noms d’enseignes de magasins ou autres établissements, suggérant les noms de certaines familles de Miliana !

De tous les marchands ambulants, c’est le Dondurmaci, marchand de glace traditionnelle qui m’a le plus marquée ! Ce dondurmaci à la moustache démesurément longue, épaisse et légèrement recourbée sur les côtés, porte un costume traditionnel Ottoman : chemise à manches longues blanche, gilet rouge brodé de fils d’or, pantalon un peu bouffant de même teinte tenu par une large ceinture en tissu enroulée autour d’une taille bedonnante, une chéchia istanbul rouge brodée de fils d’or également. C’est qu’il en impose ce personnage à l’allure altière. Le « spectacle » qu’offre ce dondurmaci, debout trônant au milieu de son beau meuble sur roues, mérite largement que l’on s’y arrête même si on n’est pas friand de glace ! Dondurma signifie crème glacée, un dessert confectionné à partir de bulbes d’orchidées sauvages séchées dont la farine appelée le Salep, constitue l’ingrédient de base. Cette variété d’orchidée ne pousse que dans les contreforts du plateau anatolien, d’où le caractère unique de cette glace, une pâte épaisse à la texture lisse et très douce, un peu gommeuse au goût. Elastique, elle a cette capacité de s’étirer jusqu’à, dit-on, former une corde à sauter, et se mangeait anciennement avec couteau et fourchette ! Mais revenons à notre dondurmaci ! Aysu ne tarit pas déloges sur les qualités gustatives du dondurma et la multitude des parfums aux fruits naturels proposés. J’ai plutôt envie de manger salé, mais conciliante, je cède devant son insistance. Les yeux d’Aysu sont pétillants, et son sourire un peu énigmatique. Je ne m’y attarde pas.

Je choisis une glace nature, la vraie, l’originale, Aysu une glace à la pêche. Aussitôt la commande prise, notre personnage se met à chanter d’une voix grave et mélodieuse tandis que ses mains font tournoyer avec une incroyable agilité une sorte de tige en acier très longue pour lui faire faire des arabesques rapides et compliquées avant de la plonger dans un des nombreux contenants de glace aux noms de parfums souvent mystérieux pour moi. Il tourne cette tige, fouille dans la glace épaisse, résistante, y pèse de tout son poids, et la ressort avec à son bout de la glace. Aussitôt, il entreprend d’exécuter une myriade d’acrobaties complexes qui durent un temps. Fascinant ! Soudain, et au moment où je m’y attends le moins, je vois la longue tige, devenue complètement folle, arriver droit sur moi, et éviter de justesse mon visage ! Mon cœur fait un bond prodigieux, et accélère son rythme, affolé ! Je n’en suis pas encore remise qu’une cloche que je n’avais pas remarquée, se met à tinter avec frénésie juste au-dessus de ma tête ! Je fais un bond en arrière et bouscule quelqu’un ! Aysu éclate de rire, d’autres personnes autour de nous ne s’en privent pas non plus, le dondurmaci est ravi de sa facétie, moi perplexe, le cœur palpitant, pas très rassurée, vexée même !

Le dondurmaci reprend l’extraction de la glace, commence à en remplir un cornet, et la tige de reprendre son ballet endiablé, passant d’une main à l’autre ! Imprévisible ce personnage, sournois, un peu « traitre » pensé-je! Sur mes gardes, je reste concentrée sur ses mains, des fois que la tige s’emballe à nouveau. Peine perdue ! La cloche actionnée à nouveau à mon insu me fait à nouveau faire un bond ! J’esquisse un sourire contrit. Tout le monde a l’air de trouver ces tours de passe-passe très drôles ! Le dondurmaci, lui, jubile, et la galerie s’amuse beaucoup. Moi, un peu moins quand même ! Enfin, la glace est prête ! Il me la tend avec un grand sourire. Pas rancunière pour un sou, je lui souris à mon tour, tends la main pour la prendre, et ne saisis que le vide ! Il refait ce scénario plusieurs fois. Ma patience comme ma complaisance se craquellent ! Je suis vraiment chiffonnée cette fois-ci ! Le dondurmaci, perspicace, me cède enfin ma glace et me gratifie d’un énorme sourire tout-à-fait charmant, candide même ! C’était donc ça le sourire énigmatique d’Aysu ! « Perfide » jusqu’au bout des ongles! Je goûte à ma glace. Douce, onctueuse, élastique... Un délice qui vaut finalement et malgré tout peur, tours et détours ! Le dondumaci ! Un poète nostalgique talentueux et inspiré, haut en couleurs, taquin, agile, habile et très attachant, défiant temps et époques pour offrir des instants magiques, des émotions vibrantes, pour un souvenir lumineux et souriant à chaque évocation.

Nous n’aurons pas le temps de tout visiter et devons faire des choix. Aya Sofia, la Mosquée Bleue Sultan Ahmet et si on a le temps la Citerne Basilique. Le palais de Topkapi attendra la fin de ces vacances, à notre retour à Istanbul. Aya Sofia est incroyablement conservée malgré les stigmates du temps et des séismes. Successivement Basilique byzantine, Mosquée aux quatre minarets, puis Musée, Aya Sofia majestueuse et imposante, ne révèle pourtant pas de prime abord les trésors d’architecture, de fresques, de mosaïques de scènes bibliques, et d’ornements divers qu’elle abrite. Dès l’entrée, on se sent tout petits, presqu’écrasés ! Tout est tellement démesuré ! Le dôme et les colonnes sont gigantesques, le mélange de couleurs et de matières extraordinaire, la lumière y est éblouissante. Magnifique Aya Sofia !

Sultanahmet Camii (se prononce djamii) ou la Mosquée du Sultan Ahmet aux six minarets ! Une œuvre architecturale somptueuse, édifiée près de mille ans après Aya Sofia et rivalisant de beauté avec elle ! Inondée de lumière avec ses innombrables fenêtres, elle est toute de bleue ornée avec ses carreaux de faïence d’où le nom de Mosquée Bleue. Sublime ! Son magnifique jardin fleuri aux nombreuses allées offre bien-être et détente. L’énergie, et la spiritualité profonde qui se dégagent de ces lieux éminents me touchent droit au cœur, me transportent. Sultanahmet Camii plus spécifiquement transmet quelque chose de fort, de vivant qui ne peut s’expliquer. Sa « parole » qui est un langage pour l’âme, emplit pleinement l’atmosphère, et chaque détail observé accentue cette sensation intense de communion avec ces lieux tolérants, respectueux et profondément spirituels. Sultanahmet Camii insuffle calme, bien-être et sérénité. J’aurais aimé m’y attarder, loin du tumulte et de l’agitation extérieurs…

Avant de reprendre le bateau pour regagner la rive asiatique, nous poussons nos pas jusqu’à la Citerne Basilique que les Turcs appellent « le Palais englouti ». Et c’est véritablement un immense palais souterrain constitué d’une forêt dense de colonnes qui montent très haut. Spectaculaire réserve d’eau! De quoi tenir un siège ou défier des étés très secs ! Un authentique chef d’œuvre d’architecture et d’ingéniosité. L’éclairage très subtil donne de beaux et chaleureux tons orangés aux colonnes. La sensation d’être dans une sorte de sanctuaire silencieux où le clapotis de l’eau, seul, s’autorise un murmure de temps à autre, est là.

Sur le chemin du retour, nous nous attardons un peu dans le quartier du pont de Galata. Un pont flottant en bois très ancien, très affairé, très animé. L’après-midi est bien avancé. Des pêcheurs à la ligne sont alignés avec leurs cannes à pêche contre la balustrade du pont. La prise semble bonne au vu des nombreux poissons se tortillant dans les seaux et bassines posés à terre. Sur les berges du Bosphore un peu plus loin, d’autres pêcheurs sont alignés avec leurs bateaux. Ils font frire du poisson, pêché tôt le matin, dans d’énormes bassines d’huile bouillante. Le poisson tout dégoulinant d’huile est mis dans de grosses miches de pain frais pour les clients amateurs. L’alléchante odeur de friture nous rappelle cruellement nos estomacs vides. Un déjeuner tardif sandwich au poisson ? Pourquoi pas ?! Nous ne le regrettons pas. Le poisson est frais, et la chair tendre et goûteuse !

La visite des monuments historiques a été un peu rapide, mais je suis enchantée par autant de belles découvertes. Je reviendrai ! Dès que cela me sera possible ! Le bateau pour regagner la rive asiatique du Bosphore est déjà plein ! Demain matin, nous repartons vers le sud de la Turquie. Une amie réfugiée politique Turque de Paris militante active et recherchée pour ses activités politiques contre le régime de son pays nous a demandé d’aller voir sa famille, sa mère, ses sœurs, ses frères qu’elle n’a pas vus depuis dix ans. Elle veut des photos de tous et de partout, y compris de son village natal en montagne. Une autre amie militante elle aussi ayant pris le risque de rentrer en Turquie pour voir sa mère malade, a été arrêtée dès le passage en douane, et jetée en prison avec son enfant en bas âge ! Elle y était restée plusieurs mois ! Nous avons accepté bien évidemment !

Adorables Gülnar et Güven ! Si généreux, si chaleureux, si accueillants ! Le diner, un véritable festin accompagné de cadeaux ! De magnifiques écharpes aux couleurs chatoyantes pour chacune d’entre nous, un livre pour apprendre le Turc pour moi et un beau livre en Turc sur les maisons en bois pour Aysu. J’espère vraiment pouvoir les recevoir à mon tour un jour à Paris ! La soirée coule douce, agréable et détendue en leur compagnie. Le matin, nous déjeunons tôt. Güven insiste pour nous déposer à la gare routière. Nous reviendrons dans trois semaines passer deux autres nuits avec eux avant de renter à Paris. Nous en profiterons pour visiter le palais de Topkapi et acheter quelques souvenirs. La Turquie vers laquelle nous allons est autre. C’est celle de la campagne, de la montagne, de la mer et c’est encore un tout autre univers en perspective...

Je ne peux finir cette évocation d’Istanbul sans faire un hommage fort, plein, entier, sans m’incliner respectueusement, mais avec beaucoup de tristesse devant les milliers d’enfants cireurs de Turquie et d’ailleurs dont le nombre a explosé aujourd’hui, devant tous les enfants cireurs d’Algérie d’un temps pas si lointain, devant tous ces enfants travailleurs dans le monde.

Ci-dessous ce qu’a écrit Mehmet, un cireur de chaussures de 9 ans scolarisé en 3ème année (CE2)

« Moi, je voudrais aller dans le paradis. Là-bas, il y a des oiseaux, des papillons, et les fleurs de toutes les couleurs sentent bon. Je voudrais manger là-bas, des pommes, des oranges, des bananes, des kiwis, toutes sortes de fruits. Je voudrais avoir un vélo. Je voudrais lire de beaux contes…..

Et ne je veux plus faire le métier de cireur de chaussures, plus du tout. Je veux m’asseoir et me reposer. Là-bas, je veux m’allonger et dormir bien, je veux lire des livres. Si je finis mon école, je veux être médecin. Je veux « rendre » les malades guéris.

Dehors, il neige, j’ai froid. »


Ramazan qui a sept ans tout juste et qui part à la recherche de clients dès le matin tandis que ses copains sont sur le chemin de l’école dit :

« J’ai 4 frères et sœurs, mon père ramasse la ferraille et moi, je cire des chaussures. Je ne vais pas à l’école. Je cire environ 15 chaussures par jour et chaque fois je gagne 1 livre turque (0,30 €). Je participe au budget de ma famille. »

 

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LES TRABENDISTES

 

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Un texte lumineux, succulent que je souhaitais partager. Des personnages ordinaires, pris dans la tourmente de l’Histoire de l’Algérie, des Histoires de l’Algérie. Magnifique, sublime de justesse, de tendresse, de sensibilité, d’amour, de souffrance, de tristesse, de combat, mais d’espoir aussi. Bonne lecture si le cœur vous en dit !

Les trabendistes

« Un texte de 2001 sur Alger et ses dilemmes identitaires et culturels »
« Texte sur Alger écrit en 2001 pour La pensée de Midi, tel que je sentais la ville et son passé dramatique à cette date et face, déjà, au retour de la vieille thèse d’un Autre qui nous rejette plus dans une humanité différente, qu’elle n’accepte la réalité d’une même mais si diverse humanité. La suite vous la connaissez par le retour triomphal de l'essentialisme de pacotille des philosophes cathodiques. »

Mohamed Bouhamidi.


Notre rencontre se déroula dans l’aléa absolu d’un lieu sans mémoire et d’un temps déchiré.

Bien peu se souviennent encore que le lieu (la Maison de la presse) fut une caserne.

A mi-parcours, le mois de jeûne soumettait les hommes à des calendriers et des horaires somnambules. Il fallait qu’il adapte son activité aux horaires du ramadan, mais continuait à vivre en décembre. Il voulait rencontrer des Algériens sur leur terrain et ne se retrouvait que sur des lieux construits par les Français.

En recevant l’ami d’Alger, je me rendais compte qu’elle n’était plus forcément ma seule demeure et que je n’y avais rien que je tienne en propre à lui offrir. Ici, se dressait une caserne, adossée à une autre caserne et reliée, sur une longue ligne qui montait de Belcourt vers El-Biar, à d’autres casernes ; l’une détruite pour laisser place à la piscine du 1er-Mai et au Bazar, l’autre cédée à l’Institut de médecine. Le tout, à l’époque, entourait, près de l’hôpital Mustapha-Bacha, un espace vide où les soldats exécutaient leurs manœuvres. Champ de Manœuvres, qui ouvrait ou couvrait la zone industrielle et un important accès au port : le canon près des ouvriers et des marins, cela sentait plus l’urbanisme français échaudé par les insurrections parisiennes, que notre héritage turc et berbère livré aux ruelles lascives. Cette ligne annonçait le quartier de Belcourt, immense espace d’usines et d’ateliers que coupait la fraîcheur du Jardin d’Essai et que clôturaient les abattoirs du Ruisseau. Quartier partagé, presque côte à côte jusqu’à l’indépendance, par Pieds-Noirs et Algériens. Ma mémoire n’est plus hantée que par les souvenirs des ateliers ou des Halles aujourd’hui disparus, et avec eux les slogans syndicaux sur lesquels j’apprenais à lire sans comprendre "nos 3 000 francs" et dont, pour cette raison paradoxale, j’allais me souvenir.

Tout à l’heure, Thierry parti à ses occupations coincées par l’horizon de la prière du couchant qui nous autorisera à manger, je repasserai devant le Bazar. La lune du ramadan en est à sa deuxième moitié, et le mois de jeûne, rituel et profond renouvellement de la soumission du musulman à la Loi, se termine par un don de vêtements neufs aux enfants. Il est temps pour les achats. Pour l’heure, les pères regarderont les produits. Certains achèteront tout seuls, d’autres reviendront avec femme et enfants, d’autres encore, mais bien rares, laisseront la tâche aux seules mères. Pères, mères ou enfants vont passer devant une invraisemblable et interminable exposition de tissus, de chiffons, de vestes, de pantalons et, par-dessus tout, d’adorables robes de fillettes, d’irrésistibles ensembles de garçonnets, et devant une profusion de souliers, de tous genres, de tous pays, de toutes qualités. Les vendeurs seront là à vous préciser leur provenance dans cette pacifique jungle de produits suspendus à des tringles mobiles, à des cintres, posés sur des étagères très pratiques, dans une compétition d’agencements artistiques, presque chatoyants, n’étaient-ce les couleurs mates des jeans ou des effets d’adultes. Ils ne rivalisent pas moins dans le bagout, l’art d’annoncer le prix et le sacrifice que vous leur ferez faire en obtenant une réduction qu’ils vous consentent déjà : le plaisir des enfants, n’est-ce pas, ils savent ce que c’est. Nouvelle race de marchands pugnaces et s’assumant. Ils nous guérissent tous les jours de ces années de magasins tristes que tenaient mal des commerçants nés du hasard des commerces laissés vacants par les Français. Chaque année passait comme une érosion des vitrines, des façades, des savoir-faire, des produits, des visages et de l’accueil. Immense et si blessante arrogance d’arrivistes sortis du Loto, assumant mal les petites servitudes du métier de commerçant. Tout avait fini par ressembler à de la grisaille sur les devantures et les vitrines, la pression de la demande exemptant les commerçants de tout effort. Même les cafetiers avaient fini par gâcher le métier, et partout disparaissaient les tables et les chaises pour laisser place à d’immenses salles hostiles, aménagées pour faire du soda ou du thé une expéditive satisfaction du besoin. Il fallait avoir vraiment besoin d’un café ou d’un soda pour entrer dans ces halls agressifs et inhospitaliers. Nous n’avions plus que la nostalgie des longues palabres et le souvenir d’une antique et chantante devise : "Le cafetier te vend son eau, son bois et sa parole sucrée."

Tout semblait voué à cette grise médiocrité. La suppression de la nécessité d’une autorisation de sortie, accompagnée de l’octroi d’une allocation touristique en devises, aux orées des années quatre-vingt, n’allait pas améliorer les choses. Les jeunes, enfin libres de faire leur premier voyage avec un vrai pécule et avant que le visa vienne leur fermer l’espace au nord de la Méditerranée, rassemblèrent des sous comme ils purent et firent la traversée. Sur le bateau, des pères de famille, plus futés que d’autres, embarquaient avec eux femmes et marmaille pour prendre leurs parts d’allocation. A Marseille, les enfants et les mères rembarqueront, laissant aux pères la cagnotte et une interminable liste d’achats. Certains prenaient l’avion, mais à l’usage, le bateau s’avérait très commode. La pleine journée du voyage laissait le temps de nouer une conversation, de repérer un voyageur qui pouvait leur sortir un cabas, les émigrés refusaient rarement de rendre service.
Très vite, ces premiers voyages leur donnèrent l’idée du commerce. Ils s’organisèrent. La suppression de l’allocation devises et plus tard l’instauration du visa ouvrirent toute grande la porte à une sorte de professionnalisation de ce petit négoce. Il fallait juste inventer le nom du nouveau métier et il arriva plutôt d’Oran : le trabendo, curieuse contraction du mot "contrebande". Les plus intelligents des jeunes happés par le chômage allaient pénétrer tous les secrets de l’échange, du taux des monnaies aux coûts du transport, de la géographie des places commerciales à la guerre des prix. Dix ans durant, ils se firent la main à passer les douanes, à se faire la concurrence, à élargir leurs zones d’achats et de voyages. Ils restaient de sympathiques pionniers sans soutien et sans piston, des self-made-men d’un genre nouveau ; et si, parfois, certains perdirent beaucoup dans un passage de douane, en gros ils tinrent le coup. Ils devinrent pour moi une intense curiosité, ces gosses pacifiques qui poussaient à des cimes leur art de ne pas se faire d’ennemis. Ils créèrent un langage nouveau et expéditif, tournant autour de quelques mots essentiels, dont la finalité était d’éloigner les malentendus ou toute raison de dispute. Mais leur plus belle invention, celle qui résume leur métier, reste le terme de t’chipa, qui désigne la part qui doit revenir à un quelconque des protagonistes ou intervenants. T’chipa désigne le jeton qu’achètent les joueurs de poker en début de partie ; leur métier est à risque et souvent ils jouaient leur passage au hasard des dés.

Pendant dix à douze ans, leur travail resta complètement souterrain, underground, comme le raï ou les chansons de Dahmane el-Harrachi. Autour de l’année 1992, dans mon vieux quartier bouffé par la grisaille des vitrines et à moitié détruit pour un rêve de gouvernants, le rêve d’un grand centre d’affaires, timidement des magasins fermèrent, le temps d’une réparation. Tout était gratté, puis les murs se couvrirent de faïences, les dalles de sol remplacèrent les antiques carrelages, les vitrines s’embellirent et la menuiserie métallique permit quelques audaces. Le mouvement mit du temps à s’accélérer, mais, pendant que le pays s’enfonçait dans des décomptes macabres et les pires massacres, des jeunes trabendistes qui avaient amassé quelque argent achetaient ou louaient des magasins qu’ils rénovaient. Il faut que je le dise à Thierry, que ce mouvement de retrouvailles avec le métier du commerce, je ne l’ai compris que sur le tard, quand il devint évident pour tous que la bonne tenue des locaux jouait un rôle d’appel. Ils avaient ainsi assimilé plus que les coûts et les profits, ils ramenaient une citadinité toute fraîche, qui rend leur plaisir aux souks et aux vitrines, une vie qui mit longtemps à prendre forme, de la pizzeria de Mac Nounou [1]aux petits cafés où vous servaient à table des jeunes filles, des magasins complètement tenus par des femmes à ceux que tiennent, ensemble, frères et sœurs. Des lieux où ils ont tout fait eux-mêmes juste en passant d’un pays à un autre ; et si, sur quelques trottoirs de la ville, d’autres jeunes, sans chance de visa, ont installé sur le sol des livres à vendre, le tout commence à donner une identité à la ville qui a failli se trouver en déshérence.

Ni ce soir, ni demain, Keltoum, que j’ai laissée derrière moi à la Maison de la presse, ne viendra acheter de vêtements pour la fête. Elle avait donné à Zinou les parfums de sa peau au sortir du bain, quand, dans l’affolement des senteurs, l’homme se perdit entre l’odeur de la femme aimée et celle du jasmin ; lui avait offert les essences de la mer dans le sel encore iodé et la lumière du soleil accrochée à ses teints bronzés. Et ils se perdirent à deux dans les teints de grand vent de cette femme héritière de l’air diaphane de la montagne qui a vu naître ses parents. Keltoum portait à peine son regard sur leur amour, elle dont les yeux au vert profond d’olive au grand soleil d’été s’attendrissaient aux lumières plus douces, pour tourner au noisette effrayé d’un écureuil en hiver.

Elle lui avait tendu sa main de sportive entre un entraînement et un match, et rien ne comptait pour elle, à l’époque et à son âge, que le trouble profond du sentiment naissant qui l’agitait, que cette vie à deux choisie et voulue en dehors des règles rassurantes des ancêtres. Ils en étaient à inventer leur couple et à le bâtir sur les valeurs de l’amour encore mal explorées dans notre société, quand Zinou bifurqua vers le journalisme par goût pour le sport. Rien, absolument rien, dans cette célébration de la vie ne pouvait appeler à la haine ; pourtant, en sortant d’un logement qu’ils avaient trouvé à Blida, si loin de leur ville natale, Alger, des hommes tirèrent sur Zinou. Keltoum le pleura, et, sur la terre où on l’a mis, elle se mit à le rechercher dans les ombres, les formes, les couleurs, les lumières, et chaque pas lui rappela ses traces. Elle resta longtemps, la nuit, à le chercher à ses côtés avant de s’habituer à sa définitive absence, et des mois durant, il lui arrivait d’oublier, elle se surprenait à le chercher derrière les portes et au bout des chambres ou l’appelait et s’en mordait les lèvres.

Zinou n’était plus là. Et dans sa souffrance, sa terrible souffrance, dans son âme déchirée, elle le prenait dans ses bras pour une dernière caresse, une dernière consolation, un dernier secours à son aimé. Lui revenait, comme le torrent du feu, le bonheur qu’elle connut à le nommer, à le toucher, à le regarder, à l’écouter, à fermer ses yeux sur son image, à le mouiller de son eau de mer, à le voir abandonné au sommeil. Le coup ressembla à un coup du sort, pour elle comme pour des milliers d’Algériens torturés par la question de savoir pourquoi eux, pourquoi la mort.

Au plus profond de la douleur – quand il ne reste que le goût du sable et de la terre au fond de la bouche, quand les yeux se fatiguent de leurs propres larmes et qu’elles resurgissent abondantes, que seul le désir de la mort vous permet d’espérer l’oubli – Keltoum se leva. Elle rendit visite à la tombe et rejoignit les hommes et les femmes qui avaient perdu les leurs et ne voulaient pas de leur mort. Elle se mit à se battre pour la mémoire de Zinou, pas celle qui fleurit seulement les tombes, mais celle qui célèbre le souvenir. Et cette femme, dont chacun de ses traits racés lui construit une beauté paradoxalement évidente et discrète, pour crier justice, occupa alors la rue, espace interdit aux femmes, condamnées à n’y passer qu’en fantômes enveloppés de blanc ou de noir. Alors, Keltoum et les autres femmes, mères, épouses, sœurs, filles, arrachent Alger à son passé et lui construisent une féminité de l’espace, une mixité de l’amour et du combat, dernière défaite des assassins qui leur déniaient jusqu’à leur humanité.

Les passants jetaient un regard. Cette présence des femmes leur était devenue ordinaire. Vers la rue des Libérés, des jeunes filles, cheveux dénoués au vent, en jean affolé sur leurs hanches, aux poitrines arrogantes, marchaient en riant. Ne me rendez surtout pas Alger de mon enfance, j’aime cet Alger-là, de Keltoum et des trabendistes, des filles rieuses et provocantes, car enfin il me semble que j’ai un lieu où te recevoir, Thierry, qui ne soit ni croisé ni chargé de notre histoire ; qui ne soit ni évanescent sous mes pas ni passif sous les coups du sort.
Alors je m’accroche au train de ces jeunes et de ces femmes pour passer les portes que m’ouvrent leurs clés, passe-partout de l’histoire qu’ils dérobent aux regards glauques des pouvoirs.

Car, vois-tu, aimer en cette ville ou en faire l’histoire, c’est toujours passer la vie en contrebande, sous le nez des puissants et des vigiles.

Et par la grâce de ces cheminements souterrains, j’ai enfin un lieu où te recevoir pour célébrer notre tellement diverse et si semblable humanité.

Réédité en mai 2016

Le 8 Mai 1945

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Le 8 Mai 1945, la France fraichement libérée de l’Allemagne Nazie, réafirme dans un bain de sang sa domination coloniale en Algérie : Sétif, Guelma, Kherrata et tout le constantinois, 45000 morts ! Un massacre à grande échelle d’une violence et d’une sauvagerie inouies. Des Algériens musulmans ont manifesté pacifiquement pour revendiquer le même droit à la liberté, à la dignité. Un drapeau algérien a été sorti à cet effet par un scout musulman. Il fut parmi les premières victimes.... Kateb Yacine au cœur de ces tragiques événements nous livre son témoignage.

 

Déjà le sang de Mai ensemençait Novembre, René Vautier

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AYNA / Souad MASSI

Re

« Cherchons comme cherchent ceux qui doivent trouver et trouvons comme trouvent ceux qui doivent chercher encore. Car il est écrit : celui qui est arrivé au terme ne fait que commencer. » Saint Augustin.

Et c’est ce qu’a fait Souad Massi, artiste algérienne de Bab El Oued qui, telle le sourcier, a décelé la présence de l’eau pour que jaillisse la vie. « El Mutakallimûn » ou « Les Orateurs » son dernier album trouve sa genèse dans Al Andalous, terre d’accueil et de ressourcement, chaleureuse, hospitalière et ouverte, où l’épanouissement culturel et religieux rayonnait de mille éclats, pour cheminer vers la poésie arabe classique très ancienne mais aussi contemporaine, et la calligraphie. « El Moutakallimûn » est composé du répertoire de poètes contestataires ou anticonformistes ayant inscrit en lettres d’or la poésie arabe subtile, raffinée, lumineuse au patrimoine arabe, mais aussi universel. Restituer sans l’altérer la poésie ancienne, datant parfois de mille ans, a amené Souad Massi à faire appel à des spécialistes arabes pour la guider, l’aider à comprendre et chanter ces textes qui sont ardus parfois.

Souad Massi s’éloigne un peu de son répertoire habituel pour l'ouvrir à cette inspiration puisée dans les purs et inestimables joyaux de cette poésie arabe ancienne et contemporaine: Abou El Qacim Chebbi, Elia Abû Madhi, Zouhaïr Ibn Abi Soulma, Ahmed Matar… (Je me souviens d’avoir appris de magnifiques poèmes de certains de ces auteurs quand j’étais au lycée parce qu’ils étaient au programme en littérature arabe). Certaines des chansons de Souad Massi dont celle que je présente sont interprétées avec brio, et ont conservé cette voix originelle, naturelle, douce, mélodieuse, chaleureuse à laquelle elle m'a habituée. Les styles de musique riches et divers sont superbement articulés et savamment arrangés pour un ensemble où chaque style trouve à s’exprimer dans un tout très harmonieux. On y trouve le nostalgique cha3bi, avec de savoureuses envolées de oud (luth) ou de banjo, des arabesques mélodiques, du folk, du pop, des sonorités jazzy, des parfums africains, des brises caribéennes….

L’élaboration de cet album sorti en 2015 a nécessité deux ans de travail. Il constitue une réponse par le verbe beau, puissant à la vague forte de rejet et de stigmatisation que subit la communauté musulmane dans son ensemble en France. « Quand on connaît une culture, on appréhende plus justement les gens qui lui sont liés, nous confie la douce diva algérienne. Avec cet album, j’ai souhaité fournir des clés de compréhension et partager la sérénité que me procure la poésie. Quand je ne vais pas très bien, je lis des poèmes. Les savants et les poètes nous lèguent un héritage auquel nous avons tous droit, même si nous sommes pauvres. Mais il faut pouvoir y accéder… ».

Ayna est une chanson dont le texte a été écrit par le poète irakien Ahmed Matar (né en 1954) que sa critique sociale a contraint à un long exil. Ce texte évoque un ami soudainement disparu parce qu’il avait demandé à un dirigeant : « Votre Excellence votre Excellence / Où est le pain où est le lait / Et la garantie du logement / Où est l’emploi pour tous / Et la gratuité des soins ? »

Bonne écoute

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ERA / Misere Mani

 

ERA "Misere Mani"



Plus loin qu’ailleurs...
Entre Rêve et Réalité...
Lumière et Obscurité...

 

 

If you look inside your soul
The world will open to your eyes
You will see...

 

 

 

 

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Docteure Aldjia Benallegue-Nourredine

 

Docteure Aldjia Benallegue-Nourredine : La première femme médecin d’Afrique est partie en silence

Sans titre 86 

La professeure Aldjia Benallegue-Nourredine a été inhumée en Syrie.

 

 

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El Keyassine

 

El Keyassine

L’inspecteur Tahar et son « abrenti » c’est aussi le théâtre, une pure merveille avec Nouria sublime et d'autres !

El keyassine, un sketch fin, subtil, irrésistiblement drôle. Dérision et subversion au programme. On ne s’en lasse pas malgré la longueur !

Une enquête Anti morosité, détente, sourires, rires avec notre inspecteur Tahar metkellef bli zafiret ta3 srikete ou les zafiret ta3 el ktilete ou les zafiret ta3 tomobiletes ou les zafiret ta3 les minooooors...


 

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