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Par Meskellil

BDS et Fleurs d’amandier

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BDS le mouvement de Boycott Désinvestissement et Sanctions a été officiellement nominé pour le prix Nobel de la Paix 2018. Bien sûr, cela ne signifie pas que la paix revient au Moyen Orient, ou que le peuple Palestinien jouira de ses droits humains les plus élémentaires et plus encore, ou d’une paix juste et digne. Cette nomination réjouit cependant les cœurs et les esprits par sa symbolique, une brise légère d’espoir pour le peuple Palestinien, pour tous les peuples en lutte pour leur liberté, leur dignité. C’est également une grande réjouissance que les citoyens Palestiniens et les citoyens du Monde soient nominés à ce prix Nobel de la Paix grâce à leurs actions pacifiques mais néanmoins très actives, un mouvement qui s'amplifie de jour en jour. Ce n’est certes pas une lame de fond, mais tout de même des flots suffisamment tumultueux pour qu’Israël, les États-Unis et d’autres tentent d'endiguer en criminalisant BDS. Le prix Nobel de la Paix n’est pas encore gagné et la route de la lutte et de la résistance demeure longue, très longue… seulement le chemin de la lutte, de l’espoir bien qu’escarpé, accidenté est bien là aussi. Mahmoud Derwich, le poète Palestinien disait que la poésie de la résistance n'est pas uniquement militante, elle est aussi une poésie qui parle de vie, d’humanité, d’amour, de beauté, de liberté, de rêve, de fraternité, de solidarité, des choses simples de la vie dont le peuple Palestinien est privé…

Une réponse à la guerre parce que cette poésie est résistance aussi, est une attente ardente du peuple Palestinien auquel le poète a répondu parce qu'"une poésie sans rêve tombe dans l’immédiat ". Et une belle rencontre entre Mahmoud Darwich et son peuple a fleuri, comme fleurit le symbole, l'espoir que fait naître cette nomination de BDS au prix Nobel de la Paix.

Je vous propose une de ces magnifiques poésies, extraite du recueil « Comme des fleurs d’amandier ou plus loin » de Mahmoud Derwich, traduite de l’arabe par Elias Sanbar. Les amandiers sont en fleurs aussi en Algérie, à Miliana... amandiers, oliviers, cerisiers…. Fragilité et robustesse, beauté et délicatesse. Un univers de poésie, des vagues d'émotions, et la profondeur d’une sensibilité à fleur de peau, à fleur de vie. Tel était et tel restera Mahmoud Derwich avec sa sublime poésie.

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Koul Nour / Amar El Achab

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Koul Nour, et la lumière est partout dans cette vidéo d’abord par l’esthétique et la beauté de l’image en noir et blanc d’une netteté et d’une clarté incroyables, puis par cette qaâda unique de nos élégants musiciens, nos chyoukhs dans leurs vêtements traditionnels dont on reconnaîtra certains, le geste mesuré, le verbe maîtrisé, haut et harmonieux, ensuite par l’interprétation magistrale du jeune Amar El Achab à la voix douce, sensible, mélodieuse, et surtout très souriante, et enfin et non le moindre, le texte monumental de ce medh sublime, chanté dans une langue algérienne pure, belle, châtiée, riche, nuancée, et tellement profonde et lumineuse de son sens, de son essence qu’elle irradie de sa lumière l’âme sensible, réceptive, et ce ne sont que frissons de bout en bout. Un bijou ancien rare très précieux du riche patrimoine musical Algérien si cher à nos cœurs. Un seul regret : le medh, et c’est bien dommage, nous laisse sur notre faim sur la fin.

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Le Murmure de l'Orient

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Manuel Hermia improvisateur, compositeur et explorateur de musiques du monde, et les musiciens aux couleurs culturelles très diverses réunis autour du projet "Le Murmure de l'Orient" nous offrent une musique riche, diverse, harmonieuse, profonde où l'émotion est présente tout au long des extraits de l'album. Pour Manuel Hermia " La dimension émotionnelle est évidemment au cœur de la musique..." Pour lui, "la musique est le langage qui exprime le mieux notre réalité émotionnelle. Lorsqu’une musique nous plaît, cette vague qui se meut en nous, c’est bien l’émotion. Et à partir de là, le corps aussi peut réagir, son expression pouvant aller de la danse la plus transcendantale jusqu’à la détente la plus totale. Quant à notre esprit, il va se laisser aller aux couleurs des différents sentiments éveillés par ces émotions et ranimer des souvenirs, stimuler des rêves, libérer des stress ou permettre une évasion. L’émotion est donc bel et bien au centre de l’action que la musique a sur nous."

A propos de "Le Murmure de l'Orient"

« "Le Murmure de l’Orient" repose sur une approche intimiste de la musique, nourrie à la fois par les ragas de l’Inde, les maqâms arabes et l’ensemble des cultures de l’Orient. Il offre une musique apaisante, spirituelle et méditative qui nous invite à une certaine qualité d’être, en générant une émotion qui ramène à soi.

Si l’album propose des rencontres intimes et calmes sous formes de solo, duo ou trio, la réunion de jusqu’à six musiciens sur scène offre une musique au dynamisme évolutif : au fil des échanges, les introductions calmes et apaisantes, dans l’esprit de l’album, se transforment en un spectacle dynamique.

L’originalité du projet réside dans la capacité à opérer une rencontre au croisement de toutes ces cultures : tous les invités sont, dans leur pays, des musiciens « classiques » d’envergure faisant preuve d’une volonté d’échange. Chacun s’ouvre à la musique de l’autre sans jamais sacrifier sa propre culture.

C’est là une véritable particularité de notre époque: partout dans le monde, des musiciens cherchent à exprimer tout à la fois l’unicité de leur propre culture, et leur besoin de s’ouvrir à la diversité. « Le Murmure de l’Orient » regroupe ceux que j’ai eu la chance de rencontrer et s’efforce d’exprimer un juste équilibre entre ces deux tendances ». Manuel Hermia

Bonne écoute

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Sur les traces de Baya…

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Sur les traces de Baya…

« Il existe deux espaces : l’espace initial de notre naissance, donné par l’expérience immédiate, et celui qui, recréé par l’esprit, s’ efforce de pénétrer le premier et de le refouler (surtout dans la création artistique) et que, faute de mieux, je dénomme ici contre-espace poétique. » (Raoul Ubac cité par Ali Silem)

« Quand je peins, je suis dans un autre monde, j’oublie. Ma peinture est le reflet non du monde extérieur, mais de mon monde à moi, celui de l’intérieur » dit Baya, l’artiste Algérienne qui nous introduit, nous happe délicieusement dans son univers clos de rêves magiques, fantastiques chatoyant de couleurs, de lumières, d’émotions. Baya, cette femme dont les créations artistiques résistent à toutes les étiquettes, toutes les lectures. Pour donner la mesure de l’engouement quasi général pour l’artiste Baya de son vrai nom Fatima Haddad. Je vous propose d’abord quelques extraits de ce qui s’est dit d’elle et de ses œuvres, chaque propos étant énoncé à partir de la position socioculturelle spécifique de son locuteur ; ensuite quelques extraits d’une interview de Baya faite par Dalila Morsly, Baya la douce, la rêveuse, la créatrice de rêves à la sensibilité à fleur de peau ; une vidéo où il est question de Baya bien sûr, enfin une dernière partie qui constitue le cœur de ce que je souhaitais vous proposer : un écrit qui, m’a-t-il semblé, est une remise en perspective de Baya, qui restitue, rectifie, rétablit Baya l’artiste Algérienne et son itinéraire, le contexte d’émergence de cette artiste d’exception dans cette époque-là.

Évoquer Baya, c’est pour moi redécouvrir Baya, ouvrir un espace de rêve et d’imagination, les célébrer avec bonheur, et donc pour cela un chaleureux Merci à l’Artiste Plasticien qui a inspiré cette page par son évocation récente de Baya.

J’ai conscience que c’est une page très longue… j’ai essayé de faire court, mais il y a tellement à dire…. Alors place à Baya et aux bouquets de feux d’artifice aux couleurs et lumières intenses, éclatantes en l’honneur de Baya.

Ce qu’on dit de Baya

Tahar Djaout dans « Schéhérazade aux oiseaux » paru dans Algérie Actualités n°1146, 1er octobre 1987 dit ceci : « Baya est la sœur de schéhérazade. […] baya abroge les formes, les classifications et les dimensions : l’oiseau s’étire et devient serpent, arbres et cahutes poussent de guingois, les vases se ramifient, deviennent arborescents comme des queues ou des huppes d’oiseaux. Dans cette sorte de village des origines où cases, arbres et oiseaux sont emmêlés, les paysages et objets baignent dans l’informulé et la liberté du monde placentaire. Aucun centre de gravité n’est admis. Tout l’effort de l’artiste est tendu vers la recherche d’une sorte d’harmonie prénatale que la découverte du monde normé, balisé, anguleux nous a fait perdre. »

Assia Djebbar : "[…] Dans cet étau du quotidien, Baya reprend aquarelles et gouaches : mêmes motifs, même bonheur à espérer ou à reperdre (à repeindre aussi). Dans ce recommencement se tient l'éphémère, la vraie vie... La femme de Baya porte son œil géant, béant aux fleurs, aux fruits, aux sons du luth et de la guitare, aux oiseaux complices, aux poissons de la vasque, à un enfant posé sur la tête ou sur l'épaule de l'hôtesse qui dialogue avec le palmier... Tout se mêle et s'embrasse, et s'échange : fertilité et innocence. Les femmes, parfois deux, deviennent sœurs. Le plus fréquemment, c'est une reine solitaire debout dans un royaume de flore, de parfums, de pépiements... Tout affleure, plat, riche, moments de la cueillette ; tout, sauf l'homme […]"

André Breton chef de file du surréalisme (1947) : « […] dans son attirail de merveilles les philtres et les sorts secrètement le disputent aux extraits de parfums des Mille et une Nuits. […] Je parle […] pour promouvoir un début et sur ce début, Baya est reine. Le début d’un âge d’émancipation et de concorde, dont un des principaux leviers soit pour l’homme l’imprégnation systématique, toujours plus grande, de la nature. […] la fusée qui l’annonce, je propose de l’appeler Baya. Baya, dont la mission est de recharger de sens ces beaux mots nostalgiques : l’Arabie heureuse. Baya, qui tient et ranime le rameau d’or. […] «A ceux qui, refusant les œillères rationalistes, croient, envers et contre tout, à la délivrance du monde et, pour en faire une réalité, aspirent à retrouver, où qu'elles soient, la fraîcheur de l'inspiration et la hardiesse de conception qu'elle entraîne, il est donné, par l'enfant qu'est Baya, de se pencher sur ce double creuset»

Ali Silem artiste peintre Algérien : « La peinture de Baya est une peinture d’offrande, une peinture sacrée où tout est silence et sérénité. Aucun bruit, aucune interférence, une harmonie totale. Quand Baya peint la nature, c’est une sortie de printemps où l’on n'arrête pas de s’offrir des bouquets et des vases multicolores dans des édens où seuls des oiseaux fabuleux, des luths, des poissons ou d’autres merveilles sont encore admis. Quels types d’espaces se dessinent dans un tel univers merveilleux et comment? »

Edmonde Charles-Roux, rédactrice à Vogue, envoyée couvrir l'événement, se souvient : «Baya faisait corps avec son œuvre. Elle m'apparaissait comme un personnage mythique, mi-fille, mi-oiseau, échappée de l'une de ses gouaches ou de l'un de ces contes dont elle avait le secret et qui lui venait on ne savait d'où. Sa peinture ne doit rien à l'Occident. Dans sa prodigieuse faculté d'invention, n'entre aucune culture. Son sens inné des couleurs trouve sa source au fond des âges

Olivier Kaeppelin, directeur de la Fondation Maeght « Créatrice d’un monde, Baya est incontestablement une artiste majeure à redécouvrir, tant pour sa puissance picturale que pour la force d’un parcours qui dialogue avec nombre artistes contemporains algériens et au-delà. La justesse de son œuvre est saisissante, sa cosmogonie singulière est au petit nombre de celles qui vous accompagnent une vie durant. En cette année de la Méditerranée, je suis très heureux que Vallauris, à l’initiative d’Adrien Maeght, lui offre un si bel écrin. Nous souhaitons qu’un large public fasse cette étonnante rencontre. »

Ce que Baya dit

-J’aime toucher à la peinture, j’aime toucher les pinceaux. Quand on peint et qu’on tient ses pinceaux entre ses mains on s’évade de tout, on est dans un monde à part et on crée ce que l’on a envie de créer. C’est un parcours un peu solitaire, et que j’aime. C’est un besoin ? Quand je reste quelques jours sans peindre, sans travailler, cela me manque, il faut que je m’y remette.

(sur sa manière de travailler)
- C’est très simple. D’abord je n’ai pas vraiment un endroit pour peindre. Je peins n’importe où, sur la table de la cuisine ou sur la table de la salle à manger pour les grands dessins. Je pose mon papier, je tiens les quatre coins par des galets que j’ai ramené de la mer, je fais mon dessin au crayon. S’il doit y avoir une femme, je commence par la femme, puis je dessine les instruments, puis un vase de fleurs … dans une seconde étape, je m’occupe des couleurs, de la robe d’abord puis les cheveux. Si je lui mets un foulard sur la tête, je colore le fond du foulard après celui de la robe, si ce sont les cheveux noirs libres, je les laisse pour plus tard avec les yeux. Ensuite je cerne : là aussi je commence toujours par la femme, les cheveux noirs, l’oeil puis les instruments ou objets. Je les cerne tous. Et pour finir, je m’attaque aux dessins qui vont peupler le fond.

(Sur les influences)
- Je ne sais pas …. Vous savez je suis très sensible, je sens les choses. Et, puis, j’ai vécu dans une maison merveilleuse. Marguerite connaissait des écrivains. Mais quandd on est jeune on ne se rend pas compte de cela, on trouve, cela normal c’était logique…
Ce n’est que bien après que j’ai réalisé que je me suis dit : » j’ai connu des gens d’une telle qualité et je n’ai pas su en profiter.
C’est pourquoi, j’ai l’impression de n’avoir pas subi d’influence. Je vivais dans une maison pleine de fleurs. La sœur de Marguerite avait un magasin de fleurs à Alger. Ils adoraient tous les fleurs, il y en avait partout dans la maison. Il y avait de belles choses, de beaux objets, vous voyez l’ambiance dans laquelle je vivais.
A la maison ma mère avait des Braque, des Matisse. Ce sont des peintres que j’aime, qui me touchent profondément mais je ne sais pas si je peux dire que j’ai été influencée par eux. J’ai l’impression inverse : qu’on m’a emprunté des couleurs par exemple. Des peintres qui n’utilisaient pas le rose indien se sont mis à l’utiliser. Or le rose indien, le bleu turquoise ce sont les couleurs de Baya, elles sont présentes dans ma peinture depuis le début, ce sont des couleurs que j’adore.


(Sur les femmes et l’absence d’hommes)
- En effet, on me dit souvent : – pourquoi jamais d’homme, toujours des femmes? je crois que je peux répondre à cette question … J’ai perdu mes parents très jeune. Mon père d’abord puis ma mère. De mon père, je me souviens vaguement, mais de ma mère malgré mon jeune âge alors, je garde une image assez précise. D ailleurs, j’en avais fait le portrait : grande femme mince une chevelure noire qui tombait jusque là. Elle était vraiment superbe. J’ai l’impression que cette femme que je peins et un peu le reflet de ma mère : je le fais musicienne …..
J’ai le sentiment que c’est ma mère et que là j’ai été influencée par le fait que je ne l’ai pas très bien connue, que j’ai été imprégnée de son absence. Je ne sais pas ….

 

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MEDITERRANEAN SUN DANCE

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Un univers de musique pour trois grands génies de la guitare ! Paco De Lucia, Al Di Meola, John McLaughlin ! Leurs parcours musicaux respectifs sont riches, ouverts et variés et la notoriété et reconnaissance de chacun séparément n’était plus à faire quand ils se sont rencontrés pour former ce trio légendaire de magnifiques jeux à trois, et surtout propulsé par le morceau que je vous propose d’écouter, extrait de l’album Friday night in San Francisco, « Mediterranean Sun Dance » d’une richesse musicale inouïe ! Flamenco, Jazz, Classique, Bossa, Caraïbe… fusionnent de manière époustouflante ! Des artistes hors du commun qui jouent avec perfection. C’est un plaisir sans fin de les écouter, de les regarder jouer, ce n'est qu’accord, harmonie, symbiose, tout au long de ce chef d’œuvre de virtuosité, les regarder s’amuser avec autant de virtuosité, de brio des cordes de leurs guitares, chacun y apportant son cacher personnel est fascinant. Des notes, une diversité toujours renouvelées, une exploration exhaustive des notes que peut offrir une guitare et c’est comme si tous les paysages méditerranéens défilaient devant nous, toutes les saisons, toutes les émotions de la plus joyeuse à la plus nostalgique, un peu mélancolique ou ces petits passages aux airs de flamenco. En fait Mediterrnean Sun Dance ne donne peut-être pas sa pleine mesure à la première écoute, elle se « bonnifie », si je puis dire, après plusieurs écoutes! A chaque fois c’est une nouvelle découverte, des passages, des notes sur lesquels on est plus réceptifs, plus attentifs, plus sensibles selon les écoutes. Submergés par les notes qui donnent par moments l’impression de venir de partout, bref, des génies, et depuis le temps que j’écoute ce morceau et d'autres, je ne m’en lasse pas, les émotions restent intactes, et ce morceau n’est jamais identique d’un concert à l’autre. Une complicité, un plaisir de jouer ensemble de se renvoyer la note, tantôt en solo, tantôt le même « solo » joué ensemble, tantôt rythme et solo…Ils sont délirants et font délirer le public par leur virtuosité rare, leur technique sidérante, leur profonde sensibilité… Incroyables, uniques! J'ai conscience que je me répète, désolée c'est parce que j'aime.., même si ma préférence va à Paco quand il verse dans l’andalou, le flamenco new wave que les puristes ne lui ont jamais pardonné. Il est tout de même considéré comme le plus grand guitariste de flamenco, et est une sorte d’icône en Andalousie. J’ai hésité sur la version à vous faire écouter. Celle où on les voit jouer, ou celle où le morceau en live toujours est plus long mais où on ne les voit pas, celui que je préfère. Comme je n’arrive pas à trancher, je propose les deux, les voir jouer et le lien dans sa version plus longue mais richissime.


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Du théâtre et de la parole

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En voulant ranger quelques bouquins que j’avais fini de consulter, j’ai eu la désagréable surprise de constater que, profitant de mon absence, les autres livres, et ils sont nombreux, se sont mis n’importe comment, débordant les étagères, encombrant le sol, s’étalant partout, s’empilant en tours précaires pour certains, debout, à cheval, ou allongés pour d’autres, mélangeant les genres et les formats, et jusqu’aux bibelots qui, passifs et disciplinés habituellement, s’y sont mis… Une vraie mutinerie pour un véritable capharnaüm ! J’étais là les bras ballants, les yeux ronds, la bouche ouverte me demandant comment j’allais arriver à bout de ce chaos indescriptible. J’ai poussé une petite « gueulante » les ai disputés un peu quand même histoire de leur rappeler nos statuts respectifs. Non, mais des fois ! Penauds, ils ont commencé à se reprendre et à regagner petit à petit leur place. Évidemment, il y en avait qui ne retrouvaient plus la leur, qui rouspétaient mécontents, d’autres qui ne s’en souvenaient plus, pas plus que moi d’ailleurs, pendant que d’autres se faisaient héler par les copains qui s’étaient serrés un peu plus pour les accueillir. Un vrai bazar ! Et c’est en remettant un peu d’ordre dans tout ça que je suis tombée sur de tout petits livres serrés, coincés, écrasés, étouffés parmi les gros bouquins dont des dictionnaires ! Poor thing ! Je les ai dégagés de là en poussant, difficilement je dois dire, les gros livres récalcitrants et marmonnant je ne sais quoi, et là, j’ai vu ce que c’était. Quelle belle surprise de les retrouver ! Ça faisait un bail, une éternité ! Je les avais complètement oubliés ! Ils étaient quatre au total : « Alphabétiser le silence » de Salah Guemriche, « Poèmes bleus » d’El Hadj Tahar postfacé par Djamal Amrani, «Pour ne plus rêver » de Rachid Boudjedra et enfin et surtout le cinquième « Déminer la mémoire » de Djamel Amrani. Je les ai feuilletés un à un toute contente, toute émue, toute à mon plaisir de redécouvrir des pépites au hasard des pages brodées de poésie. Des poèmes tantôt cris déchirants, luttes acharnées, complaintes mélancoliques, désillusion douloureuse, solitude poignante, tristesse profonde, salée, tantôt des mélodies douces et légères, des petits fragments de vie baignés de tendresse, d’amitié, de fraternité, de solidarité, d’amour, de rêve, de naissance et d’espoir. Une poésie d’enracinements profonds dans l’Algérie, mais aussi d’arrachements non moins profonds, des mots ancrés dans le passé, dans la guerre de libération, des stigmates encore brûlants marqués au fil des pages ou ces premières années d’indépendance faites de croyances pleines de projets et d’espoir et résolument tournées vers l’avenir…

Djamel Amrani m’ouvre grand une fenêtre sur le passé, sur mes années étudiantes. Je me souviens d’avoir acheté ces recueils, il y a de cela fort longtemps. Dans quelle librairie ? Celle qui était en vis-à-vis de la Grande Poste ou l’autre un peu plus loin dans la rue Ben Mhidi ? Je ne m’en souviens pas et ne sais même pas si ces librairies existent toujours ? Mais je me vois bien feuilleter ces recueils, lire quelques poèmes pour décider lesquels choisir. Je me revois marchant dans l’allée large de l’Université d’Alger, la Fac Centrale comme on l’appelait, menant aux différents départements d’études dès l’entrée franchie, et devenue depuis l’entrée des professeurs et du personnel. Je revois cet homme un peu fébrile, les gestes abruptes abordant les étudiants qui passaient, campé sur cette côte qui montait vers la BU. Je continue ma progression le regardant toujours. Arrivée à sa hauteur, il m’aborde aussi et me tend des papiers noircis d’écriture. Qu’est-ce que c’est ? Un tract informant d’une assemblée générale ? Des infos sur une quelconque soirée d’étudiants ? Autre chose ? Ce monsieur est trop âgé pour être étudiant, et ne se comporte pas comme un professeur. Il perçoit mon hésitation, ma méfiance même et me dit : « ce sont des poèmes, seulement des poèmes de ma composition, je te les offre ». Je revois très nettement son visage, ses traits, ses paquets de feuilles qu’il distribue quasiment à la criée. Je prends le recueil, jette un œil sur des poèmes signés Djamel Amrani. Je le remercie étonnée d’abord puis amusée, admirative, séduite par cette façon originale d’amener la parole jusqu’au lecteur, bravant refus, mépris, méfiance et rejet.

Un poète un peu foufou. J’aime bien cette idée, l’incursion originale de cet homme dans le monde étudiant. Ses poèmes ? Je ne m’en souviens pas, et pas plus ce qu’est devenu ce recueil. A cette époque-là, je ne connaissais pas Djamel Amrani. Sa façon d’accoster les gens pouvait facilement le faire prendre pour ce qu’il n’était absolument pas, un fou, un dérangé, un exalté, un « allumé » dirait-on familièrement. C’était simplement un poète à la sensibilité exacerbée, qui déboulait dans l’espace public l’investissant, l’impliquant dans ses mots, subversifs, dérangeants, doux, tendres, passionnés, jamais insignifiants ou indifférents. Voici un extrait, magnifique, de la quatrième de couverture de « Déminer la mémoire » :

Figure d’un silence disloqué,
Je me délie
D’une empreinte sans confins,
Un verger m’établit,
Qui innove l’escalade du ciel
A peine l’écorce d’une parole.
A l’affût de ma durée,
Toujours la houle de nos plaies,
Les mythes insoupçonnés
Rivés à notre espace.


La poésie est art et l’art est liberté et un artiste libre ne se justifie pas, et Djamel Amrani, artiste dans l’âme, avait en lui ce parfum de liberté, et tenter de justifier ses incursions à la Fac ou ailleurs pour semer aux quatre vents ses mots qui ont germé ici et là, est vain, inutile. Le poète ne meurt jamais, on le sait. Wajdi Moawad, cet artiste Libanais aux talents multiples choisit un seul mot pour parler de l’artiste: « Si un artiste devait être un mot, il serait le mot « pli ». Le mot pli se retrouve dans : Plier. Déplier. Replier. Impliquer. Compliquer. Expliquer. Simplifier. Dupliquer. Appliquer. Amplifier ». Il dit très justement que l’artiste n’est pas là pour inventer, mais pour élargir les blessures, qu’un artiste doit être à la fois le pont et le ravin et qu’une œuvre n’est pas là pour plaire mais pour enflammer. Djamel Amrani me semble tout à fait coller à ces quelques caractéristiques de l’artiste, le vrai, et de ses œuvres.

Quel point de jonction entre Djamel Amrani et Mohamed Charchal, Benaïssa ou d’autres? Difficile transition il est vrai et le lien ne saute pas aux yeux même aux miens, pas encore. Selon moi, le point de rencontre entre eux se situe dans la parole, la prise de parole. Peut-être Djamel Amrani souhaitait-il rompre le silence, bousculer, tordre, réinventer, habiter, réinvestir, différemment la parole, la réhabiliter, la sortir de son confinement ? Une parole étouffée, déroutée, dévoyée, détournée, vidée de sa substance, de sa portée sociale, politique déjà à cette époque ? Tahar Djaout dit de la poésie de Djamel Amrani et du personnage, en 1981 dans Algérie Actualité « La poésie de Djamal Amrani possède les indices qui repèrent la présence d’un grand poète, entre autres, cette rencontre souvent orageuse entre les ressources du langage et les contorsions du corps insoumis. Suivant les préoccupations du moment, le poète fera prendre le pas aux unes sur les autres ». Et j’y vois moi, un parallèle avec la prise de parole sur la scène du théâtre. Je dois préciser que ce texte, j’avais commencé à l’écrire lorsqu’il a été question de Mohamed Charchal dans sa pièce « Ma bqat hadra » dans une des rubriques il y a de cela un mois environ, cela devait être un petit commentaire sur la parole, qui s’est transformé en texte en raison de cette rencontre fortuite avec ces recueils de poésie. Il m’est apparu que la poésie n’était pas si éloignée du théâtre, surtout par rapport à Djamel Amrani qui se mettait en scène, mettait en scène sa parole auprès d’un public étudiant sur une scène improvisée dans l’allée de la Fac Centrale.

Alors le théâtre et son oralité…L’oralité, ou le théâtre en langue populaire, en derdja, c’est cette langue que l’on parle et qui nous parle à son tour, qui est en phase, en osmose avec nous ; elle est nous, et nous sommes elle. Toute parole est écriture et l’écriture est parole, et le théâtre nous ouvre à une parole plurielle, profonde, consistante, une parole qui se conjugue non pas en « je ou tu ou il ou elle » mais en « nous ». « Nous », comme scénariste, metteur en scène, comédien, costumier, scénographe, spectateur, public. C’est une partition qui se joue à plusieurs, un flux continu entre les différentes parties, l’une alimentant l’autre, l’une impliquant l’autre, l’une communiquant avec l’autre, l’une amplifiant l’autre, l’une transformant l’autre… et ce qu’a accompli Mohamed Charchal, c’est la mise en acte et en parole d’un travail d’écriture brillant, une parole active déjà dans son écriture scénaristique parce que parlant, touchant, remuant, impliquant, impliquée, faisant sens, un sens, des sens fruits des diverses subjectivités, sens qui n’est jamais figé puisqu’il se déconstruit, se reconstruit, se reformule, se relit, se réinterprète. Le sens nourrit sa dynamique et se nourrit d’elle, le sens est un terrain privilégié de la lutte politique et sociale, le sens devient facteur d’orientation des rapports sociaux, dans un monde tel que dépeint par Marco Baliani : « Contre une société qui brûle les expériences dans un vertige de banalité, qui uniformise le ressenti selon des canons publicitaires, qui aplatit la perception du monde selon des schémas opaques, qui contraint l’imagination à se mesurer avec la seule manifestation de la réalité, contre tout cela, je m’assois sur une chaise et je montre l’invisible. Ou j’essaie de le faire. (…) Durant le temps court du récit, je fais partie du monde, dans un autre espace et dans un autre temps, et cela me suffit. »

Si Marco Baliani nous décrit les sociétés uniformisantes faites de spectacles clé en main et de buzz, où l’imagination et les rêves sont sous influence où l’on confond allègrement l’art, la culture avec l’industrie du divertissement, alors l’artiste se retrouve face à un défi de taille, celui de rester libre, authentique, vrai, fidèle à ce qu’il est, à ce qu’il veut dire, à ce qu’il veut transmettre, et ce n’est pas toujours simple, ni toujours possible, le système dans lequel on vit étant si tentaculaire. Mais enfin, il existe quand même et en dépit de tout des artistes de cette envergure qui arrivent à la reconnaissance et Mohamed Charchal comme d’autres est de cette trempe d’artistes, ceux dont parle Wajdi Moawad: « un artiste est là pour déranger, inquiéter, remettre en question, déplacer, faire voir, faire entendre le monde dans lequel il vit, et ce, en utilisant tous les moyens à sa disposition. Or, pour que cela puisse advenir, il doit poser un geste qui va d'abord et avant tout le déranger lui-même, l'inquiéter lui-même, le remettre en question lui-même, le déplacer lui-même, le faire voir lui-même, le faire entendre lui-même. »

Le théâtre Algérien en derdja, c’est notre parole et son émotion, notre âme et sa vibration, notre mémoire et sa transmission. Kateb Yacine l’avait bien saisi quand il a décidé d’aller à la rencontre du public qui ne venait pas à lui. C’était à lui de lui porter sa parole, c’était à lui d’écrire son répertoire théâtral en arabe dialectal, en derdja pour l’atteindre et le faire résonner. Alors la rencontre avec le public s’est bien faite, un public venu massivement des deux rives de la Méditerranée l’applaudir. Le dramaturge Algérien Benaïssa ne dit pas moins sur cette richesse de la tradition orale et l’impossibilité d’exprimer la tragédie d’un peuple sans l’utilisation de sa langue dont le poids du verbe, la finesse des images sculptent la pensée. La parole est l’outil principal de cette forme de communication qu’est le théâtre, et c’est la raison pour laquelle elle doit être évoluée et investie par le talent des artistes pour qu’elle puisse aller plus loin que celle reçue. Et pour ce faire, Benaïssa insiste sur la nécessité de mobiliser toutes les connaissances, les expériences pour investir la culture populaire, pour fructifier tous les héritages reçus et les emmener plus loin, car dit-il, il n’y a pas de subversion sans la parole, et pour être subversif, qui est le propre de l’expression théâtrale, on ne peut pas parler une langue conventionnelle, mais inventer une langue qui va porter cette subversion. Et rien n’est moins vrai à mon sens, sortir du signifiant qui est la langue conventionnelle, conformiste pour aller vers le signifié qui est la parole indisciplinée et particulière par opposition à une parole ou une langue convenue, étouffant le débat qui se réduit à apporter des nuances aux logiques dominantes, ou sortir de la forme pour aller dans le fond, le sens, dans ce qui parle aux gens, ce qui résonne en eux et les fait résonner en retour. La parole doit être dans l’humain, une parole qui se reflète dans le regard de l’autre.

Mohamed Charchal a été récompensé et pleinement consacré à juste titre. La première reconnaissance étant celle du public qui s’est saisi de cette parole d’un monde possible, d’une manière de vivre, qu’il accueille, comprend, s’approprie, enrichit de ses lectures, de ses regards multiples propres, devenant à son tour créatif, acteur pour dire de nouveau, dire autrement, bouger, se déplacer, sortir de son moi confiné, évoluer, changer. Le théâtre est une extraordinaire source d’énergie et de désir, de volonté et d’agir pour mener encore plus loin la parole, force et subversion des maux qui deviennent mots, pour se retrouver soi et retrouver les autres, se reconnaître soi et reconnaître les autres, se reconnaître en eux. Le théâtre, c’est cette parole sortie de son carcan normé, pour éclater libre et s’épanouir à la lumière, se déployer loin de cette parole dénaturée, détournée, désorientée, dévoyée, emprisonnée, muette. Le théâtre, c’est repartir de la parole populaire, enrichir les formes qui peuvent la dire, l’exprimer dans toutes ses dimensions. Le théâtre, c’est créer et favoriser l’espace de son émergence, lui redonner sa place dans la cité, la reconnaître pleinement pour la sortir de son exclusion, de l’espace étriqué d’une parole réduite à une survie. Car la parole est nous et nous sommes elles, et la reconnaître, lui permettre d’atteindre sa pleine maturité, c’est nous reconnaître nous, puisque cette parole est partie intégrante de la construction de notre moi collectif, la reconnaître c’est la grandir et nous grandir, c’est aussi une reconquête de notre estime de soi, et une autre manière de réinvestir pleinement et activement sa place dans la société, et ce n’est pas rien.

Ce texte est un hommage à tous les artistes et à leur tête les artistes Algériens, ceux talentueux connus et reconnus pour leur travail, et ceux aussi talentueux, et il y en a, méconnus ou inconnus parce qu’ils ne sont pas dans les circuits dominants. Et pour vous artistes mais aussi pour tout un chacun cette expression de Guy Corneau pour finir «Rencontrer du meilleur de soi, c’est prendre contact avec la partie vivante de soi. C’est honorer la partie lumineuse, large, abondante. C’est la nourrir, la stimuler, la cultiver »

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SANTANA / Samba Pa Ti

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Est-il besoin de présenter Carlos Santana, ce mythe consacré à l’échelle planétaire ! Je vous invite simplement à écouter ce morceau riche, cohérent, plein dans lequel chaque note nous élève dans un ensemble profondément sensible, fluide, fin, cohérent et harmonieux, et qui nous plonge dans un vrai dédale d’émotions, d’impressions, de sensations : Samba Pa Ti, dont Carlos Santana aurait dit, et là c’est en anglais désolée : « I remember being alone one evening- until then when I heard my records it was like seeing myself in the mirror and there was no me there, only a lot of other guitarists' faces: B.B., George Benson, Peter Green. That evening, I heard Samba Pa Ti on the radio and I looked in the mirror and it was my face, my tone, my fingerprints, my identity, my uniqueness. Because when I recorded it I was thinking of nothing, it was just pure feeling. I have a suspicion it came from stuff bottled up inside me, that I didn't know how to express or articulate. I get angry because, 'Why can't I say what I really mean?' Then Samba Pa Ti comes out of me. And everybody understands it. »

C’est la version live que je préfère, même si les autres sont tout aussi belles et toujours enrichies de nouvelles notes, le renouvellement dans la permanence, c'est Santana!
Bonne écoute et bonne inspiration !

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L’histoire non dite de l’occupation israélienne

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L’histoire non dite de l’occupation israélienne de Fida Jiryis, traduit de l’anglais par Isabelle Delord-Philippe.
Une nouvelle extraite de l’ouvrage « Un royaume d’olives et de cendres » qui recueille les témoignages de 26 écrivains du monde, ou 50 ans de territoires Palestiniens occupés, ceci pour briser le silence « Breaking the silence ». Un ouvrage fait à l’initiative de Michel Chabon et Ayelet Walderman en association avec l’ONG israélienne Breaking the silence.

Fida Jiryis est Palestinienne originaire de Galilée et vivant à Ramallah. Elle est écrivaine, éditrice et membre de la SAWA Community Organization pour les droits des femmes. Elle est l’auteure de Hayatouna Elsagheera 2001 (Notre petite vie) et de Al Khawaja (Le Gentleman 2011), deux recueils de nouvelles relatant la vie de villages en Galilée et non traduites en français.

La nouvelle est un peu longue, mais j'ai tenu à la partager en vous en souhaitant une bonne lecture.

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Ode à la Vie

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Abou El Kacim Chebbi est un poète Tunisien de langue arabe né en 1909, et s’il n’a pas eu ou peu de reconnaissance de son vivant, il est devenu une figure emblématique de la poésie tunisienne, et les premiers vers de son poème « La volonté de vivre » qui était au programme scolaire en Algérie de mon temps (je ne sais pas aujourd’hui) est intégré à l’hymne national Tunisien.

Abou El Kacim Chebbi reçoit une éducation traditionnelle à l’école coranique, puis poursuit ses études à l’université Zeitouna de Tunis, le plus ancien établissement d’enseignement du monde arabe, puisqu’une médersa y fut fondée dès 737. Abou El Kacim Chebbi aspire à libérer son peuple du joug colonial, mais aussi à libérer la culture, la langue : « nous désirons ardemment aujourd’hui créer une littérature nouvelle, exaltante, qui exprimera la vie dans sa complexité, l’espoir et les sentiments qui bouillonnent en nous, les palpitations de notre cœur et les élans de notre âme… ». Il se fait le poète de la révolte, de la liberté, de la nature, de l’amour, du rêve dans cette magnifique langue qu'est l'arabe, ne connaissant pas d'autre langue. De santé très fragile, il n'aura pas vécu longtemps, mais nous aura laissé une œuvre belle et précieuse totalisant 132 poèmes ainsi que des articles publiés alors, dans des revues tunisiennes et égyptiennes. Chebbi a été traversé par diverses influences arabes de par sa formation classique et sa connaissance du Coran, le romantisme occidental , les auteurs du mahdjar tel Khalil Gibran. Un recueil de poèmes « Aghani El Hayat » « Les chants de la vie » ne paraitra qu’en 1955 soit vingt et un an après sa disparition à l’âge de 25 ans en 1934, alors que la Tunisie était toujours sous domination française.

Ce que je vous propose d’écouter est une sublime poésie, un hymne à la vie si impérieux, si lumineux, tellement optimiste, et si plein d’espoir merveilleusement interprété par Majda Roumi « Ô, fils de ma mère », poésie que je nous dédie à nous tous à l’aube de cette nouvelle année 2018, à tous les peuples en lutte pour leur liberté, leur dignité, avec à leur tête le peuple Palestinien. La traduction ne rend pas toute la lumière de cette poésie, mais bon...

Bonne année à toutes et à tous faite d’espoir, de tolérance, de fraternité, et d’élan de Vie.

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Wech, Labess ? Ça baigne ?

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Wech? Labess ? Ça baigne ?...

Parfois, il suffit de bien peu pour libérer une pensée bridée, une parole, un imaginaire, un rêve. Au détour d’un arbre, ou d’une unique feuille accrochée à son arbre en plein hiver, ou de fragiles perles de rosée scintillantes, une lumière délicate dans un matin frais, certaines couleurs dont se pare le ciel, une petite brise imprégnée d’un parfum de fleurs … et on entre dans la beauté magique de ce que nous offre notre univers… Il est dit que la joie est en tout, qu’il suffit de savoir l’extraire. Ça parait simple, facile, mais nous n’y arrivons pas toujours, et passons à côté de bien belles choses sans même les voir.

Cette nuit il a plu, et le début de matinée s’annonce froid, humide, un peu brumeux augurant d’une journée longue, terne, grise. Puis…le gazouillis d’un oiseau. Je lève les yeux et vois un merle sur une branche nue ornée de mille gouttelettes de cristal. Mon cœur frileux et recroquevillé se fait soudain aérien, vole vers le merle, réceptif et ouvert. Et sans flatterie aucune, le ramage se rapportait merveilleusement bien au plumage d’un noir profond rehaussé d’un bec fin orangé. Mes pas se font velours et ma voix doux murmure : bonjour bel oiseau ! Un autre gazouillis me répond, puis le merle s’envole et se met sur une autre branche quelques mètres plus loin, je le vois. A mon approche, il disparaît cette fois-ci dans un arbre touffu, mais j’entends toujours son chant mélodieux, si agréable, et aussi celui des autres oiseaux. Le bruit des voitures s’estompe et d’émoi je souris. Merci petit oiseau pour cette offrande matinale qui, bien qu’éphémère badigeonne mon regard de belles couleurs arc-en-ciel.

L’autre jour, j’étais encore de corvée de démarche administrative. Je suis dit que j’en profiterai pour faire quelques courses. Je prends la voiture et décide de la garer dans l’immense parking du centre commercial qui n’est pas trop éloigné de l’immeuble administratif. C’était sans compter sur l’affluence en ces préparatifs des fêtes de fin d’année. Affolant ! J’ai tourné près de 20 minutes, et c’est long dans un parking encombré, avant qu’une place se libère. Je me gare et prends le chemin de cette tour administrative, un monstre chronophage qui écrase les gens par son indifférence. Un pouvoir souvent assorti d’incompétence, ou au moins de mauvaise volonté. Quelle barbe ! Il fait froid et humide en plus. J’enfonce mes mains dans les poches et trouve dans l’une des deux papillotes que j’y avais mises avant de sortir. Les papillotes sont ces bonbons enrobés de chocolat dont le fourrage est toujours différent : meringue, caramel, biscuit, chocolat, noisettes…, emballés dans un joli papier brillant de différentes couleurs, frangé aux deux bouts. L’emballage intérieur est un papier blanc comportant une citation, un proverbe… Je décide d’en manger une. Le papier crisse d’impatience. Hmm ! Le bonbon se laisse fondre lentement et libère toute sa saveur. Me voilà radoucie par ce velouté onctueux aux noisettes. Je me demande ce que me réserve ce petit bout de papier ? Je me surprends à y croire, moi qui ne suis pas superstitieuse ! La preuve ? Je suis passée plusieurs fois sous une échelle, j’ai vu des chats noirs dès le matin, j’ai entendu les cris des chouettes, et j’ai vu mes chaussures retournées face contre terre plus d’une fois ! Bon, il est vrai que pour les chaussures retournées, ça me dérange et je les remets toujours à l’endroit. On se fait parfois de ces frayeurs ! Ce texte alors ? Bon augure ? Mauvais augure ? Oh, c’est juste un « fel » comme on dit. Je déplie le papier un peu anxieuse et lis : « Tout ce que tu feras sera dérisoire, mais il est essentiel que tu le fasses » Ghandi. Ben voyons, je ne l’aurais pas loupée celle-là ! Autant rentrer tout de suite ! Une simple goutte d’eau dans un océan ! Je ne me laisse pas abattre pour autant et me redonne une seconde chance. Je déballe la deuxième papillote, la savoure comme il se doit mais je suis quand même un peu sur le qui-vive. Je lis : « Faire rire, c’est faire oublier. Quel bienfaiteur sur la terre qu’un distributeur d’oubli » et là, c’est Victor Hugo qui l’affirme. Un petit rire m’échappe. Non ! Ce n’est pas drôle du tout ! Pire, je n’oublie pas ces démarches qui me font faire des choses idiotes ! En tout cas Ghandi a vu juste! Une goutte d’eau ça peut être redoutable ! Un matin, des techniciens livreurs sont venus me remplacer le lave-vaisselle. Ils ont fait un essai pour voir si ça marchait, puis sont partis. Deux, trois heures plus tard, le voisin du dessous rapplique et nous signale une fuite dans sa cuisine. Une fuite ??!! On présente nos excuses, on revisse correctement le tuyau qui était juste un peu humide, rien de sérieux. Tout est rentré dans l’ordre, pensions-nous. Le lendemain, je reçois un mail très formel à la limite de l’hostilité nous sommant de contacter sous 48 heures notre assurance habitation au risque d’en référer au contentieux si nous ne respections pas les délais ! Waw ! Et pourquoi pas les pompiers et la police pendant que vous y êtes ! Interloquée par cette façon de faire, je descends les voir, et leur dis gentiment mon étonnement. Ils auraient pu nous le dire de vive voix après tant d’années de bon et heureux voisinage ! Mais les affaires étant les affaires, le voisin trouvait la chose tout à fait normale. Une minuscule trace humide à peine visible marquait un des murs de leur cuisine. Ils m’ont même affirmé lui et son épouse que l’état de la chambre, qu’ils ne m’ont pas montrée, était bien pire que la cuisine ! Ah, quand mêêême ! Quelques gouttes d’eau et autant de dégâts ! Je n’en revenais pas ! Le résultat de ces petites gouttes d’eau ? Leur cuisine a été entièrement refaite par l’entreprise mandatée par notre assurance habitation ! La chambre n’a pas été refaite. Les experts n’ont pas du avaler la chose. Ah, si toutes les gouttes d’eau pouvaient se réunir… Mais ça viendra, sans l’ombre d’une goutte …Très juste mon cher Mahatma, dérisoire mais utile. Pour Victor Hugo, je demande à voir quand même, surtout en ce moment !

Entretemps, j’arrive devant l’immeuble, y entre et me perds dans un dédale indescriptible de couloirs, de halls, encore de couloirs. Mais où est cet ascenseur C ? Je rencontre le A, B, D, E, F, G, et même le H au loin, mais point de C. C’est une blague ? Je reviens au hall principal immense, résonnant des rires bruyants d’un groupe de femmes attablées à la terrasse d’une brasserie. Une autre femme au pas décidé marche dans ma direction. Elle doit sûrement travailler là. L’ascenseur C ? C’est complètement à l’opposé, on ne le voit pas, il faut traverser ce grand hall, passer les portes vitrées, contourner une deuxième brasserie et vous verrez le plot avec la lettre C. Pas très logique cette distribution qui reflète exactement le schéma tortueux de l’administration ! Je prends enfin l’ascenseur C, monte au deuxième pour me retrouver dans un petit hall et devant une porte close. Je suis en avance. Ils sont partis déjeuner ? Pas de chaise pour s’asseoir. Tant pis, je sonne. L’interphone me répond : -ouiiii ? -Bonjour, je…-Vous avez rendez-vous ? -Oui. -C’est quel nom ? Je donne mon nom. -D’accord, je vous ouvre. J’entre dans une salle d’attente remplie de chaises vides. La dame referme la porte à clé et me dit :-ça tombe bien, je suis libre, et m’invite à la suivre dans son bureau. On passe près d’une demi-heure à échanger. Elle est énergique, à l’écoute et bonheur, connait bien son métier, anticipe mes questions, y répond, explique quand je ne comprends pas. Rien à dire. Un soulagement mêlé d’étonnement d’avoir réglé bien temporairement ce dossier avec lequel ils me soulent à chaque fois. Elle m’accompagne à la porte, je la remercie. Elle me souhaite de bonnes fêtes de fin d’année, je lui donne la réplique et sors. Elle rajoute : -je ferme derrière vous parce que je ne veux pas recevoir des personnes sans rendez-vous ! -Pourquoi elles sont agressives ? -Oui, ça arrive, mais je comprends qu’elles soient excédées ! C’est là la toute puissance du service public, prévoir une salle d’attente… qui reste vide et ne recevoir que sur rendez-vous ! Cela faisait trois mois que j’attendais ce rendez-vous qu’il a fallu revendiquer haut et fort comme un droit à la personne qui me renvoyait sans cesse sur le site internet pour toutes les questions types que l’on pouvait se poser ! Une toute puissance qui s’exerce du plus haut au plus bas de la chaîne, le maillon le plus faible étant l’usager bien sûr. Une autre fois, c’était avec un autre organisme qui me réclamait des documents en rapport toujours avec ce satané dossier, tout un échange via l’interphone pour leur remettre le document en mains propres, mais que j’ai du finalement déposer dans leur boite à l’extérieur, et qu’ils ont perdu de surcroit, m’obligeant à le leur renvoyer via la poste en recommandé avec accusé de réception !! Un monde qui marche sur la tête et de plus en plus déshumanisé ! Heureux qu’il y en ait encore quelques-uns qui contournent ce fonctionnement absurde !

Le centre commercial prend un air de fête durant cette période, tout illuminé de partout, brillant de ses mille et une guirlandes suspendues aux plafonds, serpentant le long des murs, des portes et devantures, il y a même un vrai père Noël dans sa tenue rouge, barbe blanche, bottes noires… Bombardé de photos la journée durant, des enfants craintifs, intimidés ou heureux sur ses genoux, sous le regard des parents, attendris par leur progéniture émerveillée et toujours prompte à s’envoler dans la magie des rêves. Des enfants mais tout de même gros consommateurs de cadeaux qui sont parfois plus gros qu’eux. La liste est faite en amont et « envoyée » au père Noël. Les jouets et jeux sont très vite abandonnés, gavés, lassés, blasés que sont les enfants déjà. Les jouets sont donnés parfois aux associations caritatives, mais souvent ils sont revendus dans les brocantes ou sur les sites internet. Les boutiques de leur côté ne désemplissent pas, les chariots débordant de courses encombrent les allées pourtant larges, des montagnes de courses, de paquets cadeaux charriés par les gens tous les jours, du matin au soir, y compris les dimanches, chiffre d’affaires oblige ! Les fêtes de fin d’année monopolisent toutes les discussions et toutes les unes des journaux. La gastronomie et les cadeaux tiennent la dragée haute à l’impressionnant dispositif de sécurité déployé sur l’ensemble du territoire, des militaires armés jusqu’aux dents, prêts à tirer, des policiers, des vigiles. Les sacs sont fouillés, les détecteurs de métal passés sur les corps... Les gens ne s’en offusquent pas, c’est pour leur sécurité. Noël reste une fête familiale très attendue, et les gens sont contents même s’ils râlent toujours pour la forme. Les courses au supermarché sont finalement un véritable enfer ! Des gens partout, des chariots partout créant des bouchons, des queues interminables aux caisses…Pas très inspirée de faire les courses ce jour, mais ça n’aurait rien changé les autres jours, et il faut bien se nourrir. Des fois, j’ai vraiment l’impression qu’on vit pour manger et non le contraire.

Graffiteuse ou graffiteur ? Je ne sais trop, quand je la/le lis, ça me fait sourire et c’est beaucoup. C’est qu’elle/il « sévit » un peu partout dans le coin ces derniers temps. Les murs gagnés à sa cause se font complices, eux d’habitude silencieux et effacés. Le sens de l’esthétique et de la répartie puisqu’elle/il choisit des murs propres de couleur claire qu’elle/il embellit d’une belle écriture ocrée, un tout petit rayon de soleil dans la grisaille ambiante, et les passants sont autrement nourris. C’est léger, et très digeste. Mais que dit-elle/il ? Simplement qu’excédé-e par un monde cyniquement matérialiste, elle/il appelle, interpelle pour sortir de cet ensemble massifié de consommateurs endormis par les berceuses douteuses de la pensée libérale flattant l’égo, et érigeant l’égoïsme en valeur absolue. A tel point que toute pensée, sortant du schéma tracé devient subversive, dissidente. Des textes courts, simples, percutants, goutte d’eau rafraichissante : « Car sans oui, tu n’existes pas » ou à propos du plan d’un parc « je n’ai pas besoin de plan pour m’orienter dans la vie » et bien d’autres encore. Sacré-e graffiteur-se ! On est tellement gavés d’inepties que la parole n’arrive plus à passer ! Ça fait du bien surtout, (bien que n’ayant rien à voir avec notre graffiteur-se), quand on voit le retour récurrent de ce vieux film censé distraire en cette période de fêtes, un métrage bourré de clichés, de mépris, d’a priori, de représentations sur « l’arabe » qui y est dépeint comme fourbe, sale, voleur, violeur, cupide et j’en passe. Un concentré de « conneries », une caricature qui fait honte aux programmateurs de ce qu’ils ont appelé Ali Baba et les quarante voleurs qui n’en porte que le titre, le scénario n’ayant évidemment rien à voir avec le conte originel. Mais il y a aussi et fort heureusement des comédies musicales où le fantastique et l’imaginaire ont gardé toute leur magie, et qui, elles, font vraiment rêver les enfants, telle Mary Poppins et bien d’autres qui gardent toute leur fraicheur au fil des ans.

A propos de films, hier, j’étais toute contente d’aller voir un film qui raconte l’Algérie, « Les bienheureux » de Samia Djami, dans un cinéma Art et Essai, un cinéma alternatif indépendant, loin de la grosse industrie cinématographique. Ces cinémas indépendants ont failli se faire broyer par les géants aux tenailles de fer, mais la mobilisation pour leur sauvegarde a été si grande, en fait beaucoup de gouttes d’eau réunies, qu’elles ont provoqué un ras de marée qui a noyé le géant et ses velléités d’expansion et d’écrasement. Ces cinémas indépendants, en général des petites salles disséminées ici et là, se sont regroupées en association pour mieux résister, et se battent bec et ongles avec l’aide des usagers, de plus les places sont moins onéreuses pour des films de qualité qu’on ne verra jamais ou très rarement chez les géants. La vedette du film donc c’est Alger la blanche quelques années après sa sortie de la tourmente de la décennie noire, sonnée, hébétée, labourée de profonds sillons amers, douloureux, pesant lourd sur les mémoires, les cœurs, les corps. Il y a un avant et un après. Telles les deux rives d’un oued en crue tumultueux, en colère, furieux dont les gués pour rejoindre une rive ou l’autre, sont noyés. Sur l’une des rives, les plus âgés, ceux qui ont vécu l’avant et qui essaient d’oublier, de vivre, survivre, de faire avec ou de faire semblant, et ceux qui ne l’ont jamais digéré. Sur l’autre rive, ceux qui sont arrivés après ou cette jeunesse si attachante, passionnée, fougueuse, frondeuse, parfois euphorique, bruyante, et furieusement vivante qui veut exister, s’affirmer, être reconnue pour ce qu’elle est. Les personnages du film se déploient dans une nuit longue, interminable, agitée et pleine d’incompréhension, de doutes, de questionnements, de déconvenues, de désillusions, de souffrance, de culpabilité, mais aussi tellement pleine d’amour, de tendresse, de vie et enfin d’espoir qui se profile dans cette aube qui pointe à l’horizon. Le générique de fin se fait redondant avec El Anka dans « El Hmam » qui est brutalement interrompu par un morceau heavy metal. Les personnages complexes essaient de maintenir un équilibre précaire, une sorte de statu quo tenu par ces liens familiaux si proches mais si distendus en même temps. Je ris de tendresse, je ravale mes larmes de tristesse, et sors de la salle un peu déprimée, la joie perdue dans les dédales des rues d’Alger. Pourtant je sais la jeunesse Algérienne capable de reprendre le flambeau de ses ainés. Je sais que l’Algérie se relèvera de ce traumatisme et de l’immense injustice qui lui est faite en raison de sa vitalité, de sa créativité, et de sa formidable et extraordinaire capacité de résilience qui fait qu’elle est toujours là, digne, fière, et debout. Ce sont, il ne faut pas l’oublier, surtout ses jeunes qui ont payé le plus lourd tribut fait de larmes, de cendre et de sang pour que vive une Algérie indépendante. Et l’attache à l’Algérie, leur point d’ancrage à l’Algérie, et quoi qu’on en dise, sont forts, aussi forts que ce qu’exprime Etel Adnan, peintre, poète écrivaine libanaise qui s’est arrimée à une montagne dans un pays autre que le sien. C’était devenu sa montagne, son pays. Pour Etel Adnan, c’est la montagne qui incarne le mieux l’expression pyramidale de notre identité. Elle change à chaque heure du jour, et cependant demeure là et la même. Elle dit que notre moi est constitué par la série des devenirs de la montagne, que notre paix réside dans son obstination à être ». Rien à voir mais quand même un peu, je pense qu’Etel a sûrement puisé l’inspiration quand elle a exploré l’art japonais. Et quand on explore l’art japonais, on ne peut que rencontrer l’artiste brillantissime Hokusaï et ses 36 vues du Mont Fuji, montagne sacrée dont il a su, avec beaucoup de génie, capter la dynamique. Le Mont Fuji dans toutes ses variations et changements et sous de multiples points de vue allant de ses atmosphères diverses, à ses lumières changeantes, aux cadrages différents, en passant par des paysages et des hommes dans leurs activités matérielle et spirituelle. Et là, petit clin d’œil à ma montagne natale.

Etel Adnan me projette sur les terres de la Palestine occupée. Notre nekba à tous ! J’ai signé la pétition pour libérer Ahed Tamimi, une adolescente Palestinienne de 16 ans enlevée et emprisonnée dans les geôles israéliennes parce qu’elle s’est opposée elle, sa famille et les habitants du village à l’expropriation de leur terre au profit des colons qui ont fait également main basse sur les ressources locales y compris le puits du village. Une autre goutte d’eau pour contribuer à libérer Ahad et tous les autres enfants qui croupissent honteusement, et dans un silence complice ou un murmure inaudible teinté d’hypocrisie dans les prisons israéliennes, honteusement privés de leur liberté, de leur enfance, de leur insouciance, de leur innocence et de leur droit à vivre comme tous les autres enfants tout simplement, un peuple Palestinien honteusement abandonné à son sort tellement injuste par la communauté internationale, certains régimes féodaux arabes n’étant pas en reste, préoccupés uniquement par leurs intérêts bassement matériels, et s’engageant même dans des guerres fratricides qui disloquent encore plus le monde arabe, tout en épargnant, préservant les vrais agresseurs, les vrais oppresseurs soutenus par ces mêmes régimes. Allez, Mahmoud Derwish, viens nous élever un peu, nous imprégner de ta sublime poésie, et non, « Ne t’excuse pas », on ne t’oubliera jamais ni « L’état de siège » dont un extrait ci-dessous :

Vous, qui vous tenez sur les seuils, entrez
Et prenez avec nous le café arabe.
Vous pourriez vous sentir des humains, comme nous.
Vous, qui vous tenez sur les seuils,
Sortez de nos matins
Et nous serons rassurés d’être comme vous,
Des humains.


Retour en Algérie dont je ne suis jamais bien loin, et cette phrase qui a tourné en boucle il y a peu de temps « Tourner la page ». Mais ce n’est pas une mais plus de 48180 pages qu’il faut tourner M. Macron ! Vous imaginez un peu les crampes, les tendinites, les douleurs, les blocages, les paralysies et leurs conséquences sur tout le corps ? Et c’est vous qui allez les tourner ces pages encore brûlantes ? C’est vous qui dites venir en ami qui apostrophez, agacé, ce jeune qui vous parlait de la colonisation ? : « -Vous avez quel âge ? Mais vous n’avez jamais connu la colonisation, qu’est-ce que vous venez m’embrouiller avec ça ? » N’est-ce pas vous M. Macron qui disiez quand vous étiez en campagne électorale : « C'est un crime (la colonisation). C'est un crime contre l'humanité. C'est une vraie barbarie et ça fait partie de ce passé que nous devons regarder en face en présentant aussi nos excuses à l'égard de celles et ceux vers lesquels nous avons commis ces gestes. En même temps, il ne faut pas balayer tout ce passé, et je ne regrette pas cela parce qu'il y a une jolie formule qui vaut pour l'Algérie: La France a installé les droits de l'homme en Algérie, simplement elle a oublié de les lire. ». Et n’est-ce pas vous qui avez fait un discours à l’occasion de la commémoration de la rafle du Vel d’Hiv pour honorer la mémoire des juifs déportés par la France dans ces camps de concentration nazis exterminateurs ? Un devoir de mémoire dites-vous. Pour ne pas oublier justement, pour raviver constamment cette mémoire. Mais, y a-t-il des mémoires autrement plus importantes que d’autres, ou êtes-vous vous-même frappé d’amnésie ? Vous demandiez à ce jeune de regarder vers l’avenir, d’effacer d’un trait un siècle et demi de colonisation, ce qui signifie effacer non seulement sa mémoire, mais aussi la mémoire de son père, son grand-père, son arrière grand-père, de son peuple entier, ceci parce qu’il a seulement 26 ans ? Et vous M. Macron, quel âge aviez-vous lorsque les rafles du Vel d’Hiv avaient eu lieu ? Voici un tout petit extrait de votre discours prononcé à la mémoire des déportés de la rafle du Vel d’Hiv « Les témoins et les survivants parlent, les archives s’ouvrent, les historiens travaillent. La société mûrit ses drames et ses deuils. Alors la vérité se fait jour, et elle est implacable, irrévocable. Elle s’impose à tous. La cacher ou l’amoindrir insulte notre mémoire collective. ». Je vous propose M. Macron de transposer ce petit extrait aux 132 ans de colonisation endurés, subis par l’Algérie, par les Algériens, de le dire devant ce jeune que vous avez apostrophé avec autant de mépris.

Toujours pour ce devoir de mémoire et plus que jamais, une gerbe de fleurs a été déposée rue de Thèbes au cœur de la Casbah comme suite et réaction à la visite du président Macron de certains endroits hautement symboliques de la révolution Algérienne, le Milk Bar, la rue Ben Mhidi, par un groupe d’Algériens dont des intellectuels, quelques jeunes rejoints par d’autres jeunes du quartier, et des enfants dont un qui a déposé cette gerbe, symbole fort s’il en est, à l’endroit où l’attentat terroriste, qui a soufflé quatre immeubles faisant 73 morts et des dizaines de blessés, a été lâchement perpétré contre des civils Algériens innocents en pleine nuit, alors qu’ils dormaient. Allah yerham echouhada. Une autre goutte d’eau qu’on aurait aimé fontaine.

Allez, je termine ce long texte très désordonné et indiscipliné à l’image des pensées qui vont, qui viennent par un hommage au maître du Chaâbi El Anka Allah yerhmou qui nous a quittés le 28 novembre 1978. Un hommage appuyé à mon père Allah yerhmou we ywassa3 3lih, qui m’a initiée au chaâbi, et appris à l’écouter, à l’aimer. Et dans la foulée, je prends une papillote, éclats de biscuit, truffe fantaisie et chocolat noir. Elle est bonne mais je préfère quand même celle aux noisettes. Super bonus ! Deux citations dans un seul bonbon dont une un peu rognée mais qu’on peut lire ! Un proverbe brésilien : « Le bonheur n’est pas une destination, mais une manière de voyager » Hem, pas maal ! Voyons ce que dit la seconde : « On a deux vies. La deuxième commence le jour où on réalise qu’on en a juste une. » Et c’est Confucius qui le dit. Et ptête bien qu’il a raison… Bonne année 2018 à tous les lecteurs de ce texte si vous êtes arrivés jusqu’au bout, je nous souhaite à tous beaucoup, beaucoup de gouttes d’eau un peu partout nchallah !

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