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Chasse à l’outarde et à la gazelle : L’Algérie saignée à blanc

Chasse à l’outarde et à la gazelle : L’Algérie saignée à blanc

Par A. N. Messaoud (16-07-2015)

À la limite entre les Hauts-Plateaux du Sud-oranais et du Sahara, le massacre des animaux sauvages protégés continue à faire reculer la biodiversité tant chantée sur tous les toits des instituts de recherche et des administrations. Les deux principales espèces visées sont l'outarde et la gazelle. Les princes orientaux (Saoudiens, Qataris, Koweïtiens, Émiratis), qui organisent des «safaris» sous ces latitudes, sont souvent accompagnés et protégés par les services de sécurité algériens. Sur le plan légal, on ne sait s'il faut parler de braconnage au sens que lui donne la loi sur la chasse, ou de «récréation» légalisée par le droit régalien.

En tout état de cause, ces visites quasi régulières, qui mobilisent toute une logistique dans les espaces désertiques de Naâma, El Bayadh, Bougtob, Brizina, Ouled Sidi Cheikh,…etc., sont à l’origine de la régression du patrimoine animalier, qui plus est, figure sur la liste des espèces protégées. La campagne, si on se permet de lui donner ce nom, commence dès le recul des grandes chaleurs, en octobre. Les chefs, généralement d’ascendance princière, emmènent avec eux des serviteurs et des factotums asiatiques, comme en connaissent bien les pays d’origine de ces chasseurs. Les serviteurs viennent du Pakistan, du Bangladesh, des Philippines, du Soudan,…etc.

Grave atteinte au patrimoine faunistique

Au cours de ces dernières années, l’on a pu nous donner cette «consolation» consistant pour certains princes à aider les Algériens à reproduire partiellement l’espèce d’Oubara (outarde) par couvaison d’œufs reproducteurs et élevage d’oisillons. Pour la gazelle, rien n’a été fait pour remédier à sa régression sur ses aires naturelles. Parfois, les «braconniers» recourent aussi à d’autres formes de «marchés», comme le don fait par l’émir du Qatar, Khalifa Ben Hamad Al Thani en 2013 à la wilaya d’El Bayadh consistant en la construction d’un hôpital pour cancéreux de 30 lits.

Outre ces «campagnes» connues et programmées dans le temps, d’autres formes de braconnages se produisent quasi régulièrement et visant souvent la gazelle dite Legmi. Ainsi, des Koweïtiens et Saoudiens, en plus des Algériens, ont été déjà surpris par la gendarmerie en train de chasser cet animal protégé par la loi.
L’on sait que certains parmi ces encombrants visiteurs orientaux, se sont, au cours des dernières années, prévalus de certains appuis dans les sphères de décision algériennes pour justifier une grave atteinte au patrimoine faunistique du pays qui est, d’ailleurs, en train de connaître une forte régression. Les braconniers jettent généralement leur dévolu sur l’outarde dont le foie, assurent-ils, serait un bon aphrodisiaque pour des corps prématurément blasés ou pour des âmes fortement désappointées. Il aurait apparemment des effets plus efficaces et beaucoup moins nuisibles que le Viagra.

Début de prise de conscience

Les gestionnaires des espaces naturels algériens, conscients du danger qui pèse sur la richesse naturelle animale, ont été à l’origine de la législation dont l’aspect coercitif est censé servir de moyen de dissuasion pour tous ceux qui seraient tentés d’altérer ou de porter atteinte à la richesse faunistique et floristique du pays. L’ordonnance du 15 juillet 2006 portant sur la protection des espèces animales menacées de disparition est claire à ce sujet. Elle punit d’amendes, et parfois de prison, les délinquants qui se seraient livrés à la chasse d’animaux sauvages protégés par la loi. Cette dernière s’applique également aux éventuels complices locaux qui auraient «permis, facilité, aidé ou contribué, par quelque moyen que ce soit, à la chasse ou à la capture, à la détention, le transport ou la commercialisation d’animaux ou parties d’animaux mentionnés sur la liste à l’article 3 de la présente ordonnance» . L’article 3 donne une liste de 23 espèces protégées menacées de disparition, allant du varan du désert jusqu’au guépard et aux cinq variétés de gazelles, en passant par les deux variétés d’outarde, le fennec, l’addax,…etc.
Dans ce domaine précis, comme dans d’autres secteurs similaires où les équilibres environnementaux du pays sont en jeu, les scientifiques algériens et la société civile commencent à prendre conscience du danger qui guette l’avenir des milieux naturels, les ressources touristiques et esthétiques du territoire ainsi que les richesses du patrimoine culturel. Des pièces de musées algériens n’ont-elles pas franchi les frontières pour atterrir en Tunisie ou en France? Des tortues de l’Atlas n’ont-elles pas été écoulées sur les marchés informels d’Europe?

Entre les textes et leur application: il y a loin de la coupe aux lèvres

«Le 21e siècle sera écologique ou ne sera pas». Cette sentence d’un spécialiste aura-t-elle une oreille attentive sous nos latitudes, à Brizina, Ouled Sidi Cheikh, Naâma et partout ailleurs où la vie, enserrée dans le désert et menacée par l’action anthropique, sollicite protection, assistance et soutien? Et pourtant, l’Algérie s’est dotée des meilleures lois qui soient en matière de protection de l’environnement. Mieux, elle a adhéré à tous les protocoles et conventions internationales se rapportant à la protection et à la promotion de l’environnement sous toutes ses déclinaisons (zones humides, zones de montagne, parcs naturels, plantes et animaux menacés de disparition,…). Néanmoins, entre les lois et leur application, il y a comme un hiatus formé par des intérêts personnels ou de groupes qui ne sauraient être neutralisés par l’état actuel d’une administration prise dans la tourmente de l’instabilité de ses structures, de la médiocrité de la formation de ses agents et de la perméabilité de son corps aux différentes luttes d’intérêts.

Par Meskellil

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