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Une randonnée bien ordonnée

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5Autant le Chaoui ne fait qu’à sa tête, autant l’habitant de la région du Haut Chélif est, lui aussi, un vrai entêté ! Le premier plie mais ne rompt jamais, tandis que ce dernier nommé tient à la parole donnée et ne recule jamais ! Les deux tiennent beaucoup à leur caillou de territoire, mais aussi rigueur au temps. Ainsi se perpétue leur souche et se conçoit leur vie.

Au milieu de ce monde paysan et rustre, le  rythme de leur vie distille à sa manière sa litanie quotidienne qui enrichie leur Histoire, la plus ancienne. Le souffle du vent délivre leurs sentiments, tandis que le soleil, plutôt assez régulier, qui fait dans la région ces va-et-vient incessants, leur procure cette chaleur qui fait chaud au cœur et dont ils en  profitent pour la partager avec les Autres.

Chevillés à leur légendaire mentalité de bédouin, ils auront, chacun sur son propre territoire et registre, réussi à s’adapter à cette Nature, laquelle tantôt leur sourit et les nourrit, tantôt leur lance plein-la-figure tous ces temps de chiens qui leur donnent vraiment à réfléchir…

Cette main qui les chérit et nourrit est celle-là même qui leur donne parfois une vraie raclée, avec exceptionnellement une ruine à la clef !  Ils en sont bien conscients et s’y préparent, en fonction des saisons et de leur déluge de pluie, de vent, de crues, de grandes chaleurs et de tempêtes…

Mais tous tiennent à cette générosité exceptionnelle d’une Nature qui donne sans compter, qui leur fournit tous ces fruits, légumes et céréales à engranger, souvent à bon marché, et en quantités industrielles…

Purs produits de ce moule naturel qui a su les façonner à la mesure d’une logique propre au bon sens paysan, ils auront porté à bras-le-corps toutes ces si vieilles traditions qui nous font aujourd’hui revenir à ces temps si anciens dont nous puisons l’essentiel de notre culture.

C’est dans ce contexte-là justement que s’inscrit cette louable initiative d’échanges culturels et touristiques interrégionaux, par associations d’anciens lycéens interposées. Les anciens élèves du Lycée Mustapha Ben Boulaid furent les premiers à donner le signal, en invitant en Avril dernier leurs homologues du lycée Mustapha Ferroukhi de Miliana (Ain-Defla).

A l’automne de cette même année, cette dernière association (ALMF) se devait de lui rendre la pareille. Un programme fut concocté à hauteur de l’évènement et surtout en fonction du rang reconnu à ses invités d’honneur, lui parvenant de l’association des anciens lycéens et collégiens du lycée Mustapha Ben Boulaid de Batna (Les Aurès).

Et ce fut ainsi qu’est venue l’idée de coordonner les travaux de cette randonnée bien ordonnée. Riche en paysages géographiques, espèces végétales et animales, auxquels résiste très peu la tentation du touriste avisé, la région recèle, en effet, d’innombrables opportunités, dont il fallait impérativement en faire le tri pour n’en saisir que ce qui a trait au cachet très particulier du patrimoine et produits du terroir.

Trois grands axes et pôles d’attraction furent donc retenus pour cette très ordonnée randonnée, à mi-chemin entre le vrai périple et la très osée promenade en rase campagne. Le bouquet choisi ne pouvait être qu’un savant mélange d’attirantes fleurs et de belles couleurs, de senteurs du terroir et d’odeurs magnifiques d’une Algérie profonde.

En plus, trois typologies de reliefs et par conséquent de microclimats différents étaient au menu de nos invités Aurassiens. Ils avaient le choix entre ce pays de la montagne (Miliana et le Zaccar, mais aussi Theniet El Had et El Meddad), paysage qui ressemble un peu au leur, celui de la grasse plaine du haut Chélif (Ain-Defla), dominé par un autre type de verdure et de produits agricoles, et enfin celui de Cherchell et sa particularité marine et spécificité historique et aquacole.

Le tout formant un conglomérat de facettes magiques d’une région où rayonnait autrefois, à Mille lieues de sa forteresse, le lycée Mustapha Ferroukhi, fort justement de sa grande stature, haut nichée et somptueuse citadelle Milianaise.

Ses élèves d’autrefois, ayant depuis gardé le contact, renouent avec ces retrouvailles cycliques qui les arrachent à leur quotidien morose ou difficile pour les retremper de nouveau dans leur ambiance de jeunesse, où tout un chacun désire sentir encore à ce parfum de ses vingt printemps.

L’art culinaire proposé à nos invités de marque suivait, lui aussi, cette même logique et itinéraire géographique. Au repas moderne varié et empaqueté du barrage de B’da  (Arib – Ain-Defla), allait succéder ce couscous maison fumant d’El Meddad (Theniet ElHad – Tissemsilt garni de viande de bélier), pour terminer avec cette succulente soupe de poisson et ces grillades de fruit de mer de la côte Cherchelloise (Tipaza).

 Et le tout était réglé comme sur du papier à musique ; en un magique tournemain qui donnera le tournis à bien d’anciens lycéens, pourtant très habitués à ces sorties en grandes randonnées.

A vrai-dire, même les moments de détente étaient judicieusement exploités, savamment mis à profit. On pouvait aisément passer du théâtre au chant Chaabi pour revenir après au bedoui (bédouin) et au Chiir El Melhoun (poésie populaire) et aux secrets bien gardés du Musée, celui dit moderne ou encore celui de l’antiquité.

 Nos invités de marque ont eu à s’essayer non sans succès à l’équitation, à la randonnée pédestre, au tourisme culturel. Ils y ont découvert d’autres types de couvert végétal, autre que celui propre à leur région d’origine, mais d’autres espèces de la flore et de la faune du terroir.

Il y avait un choix en la matière très étoffé et assez varié pour répondre pratiquement à tous les goûts et à tous les désirs formulés ou esquissés. Mais il reste que certains besoins et autres sensibilités happés au vol n’ont pu être satisfaits en totalité, tenant compte de certains impondérables, en dépit de toute la bonne volonté des organisateurs.

Déjà les organisateurs de Batna avaient, « à l’allée », placé la barre très haut. Leurs hôtes du mois d’Avril dernier ne pouvaient, « en retour », que s’aligner sur ce « standard » qui leur fut offert.

Animés par le sens du partage propre à ces contrées du pays, ils espèrent n’avoir épargné aucun effort ni même lésiné sur de quelconques moyens mis à contribution dans le cadre de cette randonnée. Pour le moment, le sourire affiché tant à l’arrivée qu’au départ par nos invités batnéens laisse à penser que leur séjour exprime cette joie commune recherchée de part et d’autre, à l’effet de pérenniser nos relations réciproques.

Le souhait le plus cher des organisateurs de voir se développer pareilles initiatives dont leur apport au profit de la  communauté n’est plus à démontrer, au plan des dividendes à en récupérer à tous les niveaux.

Puisse Le Grand Seigneur nous donner encore la force d’aller au plus profond de nos rêves !

 

Par Slemnia Bendaoud

Commentaires (2)

MF
  • 1. MF | 07/10/2018
Salam,

On aurait préféré un velouté ou une soupe de poissons onctueuse,mais non celle servie à nos invités était liquiiide,
si ce n'est les croutons qui ont tamponné le surplus,et la rouille qui rajouté du gout ,...
Le repas fut bien chétif alors que nos amis devaient effectuer un long trajet,il manquait un hors d'oeuvre et un dessert,
Ils ont pris la peine de ramener des gourmandises alors que leur présenter un plateau de kalb elouz ou de makrout
((et des pommes pour les diabétiques) nous a échappé.
Je ne focalises pas que sur la nourriture,mais nos traditions,notre religion, nous obligent à bien s'occuper de nos invités,
ce n'est que partie remise inchaeALLAH,qu'ils veuillent bien excuser notre dispersion.
Meskellil
  • 2. Meskellil | 07/10/2018
Bonjour M. Slemnia Bendaoud,

Bonjour à tous,

Voilà une magnifique plongée et une immersion dans le terroir, celui qui nous a travaillés en profondeur, au point que même au bout du monde, il reste l’unique mesure, la référence, l’unique élément de comparaison, aussi exceptionnelles que soient ces autres régions du monde ! Cela faisait longtemps que l’on n’avait eu le grand plaisir de vous lire M. Slemnia Bendaoud, vous qui, par votre brillante plume et votre sensibilité, savez éveiller sensations, émotions, et impressions, en embaumant agréablement vos mots de ce parfum subtil, antique celui de la fierté d’appartenir à une histoire, un terroir aussi nobles que prestigieux, à un peuple aussi valeureux, que courageux, aussi digne qu'indomptable! N'en déplaise à ses détracteurs. Merci à vous pour cette lecture qui prend le temps de nous aménager un petit coin au cœur de l’Algérie profonde, celle dont la saveur veloutée, onctueuse, chaleureuse, généreuse, tendre nous manque tant! Merci à vous aussi pour la belle note mélodieuse, celle de l’espoir…

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