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La fontaine d'Ain-El-Fouara

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Des hauts plateaux de la ville de Sétif, on parle beaucoup d’une source ; appelée :

La fontaine d'Ain-El-Fouara

une histoire voire un symbole !

 

  Nombreux sont les gens qui ne cessent de se poser des questions sur la fontaine d’Ain El Fouara de la ville de Sétif. Sa provenance ? En quelle date fut-elle réalisée ? Par Qui ? Est-il vrai ce que les gens racontent à son égard ? A – t- elle était détruite partiellement ? Par qui ? Beaucoup de controverses avec autant de mystères et d’énigmes mais point de répliques véridiques et ou réponses justes.

 La majorité des gens de la ville de Sétif sinon la plus part ne jurent que par la phrase oh combien célèbre sur la statue : « Celui qui boira de son eau, il reviendra un jour pour la revoir… » Mythe ou réalité, tout le monde vous le dira. N’existe-t-il pas, par hasard, à Sétif ou dans les alentours des personnes qui sachent apporter des réponses à nos plusieurs interrogations sur la fontaine en question. Son histoire mérite d’être connue et même écrite quelque part.

Introduction

Des recherches pointues et en profondeur nous ont permis de mieux saisir quelques informations sur la fameuse statue d’Ain-El -Fouara de la ville coquette de Sétif. C’était très difficile. Ces échos, ô combien utiles et importants, nous sont justement parvenus des hauts plateaux de Sétif, donc de sources Sétifiennes. Cela nous a, en quelque sorte, beaucoup réconforté.

Les 5 portes de Sétif

La vraie histoire de la jeune fille en pierre se résume ainsi. Il s’est avéré, à l’époque que Sétif était une sorte de fort ouvert sur 5 côtés par des portes qui portaient le nom de : Porte d’Alger - Porte de Bejaia - Porte de Constantine - Porte de M’sila et celui de Biskra au Sud… Ce fortin fut conçu comme à Alger et dans toutes les grandes villes ainsi que les villages d’à côté importants afin d’éviter des éventuelles agressions réputées dans les proximités.

La source d’eau d’EL Fouara se situe du côté de « Bab-Dzair » D’ailleurs, elle était dotée de battants lourds en fer qu’on fermait le soir. La placette était très ombragée et sa fraicheur charmaient et attiraient aussi les arabes, Tout le monde se rencontrait là précisément pour toutes sortes de négociations et autres faits (voyages, affaires et mariages…). Au beau milieu, une source bien fraiche donnait au décor tout son lustre. Il s’agissait d’une simple fontaine, bâtie autour du jaillissement d’une source naturelle, chaude en hiver et froide en été. Cette source donnait à la placette toute sa splendeur…

Placette d’Ain-El-Fouara       

Sans titre 235Les français avaient autorisé la construction d’une mosquée à gauche de la source et d’une synagogue à sa droite. Les deux lieux de culte sont toujours débout, la mosquée est de mise et porte le nom d’El Attik quant à la synagogue elle est fermée (absence de fidèles).

La belle placette qui s’étirait entre les deux lieux de culte comportait un jardin avec de beaux platanes où les européens aimaient se regrouper en terrain conquis… mais les arabes en burnous et kachabia qui se reposaient également tout en effectuant divers transactions. Ces regroupements sur ces lieux n’étaient pas bien appréciés et pouvaient constituer un danger pour les français en tenue légère qui venaient se reposer et jouer avec leurs enfants….Les français auraient bien voulu les chasser à coups de trique ou de crosses mais le rabbin de la synagogue leur épargna cette manière de faire, en leur découvrant une solution sans violences…physiques.

Les arabes venaient en ces lieux pour se reposer et bénéficier de l’ombrage qui rendait cet endroit féerique. Ils ne faisaient que profiter des lieux et discuter de tout et parfois de rien, et connaissant la pudeur extrême qui caractérisait les rapports entre parents. Le rabbin suggéra aux français d’aménager, en ces lieux, une représentation qui gênerait les arabes et leur procura l’idée d’une femme nue en leur précisant qu’elle devait être installée de manière à tourner le dos à la mosquée pour qu’ils la fuient. Car si elle devait montrer ses parurent de face, alors, ils n’hésiteraient pas à la briser…

Et c’est ainsi que la statue de la célèbre nymphe avec les têtes de légionnaires romains à ses pieds fut commandée chez Francis de Saint Vidal et mise en place à la fin du 19e siècle…

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Ses effets furent immédiats… les Arabes qui prenaient les platanes du jardin comme lieux de distraction changèrent instantanément de lieux pour aller s’installer à la porte de Biskra à l’autre bout de la ville, alors, les européens purent jouir sans gêne des allées ombragées du jardin en contemplant les belles formes de la nymphe affectueuse qui dominait la fontaine métaphorique…

La belle fille se construisit petit à petit une légende et devint indissociable de la ville haute-perchée… Et si les européens la regardaient comme œuvre d’art et symbole de leur mainmise sur le pays, certains «indigènes» lui tissèrent tellement de légendes qu’elle finit par devenir objet d’un véritable culte puisqu’ils en sont arrivés à venir l’implorer en lui colorant les mains de henné…

 

Historique

La statue fut réalisée totalement en marbre, « Aïn Fouara » évoque une femme totalement nue aux formes agréables et harmonieuses. Elle a été sculptée par l’artiste français, Francis de Saint Vidal, et a été parachevée le 26 février 1898 (et sera bientôt centenaire). Selon aussi certains Sétifiens, la jeune femme dont il s’est servi comme modèle était une Française de Sétif. Un jour, alors que la statue était exposée au musée du Louvre, le maire Aubry de Sétif tomba en ébahissement devant elle et demanda au sculpteur de l’offrir à Sétif pour en faire une fontaine monumentale.

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L’artiste accepta volontiers. La statue entreprit alors un long voyage à destination de Sétif. Elle avait engendré l’itinéraire suivant : partie en juillet 1898 de Paris vers Marseille puis embarqua à bord d’un bateau vers Philippeville (Skikda). Elle fut reçue au port, en grande pompe et fanfare, par de nombreux notables de Sétif. Son aventure à la Sétifienne venait de commencer. De Philippeville, elle fut transportée par les moyens de l’époque jusqu’à Sétif. Le voyage dura plus d’une semaine, mais finit en apothéose. Toute la communauté européenne était là pour l’attendre. Son sort était scellé. Elle venait de captiver le cœur des Sétifiens toutes communautés confondues. L’architecte franco-italien Francissionni sera chargé de l’endroit de son emplacement. Plusieurs artisans de renommée seront mis à contribution pour parfaire l’œuvre de Saint Vidal et dresser la statue sur son piédestal sur une fontaine quadriforme. Par une journée glaciale de fin d’automne.

 

Croyances et niaiseries

L’assistance nombreuse entrevoit d’épaisses spirales de vapeurs monter de la fontaine, sous l’effet du froid intense ; des voix de Sétifiennes autochtones montèrent : « Fouara, fouara... » (Elle fait de la vapeur). Cette femme nue, fétichisme aidant, allait prendre au fil des ans une valeur incroyable aux yeux non seulement des indigènes mais même des Européens. Surtout parmi les femmes. Celles qui n’avaient pas encore trouvé un mari, venaient, sans même se cacher, lui demander de leur en ramener un. Et lorsque leurs vœux étaient exhaussés, subséquemment, les femmes revenaient en habits de fête avec youyous, passer du henné sur les mains et les pieds de la belle enchanteresse.

Incessantes attaques sur la fontaine

 Malgré sa totale nudité, Fouara ne choquera pas, Pourtant, elle ne se trouve qu’à une cinquantaine de mètres de la grande mosquée de Sétif. Mais en avril 1997, à moins d’une année du centenaire de la statue, le centre de Sétif fut secoué par une grande explosion. Aïn Fouara avait été détériorée. Les Sétifiens découvrirent avec une douleur non sournoise que cette séduisante statue qui faisait partie de leur patrimoine, de leur vécu et de leur personnalité, avait-elle été morcelée. Ils la pleurèrent, hommes et femmes. Celui ou ceux qui avaient voulu frapper l’âme même des Sétifiens ne sera et ou ne seront jamais connus. Mais c’est grâce aux élèves de l’école des beaux-arts, la statue fut restaurée. C’est à peine si l’on en voit encore quelques marques. Mais, émus par ce qui lui a été infligé, les Sétifiens ne l’en affectionnent que plus.

 Et c’est ainsi que la statue de Saint Vidal continua à dominer la fontaine de Ain El Fouara, à vivre les aventures des noirs et blancs et à ponctuer les joies et les tristesses des Sétifiens. Tout en se prêtant au paganisme (personnes non encore christianisées-premiers temps de la Christianisation) de ceux qui avaient fini par la considérer comme une déesse en pierre et à lui vouer un respect frisant parfois frôlant le mysticisme… Elle connut sa première attaque le 22 avril 1997 quand un terroriste ne trouvant pas où se débarrasser d’une bombe la déposa auprès d’elle, ce qui lui valut de sérieuses blessures… Elle vient de connaître une seconde agression lors d’un certain 18 décembre 2017, avec la mutilation des seins et pieds au marteau qu’elle vient de subir de la part d’un homme dont on dit qu’il n’était pas en possession de tous ses esprits…

 Un patrimoine représente toujours une valeur, donc nous devrons la préserver et cela sans aucune justification préalable. Elle est centenaire, ceci dit, respect et amour. Le fait que chaque voyageur s’arrête et se voit contraint de faire une halte, pour boire de son eau et/ou prendre des photos souvenirs n’est-ce pas là une reconnaissance par presque la majorité du peuple Sétifien et même algérien. Et si les autorités de l’Algérie indépendante n’ont pas donné suite à la suggestion des responsables locaux de l’enfermer dans un musée c’est que, quelque part, cette statue avait réussi à imposer sa liberté de continuer à dominer sur la fontaine dont elle est devenue l’emblème.

 Quant à la chasteté, il faut reconnaître que si hier on pouvait être gêné par la nudité publique d’une femme, fut-elle en pierre, ce n’est plus le cas aujourd’hui avec les moulants et les décolletés de nos filles, les slips apparents de nos garçons et les kamis transparents de nos fidèles… Et même si les arguments du passé colonial de cette fille et de son impudeur devaient justifier son retrait, la décision unilatérale de sa destruction représente une véritable atteinte au respect du patrimoine public…

 Ceux qui jubilent encore en voyant les blessures subies par cette innocente fille devraient revoir leur pensée et opinions sur les libertés publiques. Se dire que nul n’a le droit de s’en prendre au patrimoine commun au prétexte qu’il ne le trouve pas décent ou à son goût. Se comporter ainsi dénote beaucoup de troubles dans les esprits de certains. Prendre la statue d’Ain Fouara comme un lieu saint est un délire voire une folie. Un véritable péché. Se comporter de la sorte devant cette statue qui n’a d’importance que celui d’un décor voire une enseigne pour la ville de Sétif.

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Par DEGHRAR Djillali

Commentaires (2)

blegous ali
  • 1. blegous ali | 24/01/2018
Merci de nous avoir fait découvrir la source de Ain EL Fouara de Sétif, c'est vrai que c'est un patrimoine et il faut prendre soin de cette oeuvre. Cette source a donnée aux habitants un lieu de rencontre, de souvenirs.un lieu formidable. et dont les Sétifiens sont fiers .Baraka allaho fik ya Djilali
keryma
  • 2. keryma | 18/01/2018
Bonsoir Djillali,

Merci pour toutes ces informations rédigées dans un texte très agréable à lire! Je suis passée par Sétif il y a quelques années pour aller à Tébessa, dans les années 2000, et j'ai vu cette belle statue; elle avait déjà été rafistolée tant bien que mal, après l'attentat de 1997. Et depuis sa dernière "agression", le monsieur qui lui a asséné des coups de marteau ou je ne sais quoi, voulait détruire un patrimoine qui faisait la fierté des sétifiens et de tous les algériens aussi. Juste parce que c'est une femme nue.. C'est toujours le vulgaire qui ressort des esprits, nous n'y pouvons rien. Avait-il une gandoura transparente? Je me le demande!
Djillali, encore une fois tu as posté des sujets très intéressants un grand bravo!
Amitié,
Kéryma,

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