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La leçon de l’artiste poète/Malek Haddad

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A l’indépendance de l’Algérie, en 1962, alors que le peuple célébrait dans la liesse et l’allégresse le recouvrement de son identité et territoire géographique, un homme, à la fleur de son âge et surtout au sommet de sa réputation, gloire et histoire littéraire prit soudainement ses distances avec sa plume et avec… la langue du colon d’autrefois. Il déposa alors sa plume de la même manière dont le fit le maquisard pour son arme.

 La guerre qui avait assez duré venait pour l’occasion de libérer son monde et l’esprit des gens. Le génie sinon l’esprit de cet illustre artiste choyé et vénéré pour sa plume qui hume l’air du pays et déplume les manœuvres et autres atrocités commises au seul motif de rendre le peuple algérien «plus civilisé» par ce colon nanti de nos richesses naturelles, dénoncées et parfaitement illustrées dans ses nombreux poèmes et autres écrits de valeur et de qualité, fut à ce moment-là stoppé net dans son ascension et promotion universelles.

La question n’a rien à voir avec un quelconque empêchement dont aurait fait l’objet l’auteur de «L’Elève et la leçon». Cette leçon-là est plutôt à trouver dans sa volonté inébranlable de se départir de la langue française, cette langue du colon et d’occupation de son pays l’Algérie, devenue depuis indépendante et bien souveraine, qui allait être illico presto répudiée par l’auteur, sommée de quitter les lieux au même titre d’ailleurs que cette puissance coloniale, retournée depuis chez elle. De guerre lasse et la tête basse…!

Depuis, «Le Quai aux fleurs ne répond plus» ! Prématurément donc sa plume a contre toute attente ou logique des choses cessé tout naturellement de fonctionner. S’est carrément éteinte ! S’est définitivement tue et à jamais ! La volonté de l’auteur en a décidé ainsi. Et l’on ne put et ne peut rien contre la volonté de ceux qui décident d’eux-mêmes d’abandonner le récit écrit en français pour verser dans la riche oralité de cet arabe qui rapporte à sa manière ces merveilleux contes de fées.

Malek Haddad avait alors fait ses comptes, ses adieux et a donc définitivement abandonné le français comme langue d’expression et de communication. Cette phrase de l’auteur en illustre toute sa philosophie sur la question :

«Chez nous, c’est vrai, chaque fois qu’on fait un bachelier, on fait un Français» même si la langue française a été pour un temps son arme et sa voix, son refuge et son exil, en même temps, et surtout sa douleur et son arme de poing empruntée ou volée au colon pour mieux le connaître et bien le combattre, surtout mieux le dévoiler au monde d’autrefois.

L’auteur de «Si Constantine m’était contée…» aimait bien son pays et surtout cette ville des ponts où il y est né. Sa date de naissance est en soi une date symbole pour toute la nation, du fait qu’elle soit ce 5 juillet, synonyme de cette fierté qui s’empara de la liesse et de la promesse faite quelque temps plutôt tel ce serment fait juste pour libérer le pays !

Malek est depuis sa naissance, symbolique à plus d’un titre pour ses disciples et autres jeunes générations, l’autre fierté de l’Algérie. Celle de sa littérature engagée. Celle de cette poésie qui force le destin et maintient allumée en permanence cette flamme de l’espoir, longtemps entretenu et toujours ravivé.

Sa vie est en soi une promesse, durant laquelle il tenait de lui adjoindre l’autre «promesse», cette revue qui servait de marchepied à beaucoup de jeunes auteurs encore trop frêles pour enfin «mettre le pied à l’étrier» dans ce mirage de la littérature dont certains, aujourd’hui grands noms de la prose et poésie algériennes l’en ont déjà emprunté, pour enjamber toutes ces profondes mers et grands océans qui séparent ces nombreux continents et leur peuplement, et tous ces chevaux de course littéraires qui vont parfois plus vite que la vitesse du son.

Son histoire à lui ne s’arrêta pas en si bon chemin, et la «promesse» ne resta pas à l’état promesse, puisque nous récoltons aujourd’hui tous ses nombreux fruits à travers cette pépinière de jeunes talents, écrivains et poètes de métier qui portent en eux-mêmes et dans leur cœur cet artiste qui a toujours porté et enfoui dans le sien cette poésie qui fait honneur à l’Algérie.

Bien plus que ça, Malek Haddad en est arrivé à plus tard forger toute une kyrielle de noms et une myriade de plumes en herbe de la littérature algérienne d’expression française ou arabe grâce à cette jumelle de «promesse» appelée en son temps «Amel», née elle aussi aux forceps dans les années soixante-dix du siècle dernier pour apporter elle aussi ce nécessaire espoir dont avait énormément besoin ces jeunes lettrés de l’Algérie indépendante.

Son passage au ministère de la Culture aura été l’un des plus brillants et très féconds parmi le collectif de ses pairs qui ont eu à assumer pareilles responsabilités. En homme de lettres, il a fait de son environnement immédiat un grand livre, ivre de la beauté de l’univers, ouvert sur ses splendeurs et ses merveilles, et de l’Algérie un territoire de gens lettrés soucieux de l’avenir de leur pays.

Cela est vraiment dommage que le seul hommage que nous puissions aujourd’hui lui réserver et lui dédier n’est autre que ce refrain de sa propre poésie à travers ces mots durs et bien drus :

«Je suis le point final d’un roman qui commence…» Cet homme de lettres chérissait l’être et aimait beaucoup le monde des «gens éduqués» à tel point qu’il ne put différencier celui qui distille le verbe de celui qui le reçoit, celui qui le conçoit de celui qui le perçoit, celui qui le débite de celui qui en profite, celui qui le transcrit de celui qui le réécrit et le retransmet à la perfection.

En instituteur confirmé et affirmé, il a élevé et bien formé bien des générations entières à l’école et en dehors de celle-ci. Dans ce registre très étoffé figurent aujourd’hui des gens autrefois haut placés parmi ces chefs d’Etat arabes tout puissants et leurs très proches subordonnés, tel ce président d’un pays frère et ami de l’Algérie, habillé en vrai «bédouin de Libye». Mais c’est plutôt vers la littérature et surtout cette belle poésie que Malek Haddad s’est longtemps tourné sa vie durant, lui qui trouva en Aragon ce lecteur et correcteur si assidu dont il lui confia la primeur de ses fleurs et autres produits de son jardin littéraire parfumé, resté à ce jour des plus fleuris, comparé à celui de ses pairs.

Dans «le malheur en danger» -quel titre pour quelle analogie !-, l’auteur de «Je t’offrirai une gazelle» s’offre à son lecteur sur toute l’étendue de la littérature, sa texture, ses rames et ses trames ainsi que ses programmes, en affirmant : «Je suis en vérité l’élève et la leçon», un autre titre dont il est utile d’en retenir la leçon bien codée, dosée et distillée par cet intellectuel qui vouait cet amour vraiment fou pour son pays l’Algérie, en affirmant : «Je suis moins séparé de ma patrie par la Méditerranée que par la langue française» ; une autre leçon à inculquer à notre diaspora à l’effet de mieux l’intéresser à regagner sa première sinon l’unique patrie.

Lui aussi a vécu cet exil propre à notre émigration. Mieux encore dans son propre pays, il vivra la langue française comme un autre exil. Bien plus fort qu’un… vrai exil !

Constantine, son berceau naturel, l’Algérie, son univers littéraire, le français, comme langue d’expression et de communication, perdaient, avec sa retraite et en lui, cet acteur hors pair et hors du commun qui défiait grâce à sa plume l’espace naturel, le temps et les hommes de notre univers. En musulman de confession, il s’est imposé à lui-même et pour lui-même la décision ou le choix de ne plus communiquer en français, du moins de continuer à écrire des ouvrages dans la langue du colon, marquant à jamais et à sa façon son indépendance vis-à-vis de la langue de Voltaire, prise en toute sérénité, indépendance, intimité et en solitaire.

Lui, qui pourtant était pressenti à vite intégrer la cour des grands auteurs de son temps pour trôner de tout son poids littéraire, nom et honneur sur l’univers de la littérature. En homme modeste et très sûr de ses œuvres de qualité, il s’est plutôt fié et plié à la sanction du lecteur et à celle de l’histoire, connue pour être implacable et irrévocable !

En s’arrêtant d’écrire, l’auteur émérite et l’écrivain de mérite n’avait nullement cette intention de faire à ses lecteurs faux-bond. Il s’est tout juste accordé un temps de réflexion et de repos. De répit, disons-le. Ce repos propre au guerrier qu’il fut et l’aura toujours été. L’écrivain venait de se délivrer, de livrer son texte et de tirer après sa révérence. Le poète s’en est également allé, interrompant ses merveilleuses lettres et très beaux récits et vers rythmés et bien couplés et accouplés que nous conservons et chérissons, chacun dans son coin et tous dans notre cœur ou mémoire collective.

C’est -osons-nous dire- vers l’oralité, cette autre culture algérienne ancestrale, qu’il devait se tourner ; léguant le français à la France et recouvrant à l’Algérie son indépendance.

Heureux que toute une nation ait pu retrouver sa mouvance et son monde ainsi que son territoire géographique, il préféra retourner chez lui à Constantine savourer cette liberté chèrement acquise à laquelle il consacra l’essentiel de ses romans et autre succulente et excellente poésie.

Si pour Kateb Yacine, le français est «un butin de guerre», pour Malek Haddad, cette langue n’est autre qu’une arme de combat n’ayant plus aucune raison d’exister au-delà de la période des débats et le maquis qui ont précédé et surtout accéléré l’indépendance de l’Algérie. Dès lors que la table de négociation était si prête à réunir son monde alentour. A chacun d’eux sa propre raison de voir les choses même si la littérature donne plutôt raison à l’auteur de «Nedjma». Et même si le Coran, notre religion, nous invite à mieux connaître la langue de l’ennemi, ne serait-ce que dans la perspective de se prémunir de ses réels dangers. Aujourd’hui que notre paysage culturel baigne dans ce «désert littéraire» en perdant à la fois sa «Promesse» et son «Amel», il ne nous reste plus qu’à nous méfier de ce climat de l’inculture qui plane sur nos têtes tel ce rapace vorace qui ne laissera plus aucune trace ni de place à l’intelligence humaine troquée contre de menus avantages matériels nous faisant perdre le Nord après avoir perdu cette voie empruntée par les ténors de la littérature algérienne.

Malek Haddad mérite bien plus qu’une stèle érigée en son honneur ou que sa demeure soit élevée en un quelconque monument historique ou culturel. A Constantine ou ailleurs. Il détient ce mérite d’être d’abord lu et bien compris par tous les Algériens et surtout par ceux-là mêmes à qui revient cet autre mérite de militer pour la promotion de notre culture.

Avec Malek Haddad ! Heureux qui comme vous, a bien tenu parole et promesse sans même nous faire un quelconque serment !

Heureux qui comme vous, êtes restés éternels sans même vivre notre temps ! Et parmi nous…!

Tout le souhait que notre monde vous fait est que la littérature d’expression arabe et la nation algérienne se porteront mieux à l’avenir !

Dans tous ses textes, sa plume souffle l’air du pays pour libérer l’Algérie. Elle situe les méfaits du colon et décrit les souffrances des autochtones, armés de leur seul courage pour vaincre l’injustice.

Malek Haddad -l’ange et le forgeron juste en bien considérant ou prononçant le nom de l’auteur – a su avec le temps bien forger une très grande carrière littérature et rare réputation qu’il sera difficile pour ces jeunes générations d’égaler ou d’imiter.

Un grand monument pareil de la littérature algérienne n’a pas besoin de l’érection en son honneur d’un quelconque symbole historique pour commémorer les excellentes œuvres de l’homme de lettres.

La littérature algérienne a plutôt tout intérêt à mieux s’inspirer de ses fabuleux textes afin de bien saisir leur véritable teneur et exceptionnelle valeur éducative.

Lire attentivement les textes de l’auteur, c’est voyager très loin dans l’imaginaire de l’artiste conteur. Le faire assez souvent, c’est goûter à ces succulents chefs-d’œuvres littéraires qu’il était le seul à pouvoir si bien concocter ! Quel homme de lettres, il fut ! Quelle référence en la matière il le restera à jamais !

C’est aussi cela la vraie leçon de l’artiste poète à laquelle nous ouvrons droit tout juste en évoquant son nom ! Et quel nom…!

 Slemnia Bendaoud : Le texte est dédié au défunt auteur à l’occasion du 50e anniversaire de l’indépendance du peuple algérien, et de celui 87e depuis la naissance de l’auteur, le 5 juillet 1925.

Par Slemnia Bendaoud

Commentaires (2)

Zoum
  • 1. Zoum | 18/07/2014

Bonjour Slemnia Bendaoud,
Malek Haddad jouit d une grande notoriété qui a largement depassé nos frontiéres .Il a rendu hommage ,dans ses écrits à sa terre natale ....
merci pour cet hommage
mourad
amicalement

Miliani2Keur
  • 2. Miliani2Keur | 18/07/2014

Merci Slemnia pour cet hommage

Cet écrivain majeur est la charniére entre les "anciens", Mohamed dib, kateb yacine est les "modernes" comme boudjedra

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