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LE PIANISTE DE YARMOUK

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LE PIANISTE DE YARMOUK

Aeham Ahmad

Editions : "La découverte"

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Aeham est né en 1988 d'un père Palestinien et d'une mère Syrienne dans un camp de réfugiés nommé "Yarmouk", aux frontières de Damas. Ce livre, autobiographique, raconte son histoire et celle de sa famille. Les trois-cent cinquante pages de ce livre sont toutes aussi émouvantes les unes que les autres.

Aeham se souvient de son enfance comme si, dit-il, le soleil brillait toujours, comme s'il n'avait jamais connu un seul jour de pluie tant il était entouré de l'amour inconditionnel de ses parents. Son père, non-voyant à la suite d'une conjonctivite attrapée à l'âge de neuf ans, lui avait inculqué le goût de la musique dès sa plus tendre enfance. Aeham apprendra plus tard que son père avait été victime d'un virus dans un village de Syrie dans lequel il n'y avait pas de médecin, ni d'ophtalmologiste. Sa famille faisait partie de ces sept cent mille Palestiniens contraints de quitter leur patrie en 1948. Lorsqu'un professeur de musique arrivera dans l'école de son père et lui fera découvrir le violon, celui-ci fera l'impossible pour parvenir à convaincre sa famille de lui acheter cet instrument de musique ce qui, à cette époque-là, représentait trois mois de salaire de son grand-père ! Mais, devant la volonté acharnée de son fils, il emprunta l'argent nécessaire pour lui offrir ce violon tant convoité. C'est ainsi qu'il passera parfois quinze heures par jour à étudier le violon. On comprend ainsi mieux la passion de Aeham pour la musique et pourquoi il deviendra non seulement pianiste mais également chanteur et compositeur.

Ce livre témoigne de la force de vie extraordinaire de cette famille, notamment, à partir de 2011, début de la révolution, où leur vie va totalement basculer. C'est cependant cette année-là que Aeham et Tahani se marieront. En juin 2012 naîtra leur premier enfant. Aeham nous décrit leur quotidien, l'horreur absolue : la peur, le froid, la faim, les queues interminables pendant des heures pour arriver, parfois, à obtenir un peu de nourriture sans compter les kilomètres à parcourir à pied pour s'approvisionner en eau. Pourtant, Aeham ne baissera jamais les bras. Il continuera à jouer du piano, à donner des cours de musique à des enfants, à les faire chanter, dans la rue, envers et contre tout. Sa pugnacité est telle qu'une vidéo sera postée sur internet. Celle-ci eu un tel succès que d'autres vidéos seront envoyées sur les réseaux sociaux. C'est ainsi que Aeham sera baptisé "le musicien des ruines". La presse étrangère est impressionnée par cet homme qui prend tous les risques. "Ma révolution, c'est la musique. Un miracle s'est produit : le monde nous a entendus" dit-il. C'est ainsi que Aeham recevra des encouragements du monde entier.

Malheureusement, à l'arrivée de Daesh, non seulement Yarmouk sera coupé du monde mais les bombes ne cesseront pas de tomber faisant de ce lieu un "camp de la mort". Malgré sa passion de la musique chevillée au corps, Aeham se dit un jour qu'il ne pouvait plus continuer à transporter son piano dans les ruines et y faire chanter des enfants. Cela lui paraissait beaucoup trop dangereux. Cependant, six petites filles étaient arrivées à le convaincre de changer d'avis. Elles étaient tellement pleines d'enthousiasme qu'il finit par céder à leur demande. Alors qu'elles étaient installées autour du piano et que Aeham avait commencé à jouer et chanter, un tir retentit. Un sniper avait visé la petite Zeinab morte "sur le coup". Ce fut pour lui le désespoir suivi d'un immense sentiment de culpabilité. Puis, plus tard, Daesh brûlera son piano - sur lequel il jouait depuis vingt ans - parce que pour cette organisation terroriste islamiste non seulement "la musique n'est pas conforme à l'Islam" mais en plus, "la possession d'un instrument de musique est un impardonnable pêché". Lorsque, le jour de son anniversaire, il vit son piano brûler Aeham dira : "Je me suis battu. J'ai perdu". Il ne croyait plus à la force de la musique.

C'est ainsi qu'il envisagea de quitter Yarmouk avec sa famille pour se rendre en Allemagne. Il devait alors réunir une certaine somme d'argent. Egalement contacter ces "passeurs", trafiquants de chair humaine, pour quitter la Syrie et pouvoir se rendre en Europe. Ce chemin est appelé "route de la mort". Quand il constata les risques qu'il pouvait faire prendre à sa femme, son fils aîné et le bébé qui venait de naître, il décida de quitter seul la Syrie pour l'Europe. Sa séparation d'avec sa femme et ses deux enfants fut déchirante. Il leur promit que, dès son arrivée en Allemagne, il ferait tout ce qui était en son pouvoir pour qu'ils le rejoignent dans le cadre du regroupement familial. Lorsque, quelques mois plus tard, Aeham apprendra que Tahani et leurs deux enfants pouvaient venir les rejoindre à Wiesbaden, il éclatera en sanglots. Il pleurait si fort que des personnes se trouvant proches de lui étaient venues le voir. Elles étaient inquiètes. Il les rassura en leur disant qu'il était tout simplement fou de joie. Le 4 août 2016, un an après avoir quitté sa terre natale et sa famille, un ami accompagna Aeham à l'aéroport de Francfort pour y accueillir sa femme et ses deux enfants. Il triturait le bouquet de roses qu'il avait entre les mains pour l'offrir à Tahani. Il regardait, impatient, l'horloge de l'aéroport : plus que dix minutes … plus que trois minutes. Il était au comble de l'émotion !

Aujourd'hui, Aeham vit toujours en Allemagne avec sa femme et leurs deux enfants. Il parle de sa reconnaissance envers ce pays, celui de Beethoven. Il donne de très nombreux concerts qui affichent toujours "complets". Il côtoie de grands chefs d'orchestre et pianistes célèbres. Il a obtenu, à juste titre, le prix Beethoven des droits de l'homme. Lorsqu'on lui parle de sa célébrité, il répond : "Je ne suis pas célèbre, je suis un réfugié".

A la dernière page de son livre, avec l'authenticité et la sincérité qui le caractérisent, Aeham nous transmet le message suivant : "… J'ai l'impression que les jours sombres se font plus rares, que ma vie s'éclaircit. Ce sont les jours où je réussis un bon concert, où je sens que je suis parvenu à quelque chose, que j'ai rendu le monde meilleur. Alors, renversé en arrière, je chante à plein cœur mes chansons qui font pleurer, qui consolent et qui nous laisse croire à un avenir. Il y a de l'espoir. Il y a toujours de l'espoir …".

Le bouleversant témoignage de cet homme remarquable et admirable qui a survécu à l'enfer est une véritable "leçon de vie" !

Par Chantal VINCENT

Commentaires (2)

Miliani2Keur
  • 1. Miliani2Keur | 07/05/2018
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Miliani2Keur
  • 2. Miliani2Keur | 07/05/2018
Le pouvoir de volonte superbe récit sur la résilience et la volonté au de la, au dessus de tout!
Allégorie qui laisse même la guerre impuissante, et aussi une chronique de biais de la vérité actuelle a hauteur d'homme qu'on depossede même du statut de réfugié (puissante symbolique avec "la Marche du retours" a Gaza et qui déjà se solde de dizaines de morts et quelque 500 blessés), puis cette transcendance!
Des enfants conçus en 2011 ...
Quand on n'a que l'amour! Chantait Jackie...
Merci Chantal de nous reprendre au "Ras des paquerettes"

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