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Payez pour vos mots, déjà !

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- Il est 2 heures du matin ! C’est quoi cette voix, alors que tout le monde dort ?
- C’est Haddad ! Même seul, il continue de balancer !
- ???

Une femme, un homme, un prévenu n’est jamais coupable avant d’avoir été définitivement condamné. Mais à lire ici et là les griefs retenus contre ceux qui ont effectivement dirigé ce pays, gouverné, les chefs d’accusation posés sur la table par les enquêteurs et étudiés, disséqués par les juges, ce sont «ses yeux» qui me sont revenus en mémoire, comme ça, brutalement. Ses yeux qui nous fixaient durement, pointeurs mortels qui nous trucidaient de mépris à chacun de ses discours.

Il aimait les chiffres ! Et nous en assénait à satiété ! Jusqu’à l’overdose. Mais plus que ses chiffres, ses grosses lunettes, ses petits papiers et son bedonnant cartable en cuir qui ne le quittait jamais, toujours à portée de fiel, il y avait cette condescendance avec laquelle il nous bombardait sans relâche. Même lorsqu’il ne disait rien, marquait une pause dans le ânonnement de ses additions, ses statistiques et ses courbes de croissance vicieusement victorieuses. Il répétait à l’envi : «Vous voulez tout, tout de suite, sans travailler ! Vous êtes des rentiers parasitaires, incapables d’amener de la valeur ajoutée à ce pays !» Et là, aujourd’hui, dans ces dossiers des juges, il y a cette incroyable somme d’avantages indûment octroyés à la famille et aux amis, et obtenus pour soi-même et pour son engeance. Parasites ? Nous ? Les vertus du travail ? Nous ? La valeur ajoutée ? Nous ?

Mon Dieu que ces mots puent ! Chlinguent l’arnaque à l’algérienne. Plus que l’argent, ces pédigrées-là doivent répondre de leurs mots, des dégâts, des traumas qu’ils ont provoqués sur nous. En nous. Au plus profond ! Pour exiger de la Cour des Miracles que sa populace soit propre, le Grand Vizir au service de multiples sultans se devait d’être nickel ! Même pas compétent ! Ça, les sujets ne le demandaient plus, au fil du temps. Non ! Juste nickel ! Et même s’il est interdit de condamner avant la justice, je m’autorise juste la stupéfaction face à l’ampleur de la rapine opérée par ceux-là mêmes qui nous labellisaient en gueux sales de fainéantise et ankylosés dans l’esprit rentier.

Oui ! On devrait pouvoir condamner ce genre de coupables d’abord pour leurs offenses, pour leurs assassinats syllabiques et lexicaux, avant les sanctions d’argent, de liberté et de vie. Lorsqu’on est sale, on ne tend pas le savon, «Ch'rit » et «H’bel » aux autres. On se frotte fort son corps, d’abord. Surtout la tête, et surtout l’hémisphère abritant la mémoire. Et nous l’avons lourde, la mémoire ! Je fume du thé et je reste éveillé, le cauchemar continue.

Hakim Laâlam / Le Soir d’Algérie ( Pousse avec eux)

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