S 5Retour dans mes Souvenirs

                               De Bab-El-Oued @ Miliana

Wech, Labess ? Ça baigne ?

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Wech? Labess ? Ça baigne ?...

Parfois, il suffit de bien peu pour libérer une pensée bridée, une parole, un imaginaire, un rêve. Au détour d’un arbre, ou d’une unique feuille accrochée à son arbre en plein hiver, ou de fragiles perles de rosée scintillantes, une lumière délicate dans un matin frais, certaines couleurs dont se pare le ciel, une petite brise imprégnée d’un parfum de fleurs … et on entre dans la beauté magique de ce que nous offre notre univers… Il est dit que la joie est en tout, qu’il suffit de savoir l’extraire. Ça parait simple, facile, mais nous n’y arrivons pas toujours, et passons à côté de bien belles choses sans même les voir.

Cette nuit il a plu, et le début de matinée s’annonce froid, humide, un peu brumeux augurant d’une journée longue, terne, grise. Puis…le gazouillis d’un oiseau. Je lève les yeux et vois un merle sur une branche nue ornée de mille gouttelettes de cristal. Mon cœur frileux et recroquevillé se fait soudain aérien, vole vers le merle, réceptif et ouvert. Et sans flatterie aucune, le ramage se rapportait merveilleusement bien au plumage d’un noir profond rehaussé d’un bec fin orangé. Mes pas se font velours et ma voix doux murmure : bonjour bel oiseau ! Un autre gazouillis me répond, puis le merle s’envole et se met sur une autre branche quelques mètres plus loin, je le vois. A mon approche, il disparaît cette fois-ci dans un arbre touffu, mais j’entends toujours son chant mélodieux, si agréable, et aussi celui des autres oiseaux. Le bruit des voitures s’estompe et d’émoi je souris. Merci petit oiseau pour cette offrande matinale qui, bien qu’éphémère badigeonne mon regard de belles couleurs arc-en-ciel.

L’autre jour, j’étais encore de corvée de démarche administrative. Je suis dit que j’en profiterai pour faire quelques courses. Je prends la voiture et décide de la garer dans l’immense parking du centre commercial qui n’est pas trop éloigné de l’immeuble administratif. C’était sans compter sur l’affluence en ces préparatifs des fêtes de fin d’année. Affolant ! J’ai tourné près de 20 minutes, et c’est long dans un parking encombré, avant qu’une place se libère. Je me gare et prends le chemin de cette tour administrative, un monstre chronophage qui écrase les gens par son indifférence. Un pouvoir souvent assorti d’incompétence, ou au moins de mauvaise volonté. Quelle barbe ! Il fait froid et humide en plus. J’enfonce mes mains dans les poches et trouve dans l’une des deux papillotes que j’y avais mises avant de sortir. Les papillotes sont ces bonbons enrobés de chocolat dont le fourrage est toujours différent : meringue, caramel, biscuit, chocolat, noisettes…, emballés dans un joli papier brillant de différentes couleurs, frangé aux deux bouts. L’emballage intérieur est un papier blanc comportant une citation, un proverbe… Je décide d’en manger une. Le papier crisse d’impatience. Hmm ! Le bonbon se laisse fondre lentement et libère toute sa saveur. Me voilà radoucie par ce velouté onctueux aux noisettes. Je me demande ce que me réserve ce petit bout de papier ? Je me surprends à y croire, moi qui ne suis pas superstitieuse ! La preuve ? Je suis passée plusieurs fois sous une échelle, j’ai vu des chats noirs dès le matin, j’ai entendu les cris des chouettes, et j’ai vu mes chaussures retournées face contre terre plus d’une fois ! Bon, il est vrai que pour les chaussures retournées, ça me dérange et je les remets toujours à l’endroit. On se fait parfois de ces frayeurs ! Ce texte alors ? Bon augure ? Mauvais augure ? Oh, c’est juste un « fel » comme on dit. Je déplie le papier un peu anxieuse et lis : « Tout ce que tu feras sera dérisoire, mais il est essentiel que tu le fasses » Ghandi. Ben voyons, je ne l’aurais pas loupée celle-là ! Autant rentrer tout de suite ! Une simple goutte d’eau dans un océan ! Je ne me laisse pas abattre pour autant et me redonne une seconde chance. Je déballe la deuxième papillote, la savoure comme il se doit mais je suis quand même un peu sur le qui-vive. Je lis : « Faire rire, c’est faire oublier. Quel bienfaiteur sur la terre qu’un distributeur d’oubli » et là, c’est Victor Hugo qui l’affirme. Un petit rire m’échappe. Non ! Ce n’est pas drôle du tout ! Pire, je n’oublie pas ces démarches qui me font faire des choses idiotes ! En tout cas Ghandi a vu juste! Une goutte d’eau ça peut être redoutable ! Un matin, des techniciens livreurs sont venus me remplacer le lave-vaisselle. Ils ont fait un essai pour voir si ça marchait, puis sont partis. Deux, trois heures plus tard, le voisin du dessous rapplique et nous signale une fuite dans sa cuisine. Une fuite ??!! On présente nos excuses, on revisse correctement le tuyau qui était juste un peu humide, rien de sérieux. Tout est rentré dans l’ordre, pensions-nous. Le lendemain, je reçois un mail très formel à la limite de l’hostilité nous sommant de contacter sous 48 heures notre assurance habitation au risque d’en référer au contentieux si nous ne respections pas les délais ! Waw ! Et pourquoi pas les pompiers et la police pendant que vous y êtes ! Interloquée par cette façon de faire, je descends les voir, et leur dis gentiment mon étonnement. Ils auraient pu nous le dire de vive voix après tant d’années de bon et heureux voisinage ! Mais les affaires étant les affaires, le voisin trouvait la chose tout à fait normale. Une minuscule trace humide à peine visible marquait un des murs de leur cuisine. Ils m’ont même affirmé lui et son épouse que l’état de la chambre, qu’ils ne m’ont pas montrée, était bien pire que la cuisine ! Ah, quand mêêême ! Quelques gouttes d’eau et autant de dégâts ! Je n’en revenais pas ! Le résultat de ces petites gouttes d’eau ? Leur cuisine a été entièrement refaite par l’entreprise mandatée par notre assurance habitation ! La chambre n’a pas été refaite. Les experts n’ont pas du avaler la chose. Ah, si toutes les gouttes d’eau pouvaient se réunir… Mais ça viendra, sans l’ombre d’une goutte …Très juste mon cher Mahatma, dérisoire mais utile. Pour Victor Hugo, je demande à voir quand même, surtout en ce moment !

Entretemps, j’arrive devant l’immeuble, y entre et me perds dans un dédale indescriptible de couloirs, de halls, encore de couloirs. Mais où est cet ascenseur C ? Je rencontre le A, B, D, E, F, G, et même le H au loin, mais point de C. C’est une blague ? Je reviens au hall principal immense, résonnant des rires bruyants d’un groupe de femmes attablées à la terrasse d’une brasserie. Une autre femme au pas décidé marche dans ma direction. Elle doit sûrement travailler là. L’ascenseur C ? C’est complètement à l’opposé, on ne le voit pas, il faut traverser ce grand hall, passer les portes vitrées, contourner une deuxième brasserie et vous verrez le plot avec la lettre C. Pas très logique cette distribution qui reflète exactement le schéma tortueux de l’administration ! Je prends enfin l’ascenseur C, monte au deuxième pour me retrouver dans un petit hall et devant une porte close. Je suis en avance. Ils sont partis déjeuner ? Pas de chaise pour s’asseoir. Tant pis, je sonne. L’interphone me répond : -ouiiii ? -Bonjour, je…-Vous avez rendez-vous ? -Oui. -C’est quel nom ? Je donne mon nom. -D’accord, je vous ouvre. J’entre dans une salle d’attente remplie de chaises vides. La dame referme la porte à clé et me dit :-ça tombe bien, je suis libre, et m’invite à la suivre dans son bureau. On passe près d’une demi-heure à échanger. Elle est énergique, à l’écoute et bonheur, connait bien son métier, anticipe mes questions, y répond, explique quand je ne comprends pas. Rien à dire. Un soulagement mêlé d’étonnement d’avoir réglé bien temporairement ce dossier avec lequel ils me soulent à chaque fois. Elle m’accompagne à la porte, je la remercie. Elle me souhaite de bonnes fêtes de fin d’année, je lui donne la réplique et sors. Elle rajoute : -je ferme derrière vous parce que je ne veux pas recevoir des personnes sans rendez-vous ! -Pourquoi elles sont agressives ? -Oui, ça arrive, mais je comprends qu’elles soient excédées ! C’est là la toute puissance du service public, prévoir une salle d’attente… qui reste vide et ne recevoir que sur rendez-vous ! Cela faisait trois mois que j’attendais ce rendez-vous qu’il a fallu revendiquer haut et fort comme un droit à la personne qui me renvoyait sans cesse sur le site internet pour toutes les questions types que l’on pouvait se poser ! Une toute puissance qui s’exerce du plus haut au plus bas de la chaîne, le maillon le plus faible étant l’usager bien sûr. Une autre fois, c’était avec un autre organisme qui me réclamait des documents en rapport toujours avec ce satané dossier, tout un échange via l’interphone pour leur remettre le document en mains propres, mais que j’ai du finalement déposer dans leur boite à l’extérieur, et qu’ils ont perdu de surcroit, m’obligeant à le leur renvoyer via la poste en recommandé avec accusé de réception !! Un monde qui marche sur la tête et de plus en plus déshumanisé ! Heureux qu’il y en ait encore quelques-uns qui contournent ce fonctionnement absurde !

Le centre commercial prend un air de fête durant cette période, tout illuminé de partout, brillant de ses mille et une guirlandes suspendues aux plafonds, serpentant le long des murs, des portes et devantures, il y a même un vrai père Noël dans sa tenue rouge, barbe blanche, bottes noires… Bombardé de photos la journée durant, des enfants craintifs, intimidés ou heureux sur ses genoux, sous le regard des parents, attendris par leur progéniture émerveillée et toujours prompte à s’envoler dans la magie des rêves. Des enfants mais tout de même gros consommateurs de cadeaux qui sont parfois plus gros qu’eux. La liste est faite en amont et « envoyée » au père Noël. Les jouets et jeux sont très vite abandonnés, gavés, lassés, blasés que sont les enfants déjà. Les jouets sont donnés parfois aux associations caritatives, mais souvent ils sont revendus dans les brocantes ou sur les sites internet. Les boutiques de leur côté ne désemplissent pas, les chariots débordant de courses encombrent les allées pourtant larges, des montagnes de courses, de paquets cadeaux charriés par les gens tous les jours, du matin au soir, y compris les dimanches, chiffre d’affaires oblige ! Les fêtes de fin d’année monopolisent toutes les discussions et toutes les unes des journaux. La gastronomie et les cadeaux tiennent la dragée haute à l’impressionnant dispositif de sécurité déployé sur l’ensemble du territoire, des militaires armés jusqu’aux dents, prêts à tirer, des policiers, des vigiles. Les sacs sont fouillés, les détecteurs de métal passés sur les corps... Les gens ne s’en offusquent pas, c’est pour leur sécurité. Noël reste une fête familiale très attendue, et les gens sont contents même s’ils râlent toujours pour la forme. Les courses au supermarché sont finalement un véritable enfer ! Des gens partout, des chariots partout créant des bouchons, des queues interminables aux caisses…Pas très inspirée de faire les courses ce jour, mais ça n’aurait rien changé les autres jours, et il faut bien se nourrir. Des fois, j’ai vraiment l’impression qu’on vit pour manger et non le contraire.

Graffiteuse ou graffiteur ? Je ne sais trop, quand je la/le lis, ça me fait sourire et c’est beaucoup. C’est qu’elle/il « sévit » un peu partout dans le coin ces derniers temps. Les murs gagnés à sa cause se font complices, eux d’habitude silencieux et effacés. Le sens de l’esthétique et de la répartie puisqu’elle/il choisit des murs propres de couleur claire qu’elle/il embellit d’une belle écriture ocrée, un tout petit rayon de soleil dans la grisaille ambiante, et les passants sont autrement nourris. C’est léger, et très digeste. Mais que dit-elle/il ? Simplement qu’excédé-e par un monde cyniquement matérialiste, elle/il appelle, interpelle pour sortir de cet ensemble massifié de consommateurs endormis par les berceuses douteuses de la pensée libérale flattant l’égo, et érigeant l’égoïsme en valeur absolue. A tel point que toute pensée, sortant du schéma tracé devient subversive, dissidente. Des textes courts, simples, percutants, goutte d’eau rafraichissante : « Car sans oui, tu n’existes pas » ou à propos du plan d’un parc « je n’ai pas besoin de plan pour m’orienter dans la vie » et bien d’autres encore. Sacré-e graffiteur-se ! On est tellement gavés d’inepties que la parole n’arrive plus à passer ! Ça fait du bien surtout, (bien que n’ayant rien à voir avec notre graffiteur-se), quand on voit le retour récurrent de ce vieux film censé distraire en cette période de fêtes, un métrage bourré de clichés, de mépris, d’a priori, de représentations sur « l’arabe » qui y est dépeint comme fourbe, sale, voleur, violeur, cupide et j’en passe. Un concentré de « conneries », une caricature qui fait honte aux programmateurs de ce qu’ils ont appelé Ali Baba et les quarante voleurs qui n’en porte que le titre, le scénario n’ayant évidemment rien à voir avec le conte originel. Mais il y a aussi et fort heureusement des comédies musicales où le fantastique et l’imaginaire ont gardé toute leur magie, et qui, elles, font vraiment rêver les enfants, telle Mary Poppins et bien d’autres qui gardent toute leur fraicheur au fil des ans.

A propos de films, hier, j’étais toute contente d’aller voir un film qui raconte l’Algérie, « Les bienheureux » de Samia Djami, dans un cinéma Art et Essai, un cinéma alternatif indépendant, loin de la grosse industrie cinématographique. Ces cinémas indépendants ont failli se faire broyer par les géants aux tenailles de fer, mais la mobilisation pour leur sauvegarde a été si grande, en fait beaucoup de gouttes d’eau réunies, qu’elles ont provoqué un ras de marée qui a noyé le géant et ses velléités d’expansion et d’écrasement. Ces cinémas indépendants, en général des petites salles disséminées ici et là, se sont regroupées en association pour mieux résister, et se battent bec et ongles avec l’aide des usagers, de plus les places sont moins onéreuses pour des films de qualité qu’on ne verra jamais ou très rarement chez les géants. La vedette du film donc c’est Alger la blanche quelques années après sa sortie de la tourmente de la décennie noire, sonnée, hébétée, labourée de profonds sillons amers, douloureux, pesant lourd sur les mémoires, les cœurs, les corps. Il y a un avant et un après. Telles les deux rives d’un oued en crue tumultueux, en colère, furieux dont les gués pour rejoindre une rive ou l’autre, sont noyés. Sur l’une des rives, les plus âgés, ceux qui ont vécu l’avant et qui essaient d’oublier, de vivre, survivre, de faire avec ou de faire semblant, et ceux qui ne l’ont jamais digéré. Sur l’autre rive, ceux qui sont arrivés après ou cette jeunesse si attachante, passionnée, fougueuse, frondeuse, parfois euphorique, bruyante, et furieusement vivante qui veut exister, s’affirmer, être reconnue pour ce qu’elle est. Les personnages du film se déploient dans une nuit longue, interminable, agitée et pleine d’incompréhension, de doutes, de questionnements, de déconvenues, de désillusions, de souffrance, de culpabilité, mais aussi tellement pleine d’amour, de tendresse, de vie et enfin d’espoir qui se profile dans cette aube qui pointe à l’horizon. Le générique de fin se fait redondant avec El Anka dans « El Hmam » qui est brutalement interrompu par un morceau heavy metal. Les personnages complexes essaient de maintenir un équilibre précaire, une sorte de statu quo tenu par ces liens familiaux si proches mais si distendus en même temps. Je ris de tendresse, je ravale mes larmes de tristesse, et sors de la salle un peu déprimée, la joie perdue dans les dédales des rues d’Alger. Pourtant je sais la jeunesse Algérienne capable de reprendre le flambeau de ses ainés. Je sais que l’Algérie se relèvera de ce traumatisme et de l’immense injustice qui lui est faite en raison de sa vitalité, de sa créativité, et de sa formidable et extraordinaire capacité de résilience qui fait qu’elle est toujours là, digne, fière, et debout. Ce sont, il ne faut pas l’oublier, surtout ses jeunes qui ont payé le plus lourd tribut fait de larmes, de cendre et de sang pour que vive une Algérie indépendante. Et l’attache à l’Algérie, leur point d’ancrage à l’Algérie, et quoi qu’on en dise, sont forts, aussi forts que ce qu’exprime Etel Adnan, peintre, poète écrivaine libanaise qui s’est arrimée à une montagne dans un pays autre que le sien. C’était devenu sa montagne, son pays. Pour Etel Adnan, c’est la montagne qui incarne le mieux l’expression pyramidale de notre identité. Elle change à chaque heure du jour, et cependant demeure là et la même. Elle dit que notre moi est constitué par la série des devenirs de la montagne, que notre paix réside dans son obstination à être ». Rien à voir mais quand même un peu, je pense qu’Etel a sûrement puisé l’inspiration quand elle a exploré l’art japonais. Et quand on explore l’art japonais, on ne peut que rencontrer l’artiste brillantissime Hokusaï et ses 36 vues du Mont Fuji, montagne sacrée dont il a su, avec beaucoup de génie, capter la dynamique. Le Mont Fuji dans toutes ses variations et changements et sous de multiples points de vue allant de ses atmosphères diverses, à ses lumières changeantes, aux cadrages différents, en passant par des paysages et des hommes dans leurs activités matérielle et spirituelle. Et là, petit clin d’œil à ma montagne natale.

Etel Adnan me projette sur les terres de la Palestine occupée. Notre nekba à tous ! J’ai signé la pétition pour libérer Ahed Tamimi, une adolescente Palestinienne de 16 ans enlevée et emprisonnée dans les geôles israéliennes parce qu’elle s’est opposée elle, sa famille et les habitants du village à l’expropriation de leur terre au profit des colons qui ont fait également main basse sur les ressources locales y compris le puits du village. Une autre goutte d’eau pour contribuer à libérer Ahad et tous les autres enfants qui croupissent honteusement, et dans un silence complice ou un murmure inaudible teinté d’hypocrisie dans les prisons israéliennes, honteusement privés de leur liberté, de leur enfance, de leur insouciance, de leur innocence et de leur droit à vivre comme tous les autres enfants tout simplement, un peuple Palestinien honteusement abandonné à son sort tellement injuste par la communauté internationale, certains régimes féodaux arabes n’étant pas en reste, préoccupés uniquement par leurs intérêts bassement matériels, et s’engageant même dans des guerres fratricides qui disloquent encore plus le monde arabe, tout en épargnant, préservant les vrais agresseurs, les vrais oppresseurs soutenus par ces mêmes régimes. Allez, Mahmoud Derwish, viens nous élever un peu, nous imprégner de ta sublime poésie, et non, « Ne t’excuse pas », on ne t’oubliera jamais ni « L’état de siège » dont un extrait ci-dessous :

Vous, qui vous tenez sur les seuils, entrez
Et prenez avec nous le café arabe.
Vous pourriez vous sentir des humains, comme nous.
Vous, qui vous tenez sur les seuils,
Sortez de nos matins
Et nous serons rassurés d’être comme vous,
Des humains.


Retour en Algérie dont je ne suis jamais bien loin, et cette phrase qui a tourné en boucle il y a peu de temps « Tourner la page ». Mais ce n’est pas une mais plus de 48180 pages qu’il faut tourner M. Macron ! Vous imaginez un peu les crampes, les tendinites, les douleurs, les blocages, les paralysies et leurs conséquences sur tout le corps ? Et c’est vous qui allez les tourner ces pages encore brûlantes ? C’est vous qui dites venir en ami qui apostrophez, agacé, ce jeune qui vous parlait de la colonisation ? : « -Vous avez quel âge ? Mais vous n’avez jamais connu la colonisation, qu’est-ce que vous venez m’embrouiller avec ça ? » N’est-ce pas vous M. Macron qui disiez quand vous étiez en campagne électorale : « C'est un crime (la colonisation). C'est un crime contre l'humanité. C'est une vraie barbarie et ça fait partie de ce passé que nous devons regarder en face en présentant aussi nos excuses à l'égard de celles et ceux vers lesquels nous avons commis ces gestes. En même temps, il ne faut pas balayer tout ce passé, et je ne regrette pas cela parce qu'il y a une jolie formule qui vaut pour l'Algérie: La France a installé les droits de l'homme en Algérie, simplement elle a oublié de les lire. ». Et n’est-ce pas vous qui avez fait un discours à l’occasion de la commémoration de la rafle du Vel d’Hiv pour honorer la mémoire des juifs déportés par la France dans ces camps de concentration nazis exterminateurs ? Un devoir de mémoire dites-vous. Pour ne pas oublier justement, pour raviver constamment cette mémoire. Mais, y a-t-il des mémoires autrement plus importantes que d’autres, ou êtes-vous vous-même frappé d’amnésie ? Vous demandiez à ce jeune de regarder vers l’avenir, d’effacer d’un trait un siècle et demi de colonisation, ce qui signifie effacer non seulement sa mémoire, mais aussi la mémoire de son père, son grand-père, son arrière grand-père, de son peuple entier, ceci parce qu’il a seulement 26 ans ? Et vous M. Macron, quel âge aviez-vous lorsque les rafles du Vel d’Hiv avaient eu lieu ? Voici un tout petit extrait de votre discours prononcé à la mémoire des déportés de la rafle du Vel d’Hiv « Les témoins et les survivants parlent, les archives s’ouvrent, les historiens travaillent. La société mûrit ses drames et ses deuils. Alors la vérité se fait jour, et elle est implacable, irrévocable. Elle s’impose à tous. La cacher ou l’amoindrir insulte notre mémoire collective. ». Je vous propose M. Macron de transposer ce petit extrait aux 132 ans de colonisation endurés, subis par l’Algérie, par les Algériens, de le dire devant ce jeune que vous avez apostrophé avec autant de mépris.

Toujours pour ce devoir de mémoire et plus que jamais, une gerbe de fleurs a été déposée rue de Thèbes au cœur de la Casbah comme suite et réaction à la visite du président Macron de certains endroits hautement symboliques de la révolution Algérienne, le Milk Bar, la rue Ben Mhidi, par un groupe d’Algériens dont des intellectuels, quelques jeunes rejoints par d’autres jeunes du quartier, et des enfants dont un qui a déposé cette gerbe, symbole fort s’il en est, à l’endroit où l’attentat terroriste, qui a soufflé quatre immeubles faisant 73 morts et des dizaines de blessés, a été lâchement perpétré contre des civils Algériens innocents en pleine nuit, alors qu’ils dormaient. Allah yerham echouhada. Une autre goutte d’eau qu’on aurait aimé fontaine.

Allez, je termine ce long texte très désordonné et indiscipliné à l’image des pensées qui vont, qui viennent par un hommage au maître du Chaâbi El Anka Allah yerhmou qui nous a quittés le 28 novembre 1978. Un hommage appuyé à mon père Allah yerhmou we ywassa3 3lih, qui m’a initiée au chaâbi, et appris à l’écouter, à l’aimer. Et dans la foulée, je prends une papillote, éclats de biscuit, truffe fantaisie et chocolat noir. Elle est bonne mais je préfère quand même celle aux noisettes. Super bonus ! Deux citations dans un seul bonbon dont une un peu rognée mais qu’on peut lire ! Un proverbe brésilien : « Le bonheur n’est pas une destination, mais une manière de voyager » Hem, pas maal ! Voyons ce que dit la seconde : « On a deux vies. La deuxième commence le jour où on réalise qu’on en a juste une. » Et c’est Confucius qui le dit. Et ptête bien qu’il a raison… Bonne année 2018 à tous les lecteurs de ce texte si vous êtes arrivés jusqu’au bout, je nous souhaite à tous beaucoup, beaucoup de gouttes d’eau un peu partout nchallah !

Par Meskellil

Commentaires (10)

Meskellil
  • 1. Meskellil | 02/01/2018
Bonsoir Mohamed, c’est un grand plaisir !

Oh que oui, il y a beaucoup de choses similaires, l’administration et sa toute puissance par exemple ! Et c’est vrai, la rage reste vivace et douloureuse devant tellement d’injustice. Emprisonner des enfants, des adolescents qui défendent leur petit bout de terre, quel avilissement pour Israël et ses partisans. Une colonisation sauvage cautionnée, encouragée, et soutenue. Les États-Unis de leur côté essaient de criminaliser BDS parce que le mouvement prend de l’ampleur et l’adhésion est massive à travers le monde, un mouvement citoyen international, qui constituera cette lame de fond ou des milliards de gouttes d’eau qui mettront fin à cette affligeante aberration, une tragédie qui a assez duré ! Les colonisations se ressemblent toutes, et l’Algérie a aussi connu ça avec ses enfants, le Ptit Omar, comme beaucoup d'autres enfants et adolescents, en est l’exemple emblématique !

Merci Mohamed pour votre passage qui me fait très plaisir, et peut-être à une lecture aux lettres tracées par votre belle plume ? Entre nous, j’ai bien ri, alors que le sujet était on ne peut plus sérieux, de la description que vous avez faite de Trump sur la page de Mohamed Midjou. Elle correspond exactement à ce sinistre et cynique personnage! Allez, bonne année 2018 et meilleurs vœux.
Benabdellah Mohammed
  • 2. Benabdellah Mohammed (site web) | 02/01/2018
ESSALEM à toutes et à tous.C'est toujours avec plaisir qu'on vous lis.Il n'y a rien à dire un vrai cocktail , une petite ballade à travers les dédales de la cité où vous habitez nous a permis de nous frotter un tant soit peu à la vie outre-mer qui n'est pas si différente de la notre à part quelques détails.Je rage quand je me rappelle le sort réservé à la jeune palestinienne par cette horde de sanguinaires qui bombent le torse devant un enfant désarmé et qui semble les narguer.Déjà, quand elle était pas plus haute que trois pommes elle les combattait à mains nus et les ridiculisait devant les caméras.Le pire à venir ce sont les chefs d'inculpation ( plus de sept) qui lui sont reprochés ce qui inévitablement, la conduiront à une plus ou moins lourde peine pour son age.Qui se souciera de son avenir ?de son devenir ? de sa jeunesse ?Prions Allah pour que le verdict sera clément envers cette héroine qui a marqué les esprits par son engagement et sa témérité pour sa terre qui la vu naitre .Merci Meskellil pour ce flash. Bonne et heureuse année et par la meme nous félicitons dame Noria pour les dix ans de la naissance du site 'algermiliana' qui a rassemblé plus qu'il n'a divisé.Bonne soirée.
Meskellil
  • 3. Meskellil | 02/01/2018
Merci Kéryma, on m’a toujours dit que les parallèles ne se rencontraient jamais. Je n’y ai jamais cru,et ça m’a valu de bien mauvaises notes. Têtue, j’ai toujours pensé qu’elles se rencontreraient parce qu’elles guidées par l’humain, et l’humain n’est pas juste un trait que l’on trace et qu’on efface, il est complexe et passe par des paysages très variés du plus clair au plus obscur et inversement et toute cette variété de belles couleurs et nuances. Donc, oui je fus une bonne brodeuse dans le temps et j’ai réalisé de très belles choses, tout comme toi, je n’en doute aucunement, que ce soit sur la broderie ou sur d’autres registres. Chacun d’entre nous recèle en lui une richesse extraordinaire dont il ne soupçonne peut-être même pas l’existence. J’ai obstinément toujours cru en ça aussi.

Bonne année à toi aussi et meilleurs vœux de bonheur, de paix et de prospérité.
Meskellil
  • 4. Meskellil | 02/01/2018
Alors comme ça Djamel ? Les mots t’ont pris par le collet et t’ont trainé tout le long du texte dans ces halls et couloirs, dans les magasins et supermarchés, t’ont même fait asseoir sur les genoux du père Noël!, t’ont trainé au Liban, en Palestine, pour revenir en Algérie et j’en passe. Tu dois avoir les genoux complètement écorchés mon cher ami, lol ! Ils ont osé te faire ça à toi ? Pourtant je leur ai appris à bien se tenir, et ils n’en ont fait qu’à leur tête! Je m’en vais de ce pas leur dire deux mots !

Djamel, je t’attends en effet au tournant où j’ai installé des barricades pour que tu ne puisses pas t’échapper, mais je saurai patienter ! Et cette goutte qui semble avoir été bien anxiogène ? Elle est tombée ou pas, on reste suspendus là ! lol !

Merci Djamel d’être passé, c’est toujours un plaisir renouvelé. Le meilleur pour cette année 2018 et une foultitude de beaux projets créatifs !
keryma
  • 5. keryma | 01/01/2018
Bonsoir, Meskellil

Je ne sais si tu es l'une de ces femmes qui savent broder, et faire la dentelle, ce n'est pas facile car il faut avoir le doigté pour sublimer ce qui est entre tes mains, eh bien cet écrit est pareil à une tapisserie finie et inestimable, un chemin de table incomparable, une robe blanche toute en dentelle posée sur un tapis de fleurs! La minutie de la composition des mots.. Des phrases, l'oeuvre d'une artiste, je ne continue pas plus, Mr Daoudi et les autres amis ont déjà tout dit ..
Bravo, Ma chère Meskellil tu embaumes le site de Noria de rihet meskellil!
Je t'embrasse et je te dis carry on, and happy new year my dear!
Kéryma,
DTouat
  • 6. DTouat | 01/01/2018
Labess Mesk
agrippé par le collet par la force de tes mots,j'ai été heureux de suivre tes pas dans toutes ses stuations dépeintes avec brio.je sais Mesk ,tu m'attends sur un autre front. le miliani2keur est pour quelque chose, jme retrouvais ces dernière semaines sur les terrasses d'Alger entrain de guetter la moindre goutte qui pourrait venir du ciel. mon hibernation est compromise,moi qui préparai quelque chose pour Algermiliana.mes meilleurs voeux de bonheur et de prospérité a toi età tous les internautes d'algermiliana.
Meskellil
  • 7. Meskellil | 31/12/2017
Bonjour à tous,

Quand l’expression artistique se libère et libère… Les graffiteurs sont nos sentinelles clandestines, un peu nos consciences, ceux qui veillent sur nous, nous alertent. Ils sont un miroir qui reflète la société, le monde dans lequel nous vivons, dénonçant ses dérives, ses travers, ses injustices… mais célébrant aussi la vie, la beauté, le rêve… Des artistes à part entière très talentueux pour certains d’entre eux et dont les œuvres complexes magnifiques, hautement esthétiques tant dans les graphismes que dans les choix des couleurs remplissent de joie et de bien-être, surtout sachant qu’ils le font pour le plaisir du partage avec ceux qui s'y arrêtent mais aussi pour transmettre un message. Des griots, des passeurs des temps modernes en quelque sorte. Ainsi, les murs ne cessent de nous parler et abordent les registres d’expression variés, riches, instructifs. On devrait les écouter plus souvent. L’ artiste aborigène d’Australie Romaine Moreton s’adressant à son peuple lui dit « Je ferai pleuvoir sur vous des paroles familières / Et vous regarderai reprendre vos esprits sous leurs gouttes… ». Ainsi font nos précieux graffiteurs à travers les murs. Encore une histoire de gouttes. Merci Miliani2Keur pour ton regard aiguisé et très juste, les graffitis sont en effet d'inestimables joyaux.
Miliani2Keur
  • 8. Miliani2Keur | 30/12/2017
Grogy, K.O.!

Les gouttes font bien les oceans ... mais la!

je tenais a une reaction a vif pour et contre moi, contre l´amnesie du liberalisme Kafkaiennement depece, mis a plat, (contre) notre consommation assassine, complice, de son Israel, du ptit boy macron pour carton d´emballage-lessive et tout y est l´Algerie oubliee, nostalgiee, revee, criee l´incision d´un tageur perfide et joyeux (surtout joyeux joyau) comme la fuite d´eau ... et dont l´assurance tout-risque cosmique replatrera bien nos vies et nos envies un jour ou l´autre (si si, tout les potes de Ghandi, Confucius, Shakyamuni, et Mohamed le disent...) par ta rage et ta vitalite Meskellil, qui decidement vaut au double une Meskellil tu l´a eue... et puis M... aux accents, virgules auquels j´allais passer le texte et l´UHTeiser...
Meskellil
  • 9. Meskellil | 29/12/2017
Bonjour Abdelkader, c’est un grand plaisir !

Bonjour à tous,

Et voilà qu’au détour d’une page, une discrète, gracieuse et délicate plume pleine de poésie, de couleurs et de senteurs se découvre à nous ! Et quel bonheur de la lire ! Je fais le vœu que cette belle écriture se déploie plus souvent pour notre immense joie et plaisir à tous! Merci beaucoup Abdelkader pour tes gentils mots qui me touchent profondément ! Pour rester dans le ton, je dirais que ton texte est une goutte d'eau très rafraîchissante. Très belle année 2018 !
Abdelkader Daoudi
  • 10. Abdelkader Daoudi | 28/12/2017
Bonjour Meskellil,

Merci infiniment pour cette très belle mosaïque littéraire qui embaume l’esprit et le cœur de ce délicat parfum unique à Meskellil.

La fraîcheur et la mélodie de ton verbe enivrent les sens et cajolent les esprits. Continue de mettre la grande éloquence de ta plume au service des opprimés et dépossédés, continue de transporter le lecteur vers des rivages inconnus, continue de nous émerveiller comme tu sais si bien le faire. Que ta plume coule à flot constant durant l’an 2018 et les années qui suivront à travers ce merveilleux site qui nous sert de port d’attache. Je te souhaite ainsi qu’aux habitué(e)s de ce site un paquet de bonnes et belles choses pour l’an 2018 tout en faisant appel aux autres belles plumes de revenir afin d’enrichir cet espace qui nous a réuni.

Je profite de cette occasion pour souhaiter davantage de succès et une longue vie à ce merveilleux site qui fêtera ses 10 ans en 2018 et qui, selon son compteur, a dépassé 1 million de visiteurs. Adressons tous ensemble un Grand Bravo à notre sœur Noria pour cet énorme succès.

Cordialement,

Abdelkader

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