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                               De Bab-El-Oued @ Miliana

Sans les citoyens de confession musulmane, la ...

Sans les citoyens de confession musulmane, la France ne serait plus la France

8773624 13871918  Un an après les premiers attentats qui ont bouleversé la société française, que faut-il retenir de ces funestes événements et de leurs conséquences ? Quels messages promouvoir et que préconiser pour construire une société meilleure ? Le point sur Saphirnews avec Mustapha Cherif, philosophe et islamologue, professeur des universités, lauréat du prix Unesco du dialogue des cultures, auteur de quinze ouvrages, dont « Sortir des extrêmes », (Point sur les i, 2015), et « L’Émir Abdelkader apôtre de la fraternité » (Odile Jacob, 2016).

 La société française, dans toutes ses composantes, a prouvé que la culture, la sagesse et la fraternité l’emportent sur le délire irrationnel de la haine et de l’exclusion. Choquée, elle a pourtant pris de la hauteur de vue, consciente des enjeux. Elle a refusé de tomber dans le piège de la division que lui tendaient les extrémistes de tous bords. C’est une victoire morale, malgré la crise multiforme et la montée du populisme. Le vivre-ensemble et la cohésion nationale sont préservés.


Reste que l’islam reste méconnu et les citoyens de confession musulmane sont soumis à une épreuve très difficile. Ils sont confrontés aux postures antimusulmanes et à la banalisation des préjugés et de l’hostilité à leur égard. Une explosion des actes islamophobes a été enregistrée en 2015.

Pris entre deux feux, les citoyens de confession musulmane démontrent leur niveau de conscience, leur mobilisation, leur engagement, leur attachement aux valeurs de la République, leur dénonciation claire et sans réserve de l’extrémisme fondamentaliste, leur rejet absolu de la monstruosité terroriste et de la xénophobie.

Dignes, ils participent au « Nous national » et sont loyaux à leur pays, la France. En retour, Ils sont en droit d’attendre égalité des droits, protection et compréhension dans le cadre de la laïcité, ce bien commun.
 

L’imposture du « jihadisme

Le « jihadisme », terme venimeux, qui n’existe pas dans le Coran, n’est pas une religion, mais il est une imposture produite par les échecs et les manœuvres politiciennes de grandes puissances et une idéologie extrémiste.

Des polémistes, en termes de fonds de commerce, confondent sciemment entre islam et phénomènes rétrogrades. Ils publient des opinions dignes des années 1930. Et tiennent des propos fondés sur la manipulation des peurs, jadis propagande de fascistes. Par l’amalgame, le musulman, comme le juif hier, est présenté comme une menace. Tout cela signe l’ignorance, la désinformation et la provocation.

Cela dope l’extrémisme, la dérive fanatique de sectaires criminels, manipulés, qui usurpent le nom de l’islam, cependant il s’agit non pas de religion mais de pratiques mafieuses. La lutte contre le phénomène transfrontalier, totalitaire et nihiliste de l’extrémisme violent doit être réfléchie, implacable, globale et permanente. L’État de droit peut y faire face.

Rien ne peut justifier la violence aveugle, mais il n’y a pas de paix sans justice. Le géopolitique influe. Depuis la guerre d’Afghanistan en 1989, qui a produit des mercenaires fanatisés, l’espoir déçu après les accords d’Oslo en 1993 de la question palestinienne, l’invasion de l’Irak en 2003 et la déstabilisation de pays arabes depuis 2011 ont des conséquences désastreuses.

C’est un autre projet politique pour le monde qui attend d’être pensé. Tout le monde pressent que la religion est innocente, utilisée comme un masque par les extrémistes. L’invention d’un nouvel ennemi, depuis la chute du mur de Berlin et les ruses pour faire diversion à l’ambition d’hégémonie érigent des murs.
 

Chacun doit apporter sa part de lucidité

Mon message pour 2016 se veut un appel au discernement, au dialogue et à la paix des cœurs, pour un vivre ensemble dans la démocratie. Aucune religion ni communauté ne peut se dérober à la critique, mais tout amalgame entre islam et terrorisme est injuste.

Une question fondamentale doit être posée : à qui profitent les crimes terroristes ? La réponse est claire : ils profitent aux ennemis de l’islam, des musulmans et du vivre-ensemble. Chacun doit apporter sa part de lucidité pour sortir des amalgames et des lectures biaisées.

Au niveau de la responsabilité des élites musulmanes, il ne s’agit pas de répondre à des injonctions cyniques qui culpabilisent les musulmans en leur demandant sans cesse de condamner des actes barbares commis par des délinquants marginaux devenus criminels, mais il s’agit de délégitimer les références religieuses des violences fondamentalistes et de parler haut et fort pour expliquer que le fanatisme et les pulsions destructrices sont injustifiables.
 

La responsabilité de tous, croyants et non-croyants, est engagée

Sur le fond, à mille lieues des polémiques et de la violence qui font diversion, il faut accepter le débat avec les croyants, qui reposent la question de la justice, du sens de l’existence et de la pratique collective de la foi, sans porter atteinte à la laïcité. La sécularisation ne signifie pas la sortie de la croyance religieuse, mais on constate que les religions et l’altérité sont à peine tolérées.

Reste que le fanatisme des inauthentiques croyants alimente les préjugés. La responsabilité de tous, croyants et non-croyants, est engagée pour vivre ensemble de manière raisonnable. La laïcité est une valeur universelle, elle n’est pas étrangère à l’islam. Dès le temps du Prophète, la sécularité était assumée. L’islam n’est ni dogmatique, ni totalitaire ni théocratique. Il est la religion la plus apte à la laïcité.
 
Régler les causes multiples des malheurs de notre temps
Pour bâtir une société meilleure, il faut mettre fin aux discriminations internes et aux ingérences externes, marquées par la politique funeste des deux poids et deux mesures.

Appliquer les principes de Liberté, Égalité et Fraternité, pour faire reculer les deux maux : la radicalisation et la xénophobie qui s’alimentent. Assurer la justice, l’interconnaissance et la laïcité. Dialoguer, donner à penser, éduquer au respect du droit à la différence, afin de recréer du lien et régler les causes multiples des malheurs de notre temps.

Et en culture religieuse, il y a lieu de favoriser l’interconnaissance, de se réformer, liquider les lectures arbitraires des textes fondateurs et forger un citoyen éclairé, du juste milieu. Les élites musulmanes doivent œuvrer pour un islam républicain, sans se nier.

Sans les citoyens de confession musulmane, la France ne serait plus la France à l’avant-garde de la modernité, de la fraternité humaine et de la démocratie.

Par Mustapha CHERIF

Commentaires (5)

Meskellil
  • 1. Meskellil | 16/01/2016
Cette parabole que j’ai souhaité partager est dans le prolongement direct de l’exposé de Mustapha Chérif. Une illustration du propos dans sa manifestation la plus extrême, surréaliste. Elle reste de ce fait délimitée par le strict contexte du contenu du texte de Mustapha Chérif. Je souhaitais le préciser pour éviter tout malentendu.

Bonne soirée à tous
bradai
  • 2. bradai | 16/01/2016
Écoute ce ci ce qu’on raconte
--Dis moi mon ami je ne te dis pas bezef, mais dis moi tout ça en bref
-- Ne t’emballe pas ne soit pas impulsif
-- c’est une histoire de taille et de couleur qu'on raconte
-- Tu veux dire, celles qui a bouleversé des tètes
--’on dit aussi çà devient phénomène et passionnant
--Alors je vois que toi aussi tu places un mot avant l’autre et tu laisses l’essentiel .
-- je crois encore Que tu as raison apres tout
--J’ai pas dit ça cher ami, c’est toi qui le dit Dieu m’en est témoin
--Alors qu’elle est ta vraie raison d’avoir à remuer la religion avec soin
--J’ai tout oublié qu’il na pas plu et que tout nos tetes se ressemblent. chez certains
Meskellil
  • 3. Meskellil | 16/01/2016
Le Théâtre de l'Absurde

Moi, je marche en file indienne

A. Celestini (traduit de l'italien par O. Favier)

Il était une fois un petit pays.

Dans le petit pays il y avait un petit gouvernement. Il y avait aussi une petite école. Mais le petit gouvernement et le petit pays pensèrent qu’il y avait trop d’enseignants dans la petite école et ils dirent éliminons les enseignants qui enseignent des matières qui ne sont pas indispensables parce que trop de matières vont mettre la confusion dans l’esprit des enfants et les enfants sont stupides.

Puis ils dirent supprimons par exemple les enseignants de langues étrangères, de toute façon le petit pays est tellement beau que personne ne va à l’étranger, et ils licencièrent les enseignants de langues étrangères. Puis ils licencièrent aussi les enseignants en littérature parce que de toute façon la littérature objectivement c’est chiant, les gens lisent pour s’endormir le soir, alors renvoyons aussi chez eux les enseignants en littérature. Ensuite ils licencièrent aussi ceux qui enseignaient les mathématiques, la géométrie, la géographie etc. etc. et à la fin, il ne resta plus que les enseignants qui enseignaient l’enseignement vraiment indispensable au petit pays, autrement dit la file indienne.

Et ainsi le premier jour d’école la maîtresse dit: les enfants mettez-vous en file indienne, et naturellement les enfants se mirent en cercle, parce que les enfants sont stupides. Mais la maîtresse dit : Les enfants, vous savez que le cercle est interdit, qu’il est interdit comme le blasphème […], que les blasphèmes rendent athées, […] mais que le cercle entraîne l’égalité. Et vous savez que l’égalité est interdite, et que de toute façon c’est un préjugé parce que nous ne sommes pas tous égaux. Donc dit la petite maîtresse, mettez-vous en file indienne par ordre de taille.

Alors la grande fillette blonde se mit en premier, en deuxième il y avait la petite gitane. Et la petite gitane dit : La fillette blonde est la première juste parce qu’elle a des chaussures à talons, si elle n’en avait pas, ce serait moi la plus grande. C’est vrai répondit la maîtresse, mais si c’était toi que je mettais en premier, comme ça à première vue, on pourrait penser que tu es plus petite que la deuxième, parce que, si ça se trouve, personne ne se rendrait compte qu’elle a mis des talons. Mais si je la mettais elle en premier, et que la grande fillette venait demain sans les talons, alors on verrait bien qu’elle est plus petite que toi, donc, dit l’enseignante, en file indienne, vous voyez bien que l’ordre de taille n’est pas un bon critère. Les enfants, dit la maîtresse, rangez-vous par couleurs de cheveux.

Alors la grande fillette blonde se mit en premier, mais il y avait aussi une autre fillette blonde, et pour finir il y avait un Roumain, qui était blond lui aussi. Eh bien, dit la maîtresse, ils ne peuvent pas se mettre en rang par trois, sinon ce n’est plus une file indienne. La maîtresse dit : alors vous voyez les enfants que la couleur de cheveux n’est pas un bon critère pour la file indienne. Là, ces trois enfants, du point de vue de la couleur de cheveux, deviendraient tout à fait égaux. Mais comment peuvent-ils être égaux, si l’une est grande et belle, que l’autre est petite et moche, que c’est un vrai thon, et que pour finir le troisième est roumain, carrément d’une autre race. Donc, la couleur de cheveux n’est pas un bon critère pour la file indienne.

Les enfants, dit la maîtresse, rangez-vous par ordre de différence. La grande fillette blonde se mit en premier, parce qu’elle était objectivement la plus égale de toutes, en deuxième il y avait la petite fillette blonde, en troisième la petite Gitane, et en dernier il y avait le noir, qui étant noir et africain était évidemment le plus différent aux yeux de tout le monde. En avant-dernier il y avait le garçon petit et gros avec des lunettes, qui dit :

Maîtresse, je suis presque au bout de la file, mais je devrais être devant la petite Gitane, parce que la petite Gitane est étrangère alors que moi je suis du petit pays. Moi aussi, je suis du petit pays, dit la petite Gitane. Oui, d’accord, dirent-ils tous ensemble, mais toi tu vis dans une roulotte tandis que nous, nous vivons dans des maisons, tu devrais être au bout de la file puisque tu es la plus différente de tous. Mais ils la mirent en avant-dernière position, parce qu’objectivement le noir était le plus différent de tous.

Maintenant la file était composée de la manière suivante : en premier la grande fillette blonde, ensuite la petite fillette blonde, puis le gros garçon avec les lunettes, puis il y avait la Roumaine, la Chinetoque, puis la Gitane, et tout au bout il y avait le noir.

Maîtresse, dit la Gitane, mais ce noir, il est noir et si je m’accouple avec lui, nos enfants seront certainement plus sombres que moi, à moins qu’ils ne soient pleins de taches comme les vaches. C’est vrai dit la maîtresse, éliminons la différence avant qu’elle ne mette en crise notre race. Aussi ils prirent le noir et le jetèrent par la fenêtre et ils se remirent en rang. La petite Gitane était devenue la dernière.

La Chinoise qui était l’avant-dernière dit : Maîtresse, les Gitans sont des voleurs, et même ceux qui ne volent pas sont différents de nous, parce que nous, nous sommes connus pour travailler plus que les autres. C’est vrai, dit la maîtresse, éliminons la différence avant qu’elle ne compromette l’économie, et nous rende tous plus pauvres. Aussi prirent-ils la petite Gitane et ils la jetèrent par la fenêtre.

Maintenant la dernière de la file c’était la Chinetoque. L’avant-dernier qui était le Roumain dit : Moi aussi je suis étranger, comme la Chinoise. Pourtant nous les Roumains, dans notre pays nous ne sommes pas beaucoup tandis que les Chinois en Chine, ils sont plus d’un milliard, s’ils venaient tous ici dans le petit pays, ils deviendraient la majorité. C’est vrai dit la maîtresse, éliminons la différence avant qu’elle ne devienne plus égale que nous. Ils prirent la Chinoise et la jetèrent par la fenêtre.

Maintenant le dernier de la file c’était le Roumain. L’avant-dernier c’était le petit gros avec des lunettes. Il dit : ce Roumain qui joue au patriote, il veut devenir un citoyen de notre pays, c’est ça ? Non, parce que s’ il veut devenir un citoyen du petit pays, lui qui est plus beau que moi, plus blond, et qui n’a pas de lunettes, il va passer devant moi !

C’est vrai, dit la maîtresse, éliminons la différence avant qu’elle ne devienne meilleure que nous. Ils prirent le Roumain et le défenestrèrent. L’avant-dernière qui était la petite fillette blonde dit : Ce garçon-là, lui à côté de moi, il n’aurait pas une maladie infectieuse par hasard ? C’est vrai dit la maîtresse, éliminons la différence avant qu’elle ne nous contamine tous. Alors elles prirent le garçon avec les lunettes et le jetèrent par la fenêtre.

Maintenant la file était composée de deux fillettes : Une grande fillette blonde et une petite fillette blonde. La grande dit : Vu qu’on n’est plus que deux, si quelqu’un entre, il ne comprendra pas où commence et où se termine la file. C’est vrai dit la maîtresse, éliminons la différence avant qu’elle ne crée des doutes. Elles prirent la petite fillette blonde et la jetèrent par la fenêtre.

Il ne restait plus que la grande fillette blonde. Maintenant que je suis seule, il n’y a plus de différence. Il y a seulement moi qui suis égale et c’est tout. C’est faux, dit la maîtresse, parce que nous sommes encore deux, et toi, tu es sans aucun doute différente de moi. La maîtresse prit la grande fille blonde et la jeta par la fenêtre.

Une sale histoire. Bien-sûr.

Pourtant on peut être optimiste et regarder l’aspect positif des choses. On peut dire que cette année là, dans le petit pays, il y eut un petit record :

Aucun enfant ne fut recalé.
abdelkader
  • 4. abdelkader | 15/01/2016
bonjour ou bonsoir à toutes et à tous,
Ya si MUSTAPHA ( je crois que vous etes le fils d el hadj ABDELKADER CHERIEF ancien imam de Miliana)si c est juste moi je connais votre père llah yarhamou car on était voisin sur la rue Mogado
Pour revenir au sujet , ce n est pas en expulsant quelques algériens (je ne sais meme pas si c est des musulmans ou pas ) que la France va rester sans musulmans.
Selon les statistiques en ALGERIE, il y a 23 millions de francophones dont 18 millions de francophiles et que l ALGERIE est considérée comme le 99 eme département français.
bien à vous.
Chantal
Tout a été dit, et bien dit, par cet excellent penseur international algérien pour qui j'ai la plus grande admiration !

Bonne journée à tous.

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