Facebook the green dressing 3 Images 4

Le patio / Sahra mahdoufa

_____________________________________________

Bonjour à toutes et à tous avec une pensée spéciale à l’ami et grand frère Ferhaoui,

Aujourd’hui, j’ai décidé de vous emmener voir le patio d’une maison mauresque quelque part à Miliana. Nous y déjeunerons chez Lala Zoulikha et je ne vous dis que ça ! Nous irons ensuite aux « Variétés » à Miliana toujours, voir une comédie musicale tendre, drôle, spontanée, simple avec à l'affiche une brochette prestigieuse d'artistes bourrés de talent, de naturel, d'aisance et d'humour aussi. Si ça vous tente, alors allons-y! Ne faisons pas attendre cette adorable Lala Zoulikha!

Dans le patio…

Peu après le départ des hommes au travail, les femmes de la maison mauresque reprennent possession de leur territoire, wast eddar. Les murs blancs ornés de frises en zellige et de plinthes aux jolis motifs fleuris bleus, verts et jaunes sont baignés de la lumière matinale. Les portes s’ouvrent, les rideaux se lèvent, le linge de maison se secoue, les va-et-vient à la fontaine deviennent incessants, les seaux, bassines, et divers récipients se remplissent, se vident, se remplissent à nouveau… On lave à grande eau, on récure, on brique, on traque la moindre poussière, on prépare la pâte à pain, le repas…. C’est l’effervescence matinale habituelle faite des sons des ustensiles qui s’entrechoquent, des voix qui se saluent, demandent des nouvelles du mari, de la famille, des enfants qu’on envoie aussitôt faire des courses au marché arabe. Les femmes s’interpellent, rient, pleurent, chantent, échangent les derniers potins, se critiquent à voix basse, s’invectivent parfois, demandent à l’une ou l’autre un peu d’huile, de café, de sel… en attendant des jours meilleurs, les temps sont durs…
les marmites en terre cuite mijotent doucement sur des braseros ardents. Elles exhaleront bientôt leurs arômes irrésistibles qui viendront sournoisement titiller les odorats, faire saliver les papilles : fritures diverses de sardines, de poissons, de foie, chorba mqatfa délicieusement agrémentée de qosbor fraîchement cueilli, couscous parfumé à la cannelle, poivrons et tomates grillés, patates au flyou, berkoukess bel bergheniss, de toutes petites pâtes rondes préparées avec cette plante odorante cueillies dans les Monts du Zaccar ! Oh ! C’en est trop pour les plus gourmandes qui finissent par craquer ! « Je peux en goûter, juste goûter ? » ! Lla Zoulikha, la voisine qui habite un appartement de deux pièces à l’étage, est celle qui cuisine le mieux. Sucré comme salé. De la sfirya à la rechta, en passant par les délicieux salamoun spécialité de confiture de coings typiquement milianaise, ou des baqlawa fines et croustillantes. Wehd el benna ! Tout n’est que délicatesse et raffinement. Hlima, la jeune mariée, a bien de la chance, elle goûtera à tous les plats pour peu qu’elle en ait envie. Elle est enceinte et une femme qui attend un bébé ne doit jamais connaître de frustration, l’enfant en porterait les stigmates. Au milieu de cette effervescence, on entend soudain un toussotement dans la sqifa. Qui cela peut-il bien être ? C’est assez inhabituel à cette heure matinale, les hommes sont tous partis au travail. Le silence se fait, on tend l’oreille… un bruit de pas qui s’arrête, puis une voix masculine grave se fait entendre « Triiiig ». Yamna, Aïcha, Zohra, Khedidja, Houria, Tamani, Zoulikha se précipitent chez elles, ferment portes et fenêtres. Le patio est à nouveau silencieux, désert… Le voisin peut l’emprunter pour rentrer chez lui. C’est Amar, le mari de Khedidja qui est revenu pour repartir aussitôt sans oublier de toussoter à nouveau.

Comédie Musicale - El Sahra El Mahdoufa

Par Meskellil

Commentaires (4)

Meskellil
  • 1. Meskellil | 07/07/2018
Cher Maître, ami et grand frère Ferhaoui,

Je vous remercie beaucoup de votre enthousiasme et de votre fidélité qui me touchent profondément. Vous êtes adorable et si délicat! Je suis heureuse que les textes sur Miliana soient un lieu de ressourcement et de souvenirs dont l'évocation vous, nous est agréable et chère. C'est bien évidemment la nostalgie de ce que nous étions, des valeurs que nous portions, de la tendresse, de l'amour de ce monde féminin qui nous manquent… A mon tour de vous dire merci mille fois de vos encouragements, et de vous embrasser bien affectueusement.
ferhaoui
  • 2. ferhaoui | 07/07/2018
bonjour tout le monde ou que vous soyez.quitte à le redire quand quelqu'un est grand je le lui dis! alors ma chère p'tite soeur meskillil, voilà vous etes une grande écrivaine qui aime restituer la vérité des lieux de miliana, des flashs qui racontent ce que nous étions et ce que nous sommes devenus je crois que en lisant votre texte sur miliana d'antan comme toujours j'ai l'impression encore une fois de plus renouer avec ces lieux que j'ai la chance de connaitre...helas ce n'est plus comme il y a quarantaine d'années peut_etre plus voilà, c'est tout au reste, mille et mille mercis pour ce texte sur milianah...
Meskellil
  • 3. Meskellil | 07/07/2018
Bonjour à tous,

Bonjour Miliani2Keur,

Décalé et surréaliste ? Oui probablement si on se place du point de vue selon lequel tout ce dont il est question dans le texte « Le patio » et dans la « Sahra mahdoufa » qui l’accompagne font désormais partie du rêve, de l’imaginaire et de la fantaisie…

J’aimerais vous partager quelques extraits de la magnifique poésie de Tahar Ben Jelloun autour des médinas, casbahs et ksour dont les prolongements sont ces fameux patios dont il est question dans le texte, des médinas qui n’en finissent pas de sombrer dans le trou noir du temps, des mémoires, et du béton, une poésie que l’on peut qualifier de surréaliste aussi mais dont la portée est hélas réelle, de la nostalgie mais aussi une grande tristesse que la dilapidation de tant de richesses culturelles, patrimoniales…

Médinas

Cette maison a sombré dans les eaux de l’oubli
Elle porte les fardeaux d’une si vieille gloire
Même la lumière s’y perd
Est-ce le ciel qui l’écrase de sa fatigue
Ou la douleur de l’homme qui s’exile ?

Sur la rive du sommeil
Sur le bord vacillant des légendes
Sur la main ouverte du destin
Au milieu de la Nuit du Décret
La ville ancienne remonte la rivière
Et perd les feuilles d’or
Qui couvraient ses pierres.

On me dit que toute médina garde au fond d’un puits sec
Un fou
Un homme ayant tout perdu
Sauf la sagesse
Un homme avec un corps et des colères
Une voix nue dans la plaine
Une étincelle qui précède la vérité
Un fou est quelqu’un qui parle aux arbres et aux nuages
C’est un grand chagrin qui secoue le ciel
Et cherche par terre les débris d’étoile.

C’est là dans cette rue étroite,
Dans cette maison presque sous terre
C’est ici, dans ce vestibule
Sur ce marbre qui se souvient de la rouille
C’est là que des racines ont pris de l’âge
Elles s’étendent sous les dalles
Dans l’obscurité épaisse
Dans l’humidité du temps
Se tenant prête à raviver le présent.
Miliani2Keur
  • 4. Miliani2Keur | 06/07/2018
MeskEllil

C'est paradoxal mais ton univers nostalgique parait décalé, presque fictif avec pourtant /malgré tous les élements réels, une inspiration pour une écriture surréaliste!!! ... enfin un truc comme ca!

Ajouter un commentaire