Bien qu’éloigné de la rive où nous habitions, L’oued en ce lieu étant bien un danger pour nous en hiver. Dans des moments surtout de pluie intense et que tombe la neige, les eaux dans leur silence fâcheux pourraient provoquer menace et malheur pour nous. L’inquiétude règne autour d’un danger réel qui pourrait se manifester quand les eaux considérables ruissèlent et descendent des hauteurs en progressant prestement l’oued comme un torrent. Bien que l’information sera donnée quand le barrage Ghrib est à son haut niveau, les vannes qui déversent leur surplus ouvriront leurs portes tantôt le jour tantôt la nuit. Parfois Père n'en faisait jamais confiance aux écluses du Grand Barrage.
A cette angoisse précaire en hiver, il était nécessaire pour notre père d’être vigilant. Méthodique, sans se lasser d’un va et vient ni du froid de la nuit, on le voyait sortir à surveiller dès le soir tombant l’écoulement du courant. A chaque fois pour sortir. Il prenait son vieux manteau de pluie, Quelques temps après, à revenir dans un comportement et agissements qui expriment une mauvaise humeur, Dès fois, à revenir tout mouillé à cause d’une pluie.
Son baromètre n ‘étant tout autre des bouts de bâtons plantés simplement auparavant à intervalles de distance jusqu’à la rive. C’est à ces écarts qu’il vérifiait régulièrement la montée ou la stabilité du niveau des eaux sur la berge.
Figure 3 l'oued Cheliff
Et par un soir obscur après une de ses sorties, il rentra aussi vite pour dire à ma mère, « femme ! » c’est avec ce mot de chose, qu’il lui attribuait son nom. Et c’est ainsi toute leur vie, peut être une politesse entre eux, mais père n’avait jamais eu devant nous à prononcer le nom de ma mère, une fois il l'appelle femme, une autre fois par le nom de famille « ya Bent Flenel »… Mère aussi l’appelle tout cours « ya radjel ». Alors ce soir-là il lui dira, femme ‘ya mra’les berges sont inondées la montée des eaux est progressive .L’oued sort de son lit plus vite maintenant par ces pluies qui continuent que d’habitude. Je doute fort que cette nuit Les eaux de l'oued ne feront une montée rapide. Il dira encore, Elles vont inonder rapidement la rive et seront au milieu de la nuit jusqu'à nous submerger. Mon père ne cessa de répéter à ma mère ; femme cette fois on ne devrait pas rester ici cette nuit. Et c’est là, où j’ai vu une peur bleue envahir aussi le visage de ma mère .Sans désillusion, elle essaya ce jour-là de lui dire qu’elle comprend la chose .Mais elle dira « mais partir où ? », Partir et qu’on doit tout laisser.
C’est vers notre tante bien aimé qu’il avait pensé y aller. On a dû laisser tout à la maison, sans emporter grand-chose avec nous. Mais une frustration plus pénible affecta tout d’abord ma mère, on allait emporter que ce qui était nécessaire .A part les poules le tout ne sera que couverture et un vêtement chaud pour chacun. Ce déplacement brusque et bouleversant avait engendré une morosité passagère à tout le monde surtout à ma mère pour son pauvre tajine el matloue , tadjine el baghrire , encore ce pauvre Tadjine el hassida ,. Sans qu’elle oublie cette "Koucha» bâtit dehors dans la cour qui serait inondée aussi et deviendra inutilisable ensuite. Elle n’avait pas à choisir dans ces instants-là. Mais ce qui ne l’empêchera pas que sitôt de retour Grand-mère serait à ses côtés et vite tout sera remplacé. Pour le four en terre cuite qui avait sa grande importance, une nouvelle et grande koucha plus commode sera plutôt à rebâtir ; la paille et l'argile ne manquaient guère aux alentours.
Avant de prendre le chemin notre chien fut libéré aussi de sa chaine , ainsi libre à tout vent il saura choisir à sa guise l’endroit de son refuge .Pour les quelques poules de ma mère, elles vont aussi prendre comme nous le chemin de l'exil . Et c’est là que Je voyais Mère penser à sa chère volaille pour ainsi dire : A quoi servirait –il d'élever et nourrir une poule pour avoir seulement un œuf mais qu'au moindre embarras c'est quelqu'un d'autre qui en profitera le plus. Elle disait vraie .Je savais qu’après pour ces poules elles seront vendues sans faute le matin. Pauvre Mère toujours en conflit avec Père quand il s'agit d'une copropriété à partager. . Et ainsi était l’habituelle vie quotidienne au foyer entre la joie la tristesse et d'un mécontentement. Mais on sentait la joie de vivre le bonheur.
Notre départ qui se profilait fut fin prés, c’était juste avant que tout devient sombre avec la tombée du soir, et chacun eut à sa charge un objet qui ne pourrait le fatiguer en cours de route. Comme des vendeurs ambulants avec toute leur panoplie de babioles, on a pris la route avec nos bagages à la main. Je me rappelle que pour moi malgré le poids du petit baluchon «Rezma" qui m’incombe à porter, je n''avais oublié d'emporter sous mon bras mon cartable avec mon unique livre de lecture. Père entre temps en plus des poules en charge de chaque côté d’épaules portait aussi notre grande « Hsira ». Un tapis sur lequel il fallait faire dormir toute la famille. Cette ‘hsira » usuelle était confectionnée pratiquement à la main, On la trouve à l'époque dans presque chaque gourbi d'un paysan ou maison d'un pauvre. Elle est faite de tressage de palmier- nain «Doum». une plante de tout un symbole dans notre région . Sans être une activité pour eux, les paysans l’utilisaient à leurs besoins et s'absorbaient dans un travail en plein temps pour les manuels et objets à usage usuels. Tels couffins pour l’emballage, tamis de semoule, Sedjadad pour prier. Éventails qu’on agite pour le « Kanoun » « foyer de feu en terre cuite » ou pour se rafraichir. Dès fois d’une pierre deux coups on se rafraichit avec et qu’on chasse les mouches. Le m’dhal (chapeau de paille algérien) surtout pour la fantasia et la période des moissons d'orge et de blé. Et dans notre parcours de marche tout comme le font les nomades, on suivait le père. Et après lui la petite famille qui suit chacun avec sous le bras son effet de couverture en laine et quelques affaires utiles.
Ce soir-là on s’est vu contraint de partir, bon gré mal gré sans adieu mais avec chagrins. Dans un silence, notre départ ressemblait à une désertion des lieux en plus de la pluie qui n'arrêtait de tomber depuis des jours. Et c’était à la certitude que les eaux sont devenues considérablement importantes et troublantes que facilement atteindre la berge qu'on a dû quitter la maison. Le mieux était de nous éloigner du risque et à nous rendre chez la tante un peu plus loin de chez nous. Tante nous a logés dans ce temps bien que mal. Certes pour une durée de jours seulement. On s'est vu chez elle, une famille nombreuse dans cette circonstance. Pour notre bouftance du diner, on ne mangeait que du «Mardoud » et que moins de galettes comme nourriture. Le « Mardoud » de renom ’était le plat traditionnel bienfaisant et fructueux en hiver. Pas plus difficile pour sa cuisson que pareil à une eau à faire bouillir sur un feu qu’il réchauffait l’intérieur du corps durant les nuits froides .A lui seul suffisait en quantité pour une bouftance jusqu’au matin. C’était une solution de rassissement autour d’une grande écuelle en bois « djefna » qui satisfaisait tout le monde à sa faim. Et le soir avant de dormir on se retrouvait tous réunies à la lueur du quinquet et d'un petit feu au coin d’une cheminée de fortune. Pour nous endormir, Tante ne trouvait mieux qu'à nous racontait chaque fois le conte de Si Moha Belabid et l'ogresse qui ne se termine que par une situation de suspense pour une fin d’épisode. Blottis les uns contre les autres à tirer la couverture pour ceux qui se trouvent aux extrémités. Dans le silence obscur, on n’entendait la seule voix de Tante qui nous raconte une histoire nouvelle. Et tout en restant sages et éveillés pour attendre on devait aussi observer le silence absolu. Des fois le bruit de notre gargouillement d'estomac nous parvenait. Ça faisait honte que personne ne dira qui a fauté .Mais c’était quand on a englouti un des aliments flatulences et qu’on a trop mangé, ou bien l'estomac de quelqu’un de nous est à moitié vide. ÇA nous faisait rire, le plus souvent sous la couverture c’est un rire silencieux et collectif au mécontentement de notre Tante. Elle nous traitera avec une bruyante désinvolture qu’elle s’endort par la suite à ne plus relever sa tête pour nous raconter la fin de l’histoire.
Quelques jours après le ciel cessa ses flots. Le soleil n’a pas réapparu malgré le beau temps. Père est venu nous annoncer que les eaux de la crue ont déjà repris leur lit et que tout est redevenu calme. Il ne restait qu’à retourner à la maison.
Sur place, devant la maison on cherche à reconnaitre nos choses. On pouvait constater ce que le passage des eaux a causé comme désastre. Les traces de limite toutes fraiches du niveau des eaux marquaient leurs lieux sur les murs, elles m’arrivaient juste aux genoux. La boue trouvée en abondance montrait ce qui était pour nous cet objet devenu méconnaissable avec le sol. Le berceau qui en fait est un caisson en bois et notre lit de bébé à toute la fratrie, est toujours là. Plein de boue, Il n’a pu être emporté dehors par le retour des eaux.
Le chien a repris son chemin de retour comme tout le monde, Il fêtait sa joie en aboyant comme à ses habitudes. Ce qui était mouillé pourrait être séché. Ce qui était hors usage allait être jeté, pour que la vie reprenne à nouveau, tout le monde s'y est mis pour le grand nettoyage.
Ces jours ci, le poisson ne manquera point à notre meida de midi.
Comme c’était possible de refaire le chemin du retour ce jour-là, il en sera facile encore demain de repartir et revenir. De même si l’oued repassera pour ensuite y retourner encore dans son lit. Le danger imprévisible a toujours persisté, la catastrophe à éviter.
Pour les plus hasardeux, à sous-estimer l’oued en hiver restera trop risqué même par le passage des gués. Mais tout bonnement chacun devra effectuer le passage par le grand pont pour arriver au village. On trouvera ce pont à l’entrée et sortie du village Il relie les deux rives si ce n’est pour les ouvriers agricoles de la ferme voisine, qu’aux habitants des alentours, c’est les écoliers qui empruntent par là le chemin de l’école. Ainsi et sans risque à prendre pour tout cette population de gens, le pont du village reste la seule voie possible. Mais Il reste donc l’inconvénient aux campagnards pour atteindre le pont à faire tout un détour long et un embarrassant parcours pour eux.

Figure 2 : Pont identiqque à celui détruit dans la décennie noire. Construit sur la RN18, une voie de circulation reliant les deux villes Khemis-Miliana-Médéa
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