S 5Retour dans mes Souvenirs

                               De Bab-El-Oued @ Miliana

La vie en ZAZAKolor


Âmi Abderrezak l'appelait affectueusement le presque tout Miliana, son "Paparazzi", son 'Kodak' attitré (qui ne s'est pas fait "tirer la bobine" dans ce bariolé magasin, couronné d'Instamatics d'époque flirtant avec la rouille et le verre en poussière, encadré de grandes filles de carton adossées aux pellicules géantes). ZAZAK, devenait-il en privé : avatar physique d'un Einstein affiné et d'un Brassens mèches jaunies, nom qui sonnait aussi sec que ses mille tours de self-made-man radical: footballeur, Musicien, peintre bien sûr, modeleur, photographe bien sûr aussi, cameraman, pécheur ... Étreignant les couleurs, les formes et les jus de mots jusque dans ses derniers instants !!

Ce texte écrit il y'a 30 ans (et livré tel quel), a partir d'une discussion-promenade automnale avec ce Monstre/"Rempart" dont Rien n'endigue le vide ...

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Rue Saint-paul, environ 5h30 de l'après midi, je suis avec Abderrezak a la table d'un café:

Zazak : Saha ça va ?

- Ca va et toi !

Z : et ton film qu'es-ce qu'il devient ?

- Ça y est, c'est fini le tournage ...

Z : Ah bon ! C'est bien

- Et toi ? Plus d'Cinéma !

Z : avec quoi ?

- La vidéo qu'es, tu penses !

Z : oui, mais (il fait une mine pénible) ...

- Hum ... Peut-être t'a remarqué cette différence qu'il y a entre c'qui est tourné en vidéo et c'qui est tourné en film ... les teintes

Z : Ouais ! et puis l'montage ... Tu fais comment ... Tu prends la première scène en faisant attention, puis tu t'mets en haut de l'escalier, ton bonhomme, il rentre ... tac ... et tu fais attention ... mmm ... difficile

... J'te parle une fois, j'avais pris des instruments de musique désaccordes, une guitare, une darbouka, un kanoun, je crois, et ceux qui jouaient n'avaient jamais touché un instrument, quelqu'un était là qu'il racontait une histoire qu'il avait apprise ... Mais alors une histoire... Aucun sens ... et avec les instruments on jouait, alors tu vois les images passer et tu entends les instruments, ceux qui regardaient trouvaient ça bien "Oh c'est bien!" Ça a donné comme ça!! et le reste du film j'lavais fait bien monté, normal, mais ça n'avait rien à voir avec ça ...

- Il faut surprendre les gens

Z : ... C'est ça

Une fois y avait aussi un pécheur au bord de l'eau et ! ... bon j'ai donné la caméra à quelqu'un et lui ai fait tenir a l'envers, je devais rentrer dans l'eau a reculons, une cigarette a la bouche et je lui ai demandé de s'arrêter quand la surface de l'eau serait lisse, plus d'ondes, et le pécheur devait rester calme et ne rien remarquer de tout cela ... ca n'a pas marché ... j'ai refait sans la cigarette, j'était tout mouillé, après je suis monté en haut au basket, la camera sous le panier et quelqu'un jetait sans arrêt des ballons dans le panier; alors sans arrêt ... taf, taf, taf, les ballons passent à travers le panier; le pécheur qui pense aux ballons

- Il s'en fout de la pêche

Z : Pourquoi tu crois qu'il est là pour attraper des poissons ! mais c'est la dernière chose à laquelle il pense

- Oui ! en fait a quoi il pense le pécheur

(Deux personnes viennent à la table : salut ! Salut !)

Z : on était à la plage et on avait apporté deux poivrons comme ça, mais surtout les couleurs ... mais alors un vert et un rouge fantastiques, jamais vu comme ça, pourtant j'en ai vu ... ils étaient la personne ne les voyais, j'ai essayé de les avoir, pas possible, j'ai mis plein de couches (de peinture) rien à faire ...

Une personne : peut être à l'émail ça pourrait ressortir

Z : oui, peut - être, c'est ça, oui

Même personne : moi c'qui m'étonne c'est la peau comment on arrive à ressortir vraiment ...

Z : non c'est pas très difficile ... puis on a fait un tube ... peau AAH! ... c'est pas difficile

(on continue de parler peinture)

Z : et puis y a pas; l'œil est attiré, ru est devant une toile, tu sais pas pourquoi, mais tu reste debout la ... et puis tu dessines comme tu vois c'est simple et KHLASS; j'étais à la plage, j'ai dessiné la coté, j'ai enlevé mille pierres, j'ai remis dix mille ; bon, j'ai enlevé quelque maisons

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  Maintenant on parle de momies d'Egypte de tuiles bleueus de turquie et de couleurs qui changent d'un instant a l'autre.

Z : mais y a deux choses que j'ai jamais eues - et il commence à tapoter des doigts sur la table, le rythme, bon quand je joue du aoud ça va, mais avec une darbouka ou autre, rien ... et la mémoire, qu'es-ce que j'te dis j'étais dans un orchestre et on a chanté ...

2éme personne : cent fois !

Z : mille fois un mouachah q'jai jamais appris, et au Jamâa, devant moi les autres effaçaient leurs louhates, et moi toujours avec au coin de mon ardoise "و الفجر" d'ailleurs je pensais a ma vieillesse et je l'ai gardée; mais main'ant j'lai plus

Tout le monde rit pendant toute l'histoire, on est maintenant seul moi et lui... on reparle de cinéma

Z : Bon un match de boxe ; caméra en face ... un poing qui cache tout l'écran ... tu vois un grand bâtiment ... la chute de quelqu'un ... je filme le bâtiment entrain de tomber ... un (il cadre avec ses doigts) ... il est par terre... deux ... trois ... quatre ... tu vois le bâtiment qui descends, il essaie de se relever ... l'arbitre ... Ciinquee

-Tout le monde rit pendant toute l'histoire, on est maintenant seul moi et lui...

Z : ihh ! ... siix - il a le corps lourd! c'est difficile ... Seeept - c'est dur .... Huuuiit - aucune force ... et tu écoute le son qui diminue et devient lent ... bon tu fais ça en 8 secondes (et il rythme avec sa main), un, deux, trois, quatre... au début disons, tu as un trentième de seconde, ça fait! 4 images, puis douze images (il regarde le fond de la rue) ... EHeh!...

Il se retourne en riant -Grands rires.
On se lève, la nuit est tombée, on a pris deux pizzas et on redescend a travers a travers les rues, les lampadaires sont allumés.

Z : ... et il y a des gens qui viennent te parler d'huile ...

On est devant chez lui, il m'invite à regarder ses toiles

- C'est ça le sidi H'med Benyoucef que t'a pas fini ?


Z : Humm ... Y'avais le carrelage en noir et blanc qui donnait l'impression de la courbure du sol (il m'avait dit dans le café "j'lai fait un peu rococo; bof... j'pouvais l'faire avec une ficelle, bien droit ... mais!)

Z : ça c'est le pécheur, et la barque ; elle est cassée ...

Y'a la une toile avec un visage en gros plan de jeune homme avec lunettes et sur les lunettes les reflets de la plage

- Et celle là ?

Z : j'lai pas finie aussi

Et ça et là des petits bouquets de fleurs, très épaisses et sans contour

- C'est beau !

Z : Hum ... au couteau ... c'est fait au couteau

On marche dans le couloir, et voilà une espèce de casbah pleine d'architecture

Z : Ca j'lai fait pour les perspectives

Même le mur (de la maison) n'a pas été épargné (on voyait sur le mur des espèces de visages entremêles)

- Aya ! Besslama

Z : c'est ça!

Je vais vers la porte de sortie quand je vois le réchaud de gaz, lui aussi peint sur sa face.

- Alors le réchaud aussi

Z : iHhh ! Il était un peu sale alors! ...

Rires

- Allez salut ! 'Demain ...

Z : c'est Ca

Je sors contourne le coin et je remonte la large rue, il y a un grand silence ...

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Par Miliani2Keur

Commentaires (6)

Chantal
Miliani2Keur ... comment peux-tu dire cela ? Toi et Benyoucef vous êtes mes dessinateurs préférés … après mon fils … bien entendu ... hi ! hi ! hi !
Miliani2Keur
  • 2. Miliani2Keur | 25/10/2014
Salut les amis
MeskEllil, Keryma, Chantal, Hortense

"Zazac" n'avais recu aucune formatation, formation artistique, je me rends compte maintenant de ce Minerais brut...

J'ai eu entre les mains les bobines de films qu'ils avait filmé sur miliana, les mineurs, le zaccar, je frémis en en parlant, il me les avait prété dans une gentillesse indescriptible...

Oui Kéryma ton instinct a frappé pile! quelque part Zazak est une boussole qui défie tous les élements

MeskEllil, ton attention en "Haute résolution" est si utile surtout de faire ressortir le "background" cinematographique ... La rue large, silencieuse, un avant-gout (!?) de la scene actuelle...

Zazak a tiré le portrait de tout miliana, il photographiais aussi les fétes, les évenements, les Rakbs et le reste. Il fût le subconscient d'un Miliana dans son magique pré-post indépendance

Chantal tu connaitra sûrement Zazak dans une "autre vie", et tu nous oubliera tous...souriiiire

Au plaisir du decryptage (positif !?) de ta sentence Hortense

Un jour saurons nous un peu plus au sujet du "film" dont il est question au début et des deux ex-machina qui traversent la rencontre ...
keryma
  • 3. keryma | 24/10/2014
Miliani2Keur,

Bonsoir, je ne connais pas le défunt Zazac, mais telles que les choses sont présentées, tu as certainement donné et comme tu sais si bien le faire, une valeur encore plus grande au travail de ce Monsieur dans un cadre très positif, très coloré même! Bravo et peut-être qu'il y a eu passation "des pouvoirs" non?

Kéryma,
Meskellil
  • 4. Meskellil | 24/10/2014
Bonsoir Miliani2Keur,
Bonsoir à tous,

Nous voilà dans l’antre du « Monstre » sacré ! Au beau milieu d’un décor aux mille et une curiosités, aux mille et une couleurs ! Nez à nez avec Zazac ! Impressionnant, monumental, indétrônable, aimé de toute Miliana ! Un de ces héros intemporels dont le souvenir traverse temps, et générations sans trahir nos mémoires fuyantes et incertaines… Un avant-goût prometteur de cette fin d’après-midi dans un café à Miliana…

Silence, on tourne !

Et c’est un film aux allures surréalistes (c’est ce que cela m’inspire) introduit par une très belle affiche présentant subtilement et agréablement les temps forts du film, Zazac en héros principal, quoi de plus naturel, son compagnon Miliani2Keur incontournable évidemment tirant les ficelles, et puis les multiples autres rôles qui, sans eux, rien ne pouvait se faire ou presque aussi ! Une véritable bande annonce dynamique, joyeuse de ses couleurs, foisonnante de détails, très attractive !

-« Vraiment envie d’aller le voir ce film ! »

Deux personnages qui semblent proches partageant le même intérêt, la même passion pour les arts en général et pour le cinéma, l’image en particulier discutent assis à une terrasse de café en cette fin d’après-midi automnale à Miliana. Les automnes sont magnifiques à Miliana ! C’est donc de cette rencontre qu’il est question. Un moment, des moments agréables d’échange, d’amitié auxquels se sont joints plus tard deux autres personnages un laps de temps puis qui sont repartis laissant les deux amis à nouveau seuls reprenant le fil de leurs échanges (musique, chant, cinéma, peinture…, tout y passe). Les échanges… Presqu’un monologue. Insolites, singuliers, inachevés… !

Et une deuxième action parallèle à la rencontre entre les deux amis se déroule sous nos yeux en direct. Une plongée dans la dynamique créatrice de Zazac absorbé par sa pensée mais toujours réceptif et attentif aux sollicitations et encouragements de son ami, à son environnement. Un processus créatif où la pensée se déploie sans contrainte, spontanée, libérée vadrouillant ça et là au gré de son inspiration, de sa poésie, de sa rêverie, de son imaginaire. Une pensée souple mais formalisée créative et rigoureuse, prenant son temps entre pauses, tours, détours, retours, envols…, donnant aux objets, aux choses un nouveau volume, une nouvelle épaisseur, une vie propre, les affranchissant du coup de leur fonction utilitaire pour leur faire retrouver une place, une existence propre s’imposant à nous et finissant par changer notre regard. Le rythme du texte complètement calé sur le rythme de la pensée de Zazac. Magnifique plan de fin du film sur cette rue large, déserte, silencieuse…

Beaucoup plus tard, une fois rentrée…

-« Alors, t’as pensé quoi du film ? »
-« Génial ! J’ai pas vu le temps passer ! Et si ce film a trente ans, il n’a pas pris une seule ride ! Tu devrais vraiment aller le voir ! Ma petite perle : « et on vient me parler de bidon d’huile » »

Un super travail Miliani2Keur, aussi bien dans les graphismes, animations que dans les textes, très belle esthétique ! Bravo !! Je suis sincèrement très admirative ! Merci beaucoup pour cette belle séance et merci aussi d’avoir redonné vie à Zazac Allah Yarhmou, de nous avoir invités dans son univers magique.
Chantal
Bravo Miliani2Keur ! Quel talent ! Un artiste « dans l'âme » que j'admire. Bonne journée.
Hortense
  • 6. Hortense | 23/10/2014
Les grands esprits s'attirent,se rencontrent et ne se quittent plus !

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