La glaise qui fait les Grands Hommes

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 Je suis comme secoué par un besoin de raviver un souvenir qui raconte une histoire des plus édifiantes, bourrée de sagesse et de sagacité, appartenant à ces hommes dont toute leur grandeur avait été pétrie d’humilité. A vouloir connaitre le secret qui élève au rang des nobles, on le trouve chez ces hommes qui s’abreuvent de modestie, de gratitude et de bien ; fait dans le silence et contraire à tout écho . Les choses que nous connaissons sur les hommes ne font que leurs noms ; c’est peut-être ce que nous ignorons d’eux qui fait beaucoup plus leur grandeur.

En 1978, me trouvant au service national, en qualité d’aspirant chargé des prérogatives de chef de service comptabilité, j’étais appelé, entre autres, à remettre les paies mensuelles au Personnel civil que comprenait notre administration.
Mon attention était particulièrement attirée par une seule personne ; un gardien pas comme les autres. Un homme dépassant de loin l’âge de la retraite, vivait seul dans un centre de colonies de vacances et jugeant lui être utile, je lui ai proposé mes services pour l’aider à partir en retraite.
Souriant, il m’a répondu par un refus qui m’intrigua du fait que c’était le contraire à quoi je m’y attendais. Voulant conforter ma bonne intention, il m’invita à m’asseoir près de lui et, comprenant toute la beauté du geste ; se résumant dans un sourire de sage qui ne le quittait pas, il va me conduire dans une pérégrination, dans le temps, pour me raconter son histoire… et quelle histoire !!!

Chaque famille Algérienne, racontant en film ce qu’elle a vécu pendant la guerre de libération nationale, décroche inévitablement un « Oscar » au festival de Cannes.
Il me conduisit à Béchar où il naquit et vivait pour me faire part de son histoire insolite.
Un soir, quand tomba la nuit dans un douar à la périphérie de Béchar, les habitants furent alertés par des aboiements de chiens. Dans ces conditions de guerre, tout le monde était aux aguets et on s’attendait bien sur au pire ; raison pour laquelle on ne fermait pas totalement l’œil.
Ils ont su tout de suite que c’étaient les Moudjahiddine qui passaient, à leur mot d’ordre : « nous sommes el Khaoua », voulant dire : nous sommes vos frères.
Ils furent vite reconnus et pris en charge avec tout ce qu’on pouvait offrir de mieux aux invités. Le vieil homme qui était en face de moi était bel et bien la personne qui a pris soin de ces maquisards ; leur offrant une chèvre au souper, sa maison, sa literie et tout ce dont ils avaient besoin. Tôt le matin, ils prirent le café et continuèrent leur mission.
Quelques années après l’indépendance, un colonel, en la personne de Si Abdellah Belhouchet , partit en mission à Béchar, dans le cadre de ses fonctions d’officier supérieur de l’A.N.P .

Arrivé sur les lieux et après sa mission, il demanda à être dirigé vers le douar qui l’a si bien accueilli, nourri et logé en ces moments difficiles de guerre. Si je me rappelle bien de la narration du vieil homme, le colonel avait été conduit par hélicoptère.
Son arrivée au douar ne pouvait passer inaperçue, c’était un événement criard, rassemblant tous les habitants ; venus nombreux émousser leur curiosité …Dire que les invités sont bien reçus dans notre bled, surtout au Sud, serait un grossier pléonasme.
Après une entrevue des plus conviviales, le rideau est tombé sur le secret de cette visite si inattendue dans un coin perdu, pour susciter une euphorie mêlée de nostalgie et de confusion…des moments difficiles à contenir ; aux états d’âmes graves.

Au moment du retour, le colonel avait demandé à voir, seul, l’homme généreux et hospitalier qui leur avait fait don de tout ce qui était en sa possession en ces moments pénibles que fut la guerre et, tête à tête, ils avaient parlé de tant de choses.
Informé de la situation et des conditions de vie déplorables que menait cet homme après avoir tout perdu pendant la guerre, Si Abdellah Belhouche lui demanda de faire sa valise pour le suivre et aller vivre avec lui pour le restant de sa vie sans qu’il ne manque de rien. L’homme qui n’avait personne et rien à prendre avec lui s’était certainement contenté d’un regard d’au revoir ou d’adieu pour partir et ne plus revenir à cet océan de sable.

Ce jour là et étant très jeune, j’avais situé - COMME UN EVEREST- ce petit homme (Colonel,son grade à mon époque) qui avait refusé un jour, de se peser devant nous ; tellement chétif ( sur une bascule de la coopérative militaire de Blida) ; qu’aucun Général au monde ne peut égaler…Allah irahmou.
Sous le sceau de la reconnaissance, je rends un vibrant hommage et galvanise la mémoire de ce si grand homme des Aurès qui a marqué indélébilement l’histoire de notre révolution ; cet homme qui a toujours trouvé une place pour ranger avec ses armes, la caméra de René Vautier et la plume de l’intellectuel. Chapeau bas à ce Grand Homme qui payait ses factures d’eau et d’électricité, qui considérait le soldat chargé de ses commissions comme son propre fils et qui prenait en voiture des auto stoppeurs, croyant qu’ils sont des appelés manquant d’argent pour rentrer chez eux.

Par Ahmed ARBOUCHE

Commentaires (3)

Belfedhal Abderrahmane
  • 1. Belfedhal Abderrahmane | 13/02/2019
bonsoir a tous
bonsoir si arbouche
tout d abord je vous je vous admire pour votre attachement et votre pleine adhesion a tout ce qui est lie a notre patrimoine identitaire
A l instant meme j apprend egalement que vous etes fin pret pour une traversee dans le monde des expositions aussi je vous souhaite une totale reussite a cherchell
Si arbouche la ville de cherchell me renvoie aux annees 1975 1977 et plus exactement a l EMIA ecole militaire inter armes de cherchell actuellement academie militaire
De cherchell je garde de tres beaux souvenirs car des la fin de mon instruction j ai ete charge de dispenser des cours de droit pour les eleves officiers et durant deux annees j ai connu beaucoup de gens tres hospitaliers tres modestes et bien gates par DAME NATURE cerchell avec son port et ses jolis poissons avec sa plage et sa superbe foret qui je crois est appelee sidi yahia et bien sur sans oublier le temple des civilisations qui constitue un livre des temps ouvert a tous les temps le musee de cherchell
Si arbouche la communaute de cherchell a cette epoque etait attachee a la coutume dite ORF SIDI MAAROUF qui fixait la dote pour la mariee a vingt centimes est elle toujours en vigueur face aux nombreuses mutations sociologiques que connait cherchell?
encore une fois je vous souhaite pleine reussite
ARBOUCHE Ahmed
  • 2. ARBOUCHE Ahmed | 13/02/2019
Salam tout le monde,Salam Si Belfedhal Abderrahmane.
Dans toute chose,quand la blancheur cristalline de nos intentions profondes n'est pas maculée d'un quelconque soupçon d'impureté,le message perce et trouve refuge dans tous les coeurs.
Quand nous parlons d'une Terre qui nous a vus naitre et grandir; nous nourrissant de la plus suave des sèves et quand nous évoquons des figures de proue des plus emblématiques;de la noblesse de Ben M'Hidi,Amirouche, Si Abdellah Belhouchet et consorts;nous ne pouvons que nous estimer heureux de cette appartenance.J'ouvre une parenthèse, faisant forme d'insistance, pour parler de ce " repas d'un soir " que vous avez si bien décrit et qui est la base de la pyramide de l'histoire de cet homme de grande Noblesse.
Oui,la rose épanouie dont vous avez parlée Mr Belfedhal fait printemps à elle seule; car labellisée " Mecque des révolutions",elle auréole et pavoise de Gloire.
Toute raison d'etre repose sur cet amour viscéral que nous devons vouer,inconditionnellement,à cette Terre humectée d'un sang... encore frais.
Belfedhal Abderrahmane
  • 3. Belfedhal Abderrahmane | 12/02/2019
bonsoir a tous
bonsoir si arbouche
vous etes tout excuse pour vos excuses qui nous parviennent en compagnie d une emouvante reconnaissance a l egard de ceux qui ont su preserver la substance pour en faire un credo dans la vie de tous les jours
Un moudjahid menant le combat du djihad n a pas pu oublier le repas d un soir ayant accede au rang superieur dans la hierarchie militaire son passe lointain est reste vivant en guise de repertoire et de guide dans la longue marche qui nous mene vers le destin du jour J
Si arbouche il ressort de vos ecrits cette force qui se degage paisiblement douce et calme pour un retour des valeurs dans leur authenticite baignant dans un esprit de continuite pour que la rose s epanouisse pour en faire un eternel printemps

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