Dans les années 50, à cette époque de mon enfance, je me voyais toujours l'insouciant petit contadin vêtu du simple et inséparable " Qamis" qui m'arrive aux chevilles que parfois propre, que parfois poussiéreux. Une petite calotte rouge’ appelée « chéchia » couvrait ma tête. A son milieu un poupon noir, elle ne quittait jamais ma tête. J'en avais toute une autre neuve sur ma caboche à chaque fois si l’événement d’une fête se présente. Et dans ces occasions, c’est à l’aïd ou la rentrée d’école qui n’arrive qu’après les vacances d’été. Et le fait de porter une chechia s’est aussi se proteger du soleil et se couvrir la tete du froid.
A cet épisode d’enfance, si mon père m'emmenait au village c’est pour me faire tondre complètement la tête et non pas à une coiffure de mode. Et Si on file chez le coiffeur c’est pour un rasage complet, le temps que les cheveux repoussent pour qu’on y ait pas de poux plein la tète,
Notre tortionnaire au village fut-il qu’un vieux barbier méconnaissable pour certains très populaire pour d’autres catégories de population, on l'appelait Ammi Karwazi, A son long tablier qui lui arrivait en bas des tibias, à part les deux poches il avait une autre petite pochette où se faufile un gros peigne de cheveux femme. Un peigne non spécifique à grandes et petites dents qu’il n’utilise que rarement. A l’intérieur dans sa boutique aucun décor, à l’exemple d’un comptoir de travail il y a une table ordinaire .Quant à ses accessoires de rasage manuels une vieille tondeuse dont sa couleur était noire, un rasoir, la paire de ciseaux à coté. et juste au coin de la table un peu plus loin, à coté d’ un morceau de savon de Marseille. On voit aussi un blaireau rasage dont le manche usé est en bois dans un bol, une sorte de boite métallique Il est bien trempé jusqu’à la poignée. Il n’y avait pas de lavabo ni robinet d’eau mais au coin un sceau d’eau, et à un clou au mur fixé comme pendoir une serviette pendait avec morceau d’étoffe qui sert à couvrir le corps du cou jusqu’aux pieds complétaient ses effets de travail. Deux bancs en bois à chaque coté d’un mur, et dont l’un avait le dorsal défectueux formaient le décor d’’ameublement d’une boutique de coiffure il n’y avait pas de chaises.
L’Ammi Kerwazi employait de belles paroles pour nous amadouer dés qu arrive quelqu’un son tour pour une coupe. D’abord il prend et place une planche sur les coudes du siege puis il nous fait assoir dessus pour être un peu haut à sa hauteur, il passera le morceau de tissu tout autour de nous et de notre cou... On se sentait déjà étranglé et enroulé comme une momie pour ne pas dire confortablement mal à l’aise. C’est peut être par cette méthode qu’il a cette manie habituelle d'exécuter sans gène son travail. Et pour ne pas trop le gêner quand qu’on se regarde constamment devant son petit miroir, on aura la nuque bien baissée pour être apte et plus tranquille.
Même si cette époque remonte à des années, ce dont je me souviens encore que de fois j’avais peur du coiffeur quant tout à mes débuts à me faire tondre et raser les cheveux. J’avais complètement en ce temps cette phobie du coiffeur. Et c’est avec des yeux boursouflés de larmes que je suis traine chaque fois jusqu’à lui, je n’étais pas le premier et non pas le dernier à pleurer. Comme beaucoup de gosses de mon âge on avait tous bien pleuré à cette première fois quand on franchi le pas de porte.Des fois on voyait les pères tout honteux entrain de calmer leurs pleurnichards d’enfants qui sont bien saisis entre les mains de notre Ammi Karwazi .j’etais de ceux qui ne supportaient pas qu’une tondeuse me sillonne la tête et que pour d’autres des fois parccequ’elle ne glissait pas ou elle piquait à des endroits où la tête n’est pas bien ronde..Et puis parmi les gosses de mon temps il y avait ceux que je voyais rire et heureux sortir avec leurs coupes de toupet avec le sourire d’etre finalement libères de l’impénitent coiffeur . C’était pour moi la peur indicible lorsque je voyais mon tour à l’échafaudage approchait et une joie effarée quand tout cela se terminait. C’est quand parfois, avec son bourdonnement la tondeuse ne glisse pas mais pique à des endroits sensibles prés des oreilles. A notre métamorphose aux cris et douleurs, notre perruquier préfère utiliser et faire entendre le cliquetis des ciseaux.
Mais c’est avec un rasoir, ciseaux et peigne à la main qu’il laissera comme à l’ordinaire à la fin de sa besogne une touffe de cheveux au toupet.
Et Enfin quand on relève la tête avant de sortir, on découvre agréablement un crane rasé. Chaque fois Ammi Kerwazi en a eu toujours tendance à nous parfumer avec une bonne odeur de lotion "Ploum Ploum" de l’époque, il prend son vaporisateur et donne quelques coups de presse sur la poire dans sa paume de la main que même les mouches qui cherchaient à grignoter quelque chose sur nos têtes seront inondées.
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